Un livre, une pelle, un pad : Stalker

Un livre, une pelle, un pad

Il arrive parfois que, de temps à autre, une loutre tombe sur un bouquin dont l’univers est tiré d’un jeu vidéo. L’idée de cette nouvelle chronique est de parler de l’un de ces livres, et d’en faire un parallèle avec les jeux vidéo dont ils sont tirés. Étant donné que vous êtes sur Loutrage, il arrivera parfois que des bouquins soient vraiment mauvais, et c’est pourquoi nous avons toujours à portée de main notre Sainte Pelle, la même qui nous permet d’élargir de manière exponentielle la fosse commune vidéoludique de notre Quartier Général. Nous allons toutefois commencer tranquillement en parlant d’un bon livre tiré d’une bonne série de jeu, à savoir Stalker, et c’est Garmyr qui s’y colle. C’est parti !

 

Roman : Stalker – Pique-nique au bord du chemin .

Auteur : Arkadi et Boris Strougatski .

Édition : Denoël .

Langue : VF (Traduit du russe par Svetlana Delmotte) .

Genre : Science-Fiction

 

Quand un roman commence par un extrait d’encyclopédie fictif ou d’une interview, je sais que je me lance probablement dans une histoire complexe. Je me dis souvent, à ce moment là, qu’il vaut mieux que je lise consciencieusement la suite, car quelques points d’une importance cruciale vont probablement être abordés. Dans Stalker, ça n’a pas loupé. L’œuvre débute sur une interview d’un docteur, le Docteur Valentin Pilman, et déjà je plisse les yeux et me redresse un peu dans ma chaise longue.

Pourtant, non. Stalker (ou Pique-nique au bord du chemin) est un roman bien plus léger qu’il n’y parait aux premiers paragraphes. Notez que je n’utilise pas « léger » péjorativement. Le bouquin est particulièrement court, d’environ deux-cent pages, dans une police aérée et relativement grande. Il est vite lu. Englouti serait plus juste, pour ma part en seulement trois sessions de lecture.

L’histoire prend place autour de l’une des Zones qui sont apparues suite à « La Visite » . Le passage éclair d’une civilisation extra-terrestre sur notre planète, n’ayant laissé derrière-elle que six Zones truffées d’artefacts. Seulement, les artefacts extra-terrestres, ça se vends très bien. Plusieurs individus y voient alors rapidement un moyen de se faire de l’argent et décident d’arpenter ces zones à la recherche de trésors :  les Stalkers.

Je prends le cinquième écrou et l’envoie plus haut et plus loin. La voilà, la « calvitie de moustique » ! L’écrou part vers le haut normalement, il commence à tomber aussi normalement, mais à mi-chemin, c’est comme si quelqu’un l’avait tiré de côté avec une telle force qu’il s’enfonce dans l’argile et disparaît.

Malheureusement, les artefacts ne sont pas les seuls vestiges laissés par les « Visiteurs » . Les zones sont parsemées de phénomènes étranges et souvent mortels. Être Stalker est une activité aussi lucrative que dangereuse, ce qui convient à notre héros, Redrick, surnommé Rouquin. Le roman relate principalement quelques passages de sa vie et de ses activités de Stalker autour de la Zone, au travers de quatre chapitres.

Ces chapitres étonnent par l’absence quasi-totale de description. C’est une suite efficace de scènes de dialogues ou d’actions permettant au lecteur de laisser son imagination jouer avec les rares indices visuels pour s’approprier les environnements. Toute la qualité de ce livre se trouve-là. Ce style d’écriture permet, avec brio, de se focaliser sur les personnages, leurs angoisses, et leurs relations. Très rapidement, on s’attache à Rouquin, sa fille, sa femme. On s’attache à ses amis, à sa vie.  On s’attache au final même à la Zone.

Certains lecteurs trouveront très frustrant de terminer le roman avec autant de questions laissées sans réponses. J’aurais notamment aimé savoir ce qu’il advient de Rouquin et sa famille, surtout sa fille. Mais c’est un moindre mal devant les sentiments dégagés par le dernier chapitre, et surtout, son final. C’est un récit de science-fiction qui va droit au but, sans concession, qui se déguste comme une vodka que l’on boirait cul-sec.

 Avant d’aller dans la Zone, je suis toujours énervé comme une puce et, par-dessus le marché, je suis sobre. Alors je l’ai pris par la bandoulière et je lui ai exposé dans tous les détails ce qu’il était, et dans quelles conditions il avait été conçu par sa mère.

Si je parle de Stalker, le livre, ici, c’est bien sûr parce-que la plupart d’entre-nous connaissons la licence Stalker par le jeu du même nom sorti en France en 2007. Les adaptations du livre en jeu (et en film aussi, d’ailleurs) ont cela d’intéressant de ne pas être centrés autour de la même histoire, voire même de ne pas avoir tout à fait le même scénario. L’exemple le plus marquant étant l’origine des Zones qui n’y sont pas identiques. Ainsi, alors que le livre suit majoritairement l’évolution d’un Stalker hors de la Zone, le jeu est, lui, entièrement contenu à l’intérieur de celle-ci.

Le livre laisse entrevoir un nombre réduit de Stalkers, tous désorganisés, regroupés en petites équipes, alors que dans le jeu, c’est toute une hiérarchie qui y est présentée. Et le film, quant à lui, propose encore une autre vision de l’œuvre via des Stalkers qui font surtout office de passeurs. Pourtant, j’ai le sentiment que ces trois œuvres se complètent plus qu’elles ne se contredisent. Il est vrai que le manque de cohérence est particulier, un poil frustrant, mais ces angles de vues différents permettent de compenser un peu un livre trop avare en lore.

 

Loin des longues sagas étalées sur plusieurs romans, Stalker vous promène quelques (trop) rapides heures dans quelques instants de vie brute d’un homme visiblement épuisé. Même si l’on voudrait en savoir davantage sur l’origine et le contenu de la Zone, les auteurs réussissent à vous accrocher aux personnages avec une telle aisance, passage après passage, qu’il est simple d’accepter ce compromis et de s’abandonner à sa lecture. Ainsi, si vous souhaitez revenir dans l’univers du jeu Stalker, le livre est un excellent moyen d’y remettre les pieds.

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A propos de l'auteur : Garmyr

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Quand on lui demande s'il veut coder, il râle. Quand on lui demande s'il veut écrire, il râle. En fait, de manière générale, il râle. Mais quand il râle, il le fait bien.

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