The Walking Dead : A New Frontier

The Walking Dead : A New Frontier

La critique de Red Dead Redemption 2 va prendre son temps à arriver, mais elle arrivera. Je profite donc du fait que je veux étendre au maximum mon expérimentation du dernier Rockstar, comme je l’avais fait pour MGS V en son temps, pour évoquer d’autres jeux dont je devais parler. Pour cette fois, nous allons aborder le cas assez épineux mine de rien, de The Walking Dead : A New Frontier. Peu de joueurs ont apprécié cette troisième saison pour des raisons que je trouve souvent assez dommageables. Posons les raisons que j’ai globalement souvent retrouvées dans les argumentaires : la saison dure seulement sept à huit heures. OK. On joue Clementine pendant même pas une heure. OK. On ne ressent pas d’émotions aussi fortes que dans les deux précédentes saisons. OK. Maintenant, je peux dire que, pour ma part, je trouve que A New Frontier est le meilleur jeu The Walking Dead de Telltale (… je n’ai pas encore fait Michonne, tandis que la dernière saison est incomplète). Je vais donc disserter un peu sur pourquoi cette saison m’a prise aux tripes. Sérieusement.

 

« I love you, brother »

Telltale ont eu du culot. Après une seconde saison à incarner Clementine, la gamine que l’on a protégé lors de la première, ils nous l’enlèvent presque complètement en la reléguant au rôle de personnage secondaire – même pas complémentaire (!) – mettant alors son évolution en tant que personnage en arrière-plan. Entendons-nous bien : l’aventure de A New Frontier n’est pas sans conséquences sur notre petite chérie, qui fait désormais face aux problèmes de l’adolescence, mais les événements ne sont pas centrés sur elle. Non, celui qui lui vole la vedette cette fois, c’est Javier Garcia, un mexicain avec une bouille franchement sympathique qui n’est ni une reprise de Lee, ni un jeune homme parfait et infaillible. Juste un mec qui essaye de se sortir de ce merdier en jouant les contrepoids dans une famille (et plus tard, un groupe) qui se délite aisément lorsque surviennent les crises.

Si la première saison de The Walking Dead essayait déjà de placer le personnage de Lee en diplomate, elle mettait assez souvent ce rôle de côté pour mieux se recentrer sur la dynamique père / fille entretenue avec Clementine. A New Frontier embrasse cette composante et met au centre de son récit toute la difficulté qu’a la famille Garcia et leurs proches à tenir tête dans un monde de merde. Parce qu’en effet, cette fois, c’est la famille qui compte, pas le groupe, la famille. Et cette facette existait déjà au travers du personnage de Kenny qui sacrifiait tout pour les siens, mais cette fois-ci, votre but est que cela tienne pour Javier… ou pas.

C’est déjà beaucoup de responsabilités que de s’occuper d’une famille décomposée et recomposée à la va-vite lorsque l’on n’a pas la carrure d’un père, au sens où on l’entend (autoritaire, charismatique, âgé, et expérimenté). C’est d’autant plus difficile lorsqu’on a un personnage qui a tendance à avoir du mal à s’affirmer en tant qu’homme. Javier est particulièrement intéressant à incarner, parce que contrairement à Lee, il a des choses à perdre et il n’a pas le passif de ce dernier (ce n’est pas un homme qui a tué par le passé). Donc, premier bon point : j’adore Javier. Je trouve qu’il amène quelque chose dans The Walking Dead qui est intéressant ; on peut l’incarner de manière à montrer à Clementine que l’on peut construire quelque chose dans ce monde. Construire, elle qui n’a vu ses relations que vouées à s’envenimer ou disparaître.

Faire une saison dont le thème central c’est finalement l’espoir, c’est osé. C’est d’autant plus osé que la série de Telltale s’est notamment fait connaître pour sa propension à faire pleurer comme une madeleine sur à une mort (prévisible) ou une séparation. Je ne suis pas en train de cracher sur ce qui s’est fait avant (… je ne suis pas un monstre ; j’étais mal à la fin des deux premières saisons), je suis juste en train de dire que cette troisième saison a voulu impliquer des émotions plus subtiles… Et bordel, qu’est-ce que ça a fonctionné sur moi.

Jalousie, culpabilité, rivalité de fratrie, colère que l’on tait pour ne pas détruire un statu-quo nécessaire au bon déroulement des choses, et par dessus tout… l’amour ? Bordel, The Walking Dead qui parvient enfin à parler d’amour de manière directe, en allant pile dans la direction où je ne l’attendais pas. S’il y a bien une scène que je retiendrai de ce The Walking Dead (et on peut la jouer très différemment, voire ne pas l’avoir du tout), c’est « I love you, brother » . Ce moment m’a tellement pris aux tripes que j’ai lâché la manette, sous le regard interloqué du spectateur qui commençait à comprendre ce à quoi ça pouvait faire écho chez moi.

Le pire étant que j’avais les larmes aux yeux à la fin de la scène, parce que je savais que j’aurais de toute façon pas pu agir autrement que comme le jeu m’y invitait. Vous savez, il y a souvent cette dissonance entre les choix qui vous sont proposés, et ce que vous feriez si vous y étiez. Bah là, c’était pile le choix que j’aurais fait, tout pile. Et ça m’a fait tellement mal et tellement de bien de voir enfin ce genre de scènes humaines dans un récit comme The Walking Dead. C’est ça la force d’un univers comme celui-ci, c’est de faire surgir des moments humains forts où il se passe enfin quelque chose révélant ce que l’on est en tant qu’individu. Et cette scène particulière m’a fait ressentir plus de choses que toutes celles qui l’ont précédé.

On pourrait aussi parler de cette conversation toute simple sur le toit d’un bâtiment dans l’épisode 5, où un personnage est au bout du rouleau et abasourdi. Le meilleur moyen de rentrer dans sa réalité, c’est de venir à ses côtés, prêt à sauter pour en finir, et parler simplement de… bah de soi. C’est un moment de grâce où je souriais tout du long en me disant « Bordel… ça c’est juste. C’est vrai » . D’habitude, face à des récits narratifs comme les jeux de Telltale, l’écriture est fonctionnelle et colle aux archétypes de manière pratique, pour que l’on ressente globalement ce qu’il faut ressentir. Là, dans A New Frontier, c’était plus subtil, pas encore dans des hauts niveaux, mais il y a des vrais moments où je ne trouvais rien à redire à ce niveau. C’est pas rien.

Enfin, visuellement et en termes de réalisation, j’ai lu que ça avait pas beaucoup évolué… Pas d’accord. Le style Telltale est ce qu’il est, on est d’accord. Le moteur est vieillot… mais tout est plus fin. Les animations beaucoup plus travaillées et fluides, les effets visuels ont pris un sérieux niveau, et tout s’exécute proprement. On se rapproche beaucoup du rendu bande-dessinée que le studio cherche tant à retranscrire. Alors, oui, changer de moteur aurait aidé, mais je n’ai pas été dérangé par ça, car je trouvais le taff réalisé très correct, et les animations crédibles par rapport aux modélisations.

Et bien sûr, les musiques sont dans la droite lignée des précédentes saisons, donc très bonnes et tout à fait en accord avec comment Telltale conçoit l’univers de The Walking Dead, avec son atmosphère qui tangue toujours entre la lueur d’espoir nécessaire pour se relever à chaque coup dur, et la froideur de la réalité dans laquelle nos personnages évoluent. Et pour une fois, malgré les morts, malgré les peines, c’est l’espoir qui triomphe dans cette troisième saison, et ça… ça, ça m’a plu. Cela, et évidemment tout ce que j’ai évoqué avant. Alors OK, c’est court, d’accord y a des raccourcis, peut-être qu’il y a des incohérences… Mais lorsque je suis arrivé à la conclusion, je n’avais qu’une seule envie : voir la suite.

Ah, et si pendant les quatre premiers épisodes nos choix n’ont que peu d’incidence, le dernier épisode, qui est l’un des plus longs, peut changer du tout au tout, et amène à de vraies fins différentes. C’était la cerise sur le gâteau. Maintenant, si vous ne pouvez plus voir ni toucher du Telltale, ça reste du Telltale, avec ses défauts et ses qualités qui ont toujours fait mouche chez moi.

 

C’était mon petit avis sur A New Frontier. Une troisième saison qui m’a laissé avec un beau sentiment de vide, comme après une belle aventure dont on voulait pas sortir. Javier me manque. Clementine aussi. Bon, elle, je vais la retrouver pour une dernière balade dans la dernière saison, mais je dois bien admettre qu’au global, l’aventure Walking Dead par Telltale, c’est un beau morceau de mon histoire vidéoludique. Ça a commencé par la curiosité et le doute de la viabilité du récit sur le long court (saison 1), la confirmation que ça valait la peine d’aller plus loin (saison 2), le vrai enthousiasme doublé de passages biens émouvants (cette saison), et je l’espère, une conclusion amère… parce que Telltale passe l’arme à gauche dès le dernier épisode sorti. Je vous conseille cette troisième saison, comme les autres, mais un peu plus chaudement pour celle-ci. Et je retourne sur Red Dead Redemption 2 qui, comme vous vous en êtes peut-être rendu compte en lisant mes quelques mots à son sujet, risque d’être un jeu qui me marquera au fer rouge.

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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