Error System: Tron Evolution

Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes en juillet 2016, et comme tous les mois de juillet depuis belle lurette, il n’y a aucune sortie digne d’intérêt en jeux vidéos. Pourquoi ? On ne sait pas. Disons que l’industrie prend des vacances aux Bahamas, pendant que les joueurs se jettent désespérément sur le peu de jeux qu’ils leurs restent à finir, ou admirent encore le nombre de jeux Steam qu’ils ont et qu’ils ne lanceront jamais. Microsoft propose ce mois-ci une nouvelle fois quatre jeux sur Xbox One. Parmi ceux là, un jeu de 360 rétrocompatible : Tron Evolution. Comme tous les jeux à licence,  lorsqu’est venu le moment de lancer la bête, c’est avec morosité que l’on se lance dans l’aventure. Bien souvent en effet, on se dit dix minutes après « Mais pourquoi ai-je lancé cette merde ?« . C’est vrai, pourquoi ai-je tant envie de perdre mon temps, vu que Disney lui-même s’est retiré de l’édition de jeux vidéo ?

 

Un condensé de mauvais choix

Développé par Propaganda Games et sorti le 7 décembre 2010, Tron Evolution est un jeu à licence tout ce qu’il y a de plus opportuniste. Réalisé grâce à un mélange de l’Unreal Eng… « PAN !« . Excusez-moi, désormais, chaque fois que je citerais ce moteur, je tuerai un chaton. Je disais donc, réalisé à partir du mélange du troisième moteur graphique d’Epic Games et de l’Aurora Engine de Bioware (… Pourquoi ? Demandez à Disney ; moi, je n’ai pas compris), Tron est un jeu d’action / plateforme particulièrement scolaire.

Comment vous définir au mieux ce jeu ? Disons que vous prenez une pincée d’Assassin’s Creed pour les tentatives de fluidité dans les déplacements, une poignée de Final Fantasy XIII pour le level design en autoroute, et un assaisonnement de mécaniques de combats désuètes qui vous renverront aux heures sombres de la Playstation 2. Imprécis et globalement incapable de proposer aux joueurs, même aux persévérants, un quelconque sentiment de maîtrise, il faudra faire avec notre héros vêtu de néon bleu et noir (… comme si Saints Row 4 n’avait pas suffit), possédant la stabilité et la précision d’un vieillard parkinsonien, alcoolique, et frigorifié.

Si vous ne saisissez pas l’idée, vous aurez beau tourner le joystick dans la bonne direction, il arrivera fréquemment à votre personnage de se rater par la magie des animations imprécises, et des contrôles tout autant « légèrement » saccadés que mal pensés. Par mal pensé, je sous-entend que la même action peut se solder par un mouvement qui peut être très rapide, ou très long. La même pression sur le stick amène donc à ces deux résultats, rendant donc la maîtrise impossible.

Cela suffit déjà à votre malheur, mais pourtant, dans sa grande bonté, Tron Evolution vient apporter d’autres arguments afin de vous pousser à cesser le supplice. Vous vous rendrez bien vite compte que ce jeu avec une caméra en vue du dessus, en temps réel, et à la caméra libre, vous demandera beaucoup de précision pour toucher vos ennemis à distance à l’aide de votre disque de combat. Ce qui se soldera par une multitude d’échecs, car la caméra fait sa vie et tombe bien souvent dans les bras des surfaces environnantes. Pendant que les deux entités se câlinent tendrement, vous, vous vous faites casser la gueule dans le noir par des individus vêtus de néons jaunes. Ils vous frappent à une allure parfois très rapide, alors que deux secondes avant, ils s’agitaient mollement histoire de faire remarquer leur présence.

Vous pouvez également opter pour le combat au corps-à-corps particulièrement illisible à cause de cette même caméra, et vous frapperez fréquemment dans le vent pour tenter de terrasser vos adversaires. Si vous arrivez à les toucher (… ce qui relève déjà d’un certain sens de l’abnégation du plaisir, mais aussi d’une grande persévérance), vous les terrasserez en trois coups, ou quinze, c’est vraisemblablement selon le degré d’intensité des néons portés par l’adversaire. Vous pouvez aussi effectuer des combos très peu nombreux, mais également récolter des points d’expérience afin d’améliorer les capacités de votre héros / néons. Néanmoins, j’ai vérifié, aucun soin contre les tremblements n’est fourni dans le monde virtuel de Tron, qui ne donne décidément pas envie d’y séjourner.

Les phases de plateforme, quant à elles, essayent de faire du mieux. Il est possible d’escalader les murs à la manière d’un Assassin’s Creed, de courir sur les murs tel un prince de Perse, ou encore de se propulser sur divers tremplins. L’ennui, c’est que la caméra a tendance à se coller contre le mur que vous êtes en train d’utiliser pour vous déplacer, ce qui rend l’action parfaitement illisible. Les tremplins sont théoriquement là pour fluidifier l’action, mais la précision nécessaire à leur usage fait que dans une course folle, vous vous arrêterez net si vous n’êtes pas pile face à l’objet.

Concluons : le titre reprend à peu près (… ou du moins essaye sans convictions) les éléments d’un jeu comme God Of War, sans les combos et la variété, mais aussi avec diverses mécaniques foirées des jeux Ubisoft. Il n’avait pourtant pas grand chose à accomplir, mais le je m’en foutisme des développeurs, combiné à des idées déjà pas fameuses mis en place dans un level design inadapté, font d’ores et déjà de Tron Evolution un mauvais jeu. Faut-il vraiment que je parle du reste ? Parfois, la vie est vraiment cruelle…

 

Bleu, noir. bleu, noir. bleu, noir. bleu, noir. Vert, noir. Attendez… Vert !?

La direction artistique est certainement un domaine particulièrement important du jeu vidéo. Plus que la technique, bien souvent assez solide dans les triple A (… et encore), la direction artistique permet de donner une identité visuelle et sonore à un titre, et le faire reconnaître par le grand public avant que le jeu ne soit reconnaissable par ses mécaniques. Il est facile de communiquer sur un visuel unique, alors qu’il est bien plus complexe de communiquer sur une nouvelle façon de jouer. Mais, pour le coup, Tron Evolution est un élève fainéant qui ne fait qu’appliquer la direction artistique toute particulière du film. Et même si j’ai très envie de dire ce que j’en pense, je vais m’abstenir…

… c’est vraiment très moche. Non vraiment. C’est super laid, répétitif, épuré et franchement laid. Déjà, le bleu, c’est une belle couleur qui se mélange aisément à d’autres, mais bleu et noir, ça marche pas. C’est pas beau. Seul Thief a réussi. Mais Thief était soigné. Là, c’est toujours les mêmes bâtiments, toujours les mêmes extérieurs, les mêmes labos… si c’est pour proposer un visuel épuré, faites au moins en sorte que ce soit propre quoi. Aliasing, clipping, textures baveuses, artefacts visuels… On en a tellement marre du bleu que lorsque vient le vert, on a l’impression d’avoir changé d’univers, de galaxie, alors que c’est juste une putain de couleur qui ne change rien au reste. Quoi qu’il en soit, on est tellement conditionné à voir du bleu, que le vert… mon dieu, le vert, que c’est beau !

Du côté des musiques, c’est de l’électro avec deux morceaux de Daft Punk dedans. Je vais vous faire un aveu : je déteste Daft Punk. Voilà. Maintenant vous pouvez me lapider en hurlant Around the world ou Faster Stronger, je m’en tape. Daft Punk, je trouve ça franchement chiant, et c’est pas prêt de changer, parce que je n’ai pas vu la différence entre les musiques du jeu absolument emmerdantes, et le travail du duo français. Faites-en ce que vous voulez, mais cette bande-son n’a rien pour elle ; elle n’est pas variée, ne pourrait que difficilement soutenir une action très brouillon et s’avère très discrète. Il en va d’ailleurs de même pour les bruitages qui sont tout à fait soporifique. Les doublages quant à eux sont assez corrects.

 

Un quoi ? scénario ? Ça se case où dans le couloir ?

Sensé faire le lien entre le premier film (… que j’ai vu) et le second (… que j’ai pas vu parce que j’aime pas les néons bleus), le scénario semble exister. Mais l’introduction abrupte en mode « Alors c’est l’histoire de programmes qui… bastons et courses poursuites« , et la narration tout autant chaotique que maladroite, appuyée de cinématiques très sommairement mis en scène ne donne pas envie de s’intéresser à une histoire qui ne se soucie même pas de sa propre compréhension. L’écriture des dialogues est par ailleurs tout à fait conventionnelle, alourdie par un premier degré et un sérieux on ne peut plus académique, qui endormira à peu près tous ceux qui auront la stupidité d’espérer quelque chose du jeu. Par ailleurs, l’enchaînement des événements ne paraît pas clair. On avance, on tape des trucs, on saute sur des machins avec une caméra qui voltige et rebondit dans tous les sens… Bref, on s’ennuie, et on se lasse très vite.

C’est là où on arrive au point où je n’arrivais pas à avoir la curiosité de continuer au bout d’une demie heure de jeu, avant même d’atteindre le point où j’éteignais la console au bout d’une heure parce que mon corps disait stop. Non seulement Tron est un jeu infiniment médiocre, mais il est aussi l’un des très rares titres à avoir réussi à me faire abdiquer, non pas parce qu’il est dur, mais parce qu’il est encore plus froid et impersonnel qu’un blockbuster annualisé. C’est déroutant de voir qu’un jeu peut littéralement aspirer notre joie, alors qu’il est sensé en procurer.

 

Aspirateur à émotions positives sans pitié, Tron Evolution est un bien piètre titre pour accompagner le film Tron : l’héritage. Difficile de s’amuser, ou même rester éveillé, face à un jeu qui copie partout, mélange mal, et assaisonne mollement le tout, pour le recracher comme s’il s’agissait d’un produit comestible. La vérité est que même un fan très courageux ne verra pas d’un bon œil ce titre qui n’attire aucune sympathie. Dommage. On constate que malgré tous ces errements, Tron Evolution propose une ambiance sympathique, qui aurait pu livrer un potentiel bien plus grand si le jeu s’était avéré bon. Mais pour le coup, il rejoint le banc, à côté de Star Wars : Le Pouvoir De La Force 2, avec un joli bonnet d’âne, avant que l’on ne ferme la porte des oubliettes, en veillant bien à cacher la clé dans le boitier d’un FIFA 2007. Bin oui, tout le monde a oublié  son existence depuis la sortie de sa première mise à jour payante…

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A propos de l'auteur : Marcheur

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

2 Commentaires sur “Error System: Tron Evolution”

  1. flofrost dit :

    Je me suis toujours dit qu’ils avaient oublié un E au début du titre de ce jeu, merci de le confirmer ^^

    • Marcheur dit :

      Pour le coup je ne peux que déconseiller le bousin, je dirais même que je regrette le temps de téléchargement qui a bien ralenti mon débit !

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