Assassin’s Creed Odyssey

Assassin's Creed Odyssey

Assassins Creed’s Odyssey est un jeu exceptionnel selon la plupart des membres de la presse vidéoludique, un jeu excellent, une vraie odyssée prenant la suite de Origins qui avait été le renouveau de la licence. Je dois dire que j’étais plutôt chaud comme la braise d’y jouer, parce que j’avais bien aimé Origins, et après tout, prendre une dose de plus de quelque chose que j’aime, c’est cool. Mais après trente heures sur Odyssey, j’en ai marre, je me force. Et cette dissonance entre moi et l’encensement général du reste du monde par rapport à ce jeu me pose question. Pourquoi je ne ressens pas le plaisir que les autres peuvent ressentir, ou même ce que j’ai pu ressentir face à Origin que j’ai terminé après soixante heures? Faisons l’analyse d’une déception plutôt inattendue.

 

Les graphismes sont somptueux et rendent parfaitement l’idée d’une méditerranée pure avec un environnement à peine touché par l’activité humaine. Vous savez ma passion sans fin pour le contemplatif, et le jeu permet ce genre de contemplations face à des paysages colorés, combinés à un sound design de très bonne facture ; le bruit des vagues, le chant des oiseaux, le bruit du vent, c’est une expérience sensorielle convaincante. Si seulement on avait les odeurs, ce serait génial et je n’y jouerais que pour ça.

Comme d’habitude avec les jeux Ubisoft, le monde manque de vie et de naturel : il y a très peu d’humains, même à Athènes, supposée être le centre du monde à l’époque du jeu. Il y a cinq pouilleux qui se battent en duel sur la place publique, ça ne grouille pas de vie, comme dans un jeu tel que The Witcher, qui lui parvient à rendre une illusion de vie, une illusion d’un monde qui respire sans nous. Ici, les gens vous attendent, ont des micro-routines (ils vont dormir), vont de droite à gauche à pas très loin, et puis c’est tout. Ubisoft ne se cache pas, c’est un parc d’attraction qui est là pour vous ; il y a tellement de choses à faire que le reste, comme la cohérence du monde et des gens autour, est oublié car on est noyés sous les quêtes et trucs à faire.

Le design du monde reprend trait pour trait celui d’Origin : un monde immense, divisé en zones qui demandent chacune un niveau de joueur minimum. La nouveauté étant que le niveau minimum augmente avec le joueur, permettant de revenir sur d’anciennes zones afin de finir les quêtes et avoir quand même un défi. Si je comprend l’intérêt d’un tel système, c’est-à-dire maintenir un défi constant, il y a un problème : ça réduit le sentiment de montée en puissance. C’est le problème quand on fait un monde trop grand pour le joueur : il y a tellement à faire qu’il va progresser trop vite par rapport au contenu disponible. Il aurait mieux valu augmenter le level cap et avoir une meilleure répartition des zones. Mais on reparlera du leveling

On atteint un point qui me pose problème : le monde est trop grand. Vraiment, je ne saurais vous rendre le sentiment que j’ai face à ce monde tellement grand, avec tellement d’îles, chacune possédant ses propres quêtes et lieux d’intérêt. Rien que d’imaginer devoir tout visiter me donne le tournis. Si le jeu avait un monde plus dynamique, j’aurais probablement moins ce sentiment de solitude face à l’immensité, ce qui peut être reposant mais aussi terriblement décourageant. Si vous adorez refaire ad nauseam des quêtes fedex pour des gens random sur chaque île, c’est génial. Moi, j’en peux déjà plus, et je n’ai fouillé qu’un tiers du monde disponible. Plus ne veut pas dire mieux. Si Ubisoft pouvait revoir à la baisse ses ambitions de grandeur, afin de permettre de travailler et soigner plus longtemps chaque partie du monde pour en faire un monde unique, ça aiderait grandement la licence.

Le farm est omniprésent dans le jeu d’un bout à l’autre, et sans déviation de la formule. Je pense qu’Ubisoft a vraiment planché sur un équilibre parfait entre répétitivité de la tâche et plaisir de progresser. Odyssey est une gigantesque carotte et le joueur est le petit âne. C’est une mécanique de « effort pour gain » qui fonctionne pour tout le monde à divers niveaux. Certains vont aller au bout, boostés par la carotte et la progression fluide qui t’amène toujours vers du mieux. D’autres vont s’arrêter à la moitié.

Je vais être honnête : je commence à ressentir une grosse lassitude à refaire les quêtes encore et encore, des quêtes qui se ressemblent, tout ça pour un meilleur loot ressemblant quand même à ce que t’as déjà eu précédemment. Améliorer son bateau ou son personnage prend des heures et des heures ; vous en aurez pour votre argent et selon votre résistance, vous y trouverez éventuellement du plaisir. Pour ma part, je ne vois qu’un ensemble de sac à XP qui permet de passer des zones inaccessibles, d’autant que l’expérience est particulièrement lente à progresser à partir du niveau 15, au point que ça en devient risible. Après, je n’ai probablement pas une routine optimisée (= jouer pour gagner un maximum d’XP à la minute), mais je ne devrais même pas y penser dans un jeu de ce style ; faire quelques quêtes devrait suffire à progresser de manière fluide. Mais non, dans Odyssey, le secondaire devient principal, parce que sans les quêtes secondaires, vous ne parviendrez pas à leveler suffisamment. Ridicule.

Sinon, vous pouvez acheter des micro-transactions de boost d’XP. Certains articles disent même que le jeu est plus agréable avec, et il semblerait que les reviewers en ont reçu un d’office et de manière permanente afin de rendre la progression moins rêche. Et c’est ce qui me fait le plus chier dans tout ça : ça pue la micro-palpation dans un jeu à 60 €, et PERSONNE n’en parle ! Ça y est les éditeurs ont réussi leur coup: les micro-transactions sont acceptables dans un jeu à 60 € tant qu’elles ne sont pas trop invasives. Alors, elles ne le sont pas, mais quand même, on est un peu tenté au bout d’un certain temps d’en prendre une pour aller « plus vite » . Victoire pour Ubisoft, je serais curieux de voir combien de personnes en ont acheté…

Les combats sont maladroits avec une rigidité dans les coups, tandis que les esquives laissent parfois perplexes quant au « pourquoi je t’ai pas touché, là ? » ou au « mais d’où tu te téléportes pour me toucher, toi ? » . Compétences qui sont rigolotes et donnent un bon sentiment de puissance. Le culte est le grand méchant que vous devez éliminer : un ensemble de membres se ballade dans le monde, et si vous tombez dessus, vous pouvez les éliminer sans préambules. C’est bien, c’est organique, ça fait moins artificiel que dans les précédents jeux, bien qu’il y ait malgré tout une limitation : les chefs ne sont dispos qu’après avoir tué les lieutenants.

Vous pouvez utiliser votre bateau pour naviguer, sauf que les combats sont gonflants, mous, et un poil longs ; c’est quand même plus amusant lorsqu’il y a des canons sur le bateau. Par contre, niveau contemplatif, avec une mer magnifique et une distance de vue lointaine, c’est magnifique et très reposant, d’autant plus que les marins chantent en grec, ce qui donne un petit cachet agréable. Pour le scénario, OK, Kassandra est cool, et ça fait du bien de pouvoir la faire devenir ce que l’on souhaite ; perso j’en ai fait une sans-cœur frigide, parce que, oui, vous pouvez coucher avec la moitié de la Grèce (… sans rien montrer bien sûr ; on est pas dans The Witcher ici).

Les choix ont bel et bien un impact, mais il faut s’accrocher pour passer les quinze premières heures où il ne se passe pas grand chose. Le problème est que vous êtes connu de tous (vraiment de tous), mais qu’on va vous demander de faire les courses pour le voisin et ce, quasi constamment. Vous êtes un guerrier légendaire, presque un demi-dieu, mais parce qu’il faut justifier le farm et la progression, vous avez des demandes d’une banalité sans nom. Tout comme le scénario qui part encore sur une histoire de vengeance et de gens-morts-mais-pas-vraiment-morts.

 

Si l’Odyssée d’Ulysse avait été de passer d’île en île, de tuer des centaines d’ennemis pour devenir plus fort, et de ramasser du meilleur matériel, on aurait la meilleure représentation d’une Odyssée. Sauf que, à force, Ulysse en a eu marre et est rentré chez lui en disant : « Putain, je me casse, c’est trop tout le temps la même chose, j’ai trop le seum » . Pourtant, on a envie d’avancer, comme un automate, parce que le jeu vous donne toujours un objectif proche que « Allez, je peux faire ça avant de m’arrêter » , et au final on y a joué trois heures. Mais malgré tout, ma progression est bien trop lente et répétitive, et je refuse d’acheter un boost, même si c’est ce que je devrais faire, parce qu’apparemment je suis moins résistant que la moyenne au farm. En termes d’heures de jeu / prix, c’est un bon achat, mais en termes de plaisir de jeu, au bout d’un moment, je suis gavé ; la moitié de la Grèce restera terra incognita parce que, décidément, j’ai autre chose à foutre.

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A propos de l'auteur : Ziltoledodo

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Un piaf qui ouvre son bec sans style et avec humour (niveau CE1 maximum)

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