Yakuza Kiwami 2

Yakuza Kiwami 2

Review copy fournie par Koch Media

Yakuza Kiwami 2 est un remake de Yakuza 2, et a pour ambition de transposer l’intégralité du contenu du jeu d’origine avec le moteur de Yakuza 6. Un objectif que la Team Yakuza se fixe un an après avoir fait la même chose avec le premier opus et le moteur de Yakuza Zero. Les ambitions posées cette fois-ci sont encore plus importantes que pour le premier volet, car l’enrichissement du contenu du jeu, ainsi que l’intégration du système de jeu du dernier Yakuza en date, représente un défi autrement plus important. Heureusement pour les joueurs, la Team Yakuza, décidément amoureuse de sa saga, s’est employée à rendre une copie encore plus solide que la dernière fois, à l’extrême limite du remake et du nouveau jeu.

 

Le titre commence par une longue séquence d’introduction, proposant aux joueurs un habile moyen de recoller les morceaux de l’histoire qu’il n’aurait pas fait, ou pas fini, le premier Yakuza ou même Kiwami. Cette introduction, longue et bavarde, aurait pu être particulièrement bourrative, mais force est de constater que les écrivains derrière le titre savent une nouvelle fois rendre les cinématiques au moins aussi passionnantes que les phases de jeux à proprement parler. La première grande victoire de Yakuza Kiwami 2, c’est d’avoir réussi à me tenir éveillé pendant plus de dix minutes de cinématiques, mais aussi et surtout, d’avoir en peu de temps posé une histoire aussi engageante que celle du premier. Chapeau.

Un chapeau que l’on gardera d’ailleurs dans ses mains tout le long du titre, tant le travail sur la mise en scène et l’écriture est exemplaire, et nous rappelle qu’à une époque pas si lointaine on racontait bien les histoires, si bien que Yakuza est vite très addictif car on a envie de savoir ce qui va arriver à Kiryu, le héros de la saga. Ce dernier est d’ailleurs – je dois l’admettre – un personnage très cliché et stéréotypé, bien que son profil soit tellement sympathique, et les ficelles grossières du personnage tellement maîtrisées, qu’on ne peut qu’adhérer à ce bad guy et son code d’honneur plus important que tout au monde. Non, vraiment, c’est mon frère ce mec. J’adorerais être ce gars, et c’est pour ça qu’à chaque fois que je relançais le jeu, j’étais dedans… parce que le Dragon de Dojima, il en jette sévère.

Autre chose qui en jette sévère : la réalisation. Troquant le soixante images seconde pour des effets graphiques plus léchés, une meilleure densité de la population, et surtout, une chiée de détails en plus, Yakuza Kiwami 2 perd en fluidité ce qu’il gagne en beauté, le tout avec un taux de rafraîchissement de l’image qui ne bouge pas d’un iota comparé à Yakuza 6. Visuellement plus sexy, cet opus est par contre animé de la même manière que son prédécesseur. Ainsi, les personnages principaux proposent des mimiques travaillées et des mouvements crédibles, mais c’est déjà beaucoup moins le cas des personnages secondaires.

Dommage aussi que les murs invisibles et autres limitations soient toujours d’actualité. On ne reprochera heureusement pas trop cela, car Yakuza est un jeu qui concentre beaucoup de choses dans un petit espace. Ainsi, les « quartiers » que l’on visitera ne nous proposerons jamais grand chose en dehors de leur cœur, ce qui atténue finalement la frustration que l’on pourrait ressentir en exploration. On notera notamment la générosité des mini-jeux et des activités annexes, avec une tétrachiée de quêtes secondaires malheureusement assez rarement mises en scène, et malheureusement un peu trop nombreuses aussi, bien que ce soit comme cela qu’un Yakuza se construit : beaucoup de contenu dans des lieux restreints. On adhère ou pas, mais des allers-retours, on va s’en cogner.

En parlant de cogner, il est toujours question de très fréquemment se fritter avec des voyous, Yakuzas, et autres. Les rixes, plus riches qu’auparavant, nous invitent désormais beaucoup plus à nous servir de l’environnement pour se défaire de nos nombreux adversaires. Les finish moves, toujours aussi brutaux, sont un vrai plaisir, et voir les imbéciles venant se frotter au Dragon de Dojima finir les dents contre un mur, ça n’a pas de prix. On appréciera les combos plus variés qui permettent de réduire la répétitivité des rixes, ainsi que l’assouplissement du système d’évolution avec des récompenses plus fréquentes, donnant le sentiment de progresser régulièrement.

Malheureusement, si la qualité de la réalisation et du système de jeu au global donne vraiment envie de louer Yakuza Kiwami 2, un fait reste : Yakuza fait du Yakuza. Ainsi, on a la désagréable impression de faire toujours la même chose, dans des lieux sensiblement similaires. Il y a toujours plus de contenu, toujours des castagnes dynamiques, mais routinières, et toujours cette atmosphère délicieusement noire qui sait parfois donner dans le plus comique. Cependant, reste une constante : on finit par assez vite se lasser de la proposition si on ne suit pas un minimum l’histoire. Alors, oui, les à-côtés sont évidemment une des grandes richesses de la saga, et ils entretiennent une vraie complémentarité avec un scénario dense et mené tambour battant grâce à un casting très réussi. Toutefois, les qualités de la saga ne peuvent éternellement cacher le fait que l’on a déjà sept opus, en comptant Zero dans le lot, et sans compter les spin off et les remakes.

Ce flot constant de Yakuza, et ce sentiment d’une série qui évolue par petites touches sans jamais ne serait-ce qu’effleurer ses fondamentaux, ont bien vite fait de nous faire dire que si l’on n’adhère pas assez à la formule, on arrive assez rapidement à la complète saturation. Ayant fait l’expérience de Kiwami l’année dernière, je me suis retrouvé à soupirer dès que je quittais la trame principale pour m’intéresser à autre chose (notamment les quêtes secondaires aux dialogues non-doublés ; ce n’est pas une critique d’ailleurs, vu à quel point cela fait des économies pour du contenu ne méritant pas forcément la même attention que la quête principale). L’excellence de la formule n’arrive pas à camoufler éternellement la routine que la saga a installé à mesure que les épisodes s’enchaînaient. Ainsi, même quelqu’un qui n’a pas connu tous les opus, face à Kiwami premier et second, se retrouve confronté à un fait : on a déjà vu le meilleur de la saga.

Alors si le but de Kiwami 2 est de faire acheter les futurs remasters du 3, 4 et 5, eh bien je dois dire que l’idée me fait déjà arriver à saturation rien que de penser à avoir affaire au même type de jeu. Yakuza, c’est une série qui n’a plus rien à prouver, c’est certain, mais sans doute est-il temps pour Sega de recréer un nouveau filon, au risque de détruire sa dernière série qui a survécu à la suite de l’échec de la Dreamcast (… bon, Sonic compte pas, hein). Donc si vous avez adoré Kiwami premier du nom, sautez sur le second, mais si vous aviez comme moi ressenti parfois cette légère pointe de lassitude, peut-être devriez vous y réfléchir à deux fois.

 

L’excellence ne cache parfois pas tout. Maîtrisé et narrateur de grand talent, Yakuza Kiwami 2 nous permet de revisiter les aventures de Kiryu Kazuma dans un titre long et dense qui ne fait pas dans la dentelle. Le malheur est dans le fait qu’à force de toujours enrichir sa formule plutôt que la transformer, la Team Yakuza arrive à un point où les changements légers ne sont même plus perçus comme tels, et où l’on se retrouve parfois à espérer que le point final se trouve au générique. Alors, si l’on adhère plus que tout au jeu d’action / aventure de Sega, on a encore quatre jeux à faire derrière ce dernier, et de quoi se gaver du met particulier qu’est Yakuza. Cependant, si le goût commence à déplaire dès la seconde bouchée, mieux vaudrait peut-être se garder des suivantes, aussi excellentes soient-elles.

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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