Peu de confiture…

… et grande tartine. Curieux pour un mec qui a passé une grosse partie de sa vie de joueur sur des RPG et des hack’n slash, mais je suis arrivé à un point de quasi non-retour : je m’emmerde, sévèrement. C’est pas tant que je ne prends plus plaisir à jouer (pas du tout même), mais de plus en plus, je remarque la confiture que l’on étale ; une bonne idée fait deux à trois heures de jeux, tandis qu’un concept est exploité une bonne vingtaine de fois. La qualité d’un gameplay est bien souvent sacrifiée sur l’autel de la sacro-sainte durée de vie, dont je suis partiellement responsable de la sacralisation d’ailleurs. Longtemps, j’ai regretté que mes jeux soient trop courts, mais c’était une autre époque, époque où je ne jouais qu’à des RPG. Aujourd’hui touche-à-tout, je suis arrivé à un point assez critique où je n’ai même plus besoin de finir un jeu pour savoir quoi en dire. Savez-vous pourquoi ? Parce que la plupart du temps, on a tout vu les deux premières heures, et pourquoi donc irais-je me cogner dix fois ce temps supplémentaire ? Chronique d’une frustration dangereuse.

 

Combien de jeux à faire ? Dix ? Vingt ? Trente ? Mon backlog, expression désormais courante pour désigner tous les jeux que vous DEVEZ faire dans un avenir plus ou moins proche (dans les faits, dans aucun avenir, parce que vous n’aurez pas le temps). On est face au paradoxe du joueur qui ne joue plus tant mais qui amasse presque maladivement des titres afin de pouvoir les avoir lorsqu’il aura envie d’y jouer. Je me retrouve donc avec – liste non-exhaustive – : YS VIII, Toukiden II, Yomawari Midnight Shadows, Call Of Duty Black Ops II, Syndicate, Crackdown 2, Outer Wilds, The Walking Dead : The Final Season, Final Fantasy XII : The Zodiac Age, Red Faction II, et bien d’autres que je dois faire. J’ai aussi les DLC de Fallout 4 à essayer, mais je vais devoir ajouter les jeux du Xbox Game Pass qui arrivent chaque mois bien plus vite que je n’ai le temps de seulement effleurer la plupart d’entre eux.

Mais, pourtant, ce backlog de jeux qui m’intéressent ne m’effraie pas tant. Parce que j’ai pris une décision pour mon bien-être et mon moral : quand un jeu m’emmerde depuis plus d’une heure, je n’y retouche plus, ou tout du moins plus avant un long moment. J’arrête, et c’est tout. Parce que j’ai compris par expérience que les jeux qui savent rebondir et renouveler leur expérience sont une infime partie de la production ludique ; on a bien plus de chance de s’infliger la même merde répétée dans des conditions vaguement différentes au cours d’un titre, que de se retrouver bouleversé par le gameplay en milieu de run. Ainsi, les quêtes secondaires et moi, on est désormais un peu fâchés. Bien souvent, elles ne sont là que pour gonfler artificiellement une expérience, et ne propose que trop rarement des changements significatifs dans la manière dont on aborde le jeu.

On a juste recréé des conditions à la répétition de la boucle du gameplay du jeu. Au mieux, on y intègre une petite différence. Au pire, on reprend la même chose encore et encore. Si le principe de la boucle de gameplay que l’on ne renouvelle que peu ne me dérange pas fondamentalement dans un RPG (vu que le but est aussi de faire progresser son personnage, ce qui permet d’aborder le même contenu d’une manière sensiblement différente au fur et à mesure de la progression), ça devient tout de suite plus problématique dans un FPS. Il faut vraiment que le feeling d’un titre soit excellent pour que l’illusion du renouvellement m’embarque dans des heures de jeu. Globalement, admettons-le, ça prend rarement, et ça prend de moins en moins parce que tout simplement : le jeu vidéo, je connais.

Non pas que j’ai tout vu, tout entendu, tout fait. Non. Cependant, les mécaniques que tout le monde utilise et recycle, je les connais. Cela n’est pas une critique d’ailleurs ; c’est normal qu’il y ait au bout d’un moment l’installation de codes durables qu’un game designer peut maîtriser pour faire sa tambouille. C’est signe d’un médium qui se porte bien d’ailleurs. Malheureusement, l’usage de ces derniers est bien souvent assez flemmard (entendre flemmard dans le sens de la perception qu’on en a ; un jeu vidéo c’est du taff, et ce n’est pas une industrie de fainéants), et on se retrouve à subir la même chose, d’un jeu à l’autre. Subir, oui, c’est le mot. Sur beaucoup de jeux, je finis par les subir.

Même les bons jeux d’ailleurs sont victimes de cela à mes yeux : le pauvre Yakuza Kiwami II qui est une petite tuerie, je me vois incapable de l’apprécier à sa pleine mesure tellement le finir a été très compliqué. Call Of Duty Black Ops a une campagne rythmée, relativement bien construite et variée, sauf que lorsqu’on en a fait un, on sait à peu près comment sont construits les campagnes, donc rien ne surprend, et on ne peut se faire hypnotiser que grâce à l’enchaînement plus ou moins habile des scripts et compagnie… Bref, j’en ai déjà mangé de ça, d’autant que les mécaniques de gameplay des Call Of, ce ne sont pas les plus fraîches du monde.

On en arrive donc à un constat assez cruel : pour que tout cela fonctionne au mieux, il faudrait que les jeux durent (pour moi, hein) de trois à cinq heures pour ceux qui ont peu de mécaniques de gameplay, et pour les plus riches, je pense que vingt à quarante heures grand max dans la majeure partie des cas serait une extrême limite. J’en veux pour exemple les Assassin’s Creed, qui m’accrochaient encore jusqu’au trois. Passé ce dernier, les mécaniques n’étaient pas plus variées, mais la durée de vie ne faisaient que grimper maladivement. Le reste devenait très vite indigeste et formidablement compliqué à apprécier pour ma pomme, si bien que, désormais, voir un jeu Ubisoft me donne de l’urticaire pour des raisons de game design (avec le fameux modèle de l’Ubiworld), d’interface (sérieux c’est toutes les mêmes), et surtout de durée… seuls For Honor, Steep, et Rainbow Six Siege ont mon respect.

Et comme tous les jeux ont tendance à remplir des check list pour répondre aux souhaits des joueurs tout en essayant d’être le plus long possible, bien vite, j’en arrive à me dire que les jeux qui sortent ne sont juste plus pour moi. Tenez, un exemple : tout le monde tire à boulets rouges sur Sea Of Thieves parce qu’il a peu de mécaniques et pas assez de contenu… Bah moi, ça me branche carrément ! J’explore et découvre à mon rythme, avec un gameplay qui se renouvelle pas mal selon les événements, conditions climatiques, joueurs, ect… C’est un titre qui est assez organique, et c’est déjà super rafraîchissant d’avoir un jeu qui ne te contraint pas à monter de niveau et autres pour en profiter. Tu joues, c’est tout, point.

Portal 2, bizarrement, j’ai du mal avec ce jeu, alors que le premier, je le trouve presque parfait : plus court, exploite juste ce qu’il faut son concept, vite débuté, vite fini, dense, et plaisant. Bordel, ça fait du bien ! Journey est un jeu qui fonctionne parce qu’il est court et qu’il se concentre sur son concept. Inside et Limbo de même. Home et Three Fourth Home aussi… Les jeux courts ont tendance à avoir ma totale approbation dernièrement, où les jeux qui reposent sur des idées de gameplay qui n’ont pas forcément de conclusion ; on les exploite jusqu’à ce que ça nous emmerde.

J’aime ce principe. D’ailleurs, j’ai tendance à de moins en moins aimer les jeux où il y a des histoires juste parce qu’il en fallait une, parce que, clairement, la plupart du temps dans les jeux, les histoires, c’est de la bonne merde. Alors maintenant, soit je fais un jeu pour son histoire, soit pour son gameplay. Si le jeu narratif a une mauvaise histoire, j’arrête rapidos avant de me faire un cancer du Life Is Strange, et si je commence à voir les limites du gameplay ou que je me lasse d’un jeu centré là dessus, j’arrête.

Et vous savez quoi ? Non seulement je n’en ai plus rien à foutre d’arrêter un jeu en plein milieu, mais en plus, ça me permet de savoir quels jeux sont réellement bons à mes yeux : un jeu que je finis, c’est déjà un peu un champion du monde actuellement. Un jeu que je ne finis pas n’est pas foncièrement mauvais, mais c’est juste que, voilà, mon temps est à un moment donné trop précieux pour que je le perde sur lui. Sans vouloir jouer le mec occupé, je suis arrivé à un point de ma vie où je dois admettre que, oui : plutôt crever que finir Agony, plutôt crever que me repayer les bugs de State Of Decay 2, ça me saoule de manger du Fallout 4 pour faire les DLC qui sont sensés être meilleurs que le jeu.

Donc, je rejoins les statistiques « inquiétantes » de ces joueurs qui ne terminent pas leurs jeux. Je termine encore la plupart, mais sur le long terme bien souvent, parce que, tout simplement, je suis devenu incapable de manger la même soupe pendant dix, vingt, trente heures en peu de temps, sauf si la soupe m’accroche bien. Je ne suis plus du genre à « rentabiliser un achat » ; j’essaye de jouer pour le plaisir que cela me procure plutôt que pour me rassurer et me dire « oh bah voilà j’ai fait ce jeu, donc quelque part j’en ai eu pour mon argent » . Sans déconner, il m’est arrivé de regretter d’avoir continué un titre juste histoire de me satisfaire de l’avoir fini.

L’exemple même de tout ce qui m’inquiète là dedans, c’est les mecs qui jouent aux MMO et qui deviennent captifs, comme s’ils avaient un second job, parce qu’il faut « rester à niveau » , ne pas être mis de côté dans la course à l’équipement, la course à la montée de niveau… toutes ces conneries de joueurs compulsifs qui veulent le cent pour cent dans un jeu car ils sont angoissés de voir la barre de complétion ne pas être pleine. J’en ai marre de ce comportement de vrais malades. On appelle ça un trouble obsessionnel compulsif, et le jeu vidéo passe désormais son temps à mettre des niveaux, des barres, des pourcentages, des trucs et des machins, des succès, des trophées, des compteurs d’heures de jeux… Avant, tout cela, c’était vraiment un argument pour moi, ça me faisait « plaisir » … Aujourd’hui, je me rends compte que j’étais captif de ces merdes, et qu’une pause de jeux vidéo de deux mois m’a permis de me prendre une quintuple claque dans la gueule avec l’Antre de Minerve.

J’admets aussi que je n’ai pas fini Morrowind avant d’avoir écrit sa critique. Parce que ce n’est pas un jeu fait pour être « fini » ; c’est un jeu à univers dans lequel on s’immerge jusqu’à ce que ce dernier ne nous émerveille plus. J’y ai rejoué dernièrement jusqu’à une trentaine d’heures, en pestant sur le gameplay et l’écriture, mais en prenant un pied dingue à me sentir dans un autre lieu. Quand l’illusion fut enfin passée, j’ai arrêté parce que je savais que toutes les heures que je passerais après ne feraient qu’amoindrir mon plaisir. J’y reviendrai peut-être un jour, tout comme je reviens toujours sur Gothic 3, ou Sacred 2, je ne les finis pas à nouveau lorsque j’y reviens ; j’y repasse du temps, et je les aime ainsi. Je ne me force plus à devoir les terminer, parce que ces jeux, aussi bons soient-ils, tu les finis en des dizaines et des dizaines d’heures, à refaire les mêmes choses. Alors plutôt que de m’en rendre malade, je préfère prendre mon pied. C’est con hein ?

Puis, il y a les exceptions. Les jeux comme Torchlight où le plaisir purement mécanique me fait accrocher de fou, où je suis capable d’enchaîner les étages de donjons à looter comme un beau diable, fracasser des gueules à tire-larigot. Relancer Doom pour me faire une virée ultra-violente comme seul lui sait les offrir. Découvrir un jeu dont le feeling me fait accrocher, arrêter au moment où il commence à m’emmerder, et le relancer deux mois plus tard. Avant, j’angoissais du backlog qui s’empilait. Aujourd’hui, je sais que tous ces titres sont basiquement trop longs pour moi, pas assez variés. Il faut donc que j’adapte ma manière de les parcourir, quitte à ne plus me souvenir de leurs histoires lorsque j’y retourne. Je m’en tape, si j’ai bonne mémoire, je saurais m’y retrouver et ça veut donc dire que l’histoire n’était pas trop naze. Si je m’en souviens plus, c’est qu’il y a une raison.

Parce que, désormais, je le sais : une boucle de gameplay, c’est nécessairement répétitif, et quand le jeu se fait trop long, se faire violence pour continuer, c’est contre-productif pour soi comme pour le jeu, surtout lorsque l’on doit le critiquer derrière. Alors, oui, ne pas finir ses jeux, c’est probablement dommage. Peut-être que les crédits sont cools, peut-être que la fin a un twist sympatoche, peut-être qu’il y a un pour cent de chance qu’au bout d’un moment le jeu modifie sensiblement ses règles… Mais, très honnêtement, j’ai passé l’âge et j’ai assez d’expérience du jeu vidéo pour savoir que les exceptions ne sont pas des règles, et que, bordel de merde, j’aimerais bien reprendre plaisir à jouer comme lorsque j’avais une douzaine d’années et que je découvrais assez médusé Gothic 3, puis derrière The Witcher premier du nom ; des jeux qu’à l’époque je n’avais pas fini, mais qui m’ont plus marqué que des jeux que je me suis forcé à terminer.

 

Alors, à tous ces jeux qui ont peu de mécaniques et qui pensent que c’est une bonne idée de délayer la sauce, par pitié : faites en sorte de ne plus faire cette connerie. Parce que Vanquish sera toujours meilleur en durant cinq heures denses que quinze heures diluées, parce que Ori And The Blind Forest aurait été surement beaucoup moins fascinant s’il avait duré quarante heures plutôt que quinze, parce que Recore aurait été un bien meilleur jeu s’il avait duré six heures plutôt que vingt, faites au mieux pour offrir le meilleur de vous-même et sachez durer ce qu’il faut pour qu’on ait envie de vous finir… Ou pas, si vous n’avez pas besoin de fin pour être une expérience marquante. Voici enfin une ode à tous les jeux que j’ai aimé et que je n’ai jamais fini pour leur propre bien ; je n’ai jamais vu le générique de fin de Gothic 3, parce que j’ai toujours angoissé de voir ce monde se terminer, j’ai toujours voulu Myrtana vivante dans mon esprit, et non enterrée sous un générique…

 

Kai Rosenkranz (j’ai jamais cessé de t’aimer, mec. Merci pour ces heures à être hypnotisés par tes musiques) Gothic 3 : Vista Point

A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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