Batman : Arkham City

Batman : Arkham City

Après avoir longuement hésité à mettre Arkham Asylum dans la sainte chronique des intouchables, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai relancé sa suite : City. Alors que l’on soit bien clair, mon premier contact avec le titre date de fin 2012, un an après sa sortie, et le jeu de Rocksteady ne me parlait alors absolument pas du tout. Désormais, via la collection Return to Arkham et mon assez violent coup de coeur pour Asylum, je me sentais d’attaque pour retenter l’aventure. Grand bien m’en a pris, même si cette fois le constat ne sera peut-être pas aussi positif, il faut dire que l’asile d’Arkham était une aventure dense et unique, alors que la ville en elle même est sans doute un peu trop vaste.

 

Parce que je suis (parfois) un flemmard, je vous renvoie à la critique de Batman Arkham Asylum pour de plus amples détails sur le système de jeu. Ah, et je vous renvoie sur la critique de Batman Arkham Knight pour lire la plume de cet enfoiré de Gelukpa qui m’a empêché d’écrire sur la trilogie complète des Batman Arkham de Rocksteady. Des bisous au cyanure à lui.

 

Mais, trêve d’introduction. Parlons du jeu en lui-même. Pour ce qui est de la réalisation graphique, il faut bien dire les choses : ça a une méchante gueule, et difficile de ne pas être impressionné par un monde ouvert assez vaste et pourtant dense, qui s’efforce d’être visuellement plus chargé que l’asile d’Arkham. Plus grand, plus beau, plus ouvert, c’est ainsi que Rocksteady a vu les choses pour cette suite qui donne un peu plus d’espace afin de respirer un air pourtant toujours aussi vicié. Car pour mon plus grand plaisir, l’ouverture du level design n’enlève pas la claustrophobie et la poisse qui se dégage des environnements, un gros travail a été fait pour faire varier le visuel tout en conservant le malaise ambiant.

L’univers de Batman est donc parfaitement retranscrit, d’autant qu’une nouvelle fois, le casting invoqué est particulièrement délicieux, et force le respect par la créativité dont fait preuve le studio pour être à la fois fidèle au matériau de base, mais aussi imaginatif pour le renouveler. On regrettera par contre un framerate désespérément figé aux trente images seconde sur Xbox One X et PS4 Pro ; les machines pourraient pourtant offrir le double, et on sent que le jeu ne les met jamais en difficulté. D’autant que la résolution n’est guère élevée, à peine un timide 1080p. Bref, on savait que le remaster était de médiocre facture, mais si au moins on avait pu dégoter en route un mode performance désactivant ce foutu cap à trente images… Bref.

Autre point toujours agréable en termes de réalisation : bruitages, doublages, et musiques sont une fois encore à la hauteur des attentes. Les affrontements se déroulent toujours aussi bien, et chaque bruitage est calé là où il a besoin de l’être, tandis que la puissance physique de Batman prend tout son sens lorsque l’on colle une patate de forain dans les chicots d’un détenu d’Arkham. Nick Arundel à la baguette, c’est l’occasion aussi de signer une bande-son particulièrement efficace, sombre, épique, emprunte de l’atmosphère de l’univers de Batman. Le thème principal est d’ailleurs selon moi particulièrement remarquable, car à l’instar de ce qu’a fait Hans Zimmer pour Batman VS Superman, on reconnaît assez bien le protagoniste dans ce dernier. Si Zimmer devait faire coller sa musique à un Bruce Wayne en peine, sombre, désabusé, et en proie à une rage dévorante, c’est bien la détermination et le courage face à l’adversité qui ressorte du thème de Nick Arundel :

Nick Arundel, Batman Arkham City : Main Theme

Donc, côté réalisation, on est pile dans ce que l’on est en droit d’attendre d’une suite à plus gros budget que son prédécesseur. Du mieux partout, du plus là où il en faut, sauf qu’Arkham City a quelques torts, et ils ne se trouvent pas forcément là où on pense. Si le gameplay à base d’enquêtes basiques, free flow et voltige est conservé, le dosage est très différent. Déjà, vous serez beaucoup plus en train de planer et de vous déplacer dans la ville que dans l’asile, ce qui est somme toute logique. Problème : entre deux lieux intéressants, il y a désormais de nombreux endroits dépourvus d’intérêt, ou d’un intérêt très relatif. Eh oui, devenir un open world, même limité, c’est céder au rythme plus étalé et à une narration moins dense. Pour cela, Rocksteady a disposé en ville beaucoup de petites énigmes et missions secondaires, comme autant de distractions qui permettent d’apprécier les dialogues entre les badauds rodant dans les ruelles.

Ces discussions, innocentes dans un premier temps, contribuent finalement à une narration non-linéaire, mettant en scène la progression de l’histoire, et surtout la guerre de gangs qui se livre dans les rues d’Arkham. Une belle idée qui, finalement, réduit significativement la sensation que le jeu nous impose des allers-retours. Malheureusement, dès que l’on se prend à vouloir résoudre toutes les énigmes et quêtes secondaires, si la durée de vie du jeu double par rapport à son prédécesseur, son rythme s’en trouve très fortement atteint. Alors, oui, au moins, Rocksteady essaye de varier un peu ces activités, mais il n’en reste pas moins que le jeu ne s’avère passionnant que dans ses missions principales. Et là encore, moins que son prédécesseur. Dû à sa structure plus ouverte, les environnements cloisonnés dans lesquels l’histoire avance la plupart du temps sont rarement à la hauteur des lieux de l’asile d’Arkham en termes de level design.

Tout est un peu plus plat et mécanique que par le passé, moins surprenant, jusque dans des boss pas bien inspirés. Dommage, car Arkham City a d’excellents moments, et profite de l’occasion d’une suite pour offrir des affrontements plus techniques et variés. Aussi, le système pour se déplacer en ville est assez grisant, vu que l’on a l’espace pour pleinement l’exploiter désormais. Le tout s’avère finalement très proche du feeling de son prédécesseur, mais avec moins de folie, et surtout, beaucoup plus de moments « creux » . Nous sommes d’accord : il est nécessaire d’avoir des moments où la tension redescend lorsque l’on raconte une histoire ou rythme un jeu vidéo, mais là, c’est trop souvent le cas. Mon conseil pour apprécier Arkham City à sa juste valeur, c’est d’ignorer le plus possible le contenu annexe et collectibles pour se concentrer sur la sève : l’histoire principale, qui, pour le coup, s’avère surprenante et vraiment intéressante.

 

C’est donc une nouvelle recommandation que je donne à ce Batman Arkham City après l’excellent Asylum. Bien sûr, il s’avère moins mémorable, et on aura de nombreux reproches à faire à ce qu’impute sa structure en termes de rythme étalé et de séquences moins marquantes, mais force est de constater que la formule ne se prête pas mal du tout à l’open world. En se contentant d’un espace vaste mais réduit par rapport à la concurrence, Rocksteady arrive à un équilibre permettant de contenter le public amateur d’aventures denses et linéaires (en se contentant de l’histoire principale), et le public plus explorateur. Reste à savoir si la formule fonctionne aussi bien une seconde fois avec Batman Arkham Origins. Bah oui. Arkham Knight a déjà été critiqué sur ce site. T’entends Gelukpa ? Je vais t’apprendre à me piquer des articles, non mais !

Tags

A propos de l'auteur : Marcheur

Avatar

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

0 Commentaires sur “Batman : Arkham City”


Connectez-vous pour laisser un commentaire

Derniers commentaires

Aller à la barre d’outils