The Bard’s Tale IV : Barrows Deep

The Bard's Tale IV : Barrows Deep

On devrait davantage s’écouter avec Marcheur. Quand je lui parle avant l’heure d’un jeu qu’il aimerait à coup sûr, à savoir Furi, il ne le réalise que deux ans plus tard. Et lorsqu’il me dit que je suis bien con de me lancer dans un jeu connu pour avoir été codé en se roulant la tête sur un clavier, alors que la Definitive Editon va sortir dans quelques mois, je n’écoute que mes pulsions. Bah ouais, il est tout de même sorti en Septembre 2018 ; je m’étais dit qu’il s’est probablement récupéré quelques patchs salvateurs en cours de route. Candide que je suis…

 

Si la série The Bard’s Tale date de la préhistoire du jeu vidéo (1985 pour le premier opus), ce dernier titre de 2018 se situerait davantage dans le moyen-âge en termes d’ergonomie et d’interface. J’en ai croisé des gestions d’inventaire pourries, mais même les plus foireuses disposaient d’un bouton pour trier tout le bordel que vous vous trimbalez. Ici, rien ; démerdes-toi avec des items peu identifiables, une comparaison d’équipements qui fonctionne une fois sur deux, des consommables impossibles à utiliser avec le menu contextuel s’ils sont trop proches de la bordure droite… Bref, une véritable plaie purulente comme on en a rarement le déplaisir d’en croiser.

Je pourrais également parler du journal de quêtes, qui est aussi peu intéressant à parcourir qu’il est pratique ; suivre une quête ne vous garantit pas d’arriver à vous y retrouver, tandis que le descriptif et l’avancée restent suffisamment obscurs pour ne jamais avoir y s’y référer. Fiez-vous plutôt à votre mémoire, et au calepin sur lequel vous aurez noté tout un tas de trucs plus ou moins utiles. Sans ça, vous risqueriez probablement de passer à côté de quelques événements. Quant à la map, le dézoom est très limité, il n’est pas possible d’y apposer des notes et indicateurs, et je la trouve parfois assez peu lisible. D’ailleurs, en parlant de lire, je m’étais dit qu’il aurait pu être pas mal d’avoir un codex, mais bon, j’en demande probablement trop à un jeu qui se présente pourtant comme un RPG.

Je pourrais tout autant évoquer la PC puissant qu’il faut pour que cela tourne correctement, sans qu’il n’y ait de chutes de framerate, ni que les textures galèrent à se charger après un changement de zone, ou bien encore que les temps de chargement pour justement changer de zone durent VRAIMENT des plombes. Laissez-moi vous dire que ça sent quand même un peu le jeu optimisé avec le cul ; on parle quand même d’un dungeon crawler, hmmm ? Je ne parle pas non plus des différents crashs que j’ai subis, bien qu’ils n’avaient rien de bloquants, car il suffisait de recharger sa sauvegarde. Ça gonfle juste au moment où ça arrive, car on anticipe fatalement la succession de temps de chargement pour reprendre la partie. Sur une partie de soixante dix heures, en cumulé, je pense avoir atteint la bonne dizaine d’heures à patienter devant un écran.

Mais voilà, pour que ce soit beau, il faut vraiment tout mettre en ultra, avec une bonne résolution. Enfin, c’est « beau » , tant que l’on regarde l’écran de loin, après quelques shots de vodka (… ou toute autre substance bousillant les perceptions cognitives). En vrai, si on excepte le fait que c’est du Unreal Engine 4, je ne vois pas du tout ce qui faisait tousser un PC à même de faire tourner des jeux bien plus classes que The Bard’s Tale 4. Bon, ce n’est pas comme si ce jeu était sorti il y a plus de six mois… Ah, si ? Ah bah ouais ; j’aurais dû écouter Marcheur en y jouant qu’à la release de la Definitive Edition, mais l’état dans lequel il se trouve à l’heure actuelle s’assimile à un gros mollard gluant envoyé sur le front des joueurs. Si vous pensiez que j’avais fait le tour des tares que se traîne ce jeu qui a plus que largement oublié ce que d’aucuns appellent « le confort moderne » (… si tant est que l’optimisation du code ne fasse pas plutôt partie des pratiques du passé), eh bien c’est que vous êtes sacrément optimistes (ou naïfs).

Ainsi, on commence par soit partir avec le personnage par défaut, Melody (une barde), soit créer un personnage parmi quatre races disponibles : Humain, Elfe moche, Nain pas nain, et une race un peu bouquetin sur les bords : les Trows. Ensuite, on lui choisit un sexe, et une classe parmi quatre poncifs : Mage, Guerrier, Voleur, et Barde. Enfin, on choisit vite fait une apparence, ainsi qu’un template de voix / caractère, ce qui est utile lorsqu’il y a des dialogues automatiques entres compagnons et personnages. A part ça, toutes les évolutions de niveaux ne permettront pas réellement de choisir d’améliorer telle ou telle statistiques, mais plutôt de choisir des compétences qui ont une influence sur ces mêmes stats. Sachez simplement qu’à haut-niveau, on se retrouve pour une même classe plus ou moins avec la même optimisation de personnage.

On baladera donc notre avatar dans la ville de Skara Brae, alors que la faction des Paladins est complètement dans un mood xénophobe, à pendre et à brûler sur une place publique (… voire un combo des deux), des Elfes, des Nains, des Trows, ou des Mages. Ainsi, on se retrouve vite à intégrer la Guilde des Aventuriers, qui elle-même se retrouvera vite reléguée dans les ruines de l’ancienne ville, sous les pavés de l’actuelle, suite à l’application de la politique de la terre brûlée (… mais en ville ; nouveau concept). Évidemment, il y a tout un tas de saloperies qui trainent dans les sous-sols de la ville, et vous devrez vous en occuper entre deux puzzles. Mais ce qui paraît comme une simple poussée de haine envers ce qui est différent, pourrait éventuellement cacher un dessein nettement plus sombre et complexe, sur fond de divinités machiavéliques et de liches belliqueuses.

Vous l’aurez compris : rien de très heureux dans tout cela, et ce ne sont pas les différentes contrées de ce monde qui vous feront dire le contraire, quand bien même le ton narratif est globalement léger. A vrai dire, avant de me lancer dans ce jeu, on m’avait surtout parlé de l’humour de la série, qui était en quelque sorte sa marque de fabrique. Alors que je suis habituellement plutôt bon client dès lors qu’il s’agit de lire des potacheries, le dosage était tellement light dans ce Bard’s Tale que j’ai assez peu souri, et pour ainsi dire jamais ricané de vive voix. On est bien loin du talent d’un Larian. Quoi qu’il en soit, je suis souvent resté assez frustré avec la narration, car quand bien même la ligne directrice du jeu est plutôt sympathique et donne envie de continuer, on ressent également qu’elle est comme… disons, sous-exploitée ? S’il y avait Brian Fargo à l’écriture, on va dire que ce n’est pas sa plus grande inspiration, alors qu’il semble pourtant avoir remué ciel et terre pour ressortir cette IP de la poussière.

Entre deux quêtes, vous allez donc devoir résoudre tout un tas de puzzles. Cela commence plutôt basiquement avec des systèmes d’engrenages pour ouvrir des portes, à un guidage de feu follet dans un piège pour ouvrir des portes, en passant par blocs que l’on doit positionner sur des plaques de pression pour ouvrir des portes, ou bien encore par des circuits de sang à faire s’écouler jusqu’à destination pour… ouvrir des portes. Ouais, on sent que les développeurs ont une véritable passion pour les portes ; dans la ville, dans les souterrains, dans les grottes, dans la montagne, dans la campagne, dans la forêt… Partout, on se coltine des putains de portes, tous les dix mètres, toutes forcément fermées par un connard de mage qui s’est amusé à foutre des casses-têtes plutôt que des serrures. Je n’ose imaginer la galère du PNJ qui doit faire le trajet de sa maison à son taff. Pire que le métro parisien en plein rush hour.

J’ai lu ici et là que la partie audio rattrapait le tout, tant au niveau des soundtracks que du voice acting. Quand bien même je suis un immonde connard qui joue globalement sans le son des jeux, je l’ai malgré tout écouté furtivement. Côté musique, eh bah, personnellement, je n’y ai rien perçu de transcendant, que ce soit lors des combats ou bien pendant l’exploration, ou lors de moments-clés. Ça passe quoi. Le voice acting est plutôt bien foutu également, mais ce n’est clairement pas un élément où j’ai beaucoup d’attentes. Quant aux sons environnementaux, j’ai dû enlever mon casque au bout du dixième puzzle à base de feu-follet ; son bruit devient juste horripilant au bout d’un moment. Toutefois, et cela n’engage que moi, mais je dois avouer que l’ambiance du jeu se mariait nettement mieux avec un petit album de Dead Can Dance (… Aion, par exemple).

En ce qui concerne le système de combats, on se retrouve avec un tour par tour où chacun effectue toutes les actions qu’ils souhaite dans la limite de ses points d’action disponible, ce pool de points augmentant au fil de l’avancée dans le scénario principal. Chaque adversaire dispose ses personnages sur une grille de quatre colonnes sur deux lignes. Je trouve que cela limite pas mal les possibilités tactiques lorsqu’on a six persos à caser, avec une sale impression de se sentir à l’étroit, quand bien même un combat pourrait se dérouler dans une grande clairière, ou une salle assez large. Basiquement, on commence par balancer ses buffs via le Barde, taquiner la foule avec le ou les Mages, pour enfin rentrer dans le lard avec les Guerriers et Voleurs.

On ne va pas se mentir : ceux qui recherchent de la difficulté et du challenge, choisissez le level au-dessus de « Normal » , ou vous aurez vite l’impression de rouler sur tout, à one-shoter tout un groupe dès lors que vous avez l’initiative pour démarrer les hostilités. En effet, pour engager un combat, soit vous vous faites griller par un ennemi lors d’une de ses rondes et c’est lui qui commence, soit c’est vous qui le chargez (… mais dans les faits, si vous vous faites, aggro, c’est que vous êtes mauvais). Détail intéressant : le placement des membres du groupe adverse sur sa grille dépendra du positionnement initial de l’attaquant ; pour être plus clair, s’il y a des archers ou des mages, chargez le groupe par l’arrière afin de les avoir en première ligne. Ainsi, lorsque ce sera son tour (si vous ne l’avez pas défoncé avant), le déplacement de ses guerriers vers la première ligne lui fera consommer ses précieux points d’action.

Qui dit combats et exploration, dit loot. Et si vous vous rappelez de ce que j’ai écrit plus haut, ledit loot sera stocké dans un inventaire métastasé. On dispose d’autant de slots que de personnages, où tout le fatras sera classé dans une grille nécessitant une à plusieurs cases. Le loot en question, c’est soit des composants d’artisanat, soit de la bouffe ou des potions, soit des armes et des armures. En ce qui concerne l’équipement, ce n’est pas fou-fou ; on retrouve une vingtaine d’armes différentes, dont les qualités dépendent de sa rareté. Classique. Quant aux armures, c’est la même soupe, aussi peu variée également. On ne nage clairement pas dans l’exotisme : un casque, une pièce d’armure, des bottes donnant des capacités lors des déplacements, des gants donnant accès à une compétence supplémentaire, etc…

Le bestiaire non plus n’est pas vraiment étendu ; du classique, et seules les premières apparitions de grosses bestioles faisaient leur petite impression (… vite dissipée cependant). Pour le reste, il y a du squelette, du cultiste, du démon, du bandit, du paladin… Le tout avec assez peu de skins différents, si bien que l’on se retrouve rapidement à poutrer des armées de clones. Tout cela pour mieux, je le rappelle enfiler des puzzles forts semblables comme des perles entre chaque groupe d’ennemis. Voilà, je crois maintenant que je peux retirer mon bras du fondement de Brian Fargo : merci pour ce moment !

 

Comme le dirait si bien Hyeron, cette critique ressemble un peu à un forage de deuxième trou de balle, mais comment expliquer que j’aie pu tenir le coup pendant soixante dix heures ? A l’heure où j’écris ces lignes, le mystère reste encore entier…

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A propos de l'auteur : Toupilitou

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3 Commentaires sur “The Bard’s Tale IV : Barrows Deep”

  1. Avatar Athyna dit :

    Eh bien, ça ne vend pas du rêve tout ça. J’avais vu passer ce jeu en page d’accueil à sa sortie, il m’avait intrigué mais sans plus, alors merci pour la critique qui me permet d’en savoir un peu plus.

    Par contre tu es très endurant, parce que personnellement si je passe autant de temps sur un jeu c’est que j’adore.

  2. Avatar Toupilitou dit :

    Disons que j’ai une réputation de masochiste à tenir :smile:

    Après, peut-être qu’il vaudra le coup dans sa Definitive Edition… Ce n’est pas forcément un mauvais jeu ; juste un jeu mal branlé

  3. Avatar AbounI dit :

    C’est un mauvais jeu et un très mauvais Bard’s Tale de surcroit. FRanchement à des années lumières des blobbers originaux. je vois même pas en quoi c’est un Bard’s Tale d’ailleurs. On s’en branle du nom qu’ils ont choisi pour la ville, ça aurait aussi marché avec Atkatla par ex. L’univers est même pas respecté. Franchement, des kilts, ils sont confondus réalité historique de la région avec virtualité historique des ancêtres du Bard. Le jeu s’appelerait pas Bard’s Tale que ça me dérangerait pas, mais pour le cas, là ça me dérange. Ce n’est aucunement une suite spirituelle, alors pourquoi reprendre le nom sinon par rameuter le chaland un brin nostalgique ? Dire que j’ai backé une boxed edition dont je ne sais quoi faire.
    Vous verrez que dans 2 ans, ce jeu on en parlera plus, contrairement aux remastered versions.


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