Bioshock Infinite : Tombeau Sous-Marin

Bioshock Infinite : Tombeau Sous-Marin

Bon, comme Prypiat s’est chargé de l’épineux cas Bioshock Infinite (… qui fait parti des rares jeux que je ne sais absolument pas quoi dire sans me contredire, thanks buddy !), je prends la responsabilité de parler des deux gros morceaux en plus du jeu de base, parce que pour le coup, ils sont intéressants et expliquent en gros pourquoi j’aime et n’aime pas le jeu original. J’ai fait l’acquisition de ces extensions en prenant le season pass en promotion via la rétrocompatibilité du jeu sur Xbox One, et je vais donc pouvoir vous faire un retour technique, mais aussi une critique du contenu en lui-même. Commençons par la technique.

 

Si j’ai connu la rétrocompatibilité à ses départs en tant que bêta-testeur, j’ai aussi connu ses plus belles heures quand elle améliorée les jeux. Si Mass Effect était un cauchemar technique, et Alan Wake une réussite d’émulation, j’ai le plaisir de signaler que la trilogie Bioshock se voit largement améliorée par l’émulation de la 360 offerte par la One. Meilleur framerate au point de chatouiller le 60 fps sur le premier opus (… un bien fou), le 45 presque constant sur le second (… c’quand même mieux), et le 40 toussotant sur Infinite (… bon OK, activez la V-synch pour stabiliser ce cauchemar). Pour les DLC d’Infinite, qui sont plus gourmands que le jeu de base dans une séquence pour la première partie et l’intégralité pour le second, même si le déchirement de l’image est inexistant avec l’émulateur, prenez le réflexe d’activer la V-synch pour le deuxième morceau de l’aventure, sinon, le framerate fait un infect yoyo.

L’avantage de cette émulation pour Infinite ? Euh… bah c’est à peu près les mêmes performances que sur 360, mais tout de même un peu plus solide, et on a le droit de prendre des screenshots et des vidéos. Cela vend du rêve hein ? Ne nous plaignons pas ; chez d’autres, ce serait payant… comme par exemple, je sais pas moi, sur PS4 où le seul moyen de rejouer aux Bioshock c’est de prendre la trilogie remasterisée, mais pas trop au prix fort ? Ne vous inquiétez cela dit pas trop ; cela reste jouable si vous êtes un consoleux sans âme tolérant le 30 images seconde sur un jeu de shoot en première personne. On a de toute façon l’habitude après la septième génération de console et Crysis 3 en qualité cinématographique.

Enfin bref, c’est une manière comme une autre de profiter de ces DLC, sinon, vous pouvez repasser à la caisse pour acheter le remaster, ou encore passer sur PC en subissant les problèmes d’optimisation du jeu. Maintenant que je vous ai convaincu que l’option rétrocompatibilité était une des plus correctes, tout en étant la moins onéreuse, passons à la critique voulez-vous ?

Tombeau Sous-Marin, ça se déroule juste après Infinite et sa fin… finale ? Enfin, sa fin complètement daubée quoi. Tout le monde s’accorde là-dessus : Infinite est un jeu qui d’un côté aurait pu être intéressant sous l’angle psychologique, mais est complètement sabordé par le délire de Ken Levine (… son game designer) avec ses « variables et ses constantes  » , ainsi que sa fascination pour les twists forcés. Maintenant que l’on sait tous que Bioshock Infinite est avant tout un jeu pas mal décevant par rapport à son illustre prédécesseur, laissez-moi commencer par dire que : s’il ne revient pas sur les délires d’Infinite et n’efface en rien le trip tout pourri des dimensions, des failles et tout ce qui a fini de décrédibiliser Infinite, Tombeau Sous-Marin est une jolie pirouette rendant l’ensemble un peu plus intéressant et pertinent… mais pas plus cohérent, faudrait pas déconner.

Non, la plus grande force narrative de ce « mini-Bioshock  » (… faut quand même faire sept heures de jeux pour le 100%), c’est de remettre en avant avec une violence appréciable la relation mouvementée entre Booker et Elizabeth, qui est une très belle forte jeune femme, mais qui a aussi un tempérament très particulier ; une ruse à toute épreuve et une légère tendance à avoir une structure psychotique. Ce n’est pas de sa faute ; elle est dans un jeu vidéo. Enfin, nos deux comparses repartent comme en quarante pour un bout d’aventure qui, dans un premier temps, s’inscrit comme une vraie continuité un peu poussive au départ d’Infinite à Rapture avant de clairement déployer un potentiel inespéré.

En effet, si l’on ne criera certes pas au génie face aux prémices de l’aventure (… l’introduction étant tout de même bien rushée pour donner un effet « surprise  » ), on apprécie tout de même l’immersion dans la Rapture mondaine avant que cela ne soit la merde. Oui, Bioshock Infinite est la préquelle du premier Bioshock et Tombeau Sous-Marin est la suite de la pré-quelle… donc la pré-quelle deux secondes avant Bioshock. Les clins d’œil pour les fans sont légion et, globalement, pas trop mal intégrés, même si je regrette que Ken Levine, surement pour se racheter de la qualité discutable du script de son jeu de base, s’est senti forcé de connecter Infinite et Bioshock avec des très, très, très grosses ficelles qui étaient déjà ULTRA évidentes en ayant uniquement joué à Infinite.

On dirait que l’auteur a lui même oublié que dans Bioshock Infinite il y a, oh comme c’est étrange « Bioshock  » dans le titre, et que toute la construction de son jeu dans les airs correspondaient à un miroir de son premier titre. Franchement mec, faut pas expliquer aux joueurs ce que tu avais déjà « subtilement  » essayé de faire comprendre ; j’ai juste eu l’impression d’être pris pour un très, très gros con. J’en suis un, mais pas dans ce domaine-là, parce que oui, j’anticipe aisément. Et si j’ai eu du mal à anticiper quelques twists un peu mieux sentis dans ton gros DLC (… qui va même jusqu’à recycler un twist qui s’avère mille fois plus réussi que l’original, sérieusement on dirait que Ken Levine se fout de sa propre gueule, ce génie !), j’ai quand même eu l’impression de connaître l’issue de tout à l’avance. Dommage.

Dommage, d’autant que retourner à Rapture, surtout dans la première partie, est un plaisir fou ; les environnements sont foisonnants de détails, on redécouvre un lieu dont on était déjà amoureux, qui apparaît sous un jour neuf et tout de même plus abouti artistiquement parlant. On se prend à se balader dans ce « nouveau  » Rapture avec un level design beaucoup plus convaincant que dans Infinite aka « monsieur je cache les couloirs  » , mais plus convaincant que Bioshock premier du nom, ce qui est un très bon point. Dans la première partie, les environnements sont variés, super soignés, et le framerate ne prend un coup dur que dans la partie de la Rapture civilisée.

Pour ce qui est de la deuxième partie, si ce n’est pas foncièrement moche, c’est déjà beaucoup moins ambitieux visuellement, parce que les équipes d’Irrational Games ont fait des compromis afin d’afficher deux zones qui sont terriblement vastes pour l’Unreal Engine 3, et ringardisent simplement tout ce qu’a fait le studio en termes de grandeur jusque-là… sachant que l’ensemble est très bien construit et parfaitement passionnant à explorer. C’est la plus grande réussite de cette seconde partie qui se prend par contre de plein fouet son ambition : ce n’est pas très très fluide, et ça subit quelques freezes très inopportuns.

Mais, globalement, la réalisation est d’assez haute volée. Le doublage en français intégral est très convaincant (… la comédienne de doublage d’Elizabeth y met énormément de cœur). On a vraiment le sentiment que le studio fait un adieu respectueux à la saga tout entière, et parviendrait presque à réhabiliter le jeu de base. Car, l’effort ici déployé (… l’intérêt de l’histoire en règle générale) suffit à redonner envie de s’investir dans un jeu qui auparavant me rebutait pas mal. Surtout que ce n’est pas la seule qualité du contenu.

Déjà, le dynamisme d’Infinite est de retour avec d’ailleurs sa verticalité tant appréciée (… même si elle est intégrée en mode « Ah en fait les points d’accroche et les rails aériens ça existe aussi dans Rapture, les variables et les const…  » . « Mec, j’ai joué à Bioshock premier du nom une bonne quinzaine d’heures, j’ai jamais vu un seul rail aéri…  » . « LES PUTAINS DE VARIABLES ET CONSTANTES T’ENTENDS ?!  » ), et la première partie du DLC permet d’apprécier de nouveaux plasmides. « Eh t’as vu c’est pas des toniques ! C’est une nouveauté !  » « Bah non, les toniques et les plasmides c’est la même foutue chose, et je sais… les variables et les constantes.  » . Même si pour le coup on apprécie vraiment un nouveau pouvoir et une nouvelle arme sympatoche.

Mais la première partie qui vous prendra trois heures pour les plus lents, est extrêmement conservatrice finalement, et c’est la seconde qui s’est présentée comme un hommage à Dark Project… bon Hyeron, ne touche même pas à ce DLC. Tu ferais un arrêt cardiaque, parce que si l’hommage ça a du bon, il y a des limites. En effet, cette seconde partie nous fait incarner un personnage plus petit et plus frêle, et c’est alors forcément un peu plus furtif comme gameplay. Irrational a donc aménagé le titre pour qu’il se prête à ce nouveau style ; c’est plus ou moins réussi avec des ennemis un peu plus con pour nous permettre de nous faufiler, quelques gimmicks permettant de faire semblant qu’il y a une profondeur nouvelle, et… le sentiment qu’on se fout un peu de notre gueule.

Ouais parce que si rendre hommage à Dark Project, c’est filer une arbalète à ton personnage principal, faire que marcher dans l’eau ou du verre pilé fait du bruit, et mettre des PUTAINS DE CONDUITS DE VENTILATION ? MAIS BORDEL ! ON A TOUT FAIT POUR VOUS FAIRE COMPRENDRE QUE VOUS EN ABUSIEZ DANS LES JEUX D’INFILTRATION ! Ah, et aussi : quand on s’abaisse, les contours de l’écran se noircissent. Super. Alors oui, ça change de Bioshock Infinite, mais est-ce que c’est plus plaisant ? Bah non. Est-ce que c’est fonctionnel ? Oui, mais uniquement parce que les ennemis sont devenus cons. Est-ce que c’est un bel hommage ? Non, vous auriez juste pu faire un clin d’œil comme Styx l’a fait, mais non, fallait faire de l’infiltration bas de gamme parce que tous les AAA font de l’infiltration bas de gamme.

Heureusement, cette seconde partie est avant tout une histoire d’exploration, un peu comme certaines phases de la première, mais en beaucoup, beaucoup plus vaste. Le seul problème est le respawn des ennemis qui rend les allers-retours quelques peu barbants. On n’est pas au niveau d’un jeu de Spiders (… pardon les gars pour le tacle, mais sur Technomancer, c’était abusé à partir du chapitre 3), mais c’est quand même lourdingue, surtout que Tombeau Sous-Marin reprend quelques éléments de survie de Bioshock premier du nom avec ressources et soins limités.

Alors, c’est quoi le truc qui fait que vous devriez faire ces deux DLC (… ne faites surtout pas le premier sans avoir le second, ou le second sans avoir le premier, payes ta frustration sinon) ? Eh bien, le final est certainement la meilleure chose qui pouvait arriver à Bioshock Infinite. Voilà, avec ce DLC, Ken Levine assume enfin sa fascination pour son propre premier Bioshock et affirme avec force que oui, Infinite est une copie plutôt bien inspirée avec comme point fort un duo de protagonistes réussi. Le fait de retourner à Rapture boucle l’aventure Infinite sur une note étrange, positive, mais aussi assez contradictoire. L’escapade à Columbia paraît un passage désagréable, comme irréel dans l’univers de Bioshock.

Revenir à Rapture, c’est comme revenir à un monument à la gloire de l’un des jeux les plus marquants du début de la septième génération. Loin d’être un hommage à Thief ou Dark Project selon comment vous voulez l’appeler, Tombeau Sous-Marin, c’est un message d’amour envers les joueurs de Bioshock premier du nom, et une revanche teintée d’aveu de semi-échec pour Infinite, qui fini par briller… en revenant à Rapture. S’il fallait encore une preuve que Bioshock Infinite est inférieur au premier opus, la voilà. Maintenant, ne crachons pas dans la soupe : c’était un très bon jeu, Booker et Elizabeth sont de bons personnages fonctionnant superbement en synergie, et Infinite a ses moments de grâce, même si ses DLC font bien mieux. Tout arrive.

 

Alors, recommandation ? Oui, mais il est presque nécessaire de faire ces DLC dans le cas où vous avez fait Bioshock, ou même juste Infinite. Même s’ils le font parfois gauchement, il s’agit avant tout d’un pont que l’on dévore avec beaucoup de plaisir, et un joli moyen de prolonger l’expérience Bioshock. Ken Levine réussi l’exploit de réhabiliter son semi-échec et a bouclé de manière assez satisfaisante sa série, assumant jusqu’à la fin une très mauvaise idée pour un résultat final qu’il peut se féliciter d’avoir transformé en quelque chose de convenable, alors qu’il partait d’assez loin. On se souviendra de Tombeau Sous-Marin davantage pour son intérêt ludique et son histoire que d’Infinite, qui paraît désormais un beau voyage esthétique, mais surtout le témoignage qu’une personne très talentueuse, si elle a une mauvaise idée et s’y accroche, peut décevoir beaucoup de monde, et surtout elle même. La preuve en est que ce n’est pas sous les rayons du soleil qu’Infinite a eu son plus bel éclat, mais bien dans les profondeurs glauques de Rapture. Drôle d’ironie pour un jeu qui nous promettait le ciel et son paradis.

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