Retour sur la trilogie de The Banner Saga

Retour sur la trilogie de The Banner Saga

Voilà une saga qui a eu du mal à se conclure. Le premier opus était sorti en janvier 2014 ; je l’ai ramoné dès sa release en anglais, puis l’ai refait peu de temps après lorsqu’il fut traduit. En avril 2016, le deuxième opus s’anima, mais comme tous les épisodes entre-deux, il ne laissa qu’un sentiment de frustration tant l’aventure fut comme coupée dans son élan. Et voici qu’en juillet 2018, le troisième et dernier opus fit enfin une apparition sur Steam, afin de mieux conclure une trilogie au long cours. Ma mémoire étant ce qu’elle est, j’ai pris la décision de recommencer les trois épisodes afin de mieux les enchainer. Verdict ? C’est ce que nous allons voir ensemble. C’est parti !

 

C’est toute une mythologie et une géopolitique qui refait alors surface dès les premiers instants. Des dieux morts, dont les seuls vestiges sont des pierres sculptées disséminées à travers le monde. Des Varls, sortes de géants cornus à la longévité impressionnante, créés par un être supérieur, mais toutefois incapables de se reproduire. Des humains, avec une espérance de vie relativement faible en comparaison, mais ayant la capacité de se reproduire comme des lapins. Des centaures, regroupés en clans, et qui s’acharnent à se foutre sur la tronche dès qu’ils croisent un autre groupe, ce qui ne les rend malgré tout pas vraiment plus sociable avec les autres espèces. Et enfin, les Dredges, mystérieuses créatures de pierre et de métal, normalement reclus dans les profondeurs de la terre.

Malgré les différences et les conflits passés, la paix régnait pourtant depuis quelques siècles. Les humains ont leur capitale à l’Ouest et leur territoire est globalement assez étendu, les Varls la leur un peu plus au Nord-Est, les Centaures s’ébattent dans les larges plaines du Sud, tandis que les Dredges se cachaient sous terre. Un événement cosmique survint pourtant, stoppant la course du soleil, le laissant complètement immobile dans le ciel, mais ce ne fut que les prémices d’un désastre encore plus grand à venir. Un certain équilibre naturel ayant été rompu, toutes les races s’agitèrent ; les humains et les Varls essayaient vainement de ne pas sombrer dans les vieilles querelles, tandis que les Dredges sortaient massivement des profondeurs.

Cependant, des désastres réveillent forcément les penchants sombres de l’âme, quelle que soit la race à laquelle celle-ci appartient. Les Dredges ont réveillé les penchants guerriers des Varls, qui ne manquent alors pas une occasion de se joindre à la mêlée ; ils ont vécu tellement longtemps qu’ils ont besoin de se battre pour se sentir vivants, et les Dredges sont de parfaits antagonistes pour eux. Les puissants parmi les humains profitent du chaos pour leur propre profit, délaissant la population, tout en semant la discorde ; parmi eux, des valkas, des personnes ayant des dons magiques, tirent les ficelles politiques en récoltant un maximum d’informations sans qu’il n’y ait de contrepartie, et ils se revendiquent d’être des sages parmi les sauvages.

Quant aux Dredges, leur population est globalement méconnue, si ce n’est que des valkas les ont déjà approché. Pour le reste du monde, personne ne sait qui ils sont, comment ils vivent, et encore moins ce qu’ils pensent ; seule la peur de l’inconnu et de la différence réveille la xénophobie des plus faibles. Lorsqu’ils surgirent massivement des profondeurs, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi, seul le métal des armes tinta contre les armures, et en réponse, ce furent des attaques de villages et villes. La sauvagerie et la soudaineté de l’attaque empêche de se poser les bonnes questions. Ainsi, au sein d’un monde en proie du chaos, nous prenons successivement en main différents groupes de protagonistes.

Tout d’abord, on retrouve un vaste cortège composé du prince Varl et du prince Humain, alors qu’ils font ensemble la route qui traverse tout le royaume. Tout du moins, ils se tolèrent parce que leur roi respectif le leur a ordonné. De nombreux guerriers et géants, ainsi que de la nourriture à profusion, et un moral au beau fixe. Le début du voyage est donc le meilleur moyen de prendre le système de jeu en main, bien qu’il nous réserve quelques twists scénaristiques, certains étant complètement dépendants des choix que l’on fait, que ce soit sur du court, moyen, ou long terme. Typiquement, un choix fait en début de partie pourra avoir des répercussions à la fin d’un épisode, et je dois avouer que, quatre ans plus tard, je suis retombé exactement dans le même piège.

Le deuxième groupe que l’on prend en main est composé de Rook et Alette (un père et sa fille), qui vont vivre les premiers instants de l’invasion Dredge, et qui vont rapidement se retrouver dans une fuite éperdue en avant. Tout du long de cette fuite, ils vont passer par des villages et villes, ainsi que rencontrer des groupes plus ou moins ouvertement hostiles. Toute la difficulté du jeu est de soupeser le pour et le contre a chaque rencontre, mais de ne surtout pas rentrer dans un schéma répétitif. Typiquement, un béni oui-oui va prendre cher, et un connard assumé tout autant ; chaque rencontre est en effet unique, et il convient d’y apporter une réponse mesurée, adaptée à la situation du moment, et non pas issue d’un archétype comportemental.

Pourtant, les développeurs ont réussi le tour de force d’arriver régulièrement à endormir la vigilance du joueur à travers des choix qui semblent anodins, et cela grâce à une narration formidablement maîtrisée ; c’est une chose de marteler les couilles du joueur à chaque choix qu’il fera, mais c’en est une autre de quand même laisser subsister une faible (mais persistante) lueur d’espoir, alors que l’apocalypse semble avoir lieu sous nos yeux. Les variations de rythme n’y sont d’ailleurs pas étrangers, où l’on ressent parfois vraiment un sentiment d’urgence, alors que notre caravane progresse lentement ; sans cesse à scruter les réserves de nourriture pour savoir si cela suffira pour le trajet, tout en espérant que la prochaine bourgade pourra en fournir sans avoir à claquer trois bras.

Tout ceci est parfaitement maîtrisé, y compris lorsque l’on prend un autre groupe en main à partir du deuxième opus, une bande de mercenaires impitoyables. Là encore, le joueur doit une nouvelle fois s’adapter à ce groupe, et changer sa manière d’agir, sous peine de s’en mordre les doigts. La course est tout autant désespérée qu’effrénée, tandis que le chaos et la destruction s’installent durablement, et que l’on fait par la même occasion connaissance avec des Centaures ayant quitté leurs terres du Sud. On est alors sans cesse confronté à la méfiance, à la xénophobie, à la cupidité, ou simplement à la cruauté, et il faut avouer qu’il pourrait être relativement aisé de perdre pied tant les perches tendues par les développeurs sont nombreuses, d’autant plus qu’il n’y a qu’une seule sauvegarde.

Le deuxième opus se termine par un cliffhanger insoutenable si vous n’avez pas le troisième Banner Saga en votre possession, chose que je n’avais pas ressenti à la fin du premier ; il y subsistait encore des questions, évidemment, mais on pouvait quand même y mettre un point. Avec le deuxième, ce sont des points de suspensions, qui ont quand même duré vingt huit mois. C’est long. Très long. Enfin, le dénouement, que l’on ne pressent pas forcément heureux, bien que tout espoir ne soit pas encore totalement perdu. Et là, c’est une cascade de révélations, de découvertes, saupoudrée d’un mélange de désillusion et de résignation. Jusqu’à ce final où l’on prend en compte quelques choix qui vous auront amené jusqu’ici, ce que les aventures vécues ont finalement forgé comme personnalité à votre avatar, et ce qui finalement signera le destin du monde entier (… ouais, pas moins).

Voilà pour le scénar’ et la narration, qui sont évidemment les points forts de la trilogie. Les combats, quant à eux, se sont finalement étoffés au fil des opus, jusqu’à avoir une base globalement solide sur le troisième épisode, notamment parce que nos personnage auront davantage de capacités, tandis que des éléments tactiques y ont été intégrés. Si le scénario vous promène au milieu du désespoir, les combats ne vont pas forcément vous aider à émerger, d’autant que le moral de votre troupe aura une incidence sur leurs caractéristiques. La difficulté y est parfois assez corsée, bien que tout comme les choix narratifs que l’on fait, le joueur devra encore une fois s’adapter à chaque arène de combat, ses spécificités, et ses adversaires. Appliquer le même schéma tactique tout du long se révélera fatal, d’autant que l’on doit régulièrement alterner entre différents personnages de notre groupe.

Et le jeu est impitoyable jusqu’à vous priver définitivement de votre meilleur élément du moment à travers une pirouette scénaristique inattendue, et vous aurez vraiment la rage, car les points nécessaires pour faire évoluer nos guerriers sont partagés entre tous, et vous aurez alors investi sur un mort au détriment de tous les autres. Cela en sachant que ces points pour faire évoluer nos personnages sont eux aussi partagés pour acheter de la nourriture ou des reliques, ce qui vous fera soupeser chaque décision tant l’on n’en dispose pas à profusion. Encore une fois, le joueur reste sur le fil du désespoir, prêt à tomber dans l’abîme. D’aucuns diront qu’il s’agit d’un jeu punitif, mais ce n’est pas mon avis, puisque le jeu demande en réalité au joueur d’oublier les archétypes habituels qu’il incarne dans la plupart des jeux.

Pour le reste, l’aspect sonore est soigné du début à la fin (oui-oui, j’ai joué avec le son), parfois hypnotisant, mais accompagnant fidèlement un chaos en train de s’installer au milieu de voyages initiatiques. Quant aux graphismes, on aime ou pas la patte graphique assez cartoon, mais pour ma part ce fut une bonne pioche tout du long. Quoi ; c’est tout ? Bah oui. Ah si, un dernier point : j’ai été confronté dans le dernier opus à une vague de crashs du jeu. Rien toutefois qui ne saurait être corrigé par des patchs (… ce qui a d’ailleurs peut-être déjà été fait).

 

Vous l’aurez compris : je vous recommande chaudement de faire cette trilogie, d’autant plus si vous avez la possibilité d’enchainer les trois à la suite. Avec les différents runs que j’y ai fait, afin d’y explorer les différentes branches du scénario, j’ai largement dépassé la centaine d’heures, ce qui peut compenser un prix relativement élevé d’un package acquis en one-shot. Malgré les difficultés pour accoucher de la conclusion, le studio Stoic est allé jusqu’au bout sans rien lâcher, et je ne saurais assez les remercier d’avoir pondu ce petit bijou qui ne m’aura pas laissé stoïque !

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A propos de l'auteur : Toupilitou

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