Uncharted : Lost Legacy

Uncharted : Lost Legacy

Un addon. Standalone de surcroît. C’est souvent une belle occasion d’explorer plus avant un aspect survolé du projet, et c’est en l’occurrence parfaitement le cas ici. Troquant Nathan Drake pour Chloé Frazer (un flirt datant d’Uncharted 2) et Nadine (antagoniste du quatrième opus), cette extension repose sur ce nouveau duo de choc pour se concentrer sur une aventure plus dense et plus nerveuse que le jeu de base. De quoi rabibocher le public originel déçu des dernières aventures de Drake, sans pour autant s’éloigner trop de la formule histoire de malgré tout contenter ceux qui auraient aimé cet épisode. Si l’on ajoute à cela les velléités d’open world du chapitre IV de cette (courte) aventure, Lost Legacy paraît très ambitieux pour un simple standalone. La question est simple : n’essaye-t-il pas d’en faire trop ?

 

Un début expéditif qui permet vite d’aller dans le cœur du sujet. C’est le pari de ce nouveau jeu qui fait dès le départ oublier la lente introduction d’Uncharted 4 pour revenir aux habitudes de la saga : démarrer tambour battant dans l’aventure. Après trois premiers chapitres de voltiges, d’affrontements, et de narration, juste ce qu’il faut pour poser la simple structure de l’aventure (qui repose sur quatre personnages… dont un qui intervient dans la toute dernière heure et demie), on arrive directement au cœur de l’expérience : le chapitre IV.

Sans doute est-ce là l’idée du projet d’origine : adapter la formule Uncharted à un espace plus ouvert dans lequel on peut flâner, résoudre des énigmes secondaires, explorer, et profiter de la nouvelle ouverture du level design pour exploiter toutes les possibilités de gameplay. Le problème avec ce genre de défi, c’est le sens de la mesure ; soit on en fait trop et on gave, soit on en fait pas assez et on frustre. L’équilibre est ici assez bon, juste un poil frustrant, de quoi donner envie de voir un autre jeu de la même trempe arriver par la suite.

La zone ouverte offerte par Lost Legacy s’avère au moins quatre fois plus vaste que le plus grand espace du jeu de base. Proposant un moyen de locomotion bien connu (la Jeep), de nombreux emplacements pour en faire usage, et exploitant toutes les mécaniques intégrées dans l’aventure jusqu’ici, Lost Legacy se différencie facilement du précédent Uncharted. Pour remplir son espace ouvert et lui trouver un intérêt, Naughty Dog a été malin : entre les différentes zones inaccessibles sans la voiture, les murs destructibles, les zones de grimpette, et les zones de danger avec un level design ouvert, le studio a intégré juste ce qu’il faut de contenu pour remplir le monde. On aura donc l’occasion de trouver onze jetons via des énigmes environnementales afin de débloquer un équipement, des coffres à ouvrir pour chopper des armes exotiques, une poignée d’affrontements dans des lieux bien conçus.

De ce côté-là, il n’y a rien à redire ; on n’est pas dans l’intégration forcée du monde ouvert, il a bel et bien été réfléchi. De plus, Naughty Dog utilise ce nouveau concept pour mieux développer sa narration. Entre les conversations au volant et les échanges dans des lieux spécifiques, le studio parvient à maintenir le flot narratif de l’aventure, même lorsque celle-ci s’ouvre dans des perspectives jamais vue par la saga. La narration est très directe, car il ne faudra pas compter sur la narration environnementale pour raconter grand chose de pertinent par rapport à la trame principale. Naughty Dog réussi là où d’autres se sont cassé les dents, en misant simplement sur le dynamisme de ce duo qui se révèle tout le long de l’aventure (presque) inséparable, et donc toujours là pour raconter quelque chose.

Le gameplay trouve ici un équilibre plus efficace avec plus d’action, plus de spectacle, plus d’exploration même, et toujours avec le développement des personnages qui se fait cette fois de manière encore plus naturelle que dans le quatrième opus. Cela passe par des conversations, des petites animations, des remarques ici et là, des actions particulières. Bref, tout est fait pour rendre cela digeste et non-intrusif. Un effort supplémentaire qui me permet de déclarer ceci : l’aventure est cinématographique dans son rythme et son développement, bien que le jeu n’impose que rarement des cutscenes. Le fait de jarter une très grande partie des phases dites passives permet un bien plus grand attachement au rythme de l’aventure et à sa proposition narrative.

Si Uncharted 4 critiquait le premier, deuxième, et troisième opus, Lost legacy se fend de quelques remarques et quelques petites piques à l’égard du précédent réalisateur, et tente ainsi de tirer le meilleur de son travail tout en mettant en lumière ses gros manquements. On est donc en face d’un jeu best of de la saga, avec beaucoup de séquences hommage, des situations rappelant les précédents opus (mais aussi de The Last Of Us dans le level design de certaines confrontations), et surtout : beaucoup de maîtrise. Lost Legacy, mis à part dans son open world, ne fait jamais quelque chose qui le met en danger, mais il le fait si bien qu’il est très difficile de lui faire des reproches sur sa proposition ludique.

Cette dernière s’avère pratiquement inattaquable tant cela justifie bien mieux ses mécaniques qu’un Uncharted 4 peut-être trop passif pour certains. Maintenant, ce qu’il gagne en rythme et intensité sans trop en perdre sur la narration, Lost Legacy le perd en identité. Oui, le jeu est magnifique, plus beau encore que le quatrième opus (… la découverte du monde ouvert est un moment assez bluffant). Oui, l’histoire est efficace et s’étend moins sur de nombreuses mini-intrigues comme dans le 4. Cependant, le tout a moins la patte d’un auteur et donne finalement l’impression d’être un dernier tour de piste, histoire de rouler des mécaniques et remettre quelques pendules à l’heure.

J’ai passé un excellent moment et j’ai joué sept heures sur deux jours à ce jeu, ce qui est assez exceptionnel pour moi, mais il n’y a pas un moment où je me suis dit « merde, ça c’est vraiment brillant » comme j’ai pu le faire sur Uncharted 4. Tout est certes plus homogène, plus lisse, mais justement, les aspérités et choix radicaux du précédent jeu m’ont un peu manqué. Cela étant dit : si Lost Legacy avait été un jeu plus ambitieux, en proposant un seul et unique vaste espace de jeu pour toute son aventure, on aurait certainement été en face d’un vrai tour de force. En effet, il fait en trois-quatre heures de monde ouvert mieux qu’Ubisoft en cent ou deux cents heures d’Ubiworld. Le tacle était gratuit, mais quand même… un peu sincère.

 

Si vous voulez avoir une vue d’ensemble sur la saga Uncharted dans un temps relativement court : Lost Legacy est là pour vous. Assez court mais pas trop, suffisamment intense pour ne pas froisser les amateurs de la trilogie originale, avec toutefois le souci de s’avérer posé et intelligent lorsqu’il le faut, Lost Legacy est un vrai jeu de compromis et de maîtrise. C’est cette maîtrise qui lui garanti selon moi d’être ludiquement la meilleure proposition de la saga, mais aussi d’être porteur d’un message d’avenir avec son monde ouvert narratif assez réussi. Enfin, il faut lui pardonner cet aspect « menu best of » , parce que après tout, c’est un standalone en mode dernier tour de piste, qui s’adresse à tous les amateurs de la saga, que ce soit des trois premiers opus, celui sur Vita, ou le quatrième résolument différent. En y repensant, c’est bien le best of qui s’avère selon moi le plus carré et solide, et tout ça en un an et quatre mois de développement… Pas mal.

 

PS : Si cette critique vous parvient avant celle d’Uncharted 4, cela pourrait s’expliquer d’un point de vue purement artistique. En effet, il s’agit d’une expérience plus équilibrée que celle du jeu de base. On voit bien que ce standalone avait pour objectif de calmer les ardeurs des fans de la saga, ce qui, d’un point de vue commercial, est tout à légitime ; contenter les deux publics tout en proposant deux expériences relativement proches en termes de prise en main. Cela pourrait tout autant s’expliquer d’une autre manière, à savoir que cette grosse larve de Toupilitou n’avait, à la veille de ce lundi 3 décembre 2018, rien de dispo à publier, et a donc corrigé l’article le plus court qu’il avait sous la main. Le mystère reste entier…

Bisous

Quelle explication vous semble la plus plausible ?

Voir les réponses

Loading ... Loading ...

Tags

A propos de l'auteur : Marcheur

Avatar

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

0 Commentaires sur “Uncharted : Lost Legacy”


Connectez-vous pour laisser un commentaire

Groupe Steam

Derniers commentaires

Aller à la barre d’outils