Xbox Game Pass : un lancement réussi

Xbox Game Pass : un lancement réussi

D’avril 2017 à janvier 2019, le Xbox Game Pass a évolué d’assez formidable manière. Une mutation rapide et salutaire pour le programme lui-même mais aussi, finalement, pour toute la branche Xbox. Disons-le : depuis fin 2013, toute la branche jeu vidéo de Microsoft s’est retrouvée prise à la gorge. Avec une plateforme qui n’avait pas grand-chose d’attirant, les jeux qui se sont retrouvés dessus ont essayé d’exister malgré une dynamique en berne côté hardware. Les ventes de consoles n’étaient pas si faibles, mais l’adhésion aux jeux proposés par Microsoft n’était pas là en règle générale, laissant donc dans un état larvaire les projets de jeux ambitieux à venir. Tout était une question de modèle économique à changer ; là où Nintendo a su vendre un concept de plateforme attirant, Sony a su vendre une console traditionnelle au catalogue vaste et varié, Microsoft devait trouver une place à sa Xbox. C’est désormais chose faite.

 

Rétrocompatibilité, services divers et variés, Xbox One X, le discours de Microsoft avait eu tendance à vouloir recoller les morceaux entre les fans historiques de sa marque et l’image de cette dernière. La Xbox, pensée comme un PC de salon, avait vu un changement brutal d’orientation avec le succès de Kinect sur 360, conséquences ? Un déraillement complet de la branche Xbox qui a conclu sur une situation de crise signant presque l’arrêt de mort de la machine avec la One. Tout ce qui s’est fait de 2014 à 2017 a été une tentative de donner de l’oxygène à la machine, établir un plan dans lequel il y aurait un avenir pour la plateforme et une raison d’investir dans le jeu vidéo. La première pierre a été finalement le retrait du Kinect vendu obligatoirement avec la Xbox One, puis la rétrocompatibilité, par la suite l’annonce du projet Scorpio, puis l’annonce du Game Pass : une année ? Un changement réorientant la vision :

  • 2014 : (Arrivée de Phil Spencer à la direction de la branche) retrait du Kinect obligatoire.
  • 2015 : Programme de rétrocompatibilité débuté avec une centaine de jeux 360.
  • 2016 : Sortie de la Xbox One S, introduction du projet Scorpio au public.
  • 2017 : Arrivée du Xbox Game Pass. Sortie de la Xbox One X. Phil Spencer promu à la direction du secteur “Gaming” de Microsoft.
  • 2018 : Vague massive d’investissements dans des studios, six rachats, une création.

Il n’y a pas encore d’éléments qui laissent entrevoir quel sera l’acte décisif de 2019. On pourrait voir l’introduction du “X-Cloud” cette année afin de préparer encore plus l’avenir. Mais si il y a bien une chose qui faisait défaut à la branche Xbox durant les années de transitions, ce sont les jeux. Non pas qu’ils aient été absents, mais l’ambition de ces derniers était bien souvent limitée, montrant que Microsoft n’avait aucune confiance dans les ventes de ces derniers. Mieux encore, durant l’année 2017, Phil Spencer lâchera une bombe avec un commentaire particulièrement amusant “Les exclusivités ne sont plus si importantes”, commentaire suivi par la sortie de Zelda Breath of the Wild et l’explosion de la Switch grâce entre autres à ses exclusivités… hin hin.

Mais comprenons le bonhomme, il est un “PR” et doit donc justifier la position stratégique actuelle de sa boîte, une direction sur laquelle il n’a à l’époque que peu de prise. Au mieux, Spencer a une vision, des idées et commence à aller dans ce sens avec la rétrocompatibilité et le projet Scorpio. En dehors de ça ? Que dalle, du moins jusqu’à ce que soit introduit le Xbox Game Pass en avril 2017. Alors les choses au départ sont peu claires, au mieux on peut y voir une bonne manière de pouvoir jouer aux anciens jeux Microsoft à “pas cher” et découvrir deux ou trois jeux qu’on aurait pu prendre en promo. Intérêt limité car la cible ne paraît pas clairement identifiée.

Les choses devaient en réalité s’installer, après l’E3 2017 de transition et les discours à base de “4K”, “True Power” et la myriade de “Exclusive” pour des jeux disponibles temporairement en exclusivité console sur Xbox One… la conférence fait cheap et ne convainc pas grand-monde de rien. Fort heureusement arrive janvier 2018, avec une nouvelle qui va faire démarrer la hype “Xbox Game Pass” : Sea of Thieves sera disponible dès sa sortie sur le Xbox Game Pass, et ce sera le cas de tous les jeux Microsoft.

Clairement, la dynamique évolue. L’E3 2018 arrive et le discours autour du Game Pass est insistant : Halo Infinite, Gears 5, Battletoads, Crackdown 3, Ori and the Will of the Wisps, Forza Horizon 4, Ashen et bien d’autres arriveront sur le Game Pass dès leur sortie. Ce qui est intéressant, c’est de voir l’introduction de tiers dans cette opération de “disponible dès la sortie sur le programme” et il faut bien dire que le soutien devient de plus en plus agressif. Si pour l’instant aucun AAA tiers n’est arrivé sur le service dès la sortie, tout de même : Ashen, Mutant Year Zero, Below, Kingdom Two Crowns, Laser League, Absolver, Aftercharge, les épisodes suivants de Life is Strange 2 tous sont arrivés de juin 2018 à aujourd’hui. Mais il y a déjà eu d’autres confirmations de jeux, et même d’autres que j’ai oubliés, notamment le prochain jeu d’Hidetaka Suehiro : The Good Life. Et avec les annonces de rachats de studios, on sait d’ores et déjà que ces jeux vont arriver sur le service.

Si le XO18 n’était vraiment pas intéressant dans ce contenu, l’emphase sur le Game Pass était largement plus pertinente. Microsoft s’engage à investir dans le service et fait tout son possible pour le rendre attractif et donner du temps à ses studios pour prendre le relais. Parce qu’actuellement le problème de fond de la branche Xbox n’est pas résolu, mais est en cours de résolution. Si l’année 2018 était un peu plus solide en termes de sorties que 2017 (pas difficile) et 2019 semble partie pour être plus solide que 2018, mais quid de 2020 ? Peu de communications pour les jeux à venir l’année prochaine, mis à part Halo Infinite. probablement que Phil Spencer veut se tenir à sa promesse de 2017 : ne plus lâcher trop tôt une annonce à un E3. Mais l’absence d’indice sur 2020 cache aussi une raison, même si c’est un secret de polichinelle : Scarlett, la prochaine génération.

Le Xbox Game Pass réussit son introduction car s’il arrive à mettre en scène les jeux Microsoft d’ores et déjà disponibles en leur donnant visibilité et moyens de devenir des succès commerciaux, il joue surtout la montre en offrant un catalogue varié et dynamique de jeux tiers, indépendants ou d’ores et déjà disponibles depuis pas mal de temps, permettant à Microsoft d’entretenir le brouillard autour de son catalogue personnel encore pauvre. Mais l’absence de gros jeux du constructeur lui permet de bien faire comprendre à quel point il est désormais prêt à offrir un catalogue vaste et accessible à faible coût pour la prochaine génération. Tout le défi est désormais de réussir à faire comme Sony avec la PS3 : rater son entrée pour finir en apothéose. Il faut que la Xbox One voie, avec ses derniers mois d’exploitation exclusive de Microsoft, des jeux forts et marquants. Ce qui laisse donc Halo Infinite et tout ce qui pourrait être annoncé à l’E3 2019.

Le Xbox Game Pass a quelque part déjà réussi son pari, des millions de personnes y souscrivent et le bruit monte de plus en plus autour du service. Pour l’instant personne ne semble vouloir occuper le terrain que Microsoft prend. Le succès du PS Now reposant sur des jeux anciens en streaming, il est clair que dès que Microsoft va introduire (et il va le faire) le streaming via Cloud dans son catalogue Xbox Game Pass, Sony ne sera pas en mesure de contre-attaquer… sauf s’il se garde l’annonce que tous les jeux de son catalogue seront disponibles dès leur sortie sur le PS Now, de quoi relancer la guerre – sauf si un autre acteur arrive sur le marché. Mais je ne vois guère Epic Games, Google, Amazon ou autre proposer un catalogue plus séduisant que Microsoft, Nintendo et Sony. Vu la course à l’armement que mène Microsoft actuellement, et probablement Sony aussi dans l’ombre, nul doute que la génération qui arrive sera une vraie guerre de plateforme, que ce soit sur console historiquement, mais aussi sur PC : tant Epic Games que Steam devront répondre à l’agressivité de cet acteur historique désormais agressif. Avec une arme redoutable grâce à laquelle Microsoft a un avantage certain et logique : l’infrastructure cloud.

Microsoft a pris son temps et a sacrifié la Xbox One pour permettre aux outils de la prochaine génération de se mettre en place. Désormais, je pense qu’il est temps pour la branche de récolter les premiers fruits des investissements durant l’année 2019 / 2020 afin de ne pas avoir fait de cette génération juste un mauvais moment à passer, au moins offrir une belle conclusion. Et démarrer dignement la prochaine génération. Quoi qu’il arrive, je le dis ici : avec ce que propose le Xbox Game Pass, je suis proprement incapable d’avoir le temps de jouer sur une autre plateforme que la Xbox One X. Pourtant les jeux de big N sont absents de la dynamique actuelle, preuve s’il en fallait une autre que ça fonctionne, ça fonctionne même sans l’impulsion du constructeur, maintenant cela doit avoir un effet bénéfique : à quel point cela peut-il fonctionner s’ils y mettent du leur ? Et non un mode pervers rappelant la fin de la vie de la 360 “pourquoi investir quand la plateforme fonctionne d’elle-même naturellement”.

Microsoft a un formidable outil pour créer et maintenir une dynamique qu’ils peuvent eux-mêmes raviver, ou raviver via recours à un jeu tiers qui peut profiter de la visibilité offerte par le Game Pass (les jeux se vendent mieux une fois qu’ils sont disponibles sur le service). Tout l’enjeu, maintenant que le service a prouvé qu’il fonctionne, est de le rendre vertueux là où le succès de Kinect avait rendu le périphérique finalement vicieux jusqu’au moment de crise qui a failli – faut-il encore le rappeler – tuer la branche Xbox ? Maintenant, il y a aussi des doutes sur la pérennité du service, y a-t-il moyen de conserver cette dynamique si un des jeux phares de Microsoft est décevant ? Le service va t-il naturellement continuer de fidéliser si les jeux ajoutés ne répondent pas autant aux attentes ? Les jeux qui fonctionnent le mieux en termes de population vont-ils finir par vampiriser la volonté de Spencer d’utiliser le Xbox Game Pass pour pousser des expériences fraîches ? Toutes ces questions restent en suspens, mais il ne faut pas montrer trop de défiance encore, quand pour le moment, la branche Xbox est dans une dynamique d’espoir qu’elle a bien méritée.

 

Espérons que la réussite du Xbox Game Pass signe le retour d’un âge d’or de la Xbox. Après une génération difficile et une fin de génération précédente décevante, la branche mérite de voir venir de grands jeux ambitieux, poussés par le service et les ventes renforcées par ce dernier. Les choses sont encore un peu floues aux angles, mais la vision de Phil Spencer et ses équipes devient de plus en plus claire, et d’autant plus enthousiasmante qu’elle repose sur une volonté d’offrir du neuf tout en soutenant les licences historiques. En montrant une volonté de ne laisser personne de côté : développeurs comme joueurs, Xbox s’arme pour devenir leader du jeu vidéo à venir, et ce quelle que soit la plateforme si le X-Cloud est solide et si le Game Pass continue de délivrer un catalogue de qualité et varié. L’espoir est permis, vivement l’E3 2019 pour avoir une vision plus claire de l’avenir ! En attendant, profitons de la profusion de jeux arrivant depuis fin novembre. Puisse l’orgie durer.

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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