La Sonic Mania

La Sonic Mania

Review copy fournie par Koch Media

Ayant reçu une review copy de Sonic Mania Plus, j’avais originellement prévu de vous faire une simple critique du jeu. Sauf qu’avant d’y jouer, j’ai pu longuement jouer à Sonic Generations, et pendant que je jouais à Sonic Mania Plus, je me suis amusé à jouer à Sonic Forces. Pris entre trois feux presque simultanément, j’en suis venu à me dire qu’il serait vraiment dommage de juste parler de chaque jeu l’un après l’autre. Après réflexion, je me suis dit que pour le coup, ce n’était pas vraiment Sonic Mania Plus qui était intéressant, mais plus de parler de ma récente Sonic Mania ; une période finalement assez enthousiasmante que je vais vous partager, et j’espère que ça vous donnera au moins envie de jouer à Generations et Mania.

 

Je ne suis pas un grand fan de Sonic, ni même un grand fan de SEGA. Mais j’ai toujours eu un soupçon de sympathie à l’égard du hérisson bleu qui m’a toujours plus attiré que le plombier de Nintendo. Forcément, j’allais finir par tomber dans l’univers de la mascotte de SEGA, et ça n’a été qu’une question de temps, des années finalement vu que j’ai toujours été plus attiré par d’autres titres. La découverte de Sonic s’est d’abord faite par l’émulation de titres plus anciens, mais c’est finalement Generations qui me convaincra de m’investir dans la saga, via la rétrocompatibilité Xbox One. Beaucoup de choses m’ont plu. Déjà la fluidité de l’action, la patte visuelle et le rythme endiablé de chaque partie. J’avais bien sûr remarqué la faiblesse toute relative des phases en 3D, privilégiant donc le gameplay avec le Sonic « à l’ancienne » qui proposait des sensations de jeux assez uniques. En peu de temps, Generations m’avait convaincu que j’aimais la saga, et qu’il me faudrait y revenir un jour. J’y suis donc revenu à l’occasion d’une très forte promotion sur le fameux Forces, le Sonic tant méprisé.

Sans être un jeu formidable, je me suis surpris à le trouver globalement médiocre, parfois vraiment infâme, et à l’occasion… bien supérieur à Generations. Forces est un jeu déséquilibré, dans lequel l’excellence côtoie la médiocrité avec la désagréable impression que la Sonic Team est passé à peu de choses de faire un vrai bon Sonic 3D. Car oui, ce qui fonctionne encore le mieux dans Forces, ce sont les niveaux en 3D, plus ouverts que dans Generations, qui profitent d’un level design très travaillé à l’occasion, et qui donne envie de croire en l’équipe. Malheureusement, si Forces peut s’avérer excellent, il se révèle aussi souvent infâme, et globalement très monotone, malgré sa tentative partiellement réussie de faire varier l’expérience. Il est dommage qu’un épisode choral essayant de représenter le meilleur du vieux Sonic (et qui se foire avec une physique pétée et un level design décevant, au mieux), du nouveau (les niveaux en 3D sont souvent très sympas), et enfin l’immonde gameplay que nous impose l’avatar que l’on créait.

C’est un jeu qui reste agréable à faire du fait de sa structure mettant en star le speedrun et la variété de l’action, mais la proposition reste qualitativement affreusement limitée, d’où d’ailleurs un prix réduit particulièrement judicieux. C’est d’ailleurs curieux de se dire qu’un jeu aussi imparfait que Sonic Forces m’a finalement plutôt convaincu ; c’est révélateur de la force du feeling Sonic. Ce qui nous amène assez logiquement à la star de l’article : le fameux Sonic Mania. Le jeu de fan de Sonic pour les fans de Sonic qui a décidé de botter des culs, et d’expliquer à nouveau pourquoi il a été une star. Et ça a été pour moi une évidence : Sonic est une vraie star de la plateforme, parce qu’il propose pile l’inverse d’un Mario, et lâche donc complètement le joueur dans un flot de mouvements que l’on doit à peine contrôler. Même s’il y a parfois de vrais bouts de plateforme, on est globalement dans un jeu qui glisse et qui doit inviter le joueur à adhérer à ce mouvement.

Tout le sujet de Sonic, c’est finalement l’acceptation de se laisser aller qui ne demande aux joueurs que de faire des actions pour recommencer à suivre les rails multiples qui sont disséminés dans les niveaux de Sonic. Il y a même des séquences où le simple fait de toucher à la commande de mouvement provoque l’échec. Il faut être prêt à se laisser faire quand le jeu le fait entendre (un looping, une descente, un boost) et reprendre le contrôle quand la situation invite à plus de prudence. C’est de cela qu’est composé un bon niveau de Sonic ; un level design labyrinthique qui doit proposer, pour chacun des parcours, un moyen de jouir d’une vitesse folle à un moment où l’on voit défiler le niveau, nous rappelant que la force de Sonic, c’est surtout sa rejouabilité, avec l’optimisation du run parfait.

Sonic Mania Plus est pourvu de nombreux niveaux riches et complexes, dans un pixel art léché, soutenu par des temps de chargement ridiculement courts, et un jeu qui ne pèse que 300 Mo. Sonic Mania Plus a cet incroyable luxe d’être immédiat, instinctif, d’une pureté de design qui nous renvoie aux grandes heures du feeling arcade, lorsque le plaisir ludique est la première et dernière chose que l’on doit considérer. Pourtant, il y a un véritable apprentissage dans Sonic ; c’est désapprendre cette manière de jouer que l’on a développé, de réapprendre à parfois laisser se faire les choses et agir avec parcimonie sur l’action pour préférer la laisser se dérouler.

Tout ce que vous demande Sonic, c’est de sortir de cette obsession du contrôle constant, et de parfois laisser aller le jeu et l’action, comme lorsque l’on cesse de réfléchir à ce que l’on écrit et qu’on laisse filer les doigts sur le clavier. Ce nouvel automatisme qui vous demande d’accepter le niveau non pas comme une simple série d’obstacles, mais aussi une série de bonus, aides qui permettront de traverser le jeu avec aisance et vitesse. Il y a un véritable bien-être à tirer d’une partie de Sonic Mania Plus, et le plus amusant, c’est que j’ai tiré trois bien-être assez différents des trois jeux. Forces est un jeu simple, taillé pour l’optimisation de run et donc bâti pour être traversé rapidement. Generations fait la part belle à une certaine alternance entre phase spectaculaire en 3D et phase plus classique en 2D. Et Mania se concentre vraiment sur le cœur de la formule : l’abandon. J’étais parfois vraiment mal à l’aise face à des sections de Mania, où je mourrais à répétition parce que je ne voulais juste pas laisser les choses se faire, comme si j’avais le droit de changer les règles du jeu par confort.

Jouer aux Sonic, c’est quelque part découvrir – ou redécouvrir – les vertus du jeu plus « passif » , ou du moins un jeu vidéo « actif » qui intègre au centre de son sujet des plages d’inactivité laissant au départ dubitatif, puis on réussit à en tirer un plaisir fou, et on se met à leur recherche, parce que Sonic communique bien plus par ce qu’il laisse défiler que par les épreuves qu’il peut nous imposer. C’est surement pour cela qu’il a survécu malgré l’écrasante victoire de l’école Mario ; Sonic est trop cryptique, trop opaque pour celui qui n’a pas l’envie de se projeter dans sa vision du ludique, quelque chose que l’on maîtrise moins, basé sur une forme d’hypnose. J’ai eu, en jouant à Sonic, l’impression de retrouver des sensations diverses, comme si des jeux s’étaient inspirés de l’enseignement de SEGA. Ainsi, Sonic m’évoque Journey, Flower, Flow, Abzu… Ironie du sort, tous ces jeux tirent leurs forces ludiques sur le simple principe du flow du mouvement ; quand on apprécie le fait de se mouvoir, sans avoir besoin de faire autre chose.

Cela m’est alors apparu comme une évidence : Forza Horizon. Ce rythme libéré de toute tension, cette vitesse simple à atteindre, facile à maintenir, ce rythme que l’on décide et que l’on peut laisser couler. Sonic est simplement le père spirituel d’une manière d’aborder la vitesse, non pas pour ce qu’elle peut apporter à une autre mécanique, mais par le simple plaisir de la ressentir, ressentir ce mouvement comme puissant, sans avoir forcément besoin de manipuler sa manette ou son clavier de complexe manière pour l’atteindre. Inspiré par cette Sonic Mania, j’ai relancé Forza Horizon 3, et j’y étais. J’avais touché du doigt ce qui fait le plaisir de Sonic, cette impression de s’abandonner à un mouvement qui fait défiler le décor coloré autour de soi, construisant alors des séquences d’hypnoses, évoquant aussi ce que fait Thumper avec une méthode beaucoup plus rentre-dedans. Il y a évidemment la possibilité d’être compétitif et de faire toujours mieux, d’atteindre toujours une vitesse plus grande et d’optimiser le parcours, mais quelque soit votre performance, vous aurez déjà touché du doigt le plaisir subtil que provoque Sonic.

La Sonic Mania, c’est rechercher la vitesse, et l’hypnose un peu perdue en route du hérisson bleu ; une vision respectée par Generations, quelque peu délaissée par Forces, et réveillé avec une passion folle par Sonic Mania Plus. Le titre étant d’ailleurs plus pertinent qu’on ne le pense, véritable maniaque dans l’âme, le jeu de PagodaWest Games et de SEGA n’aspire finalement qu’à ramener à la lumière ce feeling, ne s’en écartant jamais pour proposer autre chose. Un véritable rail de Sonic pur dans le pif. Voilà ce que propose le jeu de SEGA, et voilà ce que SEGA s’est évertué à vouloir changer au fil des années, tentant mille et une formules pour renouveler sa série, au point de la perfuser avec des nouveaux personnages inutiles, juste histoire de mettre un truc nouveau.

SEGA, si tu me lis : écoute ce que les joueurs en disent. Sonic Mania n’est pas qu’un simple jeu de nostalgique. Mania est là pour pointer du doigt ce qui fait un bon et grand jeu de la licence, et c’est grâce à lui que la Sonic Team devrait être capable de réitérer l’exploit de Generations. Faire avancer Sonic dans la bonne direction, c’est finalement étudier minutieusement ce qui l’a originellement défini, en cherchantg à capturer et moderniser ce lâcher prise.

 

Forces est déjà tout pardonné, SEGA, mais fais en sorte que le prochain Sonic soit digne de Mania et Generations ; le hérisson bleu n’a jamais eu autant ses chances de revenir sur le devant de la scène, alors la prochaine fois, permet lui d’avoir un vrai bon et grand jeu entièrement neuf, quitte à laisser PagodaWest Games aider la Sonic Team. Après tout, ils ont bien mérité d’entrer dans la grande histoire de la saga. Oui, Sonic Mania est un excellent titre, mais il est surtout le meilleur moyen de tomber soi-même dans la Sonic Mania, cet espoir fou de revoir un jour le hérisson bleu se tenir droit et fier après avoir été piétiné pendant près de vingt ans. On y croit encore.

PS : Ah et je sais que c’est désormais de notoriété publique mais… bordel, ces musiques !

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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