Prey : Mooncrash

Il y a encore chez moi, des jeux qui suscitent un tel degré d’impatience que je pourrais être capable de scruter de manière hebdomadaire des nouvelles à leur propos. J’attendais comme un fou qu’une extension soit annoncée pour Prey, et quand, enfin, elle fut annoncée, le soufflet retomba brutalement. La faute à quoi ? Je m’attendais à une extension de l’univers et de l’histoire, mais plus exactement une extension à Prey 2017. Bref, du more of the same. Sauf qu’Arkane a décidé qu’il valait probablement mieux faire un mélange entre du Roguelike et du Prey pour voir ce que ça pourrait donner. Lorsque le DLC a été annoncé, je n’avais plus aucune envie d’y retourner, et j’ai laissé les choses se tasser… longtemps. Cependant, après une promotion alléchante, j’ai décidé de craquer pour Prey Mooncrash, dans l’espoir d’y retrouver sans doute un peu de ce qui m’avait fait vibrer avec le jeu de base. Si on est effectivement devant une toute autre proposition, il faut bien admettre que Mooncrash est une très agréable surprise qui mérite le détour, bien que j’aie quelques reproches à lui faire.

 

Prey : Mooncrash, c’est le DLC qui a mis plus d’un an à arriver, et qui ne profite plus de Raphaël Colantino à la réalisation, ni d’Avellone à l’écriture. De quoi refroidir mes ardeurs et faire reculer encore un peu plus le fatidique moment de l’achat du contenu. Fort heureusement, j’ai fini par céder et j’ai pu m’essayer assez longuement à l’exercice de Prey sauce Roguelike. Si le mélange d’extérieurs paraît saugrenu, force est de constater qu’une fois rentré dans le bain, tout se passe relativement bien.

Les mécaniques de jeux restent sensiblement les mêmes, mais des ajouts de fonctionnalités comme le saignement, de nouveaux équipements, de nouveaux effets divers, ainsi que de nouveaux ennemis particulièrement retors et malins, auront tôt fait de renouveler sensiblement l’expérience. Ce qui n’est pas un mal, car après avoir longuement joué au jeu de base, je connaissais sur le bout des doigts toutes les mécaniques de base.

Mooncrash a donc pour but premier de faire varier la boucle de gameplay du Prey d’origine, et cela marche plutôt bien. Le caractère semi-aléatoire de l’état, et des conditions des pièces que l’on vient à explorer, suffit à donner à cette nouvelle aventure ce petit piquant Roguelikesque qui nous convainc que l’on est en face d’une idée pertinente. Avec ces cinq personnages à incarner, leurs arbres de compétences propres (même si largement repompé de l’ami-e Morgan Yu) et leur « histoire » personnelle, on tombe vite dans une routine du « je vais refaire le jeu encore et encore » .

Il vous arrivera de mourir fréquemment, et chaque essai sera l’occasion de récupérer des objets qui seront soit consommables (et qui donc ne pourront profiter à vos runs suivants), ou, plus pratiques, des plans de conception d’équipements. Sachez que chaque objet récupéré est unique, jusqu’à ce que vous deviez relancer la simulation (cela arrive lorsque plus aucun personnage n’est disponible). La réussite de l’un peut causer la perte de l’autre si vous n’avez pas pensé à en laisser un peu à votre successeur. Une mécanique qui rappelle en cela un peu Rogue Legacy.

Chaque run vous rapportera des points que vous pourrez investir dans de l’équipement de base pour votre prochain personnage. Ainsi, il pourra recommencer l’aventure mieux préparé et mourra probablement moins vite… à moins que vous ne réussissiez. Le temps presse également : Mooncrash intègre une fonction de « corruption » de la simulation, qui fait que vous devez vous dépêcher avant que cette dernière ne soit trop corrompue en vous opposant des adversaires et des situations toujours plus complexes. Heureusement, un objet existe pour ralentir le processus, mais étant donné sa (relative) rareté, mieux vaut faire au plus vite et anticiper la venue de la prochaine phase de corruption.

Sur le plan du gameplay pur, Prey : Mooncrash fait sans doute le meilleur usage possible de ce que propose le jeu de base, en intégrant des choses comme la durabilité des armes, la gestion du temps, et même des ressources. Arkane n’y est pas allé de main morte pour réécrire l’ADN de son gameplay. Si le level design n’est pas aussi ouf que dans le fantastique jeu de base, on peut tout de même saluer l’effort, car on parle désormais bien plus d’un Roguelike que d’une Immersive Sim.

C’est d’ailleurs là le moment où l’on rentre doucement dans les problèmes de cette orientation assumée qui rafraîchit, certes beaucoup, mais vient avec quelques maladresses que je me dois de relever. Premièrement, Mooncrash est vraiment moins joli que le standalone. C’est beaucoup moins inspiré en termes de créativité, et c’est moins bien composé dans ce qu’il recycle. Ce n’est pas tant un problème dans la mesure où l’on sent que cela a été fait avec des moyens limités, et qu’on ne joue pas à Prey pour son esthétique. Mais tout de même, un peu plus de soin côté réalisation n’aurait pas été du luxe.

Deuxièmement, le côté Immersive Sim est plus en retrait dans ce DLC,  et fait que l’on a un peu de mal à créer des liens concrets entre ce contenu et l’expérience d’origine. Aussi, l’idée de la « simulation » que l’on revit plusieurs fois aurait pu être un formidable moyen de faire référence à la condition de Morgan Yu au début de Prey 2017. Hélas, probablement par manque de moyens, il est difficile de s’attacher au nouveau protagoniste et ce qu’il incarne. Car oui, on incarne un hacker faisant usage d’une simulation pour reconstruire les événements se déroulant dans la station lunaire de Transtar.

On doit faire avec plein de petits soucis de collision qui pesaient si peu dans la balance du jeu de base, mais sont désormais assez agaçants, dans la mesure où le challenge est largement plus relevé, et que la mort dans Mooncrash est plus punitive que dans Prey. Ce contenu a donc tendance à exacerber les défauts du jeu de base, mais a pour lui un gameplay plus réussi, plus de possibilités dues à sa structure et ses idées, ainsi qu’un potentiel de rejouabilité important faute d’être incroyable. Je ne peux m’empêcher de voir Mooncrash comme un contenu ayant le cul entre deux chaises, qui étend effectivement l’univers de Prey, tout en apportant quelques éléments de réponse à certaines questions. Toutefois, il le fait avec une structure et une proposition qui ne se prête justement pas tant à la dégustation de son univers.

Alors, certes, j’apprécie les efforts faits pour rendre le contenu unique en le différenciant fortement du jeu de base, mais je l’aborde davantage comme un mode tout à fait secondaire qui aurait eu sa place dans un jeu complet, permettant par exemple de proposer du multijoueur. Bref, s’inscrire dans une logique de jeu-service. Et en l’occurrence, c’était presque le cas, car pendant quelques semaines, Arkane a proposé quelques mises à jour de contenu pour son addon. Reste que c’est un contenu très intéressant, qui mériterait de figurer dans une suite, en plus complet, avec un mode histoire semblable à ce que l’on retrouve dans celui de 2017, mais aussi un mode Roguelike plus orienté survie, avec des objectifs moins complexes et plus orientés vers le gameplay pur.

Je vois bien les deux formules cohabiter et proposer des expériences complémentaires. Le pari est donc réussi pour Arkane qui est parvenu à proposer un vrai contenu original, avec des bons moments de stress et des mécaniques propres. Malheureusement, il y a ce petit goût de « pas assez » qui fait dire que quelques mois de plus et une sortie en standalone auraient probablement fait de ce Mooncrash le Death Of The Outsider de Prey : un immanquable. Dommage, même si je le conseille à ceux qui n’en peuvent plus de vivre sans Prey, car cela reste le même jeu, mais qui arrive à réutiliser ses mécaniques de manière originale.

 

Expérience intéressante. C’est peu de le dire. Même si on n’est pas en face du contenu qui rassasiera ceux qui veulent plus de background et d’histoires dans l’univers de Prey, on est au moins devant une expérience de jeu qui concilie assez naturellement deux genres que l’on n’aurait pas directement pensé compatibles : le Roguelike et l’Immersive Sim. S’il n’est clairement pas aussi marquant pour moi que le jeu de base, j’ai pris et je prends du plaisir à jouer à Prey : Mooncrash, et je m’attends même à ce que ce qui a été essayé ici inspire un jour un projet plus grand et plus séduisant. Il n’était pas loin d’être à la fois un excellent Roguelike et un séduisant Immersive Sim ; on perçoit un très grand potentiel dans ce DLC, et quelqu’un devrait prendre le risque de bâtir quelque chose de plus vaste. Si vous aimez les Roguelike hardcore : foncez. Si vous avez envie de découvrir une nouvelle facette de Prey, aussi. Mais si vous étiez affamé de plus de Prey, alors peut-être faut-il attendre une vraie bonne affaire pour prendre un risque. Même si prendre des risques, ça paie… dans Mooncrash.

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

4 Commentaires sur “Prey : Mooncrash”

  1. Zoe dit :

    Pourquoi pas ? C’est aussi le moment de donner une seconde chance à ce jeu. Je ne l’ai pas vraiment apprécié à vrai dire. C’était pour moi une lettre d’amour à Looking Glass un peu trop appuyée à mon goût et ça manquait vraiment d’identité. Le bestiaire a été aussi un frein à mon plaisir car vraiment pas original à part le génial mimic. Je finissais par vouloir que les typhoons s’en aillent et me laissent visiter librement la station. La direction artistique était très froide et impersonnelle aussi. Mon ami avait adoré et je dois avouer que lui préfère amplement la série Dishonored qui est bien plus fun dans ses mécaniques et stimulante pour les yeux. Je vais essayer ce DLC, peut-être qu’il me plaira plus que le jeu de base. Personnellement, je reste persuadée qu’Arkane devrait passer à une autre licence ou continuer à enrichir le lore de Dishonored qui est nettement plus original et envoûtant.

  2. Avatar Marcheur dit :

    Pourquoi pas ? C’est aussi le moment de donner une seconde chance à ce jeu. Je ne l’ai pas vraiment apprécié à vrai dire. C’était pour moi une lettre d’amour à Looking Glass un peu trop appuyée à mon goût et ça manquait vraiment d’identité. Le bestiaire a été aussi un frein à mon plaisir car vraiment pas original à part le génial mimic. Je finissais par vouloir que les typhoons s’en aillent et me laissent visiter librement la station. La direction artistique était très froide et impersonnelle aussi. Mon ami avait adoré et je dois avouer que lui préfère amplement la série Dishonored qui est bien plus fun dans ses mécaniques et stimulante pour les yeux. Je vais essayer ce DLC, peut-être qu’il me plaira plus que le jeu de base. Personnellement, je reste persuadée qu’Arkane devrait passer à une autre licence ou continuer à enrichir le lore de Dishonored qui est nettement plus original et envoûtant.

    J’aime aussi beaucoup Dishonored mais je n’ai vraiment pas accroché au second (alors que son stand alone bien plus) j’ai eu un vrai coup de foudre pour Prey. Si la seule chose que tu as aimé dans le jeu c’est son gameplay, alors il est probable que cet add-on te plaise énormément, il exploite à fond les particularités de Prey et se renouvelle aussi beaucoup.

  3. PREY m’a quand même bien scotché. Cependant, Dishonored en a plus de caleçon, je trouve aussi. Entre le gameplay plus libre, la direction artistique de haute volée, la rejouabilité et l’atmosphère globale, cette licence a de très gros atouts pour elle.
    Mais PREY m’a quand même bien fait frissonner parfois et dispose d’un scénario digne de la grande époque de la SF US et d’un design art déco qui envoie du lourd comme un bon vieux Bioshock. Et ça, ça n’a pas de prix.

  4. Zoe dit :

    Pourquoi pas ? C’est aussi le moment de donner une seconde chance à ce jeu. Je ne l’ai pas vraiment apprécié à vrai dire. C’était pour moi une lettre d’amour à Looking Glass un peu trop appuyée à mon goût et ça manquait vraiment d’identité. Le bestiaire a été aussi un frein à mon plaisir car vraiment pas original à part le génial mimic. Je finissais par vouloir que les typhoons s’en aillent et me laissent visiter librement la station. La direction artistique était très froide et impersonnelle aussi. Mon ami avait adoré et je dois avouer que lui préfère amplement la série Dishonored qui est bien plus fun dans ses mécaniques et stimulante pour les yeux. Je vais essayer ce DLC, peut-être qu’il me plaira plus que le jeu de base. Personnellement, je reste persuadée qu’Arkane devrait passer à une autre licence ou continuer à enrichir le lore de Dishonored qui est nettement plus original et envoûtant.

    J’aime aussi beaucoup Dishonored mais je n’ai vraiment pas accroché au second (alors que son stand alone bien plus) j’ai eu un vrai coup de foudre pour Prey. Si la seule chose que tu as aimé dans le jeu c’est son gameplay, alors il est probable que cet add-on te plaise énormément, il exploite à fond les particularités de Prey et se renouvelle aussi beaucoup.

    J’ai aimé globalement le gameplay de Prey, oui. Le côté Rogue-like de ce DLC pourrait bien me plaire, même si dans le fond, ce que je n’aimais pas dans l’enrobage du jeu de base est encore présent. Je pense aussi que les stations spatiales, c’est pas très original et après Dunwall, Karnaca ou Rapture pour Bioshock, ce choix a été aussi un facteur décisif dans ma déception… surtout que quelques mois avant, j’avais poncé Alien Isolation que je trouvais autrement plus sexy dans sa DA et son ambiance. Prey manque de folie et à force de vouloir être cohérent, de fun et de personnalité.


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