Journal de bord : Sea Of Thieves

Sea Of Thieves

Connaissez-vous la légende des fonds affamés ? NON ? Bon, je vais pas faire le malin ; je la connaissais pas non plus, avant de me lancer dans cette aventure en cette belle journée de tempête. Me réveillant dans cette auberge, où j’avais bien passé trois semaines à dilapider l’argent des coffres pillés, à abattre des squelettes de capitaines pour leurs crânes et surtout à passer en contrebande des poulets, serpents, et cochons. Faut bien le dire : ça faisait longtemps que quelqu’un de neuf n’était pas arrivé dans l’auberge, donc quand j’ai vu l’autre jambe de bois, je me suis bien dit qu’un truc déconnait.

J’veux dire, IL N’Y A JAMAIS DE NOUVEAUX VISAGES ICI. Ni une ni deux, j’étais prêt à le détrousser, mais en fait, il était sympa. Il m’a causé sans trop me taper sur mon système rhumifié au brun des Antilles . Il m’a parlé d’un ancien pirate vers « Shark Bait Cove  » , sur la côte Ouest. Alors je l’ai écouté, et je me suis dit qu’il était peut-être, sans doute, temps de reprendre la mer. Parce que, oui, j’admets que ça m’a manqué ces conneries.

 

Journée 1Journée 2

Alors bien sûr, le retour au gouvernail est toujours un grand moment : on choisit le cap, on fait tomber la voile, et on lève l’ancre ! Évidemment, on évite les récifs autour de l’avant-poste et on prend la direction de l’île. Le chemin se fait sans encombre, mais rien que respirer à nouveau l’air marin me donne envie de conquérir ce petit bout de mer. Forcément, j’aurais pu partir pour cette aventure avec d’autres marins d’eau douce, mais mon plus proche collaborateur n’était point dans cette auberge ; dur dur de le convaincre d’y venir, surtout que la vie de pirate est un peu monotone, et ça, ça a fini par le gaver. Faut que je le ramène à la maison, histoire qu’on aille conquérir le monde ensemble !

En tout cas, il ne me fallut que quelques minutes pour atteindre cette île, en réalité un archipel d’îles reliées par des ponts de bois pas bien solides, et à d’autres endroits par des rochers sur lesquels je me suis amusé à sauter les uns après les autres. L’autre, Flofrost, se serait cassé la gueule avec sa connerie de jambe de bois ! Je croise une poule, et mon instinct de prédateur me dit de trouver une cage pour la coffrer. Mais bon, ça me ferait faire un aller-retour à un avant-poste pour vingt pièces. Est-ce que ça vaut le coup ? La pauvre bête me regarde d’un air pathétique, me suppliant de ne pas la prendre pour la vendre. Elle avait l’air satisfaite de mon traitement, lorsqu’elle s’est mangé un coup de tromblon. Foutu volatile !

Alors, l’Ouest c’est où ? Je sors ma boussole ; ça m’indique un tas de tonneaux échoués près de la plage. Je rejoins l’endroit, écartant ces conneries de plantes qui gênent sur mon chemin. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais coupé tous les arbres et arbustes de cet archipel pour m’en faire un repaire. Mais bon, l’écologie, la préservation de l’écosystème des Caraïbes, ça fait partie du contrat que la compagnie d’architectes « Rare » a passé avec le possesseur des mers « Microsoft« . Foutus écolos. Je parviens enfin aux tonneaux, et j’y trouve quelques planches prêtes au seul usage qu’elles ont, c’est-à-dire reboucher les trous de la coque de mon rafiot. Un fier petit navire, qui a coulé une bonne vingtaine de fois. Heureusement que j’ai l’assurance tous risques proposée par les sirènes ; elles ne demandent même pas d’argent pour ça. Aucun sens de l’économie !

Je longe la plage, et je tombe enfin sur une espèce d’ahuri. Il était torse-poil, couvert de tatouages avec les deux jambes en bois, et, un cache-œil. Il dansait et jouait du tambour. J’aurais pu me foutre de sa gueule, (…et ça aurait été mérité…), mais quelque chose clochait… Oh!… Oh non, c’est pas vrai ! IL EST ROUX ! Ni une ni deux, je sors mon tromblon, histoire de faire disparaître ses cheveux de ma vue, ainsi que sa tête par la même occasion. Malheureusement, j’oubliais que certains habitants des mers des Caraïbes troquent leur libre-arbitre contre l’immortalité. Remarque, ça a du sens : c’est un roux, il n’a rien à perdre à vendre son âme.

– Non mais ça va pas la tête !? C’est des manières de tirer sur les gens comme ça ?
– T’es pas un gens, t’es un roux !
– Toi aussi je te ferai dire !
– Répète un peu ça ? Je suis chauve, et tout le monde sait qu’un roux heureux est un roux sans cheveux !
– Et ta barbe, crétin !
– Ma… Ah merde, c’est vrai… Bon, j’imagine qu’entre roux on peut coopérer.
– J’aime mieux ça, et range ce tromblon maintenant ; tu sais bien que ça sert à rien.

Cet être sans-âme avait raison. Je rangeai mon arme tout en caressant ma barbe, arrachant malencontreusement un poil de cette dernière que je jetai avec dégoût en remarquant son horrible couleur.

– Connais-tu la légende des fonds affamés, jeune marin ?
– C’est pas terrible comme nom.
– Tu préfères « The Hungering Deep » ?
– Houla non! gardons la version québécoise. Alors quoi, c’est quoi cette histoire ?
– Il y a de cela des années, lorsque j’avais encore mes deux jambes, j’ai traqué une créature des fonds-marins. Non, pas le Kraken qui menace les mers depuis des siècles…
– … Ah oui cette arnaque ! C’est même pas un vrai ; il n’a que des tentacules et pas de corps…
– … Silence ! Laisse-moi terminer mon histoire ! Bon, alors, cette créature sévit dans les fonds marins, et contrairement au Kraken, elle ne se montre pas si aisément. Il faut aller la chercher, pour cela il faut jouer un morceau de tambour avec quatre autres courageux chasseurs. Malheureusement, trop impétueux, j’ai payé cher ma folie, en perdant mes jambes durant l’affrontement.
– Ah bah merde alors, c’est con pour tes jambes, mais au moins elles ont servi à quelque chose.
– Il faut bien dire que j’ai gagné en crédibilité de pirate, avec mes jambes de bois ; ça m’a valu quelques verres à l’œil, dans les tavernes… Eh, quoi ; pourquoi tu te marres ?
– Tu veux vraiment que je te fasse un dessin ?
– Ris tant que tu veux, pirate, mais j’ai bien plus d’histoires à raconter que toi. Tu n’as même pas une cicatrice ! Pas de jambe de bois ! Même pas un foutu cache-œil !
– Ah ouais ? Et as-tu déjà aveuglé un autre pirate avec ton vomi que tu avais recueilli dans un seau pour le pourfendre par la suite ?

– Mais… Mais c’est dégueulasse !
– Quand on est bourré, on fait avec les moyens du bord.
– Bon, vu que tu es là, c’est que tu cherches l’aventure… tu veux connaître le reste de mon histoire ?
– Non.
– Fort bien ! Donc, j’imagine que tu n’as aucune envie d’aller lire l’un des trois livres qui content mes aventures et qui se trouve au centre de cet archipel, sur un autel, au pied d’une statue ?
– Tu comprends pas quoi dans « Non  » ?
– Je suis un peu sourd. Tiens, prends ce mégaphone pour parler plus fort.
– D’accord, mais c’est un peu forcé de me filer ce machin après cette conversation débile.
– C’est dans mon contrat ; l’immortalité a un prix, et je suis endetté à vie à la banque Microsoft. Bon, maintenant, fais ce que tu veux avec ce mégaphone. J’ai fini la première partie de mon contrat.
– Une dernière chose.
– Quoi ?
– Je veux le tambour.
– Ah bah pour ça il faudra lire mes trois bouquins, cachés dans les mers des Caraïbes.
– Pourquoi as-tu caché tes bouquins ?
– Parce que sinon, comment savoir si tu es assez valeureux pour chasser le mégalodon ? Allez s’il te plaît, trouve les trois bouquins, et on n’en parle plus.
-Bon, c’est d’accord : je ferais tout pour avoir ce nouvel instrument… Tiens, tu veux que je te joue « La chevauchée des Walkyries  » en étant bourré ?
– Non.
– T’es bien un roux.

C’est sur ces mots que je laisse ce rigolo continuer de jouer du tambour, pour le folklore. Après cette conversation, je me rends compte que le temps que je regardais ailleurs, un autre navire était arrivé. Avec à son bord probablement un équipage de trois à quatre gaillards. N’ayant guère envie de m’y frotter, je pique un sprint vers le centre de l’archipel. Évidemment, stupide comme je suis, je plonge dans la flotte pour rejoindre la fameuse statue qui trônait entre deux presqu’îles. Quelques brasses plus tard, je me retrouve hors de l’eau. Regardant autour de moi, je me rends compte qu’un pont aurait pu m’y mener ; j’aurais pu rester au sec. Quel con!

Le premier ouvrage se trouvait en effet au milieu de bougies allumées constamment… D’ailleurs, pourquoi toutes les bougies des mers sont TOUJOURS allumées ? Y’a-t-il des pirates qui viennent les changer et les allumer tous les jours ? Tout ça n’a aucun sens, je vous le jure. Enfin, j’ouvre l’ouvrage, et  je vois que je ne suis pas le seul à être passé, vu toutes les traces de doigts humides sur les pages ; ces abrutis n’ont pas vu le pont non plus. Je me sens déjà moins seul. Bon, bien sûr, je vais pas vous lire tout ce qui est écrit là-dedans. Parce que d’une, je m’en fous, et de deux, la seule chose qui comptait vraiment, c’était l’emplacement du second livre. Trouvé ! Faut aller en zone S-16. Ben tiens, pourrait-il ne pas être plus précis ? Ah si ! Il mentionne une plante aux feuilles roses.

Je me mis à entendre les pirates qui avaient jeté l’ancre précédemment. Craignant que ça finisse en affrontement comme d’habitude, je décidai de me barrer vite fait, sans demander mon reste. Je courus vers mon navire, dont je ne voyais que le mât dépassant derrière les arbres. Avant de parvenir à ce dernier, je remarquai entre deux rochers… un baril de poudre. Alors toi, mon gaillard, tu viens avec moi ! Une fois remonté sur mon navire avec mon fier butin et mon nouveau cap, je fonçai ranger le baril dans la prison de la cale, histoire qu’un boulet de canon ne vienne pas déclencher une explosion, j’aurais l’air con tiens. Je rejoignis vite fait ma carte à l’intérieur du bateau, et, mis un marqueur sur la zone censée contenir le bouquin… attends… mais y a pas d’île cartographiée, là ! Qu’est-ce que c’est que ça ? M’aurait-il quand même pas enfumé, ce salopard !?

La seule manière de vérifier ça : y aller. Je remonte au gouvernail, commençant sérieusement à craindre le galion derrière l’archipel. Mais une fois l’ancre levée, et après avoir sué comme un bœuf parce que c’est lourd cette connerie, je pousse un soupir de soulagement en constatant que le galion navigue dans la direction opposée. Peu après, j’oriente la voile pour épouser au mieux le vent, la légère pointe de vitesse ravit mes sens, je me sens bien mieux à bord de ce rafiot qu’à terre, ça c’est sûr. Attends… que vois-je au loin ? Ni une ni deux, voyant des petits volatiles tourner au-dessus d’un point sur la mer, je regardai les créatures avec la longue-vue. Deux solutions étaient possibles : soit il s’agissait d’une cargaison de barils ayant survécu à un naufrage… soit c’était un navire qui n’avait pas encore totalement sombré et que je pouvais aller piller. Léger changement de cap, au lieu d’aller au nord-est, on ira un peu plus vers le nord. Une fois parvenu sur le site, je jetai l’ancre et commençai à sonder les profondeurs du regard. C’est profond, ça va pas être de la tarte.

D’autant plus qu’il y a un autre navire à proximité. Pas question de me laisser piquer mon butin, faut vite agir. Alors je saute encore ; une fois sous la flotte, je me rends compte que ces foutus arbustes m’ont égratigné de partout, et le sel pique mes plaies. Bon, ne faisons pas notre chochotte et prions plutôt pour ne pas manquer de souffle avant d’avoir pillé le navire. Un beau vaisseau d’ailleurs, le fait que son mât lui ait été arraché de la sorte, me laisse à penser qu’il est tombé sur le kraken. Dommage pour ce navire, mais c’est ainsi que fonctionnent les mers et leurs dangers. Les quartiers du capitaine sont vides. N’attendant point de m’asphyxier, je me dirigeai vers les cales, et à ma grande joie, je vis un coffre richement ornementé. Je chopai le coffre. Commençant à me sentir mal de retenir tant ma respiration, je fonçai alors vers la surface, voyant la lumière du soleil à travers les flots, et l’ombre de mon navire si rassurante me servit de guide. Je parvins rapidement à l’échelle menant à bord, je posai le coffre juste à côté du gouvernail, et je me rendis alors compte que l’avant-poste était juste à côté, pas de temps à perdre.

Parce que ce salopard de navire se rapprochait !

Je n’avais jamais été aussi rapide à remonter l’ancre. Un doigt d’honneur plus tard en direction du pirate me poursuivant, je mis le cap sur l’avant-poste, priant pour qu’il ne m’intercepte pas avant. Alors que je lâchais le gouvernail, confiant en les flots pour le moment, je mis un boulet de canon dans chaque canonnière, me préparant à me défendre contre ce pirate. Saleté de forban ! On peut même pas piller une épave sans se faire emmerder ! De mon temps… non en fait, de mon temps, même sans butin on se foutait sur la gueule.

Bon d’accord, t’es dans ton droit.

Mon arrivée à bon port se fit d’une manière impressionnante , je rentrai littéralement dans les quais de bois, m’étant préparé à l’impact, j’étais monté au sommet de la proue pour sauter. Réussite totale, je me réceptionnai juste à côté de la charpentière, qui me jeta un regard las, puis orienta son regard d’un air dépité vers le navire, qui stoppa net juste avant les quais.

C’est toujours la même histoire avec les pirates, savez pas respecter le code d’honneur ?
– Le quoi ?

Afin de ne pas me faire un nœud au cerveau, je rejoignis à grands pas le marchand de contrats pour les collectionneurs d’or. Lorsqu’il vit le coffre dans mes bras, son regard s’illumina, et il attrapa bien vite le coffre, sortant sa clé pour l’ouvrir avec avidité. Il en sortit la moitié du contenu et garda le reste.

– Je te jure, le jour où j’apprends à ouvrir les coffres par moi-même, tu pourras te la foutre où je pense, ta « taxe sur la fortune ».
Il faut bien faire fonctionner l’économie des Caraïbes.
– Ouais bah m’excuseras, mais y’a l’autre empaffé de pirate qui aborde mon navire, pas question de le laisser se barrer avec !
Mais quoi qu’il arrive, votre assurance vous permettra d’en avoir un autre. Alors pourquoi se presser ?

Je regardai l’homme avide joindre les mains tout en tapotant ses doigts. Il avait un grand sourire avec des dents en or. Sûrement pour remplacer celles que des pirates, ayant fait affaire avec lui, avaient dû lui casser, n’acceptant pas les marchés, assez invraisemblables au demeurant, que l’on devait passer avec la compagnie des collectionneurs d’or. Bordel, c’est vrai, pourquoi se presser ?

– C’est par principe, ce rafiot à beau être le vingtième que j’ai du même modèle, c’est le mien !

J’abandonnai là le marchand d’or, qui ne bouge de toute façon jamais de son emplacement, et je courus, tromblon bien en main, en direction de mon navire. Je vis ce petit saligaud faire le plein de MES munitions, j’espérais qu’il ne m’avait pas remarqué, histoire de lui faire une gentille petite surprise. Je fis quelque pas discrets sur les quais, sous le regard méprisant de la charpentière qui n’avait pas bougé non plus.

Je saute alors sur l’échelle menant au pont, tout en évitant la flotte, c’est bon, je me suis assez trempé pour aujourd’hui. J’arrive à bord, le garnement est probablement encore en bas, je me glisse dans la cabine où se trouve la carte, et je ne le vois pas. Il est donc dans la cale, probablement en train de me voler mes précieuses bananes. Je jette un coup d’œil, et un coup de feu retentit. La balle de ce salaud m’a raté de peu, je fais un saut afin de lui caler un tir à bout portant, ce que je réussis admirablement. Il décide de se replier vers le pont tandis que je recharge. Je ne vais pas le laisser se barrer comme ça, je saisis alors mon épée et lui cours après. Il tente de me piéger en me tirant dessus, il vise juste, et si en effet je grimace lorsque la balle se loge dans ma jambe, je suis tout de suite soulagé d’en finir avec ce garnement. La prochaine fois, gamin !

Un coup de canon retentit. Tout d’un coup, je suis projeté hors de mon navire. La douleur ne m’empêche pas de me dire « eh merde ». Alors que je suis dans l’eau, j’entends un autre coup de canon, et cette fois une formidable explosion se fait entendre dans mon navire. Le baril de poudre, bien sûr. Conscient que c’est absolument mort pour mon rafiot, je me saisis d’une banane, la croque tout en étant dans l’eau, avalant donc le bouillon de culture qu’est l’océan, puis me mets à nager, le sabre entre les dents, le tromblon sur le dos, vers le navire ennemi.

Je parvins à me glisser discrètement dans le vaisseau adversaire, le canonnier fut réveillé d’un coup de tromblon, qui ne fut malheureusement pas mortel, même si je lui calai une bonne décharge dans le derrière et le bas du dos. Son copain me tira dessus, me touchant l’épaule. Perdant l’effet de surprise, j’avais deux solutions, tenter le combat au corps à corps, ou fuir. Je choisis évidemment la fuite et sautai alors dans l’eau. Voyant que mon navire coulait, je compris alors que je n’avais de toute façon pas d’autre option que de me cacher. Sauf que le gamin visait bien. Et cette dernière balle me frappa à un endroit vital. Je sentis alors la vie me quitter, et les flots m’emporter.

 

Monde de merde !

Quoi ? Vous croyiez que c’était fini ? Genre mourir comme une merde dans la mer, ça serait le destin du pirate Marcheur ? Évidemment que je suis mort ! C’est pas la question ! La question, c’est de savoir comment je reviens à la vie par la suite, pour finir le travail ! Et  je vais te le finir ce travail ! C’est juste un petit contretemps de rien du tout ! Si vous saviez ce qu’on a vécu avec le flibustier Flofrost, vous vous demanderiez même pas comment on revient à la vie dans les Caraïbes ! Ici le service public assure le maximum, résurrections gratuites, et pourtant ces salauds de Rare voulaient le réformer à la base pour qu’on paye si l’on est tué par autre chose qu’un pirate, mais ces salauds de libéraux n’auront pas nos services publics ! Attends, quoi ? Tu t’en fous ? Ouais, t’as raison, alors voilà comment ça s’est passé ensuite !

La morsure de la mort, c’est pas la chose la plus agréable, mais on finit toujours par en revenir. Mais bordel, ce que c’est lugubre le navire des morts, sérieusement, un capitaine fantôme qui jacte pas un mot, et des illustres inconnus qui attendent leur tour pour revenir à la vie. J’apparais là, dans ma forme fantomatique. Ça fait toujours bizarre de ne plus sentir son corps et de flotter comme ça avec l’air con. Évidemment, j’ai à mes côtés le zigoto que je viens de trucider.

« Ah… c’est… c’est gênant. » C’est tout ce que ce marin d’eau douce trouve à me dire alors que je suis en train de me demander où je réapparaîtrai avec mon navire.

– Bah évidemment que c’est gênant, y’a deux secondes, on se tirait dessus, pour savoir qui aurait le contrôle du rafiot, et v’là qu’on se retrouve tous deux ici, alors que j’ai clairement gagné !
– Quoi t’as gagné ? Tu m’as eu sur ton propre terrain, ça aurait été différent si on avait été sur mon navire !
– C’est quoi cette excuse ? Tu sais bien que Rare a standardisé la production de tous les navires ! Et sauf preuve du contraire, il y a le sloop et le galion, et c’est tous les mêmes, alors tu vas admettre, que je t’ai mis la misère un point c’est tout.
– Bah alors qu’est-ce que tu fous là ?
– L’opportunisme de deux autres forbans, traîtres ! Ils ne respectent pas le code d’honneur !
– Le quoi ?
– Ouais c’est bizarre à dire hein ? C’est la charpentière qui m’en a parlé, mais je sais pas ce que c’est.
– C’est pas en rapport avec le machin écrit à la sortie de chaque taverne ça ?
– Maintenant que tu le dis… faut vraiment que je me mette à le lire un jour. »

Soudain, la porte de la cabine du capitaine s’ouvrit, menant à la résurrection via un sentier de lumière verte, permettant d’échapper aux mers infinies du monde des morts. La cloche retentit alors, afin de nous prévenir qu’on pouvait maintenant partir ; j’allais pas me faire prier, non mais.

– C’était sympa de causer avec toi !
– Ouais bah, la prochaine fois, essayons d’être plus courtois, lorsqu’on se croisera en chair et en os. On pourrait au moins se prévenir quand on se tire dessus.

Mais le garçon était impoli et il franchit le seuil menant à la vie. Bien sûr, je le suivis sans demander mon reste, laissant le monde des morts derrière moi.

Le retour à la vie est chaque fois le même, j’atterris sur la plage d’une île que je ne reconnus pas tout de suite. Quelques secondes plus tard, une fois que mes nouveaux yeux se sont habitués à cette saloperie de soleil, – à son zénith, je reconnais le lieu : c’est un avant-poste. Miraculeusement il est proche de l’endroit où je devais me rendre, pour une fois que la chance me sourit ! Je regarde à côté de moi et je vois le quai, et au bout de celui-ci mon fier rafiot, flambant neuf, garanti cent pour cent sans baril de poudre dans la cale.

Allez, sans attendre, je remonte sur mon navire, et recommence la routine, pour me déplacer vers le lieu. Le voyage est incroyablement calme, pas un pirate à l’horizon, même pas un oiseau. Pour une fois que je peux profiter de ce calme, en toute quiétude. La direction est simplifiée, par le fait que le vent vient de derrière, poussant les voiles sans faire chavirer le navire. J’arrive bientôt à un petit archipel, où je vois en effet sur la plus petite des îles, une plante aux feuilles roses.

Je descends de mon navire, l’eau m’arrive jusqu’aux genoux, j’ai pris bien soin de ne pas arriver trop loin du but. J’arrive à côté de la plante, regarde si ses feuilles ne cachent pas l’ouvrage : rien. Je regarde derrière le rocher qui sert de support à la plante : rien non plus. Je gratte le sable de mes doigts, puis je sors enfin la pelle, pour creuser un peu partout : que dalle. Bordel, où est-ce qu’il a caché son bouquin, ce con ? En regardant autour de moi, je me rends vite compte que la flore n’est pas très développée sur la plage… par contre cette plante rose… il y en a d’autres dans l’eau, une eau d’une propreté éclatante, qui me laisse entrevoir un genre d’arche.

Il n’aurait quand même pas osé… ô le saligaud. Après un instant à pester, je finis par plonger. Je rejoignis bien vite l’arche et, en un coup d’œil, je découvris un long tunnel menant vers des profondeurs marines insoupçonnées. Le tunnel n’était pas naturel et l’arche non plus, mais qui avait pu faire ça ? Et pourquoi était-ce englouti ? Bref, les questions c’est pour ceux qui ont du temps à perdre, et de l’oxygène à gaspiller. Donc, conscient de probablement faire une connerie, je m’enfonçai dans le tunnel.

Parfois, je me dis que je devrais juste me relaxer dans une taverne. Non mais c’est vrai quoi, j’ai assez d’argent maintenant. Je suis bien fringué, j’ai un équipement de haute qualité alors pourquoi est-ce que je m’emmerde à m’enfoncer dans les profondeurs sous-marines pour lire des bouquins ? Et dans quel état va-t-il être, son bouquin, s’il a nagé pour le cacher ? Décidément, un pirate c’est con, vraiment beaucoup trop con. Je commence à manquer de souffle, bordel, j’arrive dans un cul de sac. Je vois un squelette inanimé à côté de moi – ça fait quand même con de l’écrire je dois le dire – et, ne voyant rien en regardant tout autour de moi, tel un grand génie je me dis: en haut.

Paniqué, cherchant de l’oxygène, je me mets à ouvrir la bouche comme un con alors que je suis sur le point de rejoindre la surface d’une caverne, bordel, ça commence à me brûler les poumons !
Enfin, j’y parvins, toussant et crachant tout ce qui était entré dans mes poumons, saleté de vieux pirate roux ! Quelle idée de planquer là son journal ! Je regarde autour de moi, et je vois que je suis dans une sorte de bassin. Avec des escaliers menant à un drôle d’autel de pierre en forme de requin. Une fois sur la pierre, car je suis dans une obscurité partielle, je sors ma lampe à huile donnée par l’ordre des âmes afin d’y voir plus clair. Forcément, je trouve l’ouvrage sur l’autel, mais protégé par une couverture de cuir qui recouvre l’ensemble. C’est ainsi qu’il l’a protégé de l’eau.

Une lecture un peu plus attentive que la dernière fois m’apprend qu’il avait quand même du cran. Il souhaitait cacher son histoire pour que les plus courageux puissent quand même tenter leur chance. Mais tout ce petit jeu de recherche c’était de la dissuasion. Une fois les informations en tête, je recherche l’emplacement de l’ultime ouvrage.
En zone L-14 donc. Bien, et un indice, histoire que je tourne pas en rond comme un corniaud ? Ah, au sommet d’un mât, vais-je trouver une épave là-bas ? L’épave de son galion ? Une seule manière de le savoir, encore y aller.  Je regarde autour de moi et remarque que le seul moyen de sortir, c’est de repasser par là où on est entré. Un soupir, un juron et un plongeon plus tard, je me rendis assez vite à mon navire, crachant cela dit encore une fois l’eau qui avait réussi à s’infiltrer, c’est vraiment mais vraiment pas mon jour.

Le nouveau cap est entré, à l’est toute! C’est alors que la mer s’agite un peu, et, que je garde le cap difficilement. Mais j’ai appris à tenir fermement cette barre, et alors que la pluie m’empêche de voir loin, je me rends compte que je vais devoir tenir la barre encore mieux. Des récifs surgirent juste devant moi. Plus le temps de manœuvrer pour les contourner, pas le choix, faudra traverser ces écueils et prier pour être bon. Les premiers furent assez faciles, car j’avais quand même eu de la marge pour les anticiper, les seconds par contre, plus fourbes, griffèrent la coque, bordel ! J’ai probablement une fuite dans la cale ! Mais je n’ai pas le temps d’aller voir ni de réparer. Je dois passer entre les deux derniers récifs pour enfin sortir de ce cauchemar. C’est alors qu’un coup de vent faillit m’envoyer directement dans l’un d’entre eux, mais en virant violemment de bord, je compensai. Je cognai une fois de plus un récif, mais cette fois j’étais tiré d’affaire, du moins si j’écopais assez rapidement.

Priant les dieux des mers pour que le vent ne m’envoie pas dans une autre direction, je descendis dans la cale, l’eau arrivait à peu près à la moitié des escaliers menant en bas. Je saisis mon sceau, et écopai trois fois en jetant la flotte par la fenêtre, une fois ceci fait, je pensais pouvoir me permettre de réparer les trous. Quelques coups de marteau plus tard, les trous étaient bouchés, il ne me restait plus qu’à enlever le reste. Soudain, j’entendis une voix amplifiée par un mégaphone. Serait-ce des pirates amicaux ? Je remonte les marches quatre à quatre jusqu’au pont, et je vois alors en face de moi un galion suivant un sloop, et j’entends des voix triomphantes dire « on l’a eu ! » « On l’a eu ! ».

Bah… tant mieux je crois. En tout cas, depuis leur pont, ils me font des signes, auxquels je réponds par un salut poli. Je suis un peu tendu, j’attends le moment où ils me tirent dessus pour me saborder. Mais ça n’arrive pas, ils se contentent de passer, partageant leur joie. Parfois, les pirates savent aussi juste profiter des petites choses, c’est pas fréquent, mais il arrive qu’on s’aime bien aussi. Après qu’ils soient passés, je me rendis compte que le cap n’avait pas changé. Je vis alors deux grandes îles, avec un morceau de mer les séparant. Et au milieu de cette eau, un mât dépassait, semblant défier la nature, refusant de sombrer. Bien sûr, le bois finirait par pourrir, mais à ce moment, je ne pus qu’admirer la combativité du vaisseau.

Je m’arrêtai juste à côté du mât, une nouvelle fois il faudrait se mouiller, mais cette fois, impatient d’en finir, je n’attendis pas pour plonger depuis le sommet de la poupe, et j’atterris juste à côté de l’échelle menant au sommet du mât. L’ascension fut compliquée car les années avaient rendu l’échelle glissante et fragile, je fis attention durant la montée, mais bientôt je mis les pieds sur le sol de la vigie, un sol fragile, mais je n’y porte guère attention quand je vois le dernier ouvrage, posé sur le rebord. Je le saisis et lis son contenu le plus vite possible.

J’apprends que le bonhomme a lâché l’affaire après s’être fait dévorer les jambes par le monstre. Il décida alors de partir pour Shark Bait Cove, pour finir ses jours en ermite et construire les tambours pour ceux qui oseraient tenter leur chance. Je lis l’ensemble avec intérêt, et apprends qu’il avait longtemps noyé sa douleur dans le rhum. Pauvre roux, je le plaindrais presque. Mais voilà, j’ai lu les trois livres, et il me doit désormais quelque chose.

Le chemin du retour fut d’un calme plat et, après ces deux journées de voyage, j’admets que c’était un vrai plaisir de pouvoir apprécier encore une fois les mers calmes et les îles paradisiaques autour de moi. La manœuvrabilité du sloop est une joie dont je ne me lasserai sans doute jamais de jouir. Ah, si seulement on pouvait me proposer des contrats aussi intéressants plus souvent. Je prendrais la mer tout le temps ! Je pris aussi conscience que finalement, la destination je m’en suis toujours foutu, mais que c’était le prétexte qui était nécessaire à la beauté du voyage.

Très vite, trop vite d’ailleurs, j’arrivai aux côtés du vieux pirate, qui me fit un sourire en me voyant arriver.
« Oh, tu as réussi à trouver et lire mes trois livres !
– Oui… attends… comment tu le sais ?
– Tu te poses encore ce genre de question, alors que tu as été cherché deux livres, un dans une caverne sous l’eau, et l’autre au sommet du mât d’un navire échoué ?
– Ah… vu comme ça, tu marques un bon point. »
Le pirate me regarda avec un air satisfait. Cela dura un moment, assez long d’ailleurs pour que je voie derrière lui un cochon bouger. Nos regards se croisèrent un instant, un long instant, la pauvre bête comprit ce qui l’attendait lorsque j’aurais fini ma conversation. Je reviens à mes moutons, et regarde le pirate et lui sors :
« Bon ! Tu vas me le filer ce tambour ?
– Oh oui, tiens, pardonne-moi, j’avais la tête ailleurs. »

Je prends le tambour avec moi, c’est un instrument décoré avec des objets tribaux, pendant un instant, je me demande pourquoi il s’est amusé à foutre des dents dessus. Mais bon, venant d’un pirate qui s’amuse à buter des poules sans raison, je suis probablement le dernier à avoir quelque chose à dire sur l’autre taré. Je le remercie d’un signe de tête respectueux, puis il vient rompre ce si agréable silence en recommençant à jouer du tambour avec un autre qui traînait là.
« Dis moi jeune homme, où caches-tu tous tes équipements ?
– ….Suspension de l’incrédulité…..
– Ah oui, suis-je con.
– Donc… tu vas faire quoi maintenant ?
– Bah… comme le contrat le stipule, je vais jouer du tambour jusqu’à la fin des temps en attendant que d’autres pirates que toi viennent chercher la gloire en voulant chasser la terreur des fonds marins.
– Et on est nombreux ?
– Oh, ça dépend, disons que ouais, mais tu sais, la plupart n’écoutent pas ce que j’ai à dire et ne lisent pas le peu qui est écrit dans mes bouquins, donc ça va plutôt vite.
– Ah bah ça c’est vraiment bizarre, qui n’a pas envie de lire et écouter les histoires d’un pirate roux, borgne, et ayant perdu ses deux jambes ?
– Veux-tu le schéma de mes tatouages ?
– Tu coches encore la check-list de ton contrat ?
– Ouais. Ah, et veux-tu en savoir plus sur comment j’ai perdu mon œil ? »

Ce fut à ce moment où je coupai court à la conversation en appuyant sur « B ». Le personnage retourna alors à sa routine de tambour tandis que je m’éloignai de lui, regardant satisfait l’horizon qui commençait à rougeoyer tandis que le soleil déclinait pour laisser place à une lune éclatante.

 

C’est la fin de cette aventure les amis ! Mais si vous êtes sage, et que je n’ai pas trop la flemme, et qu’on trouve un créneau commun avec le flibustier Flofrost, je vous conterai peut-être, le jour où nous avons réussi à trouver, et, tuer la créature des fonds marins ! Mais ça c’est une autre histoire, et, j’avoue que j’ai bien assez écrit aujourd’hui. Allez ! D’autres aventures m’attendent, et beaucoup que je ne conterai jamais !

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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