Hélène DELAY – Capital Games

Hélène DELAY – Capital Games

Je suis allé squatter chez Capital Games il n’y a pas plus longtemps que récemment, à deux pas des locaux de Focus Home Interactive. J’ai eu envie de mettre en avant un organisme dont on entend forcément parler pour peu que l’on s’intéresse à l’industrie du jeu vidéo en France. J’arrive donc dans les locaux, puis, pour la forme, je fais faire quelques allers-retours à Romain TAUPIN (le chargé de communication breton) pour aller me chercher de la flotte, après toutefois m’être préalablement présenté comme étant le taulier d’une tribune de joueurs irresponsables (… une description qui met grave en confiance, j’avoue). Quoi qu’il en soit, vous pouvez retrouver ci-après la retranscription de l’entretien que j’ai eu avec la patronne de ce cluster francilien des entreprises du secteur du jeu vidéo : Hélène DELAY. C’est parti !

 

Salut !
Bonjour !

Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
Je suis Hélène DELAY, et ça fait 6-7 ans que je travaille chez Capital Games. A la base, je suis venue pour m’occuper de ce qui était lié aux métiers, aux formations, et aux compétences. De fil en aiguille, je suis devenue directrice générale de Capital Games.

Ouais, j’avais check ton cursus ; t’es venue direct après ton master avec ton bagage RH / juridique / marketing
… Effectivement, rien à voir avec le jeu vidéo, et je suis arrivée ici complètement par hasard. J’avais fait une demande de stage à Cap Digital, qui était un organisme que je connaissais car davantage visible ; c’est un pôle de compétitivité du numérique au sens large. A partir de là, la directrice de Capital Games a récupéré mon CV, et ça a commencé comme ça. Sinon, je ne suis pas une grosse gameuse pour être complètement honnête. Je suis plutôt tombé amoureuse de l’industrie, des gens, de l’ambiance, parce qu’on ne s’y ennuie jamais… C’est comme une petite famille, car tout le monde se connait, et c’est aussi agréable de bosser dans une industrie qui est en décalage par rapport aux codes habituels.

Pour avoir un peu mis le nez dedans, c’est en effet un microcosme, mais le statut de Capital Games, c’est une association ?
C’est une association qui a été créée en 2004. A la base, c’est une initiative des patrons de studios. Typiquement, contrairement à Cap Digital qui est une initiative des pouvoirs publics, où la gouvernance regroupe la région Île de France, la mairie de Paris, etc… dans leur conseil d’administration, nous c’est à 100 % des patrons de studios et des éditeurs. Et pour le coup, c’est plutôt Capital Games qui lève la main pour essayer d’intervenir afin de défendre les intérêts du jeu vidéo, ou alors pour récupérer un peu de budget pour nos projets.

Parce que oui, finalement, le financement, c’est pour partie les cotisations des adhérents, même si après avoir regardé, ce n’est franchement pas excessif ; la plus grosse cotisation, c’est 1800 euros TTC, et c’est lorsque le chiffre d’affaire est supérieur à 10 millions d’euros. Une goutte d’eau…
… Les cotisations des membres, c’est moins de 5 % de notre budget global à l’année. Le reste, c’est les recettes de nos événements, et un petit peu de sponsoring ; on a notamment le soutien du SELL (Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisirs) qui est un fidèle partenaire de Capital Games, ou alors c’est des subventions. Ces dernières représentent à l’année entre 200 000 et 400 000 euros…

… Sauf que c’est un poil aléatoire d’une année sur l’autre les subventions ?
Oui, c’est un peu la difficulté du travail de Capital Games ; on met entre un et trois mois pour monter les dossiers, ensuite on a trois ou quatre mois où ça passe dans les commissions et on a donc pas de visibilité, et après on nous donne les réponses de financement pour l’année en cours entre mai et octobre. Du coup, on fait avec le peu de temps qu’il nous reste pour faire le projet ; faut éviter de trop dépenser avant.

Quand bien même la cotisation pourrait paraître dérisoire, pour les petits studios, ça peut représenter quand même une somme conséquente ? Il y a quelques studios que je suis allé voir, pas franchement sûr qu’ils aient les moyens…
Oui, il y en a qui ne sont pas prêts (rires). Même si n’importe quelle société peut devenir membre, nous on est quand même sur un profil où tu as déjà monté ta boîte, limite t’as déjà un jeu sur le marché, etc… Mais tout ça, c’est parce qu’il existe déjà des structure en amont pour s’occuper de tout ce qui est de l’accompagnement à la création d’entreprise, type Paris & Co qui est là pour ça. Finalement, ce ne sont pas exactement les mêmes interlocuteurs entre le démarrage, et lorsqu’on a les mains dans le cambouis et qu’il y a d’autres sujets qui arrivent en production. Là, on prend le relai. A côté, on a quand même la Game Connection, qui est un événement important, et du coup, la cotisation est vite rentabilisée.

La Game Connection, en gros, c’est l’endroit où toute l’industrie, quels que soient les acteurs, fait du business dans la joie et la bonne humeur ?
C’est ça. On a eu des années un peu compliquées au moment de la crise, où ça se ressentait en termes d’ambiance sur le salon, et où tout le monde était un peu morose. Mais là, c’est bien reparti. En effet, c’est bien ce qu’on appelle une convention d’affaires, qui réunit tous les acteurs internationaux, que ce soit des publishers, des investisseurs, des prestataires, etc… C’est cofinancé par la région Île de France, et c’est coorganisé avec Connection Events, qui détient l’événement. A la base, la Game Connection Europe était à Lyon, et on a remporté l’appel à projet avec la ville de Paris et la Région Île de France.

Typiquement, à l’heure actuelle, combien y a-t-il de studios qui y adhèrent, même s’il n’y a pas que des studios (des écoles également) ?
On a 85 adhérents, avec environ 90 % de studios, et le reste c’est des éditeurs, des écoles, et du middleware. Nous, au milieu, on essaye de faire le lien entre tout le monde ;  c’est un peu notre raison d’être à la base. Mais oui, on essaye d’injecter des pros dans les jurys des écoles, et dans les comités de suivi, afin de pouvoir adapter l’offre de formation aux problématiques des entrepreneurs. Ces derniers peuvent repérer les futurs talents, avec les projets étudiants gérés en groupe…

… D’où le truc des Ping Awards ?
C’est complètement ça.

Et ça correspond à quoi les « membres bienfaiteurs » ?
Typiquement, c’est les écoles. Ils n’ont pas une part active dans le système de création de jeux vidéo. Par contre, il y a un intérêt à ce qu’ils fassent partie de l’écosystème, et on appelle ça membre bienfaiteur. La distinction, en termes de statut, c’est qu’ils n’ont pas le droit de toucher de subventions publiques, et ils n’ont pas le droit d’être présents dans les instances de gouvernance (et donc il ne peuvent pas se présenter au conseil d’administration). Ils nous apportent un plus, et on leur apporte un plus, dans un écosystème élargi ; ils ont nos newsletter, ils participent aux événements, etc… Par contre, on ne va pas aider une école à assurer une présence dans un salon international, parce qu’on privilégiera un studio.

Il ne me semble pas trop avoir vu de gros studios parmi les membres ? Je croyais à la base qu’il n’y avait pas Quantic Dream, mais en fait si, par contre, pour le reste…
Y’a Quantic, Dontnod, Cyanide… Bon par contre, nous on est que en Île de France. Y’a pas Ubisoft, si on veut ne pas tourner autour du pot. Ubi n’a jamais frappé à notre porte pour « absolument » faire partie de Capital Games, et nous on n’est jamais allé les chercher, parce que l’objectif à la base c’était vraiment de représenter la scène indépendante, et de faire une sorte de contrepoids par rapport aux gros. Il n’y a pas de velléité à l’origine d’aller chercher les gros studios, puisque le but était surtout de réunir les petits afin de devenir un interlocuteur valable auprès de tous les intervenants.

Sinon, les plus gros de la région Île de France, on les a quand même. Après, au gré des projets, rien ne nous empêche de bosser ensemble, comme pour le Game Camp France. On cherche à sécuriser les plus faibles, mais on a aussi besoin des gros pour ça. Et c’est aussi une des raisons qui ont fait que j’aime l’industrie du jeu vidéo : il y a quand même des personnalités qui prônent l’esprit collectif et de solidarité.

D’un autre côté, de mon point de vue de joueur, j’ai l’impression que la plupart des petits studios n’arrivent pas à vivre de leur production sans être sous perfusion de subventions publiques ; c’est pas très sain en fait…
C’est aussi un problème lié aux industries culturelles…

… Même si le CNC soutient des projets,  il n’y a pas de structure spécifiquement dédiée au jeu vidéo ?
Il y a le CIJV (Crédit d’Impôt Jeu Vidéo) qui existe, et qui est une grosse avancée de ces dernières années. Ça a été créé en 2008, et amendé en 2016. A côté, il y a aussi le FAJV (Fond d’Aide au Jeu Vidéo). Après, ça concerne davantage des aides startup, techno, export, ou encore quelque chose de spécifique. Par contre, je ne trouve pas ça forcément « malsain » cet aspect de subventions (… toutes proportions gardées, bien sûr). Ce secteur, c’est quand même un business model bien particulier. Pour moi, c’est aussi dans le rôle de la « chose publique » de venir soutenir la création culturelle. Le jeu vidéo, c’est aussi une fenêtre d’opportunité en termes d’innovations, et les institutions y sont sensibilisées.

Ouais, bien sûr, il y a le prisme culturel, mais tout le monde dans cette industrie (puisqu’il s’agit bien d’une industrie) ne l’aborde pas comme un objet culturel…
… Mais quand même une bonne partie. Celui qui se dit qu’il est un petit développeur et qu’il va faire un petit jeu dans son garage pour devenir multimillionnaire, y’a davantage erreur sur la personne que sur le concept je pense. Après, oui, il y a des profils très différents, entre ceux qui sont dans le jeu mobile, ou PC, ou bien console, et du coup c’est difficile de généraliser. Pour le reste, en Europe, la France n’est pas à plaindre, parce qu’il y a pas mal d’aides pour aider à la création. Le crédit d’impôt, c’est l’aide la plus impactante pour le secteur avec le FAJV.

Ça représente combien ?
Le FAJV représente 3 à 4 millions d’euros par an, soit plus de 20 millions d’euros dédiés aux jeux vidéo depuis sa création, ainsi que plus de 60 millions pour le crédit d’impôt.

Et il n’y a pas une histoire que les subventions sont surtout trustées par les gros studios ?
Quand on atteint un certain gap en termes de taille, ils grossissent forcément leur production, et leurs besoins en financement sont plus importants. Donc oui, il y a une partie qui est affectée aux grosses productions. Par contre, en regardant un peu les résultats, ce n’est pas quelque chose que j’ai identifié ; je ne vois pas de privilégiés qui ressortiraient. C’est toujours bien de regarder, parce que c’est toujours un peu le risque de ce genre de dispositif, et faut aussi se méfier de la colère des mécontents. Ça aveugle un peu…

… Un dossier qui n’est pas passé par exemple ? (rires) Et du coup, quel est l’intérêt pour Capital Games de participer à des conseils d’administration, du type celui du SNJV (Syndicat National du Jeu Vidéo) ?
On est dans trois conseils d’administration : le SNJV, Le-Game, et Cap Digital. Avec le SNJV, l’intérêt, c’est surtout de fluidifier l’information, qu’on connaisse un peu leur stratégie, vu qu’il est encore plus représentatif de par sa dimension nationale, et qu’il travaille sur un peu tous les sujets de lobbying politique. Ça nous permet d’être le relai auprès des studios.

C’est un biais vraiment efficace le SNJV ?
Oui, même si c’est compliqué. Comme dans tout lobbying politique, les résultats sont souvent sur le très long terme. Je pense que ça doit être très difficile comme boulot, parce qu’il y a un retour sur investissement qui est maigre, et que c’est vraiment un travail de longue haleine. Mais quand on voit les avancées du CIJV, on est bien content qu’il existe et qu’il puisse défendre les intérêts du jeu vidéo, parce que ça pour le coup c’est très impactant pour l’écosystème global, là où nous on essaye d’apporter un service très concret, très opérationnel. On ne fait pas de lobbying politique, puisque de toute façon on ne saurait pas le faire. On n’est pas un organe politique. Ça a ses avantages et ses inconvénients. Vraiment, ce n’est pas le même boulot ; je suis très contente de ne pas avoir à travailler avec les politiques toute la journée…

… Ah bon ? Je comprends pas ! (rires)
Sinon, être dans ces conseils d’administration permet aussi de mieux se coordonner lorsqu’on a des projets communs. Par exemple, avec le SNJV, on a fait le référentiel des métiers du jeu vidéo.

En parlant de métiers du jeu vidéo, vous ne bossez pas avec la Cité des Sciences à tout hasard ?
Avant on travaillait avec la Cité des Sciences. Aujourd’hui, moins, puisqu’on s’est retiré de l’organisation des Ping Awards. Mais sinon, oui, on faisait des conférences aussi. Par contre, on n’a pas de liens directs avec eux. En fait, jusqu’à y’a deux ans, on bossait pas mal sur les aspects RH, sur l’export, le financement, l’éthique et la déontologie, etc… Ensuite, les subventions se sont raréfiées, et on a changé de président à Capital Games, qui a voulu revoir l’offre de services du cluster

Patrick PLIGERSDORFFER ? (ndlr : le boss de Cyanide)
Patrick a été président six ans, et il l’est à nouveau ; pendant deux ans c’était Fabien DELPIANO, le CEO de Pastagames, et il voulu qu’on recentre un peu le champ d’intervention sur les gros projets, et du coup, c’était les événements. Aujourd’hui, on fait principalement les trois événements, et de l’animation du réseau, de la rencontre, du networking, de l’échange… Dernièrement, il y a eu la soirée au Kawaii Café pour le jeu Impulsion, mais on participe aussi aux sessions du Cercle Interactif avec l’AFJV. On est en train de mettre en place une offre pour mieux intégrer les nouveaux studios qui sont un peu largués dans la masse : du tutorat, un forum, etc…

… Au-delà d’être largués, ils n’ont aussi peut-être pas tous les bagages, que ce soit du juridique, ou même certaines contraintes avec des plateformes.
Ah ça c’est sûr. Déjà, ils n’ont pas toute l’expérience opérationnelle, et certains d’entre eux ne se posent même pas encore les bonnes questions ; ils sont un peu dans le game design, le gameplay, le projet, etc… Ils ne réfléchissent pas forcément « projet d’entreprise » , et donc avec les bagages juridiques, de management, ou de trésorerie ; tout ce qui est administratif, mais qui est à faire quand même.

Les joies de l’administration… Mais oui, un de nos rédacteurs est allé au Game Camp France, et c’est typiquement le genre d’événement qui est utile pour ces nouveaux, d’avoir tout un ensemble de retours d’expérience. J’ai vu aussi qu’il y avait des études de marché qui étaient parfois lancées ; qui décide que c’est telle ou telle étude ?
La grosse étude qu’on a mené ces dernières semaines, c’était sur la rentabilité des projets de jeux vidéo en France. Et c’est complètement lié à un projet qu’on essaye de mener depuis trois-quatre ans : on essaye d’œuvrer à la création d’un fond d’investissement dédié au jeu vidéo, qui serait privé, et complémentaire de toutes les autres aides existantes. Le but ce ne serait pas que ce soit Capital Games qui le porte ; on est juste là pour initier des bonnes choses pour le secteur. On profiterait par ailleurs des compétences de nos membres pour expertiser les projets et optimiser les chances de réussite, pour rassurer les investisseurs (… alors que le FAJV est là pour soutenir la création et sa diversité).

Déjà en fin 2014, Patrick PLIGERSDORFFER en parlait de structurer ce truc-là
… Exactement. Patrick est un grand moteur sur ce sujet-là. On a eu quelques avancées qui nous ont permis de souffler et d’avoir quelques récompenses ; il y a le Fond Île de France qui est sorti il y a quelques mois. Ce fond est quand même ouvert aux entreprises qui ne sont pas basées en Île de France. Toutefois, seules les dépenses engagées dans la région seront éligibles. Par exemple si t’as une coproduction ou de la prestation.

Pour 2018, c’est un million d’euros, géré par la Région. La plateforme a été ouverte en juin, fermera en octobre, et c’est pour aider les productions. C’est des tickets qui vont de 50 000 à 150 000 euros, toutes plateformes confondues, et c’est aussi pour les jeunes studios, parce qu’il n’y a pas besoin d’avoir déjà commercialisé un premier jeu. Ça élargit aussi un peu le champ des dépenses par rapport au CNC, notamment en marketing

Faudrait qu’ils essayent Ninpô ; ils n’ont pas pu solliciter l’Europe Creative Media parce qu’ils n’avaient justement pas de premier jeu.
Souvent c’est ça. L’IFCIC également ; ils ont aussi un fond d’avance participative pour le jeu vidéo (FAPJV), même si c’est plutôt affecté pour la stratégie d’entreprise que dans la production. Donc voilà, il y a ce Fond Île de France qui a été créé. Ensuite, on continue nos travaux avec la DIRECCTE Île de France et la BNP Paribas avec qui on a conduit cette étude, puisque au préalable ils ont demandé une étude avec des chiffres fiables sur la rentabilité des jeux.

Du coup, rentable ou pas rentable ?
On le saura fin septembre ! (rires) Mais après, les chiffres ne sont clairement pas mauvais. Sinon, le reste des études, on l’a fait sur le free to play, sur l’éthique dans le jeu vidéo, sur le management des équipes, sur la levée de fonds. L’idée est venue du fait qu’on accompagnait des boîtes sur des thématiques, mais que personne d’autre n’en bénéficiait. On est parti de ce constat-là, on s’est dit que c’était dommage, et on a finalement tiré des enseignements ainsi que des bonnes pratiques pour ensuite les diffuser à tout le réseau. Typiquement, un des objets de l’étude, ce sera un petit livret blanc pour présenter les business models, les success stories, les chiffres du marché, pour que les studios puissent y aller avec cet espèce d’outil vulgarisé auprès des banquiers et des investisseurs. C’est assez méconnu, et ça peut faire peur, donc nous on est aussi là pour les aider.

J’ai vu qu’il y avait aussi une partie relationnelle avec Valve pour Steam ; concrètement, ça marche comment ?
On ne l’a plus fait depuis des années. La dernière fois qu’on l’a fait, c’était il y a quatre ans. C’était du pur relationnel : il y a des personnes de gros studios qui nous ont aidé à rentrer en contact avec Steam, type Amplitude / Cyanide / Focus pour pas les nommer, et on avait réussi à les convaincre de faire une page dédiée aux jeux made in France. Il y a eu deux opérations de faites qui ont hyper-bien marché. Ça a été un succès et on était très contents, parce que c’était une bonne avancée, et que d’avoir Steam comme interlocuteur c’est pas le plus simple. Après, ils ont aussi été sur-sollicités sur ce mode-là, où les gens ont voulu un peu réitérer l’opération.

Du coup, on a pas pu le renouveler. Et justement, c’était ma discussion de ce matin : comment on peut faire pour relancer les discussions avec Steam, et savoir s’il n’y aurait pas quelque chose à faire, même si là ce ne serait pas forcément sous le prisme national parce que je pense que ça les a gonflé. Plutôt avec tous les événements qu’on organise. A côté de ça, on fait tous les ans une promo sur l’Apple Store France au moment de la Paris Games Week et d’IndieCade Europe ; ça reste réduit mais c’est déjà ça, et il y a aussi une mise en avant de ces jeux. Je me dis qu’y aller avec Steam en mettant en avant nos salons, ça peut être une bonne porte d’entrée.

Il me semble qu’ils font déjà quelque chose pour l’E3, et ça ne m’étonnerait pas qu’il y ait quelque chose en rapport avec la Gamescom
… Ouais, et ça c’est ma réflexion de ce matin 9h00 ; t’es à la pointe de l’actualité ! (rires)

Et du coup, ça marche pareil avec Sony / Microsoft / Nintendo / whatever ?
On a pris le plus gros en fait, celui qui concernait la majorité de nos adhérents, parce qu’il faut dire qu’il y a un pouvoir de décision avec Steam qui était assez rapide à l’époque par rapport à d’autres. On l’avait fait aussi sur d’autres plateformes type GOG. Et comme je te disais, en cours de route il y a la stratégie qui a un peu bougé ; à un moment on est à quatre-cinq à Capital Games, tandis que là je passe la moitié de l’année seule, tandis que pendant l’autre moitié il y a quelqu’un qui me rejoint. Tu imagines bien que le nombre d’actions qu’il est possible de mener n’est pas le même, et c’est aussi pour ça qu’on ne peut pas faire d’accompagnement personnalisé. Par exemple, on ne fait pas du tout d’aide à la constitution des dossiers pour le CNC, bien que ce ne soit pas inenvisageable de créer une sorte de livret blanc sur « comment bien constituer son dossier » . Je crois par contre que le SNJV y réfléchit ; tu devrais aller voir avec eux.

Effectivement, ça doit être un peu chaud, bah… tout seule ; je veux bien te croire (rires). En ce qui concerne le domaine RH, la partie « éthique et déontologie » m’avait intrigué…
La partie RH, c’est autre chose. L’étude sur l’éthique et la déontologie, pour l’historique, il y a quelques années, il y a eu quelques élus qui étaient assez inquiets de la réputation du jeu vidéo en termes d’addiction, de violence, de pornographie, de pédophilie, etc… Bref, c’est allé très loin. Du coup, on nous avait demandé de faire l’effort de fédérer l’industrie autour d’une charte des bonnes pratiques…

… Bah tu vois c’est marrant, parce que du coup je recolle les morceaux en direct-live, toujours avec l’interview de Patrick PLIGERSDORFFER. Il pestait un peu contre le PEGI 18 en disant « oui mais de toute façon les jeux porno ça n’existe pas ! » . Bah en fait, finalement, si ! (rires)
On a quand même des profils de jeux très différents, et en France ce n’est pas vraiment adapté, mais il subsistait quand même cette crainte-là. On s’est dit qu’il n’était pas possible de forcer les professionnels à respecter quoi que ce soit ; ce n’est pas notre rôle, et on n’avait pas à être une contrainte supplémentaire plutôt qu’un soutien. On a alors pris le taureau par les cornes en discutant avec les professionnels sur les bonnes pratiques qui pouvaient être mises en place, ou qui étaient déjà mises en place, pour communiquer autour de ça histoire de faire bouger les mentalités du côté des élus, et en même temps de mutualiser ces bonnes pratiques.

Donc pour le coup, c’est l’éthique et la déontologie au niveau du contenu des jeux, sur la violence, sur les pratiques commerciales (free to play), sur les mineurs, etc… La commission européenne légifère de toute façon de plus en plus sur ces aspects-là, et l’objectif c’était surtout d’anticiper et de proposer pour montrer que l’industrie est responsable, via la mise en place du contrôle parental par exemple, plutôt que de se retrouver avec une législation trop sévère qui bloquerait tout. Néanmoins, en France, sur ces sujets, on n’a franchement pas les pratiques les plus cavalières.

Pour revenir un peu sur les salons, le dernier où je suis allé, c’était la Japan Expo, mais là, il n’y avait pas de rôle d’organisateur ?
On a été partenaire de l’AFJV sur l’espace emploi pour faire de la mise en relation. C’est la première fois qu’on s’impliquait sur ce salon, mais je n’y suis pas allé…

… C’était assez particulier en fait ; il y avait les éditeurs, des écoles éparpillées, et les indés parqués dans un recoin. En fait, même à la Paris Games Week, les années où j’y étais allé (… bon OK ça remonte maintenant), ça m’avait fait la même impression pour l’espace des jeux made in France.
La Paris Games Week, c’est quand même une histoire particulière. A la base, il n’y avait pas d’indés. Ensuite, Emmanuel MARTIN, le directeur général du SELL, a invité tous les indés à participer en leur offrant l’espace en 2012, ce qui est plutôt sympa. C’est là où s’est dit qu’on n’allait pas laisser chaque indépendant dans un coin sur son stand de 4 m² et ses flyers, et du coup on a créé un stand collectif pour présenter les jeux made in France, justement pour que ça ne fasse pas le coin reculé des petites boîtes. Depuis 2016, ça a pris une autre ampleur, puisqu’on a fait venir des gros qui financent en partie les participations des plus petits, et on a fait un énorme stand. Et pour cette année, on va passer dans le hall « des grands » , donc tu vois, on est en ascension totale ! (rires)

OK ! Donc maintenant vous allez être un peu plus mêlés aux différents acteurs de l’industrie ?
Exactement. Avant on était dans le hall un peu plus « famille » et « junior » , même si ça avait aussi ses avantages ; c’était plus au calme, et le contact entre le créateur et le public n’en était que meilleur. Le fait d’être un peu éloigné, malgré tout, écrémait un peu les visiteurs, et c’était surtout les personnes intéressées qui venaient jusque-là. On va tester cette année, et je te dirai en Novembre prochain comment on s’en sort ; j’hésite à poser une semaine d’arrêt maladie pour cette semaine-là (rires)

Et en ce qui concerne l’Indie Cade ; je n’y suis personnellement jamais allé…
… Bah viens cette année ! Ça se passe au CNAM, et c’est un festival qui existe depuis dix ans aux États-Unis, qui se fait déjà sous différentes versions, et ils cherchaient à développer une version européenne. Même ambiance : on a levé le doigt, on est allé chercher des sous, on a trouvé le lieu, des partenaires, et ils nous ont dit banco. Ça fait la troisième année qu’on l’organise.

C’est deux mille visiteurs, donc on est loin de la Paris Games Week, mais il faut le temps que la marque se fasse connaître auprès du grand-public. Ça commence un peu, parce qu’on a eu un beau programme de conférences l’année dernière, mais ça nous permet surtout de montrer le jeu vidéo… autrement ; c’est des petits créateurs européens, et c’est du jeu vidéo très artistique on va dire. Tu as aussi des jeux de plateau. C’est vraiment le jeu vidéo au sens large.

Si je résume, sur les trois events : la Paris Games Week pour la visibilité, le Game Connection c’est la fête au business, et l’Indie Cade c’est dédié aux indés ?
C’est ça !

J’ai vu que Capital Games avait aussi une mission d’aide à l’internationalisation ; ça se matérialise comment concrètement ? Un lien j’imagine avec le Game Connection America ?
A la base, on avait une offre export, c’est à dire qu’on sélectionnait des salons à l’année, et soit on donnait une aide financière aux entreprises qui y allaient (50 % de leurs frais), soit on montait des actions collectives sur un salon (par exemple : un stand partagé sur la GDC (Game Developpers Conference). Ensuite, Le-Game a été créé, et les pouvoirs publics nous ont retiré toutes les aides à l’export ; ils nous ont dit « vous avez créé une structure dédiée à l’export, donc on va pas donner de l’argent à tout le monde, merci, et au revoir » . Du coup, on a arrêté les aides directes aux entreprises…

… Et c’est Le-Game qui s’en occupe ?
Sauf que Le-Game n’a pas été soutenu. Un petit peu par le CNC l’année dernière, mais pendant deux-trois ans on n’a pas du tout été soutenu. Bon après, je n’ai personnellement pas envie que Capital Games devienne une simple agence événementielle ; aujourd’hui on porte trois gros événements, en plus de l’animation du réseau et quelques projets, mais on perd au passage la proximité avec nos adhérents. Je trouve ça un peu dommage.

Un dernier petit mot pour nos lecteurs ?
Eh bien, Capital Games n’a pas vocation à être visible du public, puisqu’on est porté sur le B2B (Business to Business), alors ce serait plutôt un petit appel à soutien : si vous voulez découvrir toute la diversité des jeux made in France, on a un Twitter qui reprend toute l’actu de ces jeux. Ça fait un petit panorama, et il y a toujours de quoi être intéressé en piocher en fonction de vos goûts. Ça peut être intéressant d’y jeter un œil !

Merci pour l’échange, et à bientôt !

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A propos de l'auteur : Toupilitou

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5 Commentaires sur “Hélène DELAY – Capital Games”

  1. Avatar cabfe dit :

    Merci pour cette interview !
    C’est rare, en effet, de mettre en avant tous ces organismes qui œuvrent pour aider nos créatifs.

    Après, à mon niveau, je suis plus proche de l’indé qui bosse dans son garage donc je n’ai pas (encore ?) besoin de leur soutien, mais rien n’est exclu.

    Si mon jeu se vend suffisamment bien, je pourrais faire appel à eux pour un projet de plus grande envergure, qui sait ?

  2. Avatar All_zebest dit :

    Après, à mon niveau, je suis plus proche de l’indé qui bosse dans son garage donc je n’ai pas (encore ?) besoin de leur soutien, mais rien n’est exclu.

    Si mon jeu se vend suffisamment bien, je pourrais faire appel à eux pour un projet de plus grande envergure, qui sait ?

    Pourrais-tu nous dire quelques mots sur ton jeu, STP ?

  3. Avatar cabfe dit :

    Pourrais-tu nous dire quelques mots sur ton jeu, STP ?

    Bien sûr.
    Pour reprendre ce que j’en disais sur un autre post :

    C’est un jeu d’aventure mixé avec des éléments qu’on retrouve plus souvent dans des visual novels.

    Y’a un site officiel temporaire (c’est-à-dire officiel, mais susceptible de changer selon ce que voudra faire mon éditeur pour la sortie) :
    http://www.bleedingmoons.com

    Il a même été primé plusieurs fois lors du concours Alex d’Or, dont jeu de l’année.

    https://youtu.be/ICHFYvIIm5I

    Pas encore de date de sortie, mais ce sera cette année. Mon éditeur a déjà lancé la phase de beta test pour s’assurer que ce n’est pas un Bug Simulator de plus.

  4. Avatar All_zebest dit :

    C’est très propre et ça a l’air bien écrit. J’ai trouvé la bande-annonce un peu longue : ça dit beaucoup de choses.
    En tout cas je me le prendrai dès qu’il sera fini. Ne manque pas de nous en informer.
    Petit détail : sur le site, au niveau des récompense, la dernière ligne n’est pas claire : c’est Alex d’or ou d’argent pour histoire et ambiance ? (les vignettes sont argent, mais en dessous, c’est écrit or).

  5. Avatar cabfe dit :

    C’est très propre et ça a l’air bien écrit. J’ai trouvé la bande-annonce un peu longue : ça dit beaucoup de choses.
    En tout cas je me le prendrai dès qu’il sera fini. Ne manque pas de nous en informer.
    Petit détail : sur le site, au niveau des récompense, la dernière ligne n’est pas claire : c’est Alex d’or ou d’argent pour histoire et ambiance ? (les vignettes sont argent, mais en dessous, c’est écrit or).

    Merci, ça fait plaisir <img class= » />

    Le trailer est effectivement un peu long, c’est mon tout premier et je ne maîtrise pas encore la technique.
    Il n’est pas dit que ce soit le dernier, même si je n’ai pas reçu d’indications de mon éditeur pour en refaire un autre.

    En effet, les vignettes attribuées lors des récompenses ne sont pas en phase. La bonne réponse est « argent », comme la couleur de fond.
    Le créateur des vignettes a dû oublier de changer le texte :oops:


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