Microsoft et Steam : éternel rendez-vous manqué

Microsoft et Steam : éternel rendez-vous manqué

Dernièrement, et dans le secret le plus absolu, Microsoft a sorti cinq jeux sur Steam. Cette sortie discrète et massive (cinq jeux le même jour, le 14 septembre pour être précis) est constituée de deux jeux Disney (Disneyland Adventures, et Rush : A Disney – Pixar Adventure), Zoo Tycoon Ultimate Animal Collection, Super Lucky’s Tale, et surtout, Recore Definitive Edition qui fête ses deux ans pour l’occasion. Cette sortie groupée, de titres dont l’intérêt est très variable, montre que Microsoft envoie ses jeux sur Steam comme on sort ses poubelles : ce sont des jeux traités de manière indésirable. Dans le lot, pas un seul n’a profité de la moindre – je dis bien la moindre – couverture médiatique. Microsoft relègue même à THQ Nordic le droit de distribuer les jeux en version boîte à partir du 28 septembre. On nage en plein délire. Pourtant, Microsoft est désormais coutumier de ce fait ; après avoir sorti l’année dernière Halo Wars : Definitive Edition en catimini, mais aussi Killer Instinct Definitive Edition, le constructeur se montre curieusement plus souple qu’il ne le laisse croire en sortant ses jeux sur Steam, mais aussi méprisant pour eux. Explications et tentative de comprendre un peu ce bordel.

 

Sur les cinq jeux, trois sont morts avant même d’avoir pu ne serait-ce que respirer. Super Lucky’s Tale, Rush, et Disneyland en sont à leur premier mois de commercialisation et plafonne en moyenne à une dizaine d’évaluations de joueurs. Autant dire ce qui est : ils finiront par être des curiosités de bundle et crèveront sous le soleil de plomb de Steam, oubliés de tous. Ce qui est justice pour deux d’entre eux (les jeux Disney) et un peu dommage pour Lucky, qui vient avec ses deux DLC à un prix convenable (… et qui a su s’améliorer via justement ces deux extensions qui amènent des niveaux et idées de gameplay bien plus réjouissants, laissant à penser que Playful est un studio talentueux qui aurait mérité plus d’un an de production et un budget plus dodu). J’en veux pour preuve le dernier monde du jeu de base – très agréable – et deux DLC qui font partie de mes meilleurs moments de plateforme de cette année.

Pourtant, ces trois jeux sont juste là à crever. Ils coûtent pourtant peu, avec un prix affichant 16,79 euros (ça s’invente pas…) et deux DLC pour Lucky à seulement 3,99 balles, on aurait pu croire à un droit d’exister pour ces titres. Eh bien non. Ils vont juste mourir, et c’est pas si grave vu que Playful est déjà au travail sur autre chose, et que les jeux Disney sont ce qu’ils sont (deux étrons poussifs), que je ne prendrais pas la peine de critiquer parce que, bon dieu, j’ai vraiment mieux à faire. Enfin, deux jeux s’en tirent pas si mal au vu des circonstances, même si l’un d’entre eux va perdre toute sa dynamique en peu de temps. Zoo Tycoon a le culot d’être celui qui a le plus d’évaluation, mais aussi les plus négatives.

En effet, originellement disponible au lancement de la One et pensé pour Kinect ainsi que la manette, le jeu est un cauchemar d’ergonomie et possède une interface cancérigène, tandis qu’il a la profondeur d’une pataugeoire en termes de mécaniques de gestion. Et pour citer une Grande Loutre « Putain mais un Tycoon c’est au clavier / souris, point barre » , et elle a bien raison. Qui m’a foutu l’idée de merde d’adapter ce genre de jeu à la manette ? Vu l’accueil que le jeu mange, et le recul progressif de la fréquence d’apparition des évaluations, le jeu a déjà perdu toute sa dynamique et ne s’affiche même plus dans le top des ventes Steam, contrairement au jeu qui nous intéresse le plus : Recore.

Sans être un succès (actuellement il est encore au top 100 des meilleures ventes Steam, mais descendra probablement vite), le jeu a des évaluations fréquentes et affiche une moyenne assez positive. Il s’en sort donc avec le titre de « maillon le moins faible » de la livraison de Microsoft. Ce qui n’a rien d’étonnant parce que, pour une fois, par la force des choses, c’est le meilleur jeu qui s’en tire avec le meilleur résultat. Recore survit donc et réussit à exister un petit moment sur le supermarché de Newell, malgré toute la mauvaise volonté de Microsoft. Lorsque Halo Wars était sorti sur Steam, c’était pour attirer les joueurs à prendre le 2 sur le Windows Store (le jeu étant à ce moment rentabilisé depuis presque huit ans).

Lorsque Quantum Break est sorti, c’était pour sauver le jeu du naufrage commercial. Et lorsque Killer Instinct était sorti, c’était pour fêter la fin du support du jeu, donc quelque part l’enterrer avec un petit surplus de temps de vie histoire de faire plaisir aux quelques joueurs Steam intéressés. Si ces trois sorties n’ont pas eu un succès monstre, au moins, elles s’étaient déroulées dans des conditions plus favorables à un quelconque succès (sortie en période creuse, pas le même putain de jour que Shadow Of The Tomb Raider par exemple), et surtout, sortie unique.

Là, clairement, Microsoft sort les poubelles. Déjà, sortir Recore Definitive Edition le même jour qu’un autre jeu de plateforme / action / aventure, c’est moyen, mais le sortir accompagné de quatre autres titres, c’est lui garantir le moins d’oxygène possible alors qu’il n’en a déjà pas beaucoup. Microsoft n’avait pas envie que le jeu fonctionne ? Pourquoi ne pas avoir d’abord sorti Super Lucky’s Tale seul et attendre un peu pour Recore ? Histoire de laisser un peu d’espace à ces jeux qui méritent un peu d’attention, quitte à laisser crever la gueule ouverte les trois autres dont tout le monde se fout ?

Eh bien moi je ne vois qu’une chose : Microsoft essaye de se prouver que sortir des jeux sur Steam, c’est pas rentable, afin de se conforter dans sa politique de « Xbox Play Anywhere » , exclusive au Windows Store, quitte à rater le coche en perdant le peu de joueurs qu’ils auraient pu grappiller sur Steam. Tout laisse à penser que les échecs à répétition de Microsoft sur Steam sont voulus (sauf le cas Quantum Break qui, pour le coup, est une initiative de Remedy), parce que tout ce qui pouvait être mal fait l’a été. Certains diront que ces jeux auront des versions boîtes plus tard, certes, mais des versions boîtes sur PC, ça pèse pas lourd du tout.

Alors quoi ? Microsoft pense avoir sorti des « long seller » ? Pense pouvoir, à terme, fédérer une nouvelle communauté autour du jeu Recore ? A cru que le fait que Lucky’s Tale était un jeu Oculus Rift un peu connu sur Steam le sauverait du naufrage ? Non. Tout cela est stupide. C’est une opération stupide qui soit n’a pas été calculée du tout et faite par dessus la jambe comme presque toutes les sorties de Microsoft sur Steam, soit a été volontairement saboté pour conforter Microsoft dans sa position jusque boutiste alors qu’il n’a même pas dénié sortir Age Of Empires Definitive Edition sur Steam.

Il se garde même d’ailleurs bien de proposer Gears Of War 4, Forza, et ses autres licences juteuses ailleurs que sur le Windows Store. Alors qu’avec un effort, vu que Recore arrive à exister un peu malgré tout, je pense sincèrement que le titre aurait pu attirer la curiosité des joueurs, et il y avait une demande de sa disponibilité sur Steam. Juste un trailer à la Gamescom qui est un salon très orienté jeux PC et joueurs PC, avec écrit « disponible sur Steam le 14 Septembre 2018 » , ça aurait déjà eu une autre gueule que… rien du tout en fait.

Alors peut-être que les curateurs vont faire du bouche-à-oreille, qu’un streamer un peu empathique va laisser sa chance au jeu, qu’à l’occasion d’une promotion mise en avant sur Steam le jeu va gratter quelques milliers de ventes, mais malheureusement, je ne crois à rien de tout ça. Microsoft a juste envoyé un jeu d’une licence qu’il possède, et dont il comptait créer des suites, se faire buter alors que c’était l’occasion parfaite d’attirer des joueurs à jeter un regard sur une suite, même exclusive au Windows Store. Un beau gâchis.

 

Recore a été demandé sur Steam : il y est. Pourtant Microsoft ne met pas les formes et ne donne aucun moyen pour mettre en avant ce qui est tout de même la fin de deux ans d’exclusivité au Windows Store sur PC. Une occasion manquée qui vient en plus avec la sortie parallèle de quatre autres jeux qui se sont aussi mangés la dure réalité d’un marché désormais complètement bouché, qui n’a en plus que faire de jeux qui n’ont pas spécialement le truc qui les rend différentiables. Super Lucky’s Tale comme Recore méritaient bien mieux, surtout ce dernier qui aurait pu profiter de cela pour relancer ses ventes et peut-être donner lieu à une suite plus ambitieuse (… même si l’on imagine fort bien que si elle doit avoir lieu, elle a été décidée il y a bien plus longtemps, tout en n’ignorant pas le simple fait que le jeu a déjà eu une édition définitive, ce qui est rarement signe de désintérêt du constructeur). En tous les cas, Microsoft illustre une nouvelle fois son attitude méprisante envers certains de ces jeux, et surtout son incapacité à distribuer ses titres de manière intelligente. Au moins saurez vous en lisant ces lignes que Recore et Super Lucky’s Tale sont tous deux disponibles sur la plateforme de Valve, ce qui est déjà ça de gagné. J’imagine.

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