Bulletstorm : un ouragan de burnes !

Bulletstorm : un ouragan de burnes !

On connait tous ce qui fait le succès commercial et critique d’un FPS aujourd’hui : un gameplay réglé au millimètre, un feeling de shoot vibrant, un enrobage qui a de la gueule, et une tendance à lorgner vers les vieux succès en marmonnant avec un petit sourire satisfait « je respecte les années 90, mais je fais quand même ce que je veux, ducon  » . Mais dans le monde fabuleux et pétaradant du FPS, il y a pléthore de spécimens étranges : les FPS assoiffés du script et des QTE qui font de vous des spectateurs amorphes, les « mondes ouverteurs  » qui pensent que courir  la pampa pendant 40 heures en chassant la belette est diablement excitant, les mordus du réalisme qui ont oublié le sens du mot fun… Eh puis un jour, les mecs derrière Painkiller (vous vous souvenez de ce jeu qui a tapé du poing sur la table et a mis tout le monde d’accord à l’époque ?) ont décidé qu’il était temps de remettre les pieds dans le plat. Alors ils ont chaussé des bottes taille 52, les ont lacées avec des mains moites aux veines gonflées, et ont redonné leurs lettres de noblesse au plus beau mot du vocable des joueurs : le Frag. Et ça prend une majuscule dans Bulletstorm.

 

Seulement, dans Bulletstorm, hélas, il y a un scénario que les types de chez People Can Fly ont pris le temps d’écrire. Je dis hélas parce que le souci vient plus du fond que de la forme – les dialogues étant un vrai régal pour qui sait que l’équateur artistique se situe environ au niveau du bas ventre, et qu’il fait bon vivre au Sud. Le fond est assez chiant à vrai dire : on suit une vague histoire de vengeance et de rédemption, de personnages méchants qui deviennent gentils, ou l’inverse, de prises de conscience pas crédibles pour un sou. C’est une vraie déception, parce que les dialogues sont, quant à eux, un festival ininterrompu de vulgarités en tout genre : métaphores fleuries, insultes constantes, blagues graveleuses, références scatos… Si la lourdeur apparente peut fatiguer certains joueurs (à raison), les amateurs de bons mots – comme moi-même, maître Cacapello – sauront se vautrer dans de nombreux fous rires et d’éclats de voix qu’un léger pet assaisonnerait idéalement. Un sentiment délicieux de régression infantile flotte autour de Bulletstorm dont Grayson Hunt serait le roi, sorte de Lebowski-Stifler en puissance.

A ce titre, je conseille vivement de jouer à Bulletstorm en anglais pour profiter au mieux d’une écriture qui a subi un certain nombre de modifications en passant par la case Molière (quand bien même le doublage français tient parfaitement la route). Petit exemple : en rencontrant pour la première fois Trishka, celle-ci nous prévient en français que, si on la suit, elle nous explose tous les deux (soit Grayson Hunt, le héros, et son sidekick robot-schizo Ishi). Or, en version originale, elle nous assure que si on continue elle « will kill your dicks  » . S’en suit une belle réflexion de Grayson Hunt qui se demande bien comment c’est possible. Si elle le dit, ça doit pouvoir se faire.

D’un point de vue technique, le jeu tient le pavé sans aucun souci : pas de quoi se la raconter non plus, puisque les niveaux se composent principalement de couloirs et d’arènes – il aurait été d’ailleurs surprenant de perdre en qualité, notamment en IPS. En revanche, d’un point de vue artistique, le jeu a tendance à souffler le chaud et le froid. Certains panoramas sont tout simplement époustouflants, soulignant que les gars de People Can Fly ont su proposer des environnements à la fois paradisiaques, apocalyptiques, familiers (bars, parc d’attraction, usines…) mais toujours bien mis en œuvre branlés, avec des lignes d’horizon qui flattent la rétine. Mention spéciale à la course-poursuite avec une roue géante et à la première confrontation avec une sorte de Godzilla local énervé. Il y a un étonnant parfum d’exotisme dans Bulletstorm qui lui donne une saveur et une identité très particulières, mais en aucun cas un sentiment de déjà-vu. En revanche, on est dans le bas de gamme concernant les personnages du jeu : ils ont franchement des gueules de beauf bien faisandées et ce n’est pas non plus le bestiaire limité qui viendra rehausser le niveau.

La satisfaction démente que procure le gameplay est au cœur même du jeu. On entre alors de plein pied dans tout ce qui agite la pulpe saignante et vibrante de Bulletstorm : le jeu est au carrefour des FPS modernes (plutôt lent et rigide), et des jeux d’arcade où le scoring régnait en maître. En plus des armes conventionnelles (fusil à pompe, fusil d’assaut, pistolet, lance-grenades…) et moins conventionnelles (sniper avec balles à têtes chercheuses, lance-foreuses, lance… boules à chaînes-ceintures-explosifs ?) Grayson dispose d’un fouet qui lui permet d’activer des éléments de décor, mais surtout, d’attraper ses ennemis par le col, ce qui les maintient en vol au ralenti dans une sorte de bullet-time qui vous permet de songer à la meilleure façon d’en finir avec eux. Rajoutez une belle paire de bottes à savater du vilain punk, et la panoplie est face à vous, rutilante et soignée : une sorte de couteau-suisse géant à faire péter du score.

Les méthodes pour venir à bout des hordes d’ennemis sont pléthore et forment une symphonie destructrice dont vous êtes le chef-d’orchestre. Les ennemis peuvent être explosés, brûlés, empalés, dévorés par des plantes carnivores, vaporisés, décapités, émasculés (oui-oui), écrasés, plantés sur des cactus géants, mis sur orbite… Sachant que vous pouvez mixer tout ceci afin d’augmenter votre score de skillshots, ces méthodes de Frag qui rapportent des points et poussent sans cesse à chercher la meilleure méthode pour fracasser tout ce gentil monde. On est dans un feeling de jeu arcade pur et dur – l’habillage moderne en plus. Ce système assez génial autorise des fantaisies de gameplay bien senties, mais qui auraient pu être plus percutantes encore si le personnage pouvait sauter : et non, hélas, Grayson ne sait pas sauter. C’est un énorme regret, car cela brise la dynamique des échanges de feu et des liaisons inter-arènes. People Can Fly ? Ah ouais ? Mais pas foutus de sauter ? Tas de fainéants et branleuses.

En sus de la campagne, le mode Echo sera la zone de jeu parfaite pour qui veut s’attaquer au scoring : on peut y reparcourir certains niveaux en temps limité avec des objectifs de points à respecter pour franchir les paliers. Disons qu’une campagne coop et des niveaux plus ouverts auraient rendu le jeu limite parfait. Ce qu’il n’est pas. Mais limite.

 

Bulletstorm est un excellent compromis entre FPS énervé et jeu d’arcade. Ses panoramas exotiques, son ambiance bas du front, et ses dialogues fleuris en font un met de choix pour tout amateur de série B (voire pour tout zédard). Bien sûr, ses carences sont bien réelles, mais elles n’entachent en rien le plaisir de jeu : attraper un ennemi au fouet, lui broyer les valseuses, et l’envoyer exploser dans la stratosphère pendant qu’on vaporise le crâne de son pote punk à chien, ça n’a pas de prix. C’est dynamique, fendard, coloré, ça sent la semelle de godasse chaude et les films d’action burnés des années 80 : la jouissance totale.

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A propos de l'auteur : Etienne Navarre

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