Mount And Blade : Warband

Mount And Blade : Warband

J’enchaîne cette critique après celle de Forza Horizon 3, car oui, il est possible de jouer en même temps à un jeu magnifique, et à un jeu très laid, et ce sur la même machine. Pourtant, Mount And Blade est tout aussi bon, juste différent… Non, c’est pas mon fils, mais vous connaissez ce syndrome : même si le gosse est immonde, les parents vont dire qu’il est superbe. Mais ici, très honnêtement, Mount And Blade : Warband, c’est un gros fantasme qui devient une réalité. Vous ne vous êtes jamais dit « Oh j’aimerais bien un jeu où on commence paysan, on monte sa troupe, on rempli des missions pour avoir plus de moyens et faire de grosses batailles, avant de devenir roi et gérer un royaume  » . Bah tu sais quoi mon petit bonhomme, la seule chose qui te sépare de ce fantasme, c’est une réalisation globalement infecte et du courage, parce que Mount And Blade : Warband, c’est génial.

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En ce moment, je suis dans une période difficile. Paradoxalement, les jeux vidéo auxquels je m’adonne, ou voir quelqu’un s’adonner avec passion (… j’ai joué environ vingt cinq heures au titre, et vu mon frère y jouer des centaines) me satisfont à un très haut point. Voir un jeu comme ça sur console, c’est plus parlant que toutes les promesses de la branche Xbox : amener le jeu vidéo PC à être jouable dans son salon, sans avoir à se soucier des problèmes de compatibilité et toute cette merde. Jouer à Mount And Blade dans une version optimisée, propre, c’est déjà énorme. C’est même immense, car il y a cinq ans de cela, c’était inconcevable. Maintenant, il faut aussi le dire : c’est assez triste, mais le portage s’arrête à un soin technique, car niveau ergonomie, le jeu est aussi infect que sur PC, peut-être même pire.

Mais parlons d’abord de la victoire de ce jeu. Ils ont réussi à créer un univers médiéval crédible et gigantesque, dans lequel le joueur a un impact significatif, et ce, sans histoire pré-écrite, si ce n’est à peine quelques quêtes aux objectifs procéduraux et un monde de possibilités. Vous pouvez incarner qui vous voulez dans le monde impitoyable du jeu, qui peut prendre des allures de Game Of Thrones tant les intrigues politiques se complexifient à vitesse grand V dès lors qu’on y est impliqué. Car, devenir puissant militairement, c’est aussi acquérir des responsabilités diplomatiques, surtout si vous comptez fonder un royaume indépendant sur les cendres et les cadavres des anciennes factions. Vous pouvez vous contenter d’être vassal, ou même mercenaire à la solde d’un roi afin de ne connaître que la gloire des batailles, mais la rémunération sera minimale et la reconnaissance faible. Mieux vaut assumer d’être supérieur aux autres avec moins de moyens, et faire face seul pour s’en tirer avec de maigres richesses, mais néanmoins solides et permettant d’étendre sa sphère d’influence.

Car, Mount And Blade n’est pas un jeu de batailles médiévales, c’est de la gestion, de la stratégie, de la diplomatie, du commerce. C’est un jeu monde qui n’a pas besoin de beaux graphismes pour retranscrire sa brutalité et sa subtilité. Il est tout ce que l’on peut demander à un jeu, si l’on omet de demander à ce qu’il soit beau, parce que Mount And Blade : Warband ressemble a s’y méprendre à un jeu de septième génération… de début de septième génération. Ce prix visuel amène cela dit une fluidité en toute circonstances sur console, avec des batailles qui délivrent tout de même un potentiel visuel spectaculaire ; voir soixante bidasses gravir une échelle pour défaire soixante abrutis massés sur une muraille et tentant de nous repousser, c’est franchement la grande classe.

Et en toute circonstances, le jeu arrive à être suffisamment sobre et épuré pour ne pas être hideux à regarder. Ce n’est juste pas à la page du tout, mais on l’accepte lorsqu’on comprend à quel point on y gagne. On arrive même à être surpris de certaines modélisations de bâtiments vraiment réussies. Mais Mount And Blade n’est jamais plus beau que lorsque l’on mène la charge vers l’ennemi, et que l’on traverse l’adversaire de part en part, fauchant les âmes comme une créature infernale. Quelle majesté ! D’autant que (… les autres jeux devraient en prendre de la graine) les temps de chargement sont très courts, presque instantanés, et le jeu tient sur… un giga et demi. Un giga et demi quoi ; c’est juste plus de soixante fois moins que le poids d’Halo 5 !

Non, le pire prix à payer pour la liberté de jouer un rôle parmi tant d’autres dans ce véritable bac-à-sable, c’est accepter une interface qui sort tout droit des enfers, tout autant inadaptée au PC qu’aux consoles. Mount And Blade : Warband est sans doute une preuve que l’on peut accepter beaucoup par amour. La navigation dans les menus est un calvaire, les informations à l’écran minimalistes, et, globalement, le jeu n’est que peu didactique. Les joueurs les plus allemands parmi nous accueilleront cette nouvelle avec le sourire d’un amateur de Gothic, tandis que les plus pressés lui tourneront tout simplement le dos (… et on les comprend). La maniabilité est du même acabit, sauf qu’elle peut être maîtrisée ; il a été très amusant de voir mon frangin souffrir le martyr à ses débuts, avant de découper la piétaille par paquet de dix comme un monstrueux charcutier. On regrette l’absence de démembrements. Vous craignez les gars !

Nan, ce qui est vraiment hallucinant dans Mount And Blade, c’est les sièges. Putain, les sièges ! Vous vous souvenez surement de chaque siège vécu dans les jeux vidéo comme des moments où les paillettes essayent de camoufler les contraintes techniques des jeux, afin de rendre crédible une phase où l’on ne se bat que dans un espace réduit en repoussant des vagues ennemies ? Dans Mount And Blade, on assiège vraiment, et on défend vraiment dans des mêlées sauvages, dans des courses folles sous les traits ennemis, dans la traque des derniers survivants dans la cour d’un château. Mount And Blade, c’est ce formidable cri de victoire que l’on pousse lorsque l’on perce la défense ennemi, et que l’on voit ses hommes pénétrer l’enceinte en poussant des hurlements bestiaux.

Mount And Blade, c’est faire évoluer et personnaliser son héros, ses hommes, et en particuliers ses compagnons, pouvant devenir les Seigneurs des villes que vous leur offrirez. Parfois, ils s’exprimeront. Mécontents ou satisfaits, ils feront preuve de défiance, de jalousie, se chamailleront ensemble. Il est toujours drôle de voir un simple mercenaire sans histoire, endurci par les batailles, devenir plus attachant que beaucoup des personnages d’un Bioware par la force du gameplay et la magie de l’aléatoire. Non, quoi que Mount And Blade inflige au joueur, il le récompense par des émotions et sentiments uniques, qui nous font dire que, oui, nos rêves de gosses n’étaient pas inconcevables en jeux vidéo, juste terriblement difficiles à mettre en œuvre sans concessions.

Et Mount And Blade, c’est des concessions pour parvenir au bonheur. C’est accepter une mise en scène absente, une histoire uniquement contextuelle, une maniabilité lourde et une difficulté cruelle pour s’offrir le royaume du fantasme. Un royaume où l’on se sent chevalier, tacticien, homme d’affaire, et politique, tout en étant loin d’être infaillible, même au meilleur de soi. Devenir esclavagiste est possible, protecteur d’un roi aussi, vassal, seigneur, roi, conquérant, marchand, mercenaire, pillard… Qu’importe à qui va votre allégeance, à vous, comme au dominant ou au dominé, Mount And Blade ne vous fera jamais mourir, mais vous condamnera pour la défaite. Il faudra assumer que devenir un homme de pouvoir ne se fait pas sans attiser la haine des autres. A vous de voir, et c’est là-dessus que Mount And Blade est grand : il a confirmé ce qui pour moi devrait être un vrai jeu de rôle.

Des choix, des conséquences, un impact significatif sur l’univers, de la personnalisation, de la politique, des personnages pouvant être hauts en couleur, une histoire qui se raconte au fil du jeu et non au fil d’une cinématique. Un univers riche, crédible, vivant, qui se renouvelle par de nouvelles alliances, de nouveaux conflits, la disparition de certains royaumes, des banquets, des mariages, des trahisons… Être acteur au milieu de cela est un plaisir fou, qui n’a pas encore d’élément de comparaison dans le jeu vidéo moderne.

Au niveau des regrets, plus que des reproches, on peut citer une absence totale de doublage qui peut vraiment déplaire, car les textes ne sont pas si mal écrits et auraient mérité d’être interprétés. On pourra aussi pointer du doigt une traduction légèrement en retrait dans certains cas, ou encore la répétitivité de certains textes qui reparaissent souvent. Non, le plus gros reproche est à adresser aux musiques, peu nombreuses, très envahissantes, qui m’ont convaincu de baisser le volume, voire de bénir le silence lorsque mon frère joue car il a tendance à jouer à bas volume. On pourra aussi citer des éléments de gameplay qui manquent clairement de maîtrise, comme conduire du bétail à bon port, ou la visée chaotique à l’arc, ou encore ce mode première personne qui ne fonctionne que peu. On pourra aussi dire que les environnements manquent globalement de soins, que l’on aurait apprécié des intempéries plus fréquentes, que les rares bugs de la version console aient été traqué. Mais est-ce que tout cela pèse sur l’appréciation du titre ? Peu, car dans la balance, il y a aussi le seul fait que Mount And Blade est désespérément seul dans son genre, le faisant de facto le meilleur de sa catégorie. Mais comme vous avez pu vous en rendre compte, ce n’est pas parce qu’il est le seul qu’il se contente de faire le taff.

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J’ai rarement été aussi agréablement surpris par un jeu aussi obscur et intransigeant. Tous ceux qui ont un jour fantasmé d’être un chevalier dans la cour de récréation, en se livrant à des joutes à l’épée fictive avec les copains, doivent garder une place dans leur emploi du temps pour Mount And Blade. Même le poids des années n’enlève pas le plaisir de jeu, et sa laideur de notoriété connue à son époque ne choque pas plus aujourd’hui. Il est de ces titres qu’on ne lâche pas quand vient un nouveau jeu entre nos mimines, et tant que Mount And Blade II : Bannerlord ne sera pas sorti, sur console, il y aura toujours un Warband pour nous tenir occuper des heures et des heures durant. Un chef d’œuvre, malgré l’aspect brut de sa réalisation qui reviendra fréquemment hanter nos machines et nos écrans…

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Rédacteur de Loutrage aimant le jeu vidéo dans tous ses pluriels et appréciant tout particulièrement réfléchir sur le média.

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