Denis Masséglia (Assemblée Nationale)

Denis Masséglia (Assemblée Nationale)

Toujours à la pointe de l’innovation, Loutrage inaugure sa toute première interview… en vouvoiement. Ouais, on a les innovations que l’on peut. Vous retrouverez donc ci-après l’interview du député Denis Masséglia, non pas pour parler de politique politicienne (ça m’en touche une sans faire bouger l’autre), ni même pour parler des gilets jaunes (bis), mais pour parler de jeux vidéo. Eh ouais, pas la peine de me jeter des cailloux ; faut avoir le sens de la mesure dans la vie… Le monde peut imploser tranquillement, tant que je peux satisfaire ma curiosité. Hmm. Alors, cette retranscription…

 

Hello !
Bonjour

Est-ce que vous pourriez vous présenter en quelques mots ?
Denis Masséglia, député de la cinquième circonscription du Maine et Loire, qui regroupe Cholet et les villes autour sur un rayon de vingt kilomètres ; c’est une commune plutôt rurale. Je suis député depuis 2017, et je suis nouveau en politique. Avant je travaillais chez THALES en tant que ingénieur Arts et Métiers. Je travaillais en journée chez THALES. Le soir et le weekend, je travaillais sur un projet d’auto-entreprise de vente et de réparation de jeux vidéo d’occasion, ce qu’on appelle du retrogaming.

Dont une partie de dézonage…
Exactement. Le dézonage, pas dans l’objectif de pouvoir utiliser des consoles avec des jeux d’autres régions du monde, mais dans le cas précisément de la NES, la puce concernée posait des problèmes en créant un bug avec le temps ; quand on appuyait sur le bouton d’allumage, l’écran restait noir. Le but c’était donc de rendre la NES pérenne dans le temps avec des jeux européens. Je suis prêt à faire un petit tuto « Comment dézoner une NES » (rires).

C’était quoi ? Juste remplacer une puce ? L’enlever ?
En fait, c’était juste une des pattes de la puce qu’il fallait sectionner. L’avantage avec internet, c’est que toutes les informations sont dessus et que ça donne beaucoup de possibilités. J’en profitais aussi pour les nettoyer et enlever l’oxydation. A part ce problème de puce, c’est du matériel qui dure dans le temps, incassable. Sur les trente ou quarante consoles que j’ai ouvertes, il n’y en a qu’une seule que je n’ai pas réussi à remettre en état ; la personne semblait avoir versé son coca dessus et je vous laisse imaginer l’état des circuits imprimés. Maintenant, c’est plus fragile et ce sont surtout les lentilles de lecteurs de CD qui vieillissent beaucoup moins bien.

Et vous jouiez plutôt à quels jeux ?
Si on fait un peu l’historique, la première console que j’ai eue personnellement, c’était la Game Boy. J’ai passé beaucoup de temps sur Tetris, comme beaucoup de gens de ma génération. Je parle de la première Game Boy, celle qui pesait une tonne avec quatre piles ne durant que quelques heures seulement. Tous les parents râlaient parce que l’on consommait beaucoup de piles ; ils ont tous acheté les chargeurs de piles. Après, j’ai eu la Super Nintendo sur laquelle j’ai pas mal joué en étant jeune, à la période du collège / lycée, avec des jeux standards, du genre Street Fighter 2, comme tout le monde…

Starfox ?
Un peu, mais je n’étais pas trop fan de ce type de jeu. J’ai toujours été RPG… Zelda : A Link To The Past, sur lequel j’ai passé un peu de temps. Les jeux à l’époque n’étaient pas si faciles à appréhender : soit j’étais jeune et il me fallait un peu de temps pour les maîtriser, soit maintenant les jeux sont plus rapides à finir, même si l’univers est beaucoup plus large et qu’on peut le fouiller. A l’époque, il y avait moins de capacités d’aller à gauche ou à droite mais la fin du jeu était beaucoup plus loin. Pour ceux qui y ont déjà joué, je m’en rappellerai toujours : il y avait trois donjons principaux sur Zelda : A Link To The Past, j’arrive sur la fin du troisième donjon, tout content d’avoir fini la map et d’être arrivé à la fin. Je tue le dernier boss, et paf ! On passe en mode ténèbres avec sept nouveaux donjons qui arrivent. Pas d’internet pour nous dire comment ça allait se passer, alors ça m’avait fait une grosse impression.

A l’époque, on avait beaucoup cet aspect « découverte », d’exploration des possibles, tant au niveau des joueurs que des développeurs, alors que de nos jours la tendance est plutôt au copier / coller…
Exactement. Je me rappelle que j’avais un copain de classe qui avait fini le jeu avant moi. Des fois j’étais bloqué, je discutais avec lui « Tu te rappelles à quel endroit ? Comment on fait ? … ». Il essayait de m’expliquer, mais parfois on ne se comprenait pas, donc le soir ou le lendemain, en fonction des moments où je jouais – mes parents ne me laissaient pas tout le temps jouer – j’essayais de comprendre, puis je revenais vers lui.

Maintenant, on fait www. , on tape la question et on a la réponse de suite. L’approche est différente, et je ne dis pas que c’est mieux ou moins bien ; le contexte était différent, parce qu’il y avait beaucoup moins de joueurs. On était une petite minorité au collège à échanger sur ces jeux-là, alors que maintenant je pense que la petite minorité ce sont ceux qui ne jouent pas à Fortnite ou autre. Les choses ont énormément évolué, en une génération finalement.

J’ai beaucoup joué à Dragon Ball : La Légende Saïen aussi. C’était un jeu de combat, comme Street Fighter 2, mais avec un peu plus de technicité ; il y avait les coups cachés, pas mal de combos possibles, la capacité de renvoyer les Kamehameha. Beaucoup plus de possibilités et puis je fais un peu partie de cette génération TF1 où on a tous regardé Dragon Ball. Le jeu était associé si je puis dire.

Après, j’ai fait un peu de PS1, avec Final Fantasy VII, comme beaucoup, mais je ne l’ai pas fini, parce que j’étais au lycée et que je n’avais pas le temps. J’étais interne et en plus de ça je travaillais pour payer en partie le lycée, donc je manquais clairement de temps. En parallèle, avec un copain, j’avais commencé à monter mon PC. Acheter un processeur à gauche, une carte mère à droite, d’occasion ou pas en fonction des différentes possibilités qu’on pouvait avoir et j’avais réussi à monter un PC pour pas trop cher, avec une qualité tout à fait… discutable, mais l’essentiel était que ça pouvait tourner.

On faisait des fois le weekend des réseaux. A l’époque, ce n’était même pas du RJ comme aujourd’hui, c’était encore avec du câble BNC ; deux heures de paramétrage en espérant pouvoir mener une partie jusqu’à la fin. Beaucoup de bricolage, beaucoup d’apprentissage sur tout ce qui est PC. Je compare souvent avec la génération de mes parents ; eux bricolaient les voitures, nous c’est plutôt les PC.

Ça développe la débrouillardise des plus curieux.
Exactement. Avec le processeur, on utilisait un petit crayon pour l’overclocker, afin de créer un lien entre deux pin. Ça permettait de passer de 300 à 325 Mhz, ce qui ferait rire aujourd’hui, mais pour nous, ça pouvait apporter un peu plus de puissance à nos PC. Et sur ce PC là, on jouait beaucoup à deux jeux : un FPS (Unreal Tournament) mais j’étais mauvais, et puis surtout un autre jeu sur lequel j’ai beaucoup joué, qui s’appelle Total Annihilation de Cavedog. Un super jeu, vraiment, qui est un peu les prémisses ce qui a pu être fait par Warcraft 3, sur lequel je suis ensuite passé, comme beaucoup. Pour notre génération, c’est un jeu qui faisait partie du passage obligé pour tout joueur de jeu vidéo PC qui se respecte.

En 2005, je finis mes études et enfin j’ai les salaires qui arrivent. Du coup, je bricole un PC un peu plus puissant, et pour la première fois de ma vie, j’ai une connexion internet. Avec cette dernière, après Warcraft 3, la logique : World Of Warcraft, où j’ai passé environ cinq années à des niveaux fluctuants, soit en mode casu, soit un peu plus en mode hardcore gamer. J’étais rentré dans une des meilleures guildes françaises, principalement sur la deuxième extension Burning Crusade, où on faisait pas mal de raids. Par contre, j’ai toujours privilégié ma vie professionnelle ; j’étais à l’heure au travail, et je partais après l’heure normale. Je pense qu’il faut bien mettre en avant que ce n’est parce qu’on joue aux jeux vidéo qu’on est forcément désocialisé ; ce n’est pas parce qu’on fait du MMORPG qu’on ne va plus travailler, qu’on ne se lave plus, qu’on ne fait plus ses devoirs, ou autre…

Faut savoir gérer ses excès (← #faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais : ndlr)
Oui, il y a des personnes qui ont des excès sur la présence devant l’écran, et il faut faire attention à ça. Il ne faut pas dire que ça n’existe pas, et inversement, il ne faut pas dire que les joueurs de MMORPG sont des personnes désocialisées.

Et maintenant, vous avez toujours le temps de jouer ?
J’essaye de jouer quand je peux, mais dans une approche qui est différente de celle dont je parlais tout à l’heure ; je commençais ma vie professionnelle et j’avais un peu de temps. Maintenant, quand je joue, c’est dans le cadre familial, c’est à dire le dimanche quand on a un peu de temps avec les enfants, on fait une partie ensemble. Aujourd’hui, le jeu vidéo est rentré dans les familles comme un outil de partage du temps. A l’époque on se mettait devant la TV pour se mater un film, à être d’ailleurs un peu passif en face d’un écran sans rien dire…

Et les parents ne jouaient pas forcément avec nous non plus.
Voilà. Aujourd’hui, on se met avec des manettes – mais pas que, puisqu’on a Kinect et la Switch à la maison. On est ensemble, on joue ensemble ; c’est vraiment le jeu vidéo dans l’échange et dès le début. Le jeu vidéo a cette capacité d’interaction que n’a pas la télévision, sans l’opposer pour autant ; sur un film, l’échange se fait plutôt après, plutôt que pendant.

Et qu’est-ce qui vous a poussé à devenir député, alors que vous bossiez chez THALES ?
Je suis quelqu’un de très curieux et très intéressé par ce qui m’entoure et la politique en fait partie. Mais aussi à la fois déçu. Comme beaucoup de français, j’ai des convictions, je regarde ce qu’il se passe, et je n’avais pas l’impression d’être représenté par des gens qui vivaient la même chose que moi. Ils paraissaient parfois déconnectés et poussaient des visions sociétales qui ne me convenaient pas. J’ai toujours voté, mais durant les dernières années, que ce soient les élections présidentielles de 2007 ou 2012, j’ai voté blanc, parce que les projets, les programmes, les argumentations qui étaient mis en avant ne me convenaient pas ; ça ne semblait pas être dans l’attente de ce que je souhaitais.

J’ai trouvé en Emmanuel Macron, même avant qu’il ne lance son mouvement, quelqu’un de différent. Je me rappelle d’une émission qui mettait en avant une de ses réactions par rapport à une député qui s’appelle Jacqueline Fraysse, en lui disant « Madame, on discute ensemble, on est d’accord, et là dans l’hémicycle, dès qu’il y a les caméras, vous dites autre chose. C’est difficile de travailler comme ça, et il faut sortir d’une position dogmatique, d’avancer pour les citoyens plutôt que de préparer les prochaines élections ». Et là je me suis dis qu’il y avait enfin quelqu’un qui pense comme moi, ce qui est d’ailleurs assez étrange puisque je suis plutôt issu d’une famille de droite.

Intellectuellement, il y a eu pour moi une petite difficulté, avec une éducation gaulliste de droite, et ce n’était pas naturel d’aller vers lui. Quand on est jeune, même lorsqu’on a ses convictions, on est quand même influencé par les discussions qu’il a pu y avoir à table, et comme les convictions étaient partagées par tout le monde dans ma famille, il n’y avait pas forcément de débats. Ça a forcément influé sur ma vision politique, mais je ne me retrouvais plus dans ce qui était porté par la droite à ce moment-là. Je n’étais pas non plus, et je ne le suis toujours pas d’ailleurs je pense, influencé et en accord avec certaines propositions qui sont portées par la gauche.

Dans la vie, on doit donner la liberté aux gens de décider de ce qu’ils veulent faire, et si je veux travailler 45 heures, je veux qu’on me laisse travailler 45 heures. Je suis plutôt dans l’optique de dire que ce qui est important, ce n’est pas le temps de travail effectif (même s’il faut quand même définir une limite haute), mais le vrai sujet, c’est le taux horaire. J’ai toujours eu cette vision-là et je trouvais que d’un certain côté la gauche avait tendance à restreindre la liberté en essayant de faire un schéma identique pour tout le monde. C’est ma vision et elle est tout à fait discutable.

Par ailleurs, quand j’entendais certains politiques définissent la robotique et le numérique comme des problèmes pour notre société et notre économie, moi je pense que c’est plutôt la solution. Plutôt que de taxer la robotique, je pense qu’il vaut mieux essayer de la développer dans notre pays, parce que si on ne la développe pas, ce sera fait à l’étranger. Quand j’entends des personnes dire qu’il faut taxer la robotique parce qu’on ne veut pas mettre de robots dans les entreprises, je m’interroge. En 2008-2012, je travaillais dans une petite PME, et on a été confronté à de la dépression de nos clients qui voulaient payer moins cher, et si vous ne pouvez pas baisser vos prix, nous partons à l’étranger. La seule solution qu’on a eu pour garder nos marchés à l’époque, c’était de robotiser.

C’était une entreprise de 40 à 50 personnes ; je ne parle pas de la multinationale ou d’un grand groupe du CAC40. Le patron se battait pour pérenniser les emplois des salariés. La solution, ça a donc été de robotiser et de former les personnels à la robotisation. En quelques années, on a même augmenté le nombre de salariés en passant à 80. Toutes les productions qui étaient à faible valeur ajoutée, on n’a pas réussi à les garder. Par contre, toutes celles à forte valeur ajoutée, on a réussi à les conserver, à réduire le coût de production et surtout, ce qui est assez incroyable, on a réussi à récupérer des marchés qui étaient au Maghreb, qui sont revenus en France parce qu’on était moins chers grâce à la robotisation.

Mais il y a a forcément eu un grand plan de formation dans notre entreprise pour permettre aux opérateurs de monter en compétences. Si on veut aller plus loin, le numérique est en train d’arriver dans tous les branches de la société. On peut parler de l’agriculture, de la médecine, etc… Tous ces domaines vont être impactés par le numérique. Ça veut dire quoi ? Ceux qui vont réussir à maîtriser l’outil numérique vont pérenniser leur emploi et vont augmenter leur pouvoir d’achat de manière non-négligeable. Inversement, toutes les personnes qui ne vont pas réussir à se former vont malheureusement avoir de plus en plus de difficultés à s’insérer dans le marché du travail.

Donc le travail qui doit être fait, c’est former toutes ces personnes aux métiers du numérique. Moins il y aura de personnes laissées de côté, plus ce sera financièrement supportable pour l’économie française. On doit les aider pour leur permettre d’avoir une vie décente. Et malheureusement, encore aujourd’hui chez un certain nombre de députés, il n’y a pas encore cette vision sociétale qui est en train de se passer et ils n’imaginent même pas les impacts à court terme ; là on parle de quelques années.

Pour reprendre un exemple personnel, dans une ancienne vie, je bossais dans l’informatique d’une grosse boîte qui fait le ménage dans les entreprises. C’est un secteur qui est vachement sous pression par les donneurs d’ordres, justement pour digitaliser le métier, afin de réduire les coûts et optimiser la productivité. C’est un secteur qui a au moins dix bonnes années de retard sur tout ce qui est digital, principalement à cause d’un manque d’anticipation et de vision. En l’état, ça va être très dur pour eux de s’adapter…
Il y a certaines entreprises qui vont réussir à passer le cap. Celles-ci vont être moins chères, et elle vont prendre tous les marchés. C’est une réalité. Et celles qui n’auront pas passé le cap (sans faire de remarque désobligeante) elles vont avoir un problème pour continuer à exister. Si on regarde les choses de manière pragmatique, et qu’on se dit que la mutation est là, soit on se bat contre, soit on comprend et on essaye de mettre en avant ce qu’il faut pour que tout se passe bien au niveau local. Au niveau national, si on se dit qu’on se donne les moyens pour concurrencer et être en avance sur les pays voisins, on ira prendre des marchés et on pourra rattraper notre balance commerciale, qui est largement déficitaire à 63 milliards d’euros. Aujourd’hui, on a toutes les compétences dans notre beau pays pour prendre cette mutation sociétale à bras le corps, pour demain avoir la possibilité d’en profiter.

Pour revenir à l’Assemblée Nationale, vous avez été à l’origine d’un groupe d’études sur le jeu vidéo. Au tout début où j’en avais parlé, j’avais évoqué à tort qu’il s’agissait d’une commission, sauf qu’il s’agit d’un groupe d’études. Quelle est la différence ?
Il y a aujourd’hui huit commissions fixes à l’Assemblée Nationale, qui correspondent aux grands ministères. Ce sont huit équipes de députés qui travaillent sur des sujets spécifiques d’un domaine, c’est-à-dire qu’aux affaires étrangères, on va travailler sur tout ce qui est lié aux affaires étrangères. En parallèle, il y a deux types d’entités qui sont les groupes d’amitié (avec des pays) et les groupes d’études. Par exemple, je suis vice-président du groupe d’amitié France – États-Unis et je partage des réflexions et des travaux avec l’ambassade des États-Unis. Et enfin, il y a des groupes d’études, qui sont des entités trans-partisanes. Dedans peuvent venir tous les députés qui le souhaitent, quel que soit leur groupe politique. En ce qui concerne les commissions, chaque député va prendre la parole pour le groupe politique qu’il représente ; c’est un espace de débats et un espace de votes…

Alors que le groupe d’études, c’est juste sur le sujet « jeu vidéo » plutôt que de la politique politicienne ?
Exactement. C’est trans-partisan, et c’est juste une veille technologique et d’information sur des sujets particuliers, à destination des députés. Le groupe d’études réalise des événements, bien souvent des auditions : on reçoit une personne et on lui pose des questions sur un sujet qui a été défini avant. Si un jour le sujet arrive sur la table et est amené à être travaillé, alors on aura déjà les compétences nécessaires pour pouvoir amender sur le sujet. Le but n’est pas de légiférer, mais de faire une veille, de connaître le sujet.

Y’a moins d’enjeux législatifs, alors du coup c’est plus… constructif ?
Je le pense en effet. Après, j’ai également fait le choix d’être totalement transparent. L’ensemble des auditions du groupe d’études sont filmées et elles sont diffusées sur les réseaux sociaux pour que les gens puissent voir les débats qui y sont. Et même plus largement, sur mon compte Twitter, j’annonce l’audition une semaine à dix jours avant qu’elle ait lieu, afin de permettre à mes followers de pouvoir poser des questions s’ils le souhaitent. Ces questions sont ensuite posées aux personnes qu’on auditionne, même s’il y a bien évidemment une sélection, afin qu’elles soient toutes en adéquation avec le thème concerné et ainsi éviter des hors-sujets.

Et d’où est venue l’idée de consacrer du temps parlementaire aux jeux vidéo ?
Je vous ai parlé tout à l’heure de l’évolution sociétale et la place que prend ce domaine dans notre société, que ce soit au niveau du travail ou au niveau des loisirs. On remarque aujourd’hui que les loisirs dans notre société prennent du temps – et c’est bien, d’ailleurs, parce qu’il y a un moment pour tout – qui reste assez stable en termes d’heures par jour. Et sur ce temps libre, le jeu vidéo prend de plus en plus de temps en prenant le dessus sur d’autres médias. On peut dire que c’est bien ou pas bien ; ce n’est pas le sens de mon message.

J’essaye de voir les choses de manière pragmatique : si cela prend de plus en plus de temps, c’est que cela intéresse les français. Aujourd’hui, si je rappelle les statistiques, environ 7 français sur 10 disent jouer aux jeux vidéo chaque mois. Si on prend sur des tranches d’âges plus jeunes, on arrive sur des ratios encore plus importants. On remarque que c’est un média culturel qui est omniprésent aujourd’hui dans notre société.

Et il me semble que nous avons parfois raté les évolutions numériques. Je ne vais pas parler du minitel, où on a été plutôt bien à un moment donné mais on n’a pas réussi à suivre l’évolution. Je rappelle que dans la plupart des entreprises du numérique, il y a de nombreux français, donc les compétences on les a chez nous, et je serais… déçu, et je pense que je n’aurais pas bien rempli ma fonction de député si je n’étais pas capable de travailler à ce que l’industrie française du jeu vidéo puisse être protégée d’une concurrence rude à l’international.

Qu’on développe des jeux vidéo aujourd’hui au Canada, en Afrique du Sud, en France, en Australie, au Japon, le temps de mise en place sur le marché, c’est le même : c’est juste le temps de charger le jeu sur les plateformes de téléchargement. Nous sommes dans une concurrence qui est mondialisée, il faut en être conscient, et il faut être capable de protéger notre industrie pour qu’elle reste compétitive avec d’autres pays.

Le Canada a été à un moment donné très agressif au niveau des crédits d’impôts, et on a subi une fuite de beaucoup de nos entreprises. Cette industrie est la première industrie culturelle au niveau mondial avec 75 milliards d’euros. En France, c’est la deuxième industrie culturelle avec 4,3 milliards d’euros. Après, ça ne sert à rien de les opposer mais il faut aussi être conscient de ce que représente le jeu vidéo.

Justement, de ce que moi j’ai perçu, il y a un gouffre entre la réalité de ce qu’est cette industrie du jeu vidéo et la perception de ce secteur d’activité par les pouvoirs publics.
C’est précisément là que le groupe d’études est extrêmement important, puisque c’est une veille pour les députés. Et si je pouvais donner un deuxième point, c’est la possibilité qu’ont les députés de parler à d’autres députés pour promouvoir le jeu vidéo. Plus que pour promouvoir, pour expliquer. Certains députés ne connaissent pas. Quand je parlais de Tetris à un député, il m’a demandé ce que c’était. Là je me dis qu’il faut que je prenne le temps d’expliquer, de montrer ce qu’est le jeu vidéo. Puis y’a aussi des gens qui sont venus me voir en disant « J’ai des jeunes qui sont venus me voir là et ils m’ont parlé d’un truc… Comme ça s’appelle déjà ? Fort… Fort… » Fortine. « Ah oui-oui c’est ça. Et qu’est ce que c’est ? ».

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, Fortnite est un phénomène de société actuellement, et le but c’est d’expliquer pour qu’ils deviennent, non pas forcément positifs, mais moins négatifs comme ils avaient pu l’être. Je pense que la vision parfois négative du jeu vidéo est davantage une vision par manque de connaissance et de suivi. Plus le groupe d’études sera capable de toucher un maximum de députés, et moins le jeu vidéo sera perçu de manière négative comme c’est le cas chez certains de mes collègues.

Finalement, j’ai juste assisté à la conférence « Mémoires de soldats », mais il n’y avait pas tant d’élus que ça dans la salle.
Il y en avait quatre qui sont passés et ça veut dire qu’il faut continuer à travailler. Il ne faut pas lâcher, il faut continuer et je vais essayer de passer des caps dans les mois et les années à venir. Je suis extrêmement optimiste, parce qu’à partir de l’année prochaine, il va y avoir un travail intéressant sur le jeu vidéo et plus précisément l’e-sport : à travers un groupe de travail, je vais pouvoir mettre en place une réflexion sur l’e-sport en France.

Qui aboutirait sur quoi ?
L’avantage du groupe de travail, c’est qu’il y a derrière un rapport de vingt à trente pages qui sera établi, avec la réflexion sur le sujet et il sera présenté à l’ensemble des députés de la commission économique. C’est donc l’opportunité de toucher des dizaines de députés sur un sujet, l’e-sport, qui est encore moins connu que le jeu vidéo…

… Un peu plus fantasmé peut-être ?
C’est ça. Et il y aura deux axes principaux. Le premier c’est de travailler sur l’e-sport pour la structuration de la partie amateur, les problématiques d’organisation de compétitions de type la Dream Hack ou la Gamers Assembly… Mais aussi de présenter aux députés afin de leur dire « Voilà, l’e-sport, c’est ça. Venez le découvrir et sachez que cette année, en 2019, il va y avoir la finale du championnat du monde de League Of Legends à Paris – c’était pratiquement 100 millions de téléspectateurs en 2018. »

C’est vrai que c’est plutôt les américains ou les asiatiques qui organisent ce genre de gros events, aussi parce qu’ils ont derrière les infrastructures adaptées qui permettent cela.
Exactement. Je vais aussi parler de ces événements-là et de tout ce que ça apporte. Je vais aborder des sujets qui vont être assez… techniques pour eux. Le streaming… Qu’est-ce qu’un Youtuber… Et en glissant un mot sur la mutation de la consommation des médias : nos jeunes ne vont plus sur les chaînes de télévision classiques et ils consomment la vidéo en fonction de leurs attentes. Tous ces messages-là ne sont, à mon sens, pas encore… sentis par un certain nombre de députés.

Justement. J’étais allé lire la question au gouvernement que vous aviez posé l’année dernière sur la Paris Games Week. Autant je m’attendais à lire des rires un peu gras (et ça a effectivement été le cas), mais c’était surtout inattendu que ça vienne de types plus jeunes que moi. Ça montre déjà que le fond du problème n’est clairement pas générationnel, et… je ne sais pas, ça me dépasse…
Il y a deux typologies de réponse. La première, c’est qu’on est dans un hémicycle politique et que l’opposition, par défaut, va critiquer…

Hmm… C’est juste une pièce de théâtre en fait ?
Je le regrette franchement mais c’est la réalité. Mais il y a aussi une autre partie qui ne connaît juste pas le sujet. Là, il faut remonter les manches et aller discuter avec eux. Et j’aime bien cette remarque : « 70 % des français jouent aux jeux vidéo ; dans le lot, est-ce que vous pensez qu’il y en a qui sont électeurs ? ». Chez certains politiques, ça marche et ça fait réfléchir…

… Ça lance surtout la course au clientélisme.
Mais à un moment donné, ils se disent que si 70 % des français jouent aux jeux vidéo, même si ce n’est pas un sujet qu’ils doivent maîtriser sur le bout des doigts, peut-être qu’il faudrait qu’ils sachent comment ça fonctionne. Et c’est pour certains une porte d’entrée. J’ai beaucoup de pédagogie à faire avec mes collègues, à leur expliquer ce que c’est, et surtout, dédramatiser, sortir de cette double vision qu’il y a : addiction et violence.

D’autant plus que les productions françaises, sans généraliser, sortent un peu de ce cadre « violence et addiction ».
On a très peu de jeux vidéo français qui sont violents ; ce n’est pas dans notre culture vidéoludique si je puis dire, à l’exception peut-être d’un ou deux titres e-sport. On a des expériences narratives avec Detroit : Become Human par exemple, dont la proximité d’ailleurs avec le cinéma est à souligner. Mais ce ne sont pas les seuls aujourd’hui. Il y a Dontnod aussi avec l’ensemble de ses titres ; ce n’est pas du cinéma, mais on peut le qualifier de cinéma interactif. On n’est pas dans le cinéma, on est dans le jeu vidéo, mais on reste malgré tout sur une frontière assez proche. Ce sont en plus des jeux qui marchent en France mais aussi de par le monde. On retrouve cette qualité graphique également, grâce à de prestigieuses écoles.

Ça reste quand même assez compliqué d’être graphiste en France malgré tout ; pour en connaître quelques uns, il y a tellement de freelances que les prix sont tirés vers le bas et qu’il devient compliqué d’en vivre.
J’ai une connaissance qui travaille dans le dessin-animé mais elle ne travaille pas en France. Elle va en Belgique, au Brésil… Elle travaille sur des projets pendant six mois, un an, deux ans, et quand elle a fini, elle part ailleurs. C’est aussi une évolution sociétale aujourd’hui ; il faut s’adapter et légiférer pour construire le système qui va permettre de protéger les gens.

Ça me fait penser à The Game Bakers, basés à Montpellier, mais dont la plupart des membres sont éparpillés à travers le monde ; il n’y a pas forcément beaucoup de salariés basés en France, mais ils bossent comme ça, sans qu’il y ait réellement de locaux physiques pour tous, tout en formant malgré tout une équipe.
Sur un tout autre sujet, il y avait aussi Hyperloop, ce système de transport dans des tubes. Il y a plusieurs entreprises qui se sont lancées sur ce projet-là, et il y en a une qui a créé une toute petite structure aux USA. Les participants au développement du produit n’étaient pas payés, mais ils gagnaient des parts d’actions. Ce n’est clairement pas le genre de modèle qui serait généralisé, mais il s’agit aussi d’une évolution du monde du travail. On peut être pour ou contre, encore une fois, chacun peut avoir son opinion, mais je pense que la meilleure des solutions est de regarder comment ça se passe afin d’essayer de trouver notre place dedans, pour en profiter plutôt que pour la subir. S’adapter, pour que la France soit capable de tirer son épingle du jeu dans une mondialisation. Mettre des barrières et la refuser me fait penser que l’on risque davantage d’avoir des inconvénients que des avantages.

Pour revenir sur la pièce de théâtre de l’hémicycle, ça m’avait fait penser à une précédente interview que j’avais faite, où la patronne, Jehanne Rousseau, évoquait les difficultés qu’elle rencontrait à l’époque avec le monde financier qui considérait le jeu vidéo comme trivial (ils ont depuis changé d’opinion), et j’ai eu l’impression que les politiques ont actuellement la vision des banquiers d’il y a dix ans sur le sujet.
Je ne sais pas. En tout cas, j’ai fait une audition, que je vous encourage à regarder, sur les financements, au travers de l’IFCIC, du CNC, de la DGE, la BPI, etc… Il existe aujourd’hui de nombreux outils publics qui aident à structurer et à financer le monde du jeu vidéo. La BPI et la mise en place d’outils focalisés sur le jeu vidéo, c’est récent il me semble, moins de 24 mois. De l’autre côté, avec le FAJV, c’est encore quelque chose de différent, puisqu’il est réparti entre deux entités : le CNC à hauteur de 2,6 millions d’euros, et la DGE à hauteur de 900 000 euros.

Si j’ai bien compris, puisque j’avais vu votre intervention en commission culturelle, la DGE se retire de cet engagement ?
La DGE souhaite se retirer de cette partie.

Ah, ce n’est pas fait ?
Le texte de loi passe par différents canaux. Première lecture à l’Assemblée Nationale : j’ai proposé un amendement destiné à faire machine arrière mais je n’ai pas reçu suffisamment de votes. Il y a un sénateur, André Gattolin, qui a fait à peu près le même amendement qui a été refusé. Et la seconde lecture est prévue… ce soir ! (ndlr : l’interview a eu lieu 18 décembre 2018). Donc les éléments que j’ai là (il tapote une pile de dossiers) sont prévus pour mon baroud d’honneur sur ces 900 000 euros de financement. J’ai peu d’espoir, mais il faut aussi se battre et expliquer le pourquoi du comment pour que l’on soit vigilant à défendre notre industrie. D’autres pays investissent massivement pour essayer de grappiller des entreprises dans le domaine du jeu vidéo ; le gouvernement allemand vient de mettre 50 millions d’euros, le gouvernement britannique 20 millions d’euros (ndlr : à noter que l’aide du gouvernement britannique regroupe les industries créatives au sens large)

… Ah ouais ?
Exactement.

A mettre en balance avec les 3,5 millions.
Après, attention : il y a deux financements spécifiques pour le jeu vidéo. Là on parle du FAJV qui est plutôt tourné vers les petites entreprises, bien souvent d’ailleurs créées à la sortie de l’école, dont le jeu vidéo est déjà bien avancé parce qu’ils l’ont fait pendant leurs études, même s’il y a également d’autres petits studios. Le FAJV est clairement positionné là-dessus. Après on a une deuxième entité qui est le crédit d’impôts jeu vidéo, qui vise à faire des crédits d’impôts à hauteur de 30 % des dépenses sur le jeu vidéo, et là-dessus, pour en faire la requête, la première condition est que le projet ait un coup de développement de plus de 100 000 euros : on sort du petit studio avec deux-trois personnes pour partir sur un projet plus important. C’est plutôt tourné pour les principales entreprises françaises de jeu vidéo.

Question totalement naïve : est-ce que ces grosses entreprises là en ont vraiment besoin ?
Je suis extrêmement pragmatique. La mise en place et la réévaluation du crédit d’impôts jeu vidéo s’est accompagnée de l’augmentation des effectifs en France d’une entreprise comme Ubisoft. On peut s’interroger et je suis le premier à demander à ce qu’il y ait une étude indépendante qui soit faite, parce que tout l’argent qui est mis sur la table, c’est l’argent du contribuable. Si quand le contribuable met un euro, il y a un retour supérieur, c’est positif, mais si pour la même somme il en perd en cours de route, ce n’est pas bon, auquel cas je partage l’avis qu’il faut supprimer. C’est pour ça que je souhaiterais qu’il y ait une étude indépendante de ce que peuvent rapporter les crédits d’impôts culturels. Je répète : « les » crédits d’impôts culturels.

Parce que ce n’est pas le seul biais ?
Il y a aujourd’hui de nombreux crédits d’impôts pour le cinéma et autre, sur des enveloppes qui sont parfois largement plus importantes que pour celle du jeu vidéo, et je pense qu’il faut faire un bilan de manière indépendante et pragmatique. A un moment donné, si on se rend compte que sur tel ou tel crédit d’impôts culturel, le retour est extrêmement faible, il serait alors peut-être nécessaire de réduire l’argent mis à ce niveau-là et le réorienter vers d’autres crédits d’impôts culturels qui ont un impact beaucoup plus important sur le développement de cette industrie en France. Pour ça, il faudrait une étude que je n’ai pas.

Pour l’instant, les seules études qui existent sont générées par des acteurs privés… Le SNJV par exemple, qui a récemment remis un baromètre sur l’industrie du jeu vidéo en France.
Le baromètre n’aborde pas le sujet de l’impact des aides publiques sur les développements. Je pense qu’il faut qu’ils le fassent, mais encore une fois, il faut que ce soit réalisé par un cabinet indépendant. Il faut que l’analyse soit indépendante, car chaque euro utilisé aujourd’hui doit l’être à bon escient. On doit être sûr que ce qui nous amène à faire ces choix de financement sont des choix qui sont dictés par la logique économique mais pas que : culturelle, sociale… Je pense qu’on a aujourd’hui un travail à faire et on est en train de mettre en place des études indépendantes sur plusieurs domaines, qui vont nous permettre de pouvoir juger si une dépense est justifiée ou pas, ou si elle est suffisante ou pas. C’est pourquoi nous avons besoin d’un cabinet d’études neutre et objectif, ce qui nous manque parfois aujourd’hui, d’autant plus pour nous côté législatif, puisque le député est là pour contrôler l’action de l’exécutif et des ministères.

Mais, pour revenir sur l’intervention en commission culturelle, vous aviez également mentionné le faible nombre de références au jeu vidéo dans le projet culturel du gouvernement.
Il n’empêche que je reste persuadé qu’avec le groupe d’études jeux vidéo qui a été créé, puisqu’il y a eu quelques discussions au moment de sa création, en 2022, il n’y aura même pas de sujet, et ce sera créé automatiquement. Il se peut même qu’il y ait des discussions pour savoir qui va prendre la présidence, et en 2027, ce sera une grande discussion. On est dans une mutation sociétale, politique, qui amène à ce que le jeu vidéo soit perçu comme une vision positive, et ce n’est qu’une histoire de temps.

Petite question d’un pro : pensez-vous que le PEGI soit utile ou adapté au jeu vidéo, et quelles pourraient être ses possibles évolutions ?
C’est une question très technique, très pointue, avec une réponse qui ne va pas être extrêmement précise et je m’en excuse. Je considère que sur beaucoup de sujets, avant de donner son opinion, il faut rencontrer l’ensemble des personnes qui ont des opinions divergentes pour se construire la sienne. Je pense qu’un outil qui permet aux parents de savoir si le jeu est adapté ou pas à leurs enfants est très important et obligatoire. Maintenant, est-ce que le PEGI est le bon outil ? Aujourd’hui, je ne suis pas dans la capacité de dire que c’est le meilleur outil.

Ça pourrait être un thème abordé par le groupe d’études ?
Ça pourrait, et ce sera un des thèmes du groupe d’études, pas forcément sur le PEGI en tant que tel, mais peut-être plutôt sur les classifications. En début d’année, nous allons aborder la notion de dépendance au jeu vidéo et peut-être que ce sujet-là pour être abordé. Mais c’est un sujet qui mérite qu’on y travaille. Aujourd’hui, donner ma position sans avoir rencontré suffisamment de personnes, en ayant pas suffisamment challengé les éléments qui nous sont donnés, moi j’en suis incapable.

A travers les différentes visites de studios que j’ai pu faire, j’ai pu constater que la plupart des nouveaux entrants sur le marché ne sont clairement pas assez préparés, tant administrativement, que juridiquement, ou même encore sur comment savoir gérer correctement un budget. Il y a bien des initiatives intéressantes du type de celles de Capital Games qui proposent des outils pour s’approprier les sujets, mais est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose à faire du côté public en termes de formation ?
Vous abordez un sujet bien plus large. Aujourd’hui, nous avons de très très bonnes écoles d’ingénieurs, mais est-ce qu’à un moment donné on apprend à créer une entreprise ? Ou comment créer un business model ? Et je pense que la question que vous mettez en avant est très intéressante, mais qu’elle n’est même pas à mettre en avant sur les jeux vidéo en particulier, mais de manière générale. Sur la plupart des métiers industriels, nous n’abordons pas suffisamment ces questions-là.

Alors que c’est quelque chose qui va forcément les mettre en difficulté…
Exactement. J’ai fait une mission d’information sur les exportations et je n’aborde le sujet que dans l’éducation, il y a de nombreux sujets économiques qu’on devrait aborder. Aujourd’hui, on a, sur ces thèmes-là, un déficit par rapport à de nombreux pays.

Côté public, je vais bientôt aller voir l’école TUMO au Forum des Images, mais est-ce qu’il y a d’autres initiatives de ce type, qui existent ou qui vont émerger ?
Actuellement, la structuration de l’industrie vidéoludique existe mais le secteur est, entre guillemets, encore petit sur notre territoire. La structuration pourrait être améliorée. Je ne dirais pas qu’aujourd’hui il n’y a rien qui existe, mais je pense qu’il y a encore plusieurs axes d’amélioration possibles.

Sachant que le jeu vidéo brasse davantage d’argent que le cinéma pour ne citer que lui, est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer un système de financement similaire à ce qui se fait avec le CNC sur les ventes de tickets de cinéma, sur… je ne sais pas, des ventes de jeux dématérialisés ?
La question peut être ouverte. Il est toutefois plus facile de prendre x pourcent sur un ticket de cinéma qui sera vendu en France, que sur tout ce qui peut être vendu via des plateformes de type Google / Steam / etc… C’est une autre problématique mais comment peut-on mesurer l’achat par des français sur ces plateformes-là, pour en récupérer une partie ? On a déjà la taxe GAFA où on va voir comment on va pouvoir fonctionner, mais c’est exactement la même problématique. Après, j’en ai parlé avec quelques entreprises du jeu vidéo et ils s’interrogent sur l’impact que ça aura sur eux. C’est un vrai sujet, très important, et intéressant. Maintenant, il est peut être encore un peu prématuré pour avancer là-dessus et ça nécessiterait des échanges beaucoup plus larges avec l’ensemble des entreprises.

Une partie de la réponse ne serait-elle pas au niveau européen ?
L’Europe, c’est parfois compliqué, parce que sur ce type de taxation, il faut que l’ensemble des pays soient d’accord et on remarque aujourd’hui que c’est difficile. Sur la taxe GAFA, le gouvernement est très clair : Bruno Le Maire a dit clairement que si l’Europe ne nous suit pas, on avancera tout seuls. Il suffit de voir l’Irlande et les avantages fiscaux : l’impôt sur les sociétés y est de 12,5 %. En France il était de 33 %, et avec la majorité on va la porter à 25 % d’ici à la fin du quinquennat. Mais entre 25 % d’un côté et 12,5 % de l’autre, le choix est vite vu malheureusement. Je suis le premier à partager l’idée qu’il faut construire une Europe fiscale et sociale qui soit harmonisée sur ces sujets.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Allez voir vos députés et dites-leur que le groupe d’études jeu vidéo et ce sujet-là sont extrêmement importants !

 

On m’aurait dit il y a trois ans que j’allais squatter à l’Assemblée Nationale pour interviewer un député, j’aurais franchement bien ricané. Cependant, force est de constater qu’à force de culot, on peut arriver à satisfaire notre curiosité, pour le simple plaisir de découvrir, partager, et en discuter. Et c’est sur cet auto-satisfecit un brin sale et romantique en même temps que je m’en vais préparer la suite. Stay tuned !

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