STRAFE

STRAFE

Si le succès de DOOM 2016 prouve une chose, c’est que l’inlassable quête à la recherche du FPS old school de la mort n’est pas à côté de la plaque. En dépit des préjugés, cette formule traditionnelle a très bien fonctionné en 2016 et elle peut encore fonctionner en 2017. Elle fonctionnera sans doute jusqu’en 2136, juste avant que la race humaine ne se fera zombifier par des aliens belliqueux… C’est sûr que rien que le fait de parler de cette forme presque révolue du FPS ne manque pas de provoquer le haussement de sourcils des habitués de Battlefield et de Call Of Duty. Alors oui, ils peuvent toujours nous traiter de vieux passéistes trop SWAG autant qu’ils veulent, et on pourra toujours les contrer avec un bon gros  « Retournes sur CoD, p’tit d’jeuns  » . Cependant, il y a une chose qu’il faut savoir, et que STRAFE n’a manifestement pas du tout compris : si on s’obstine autant avec le FPS à la Doom, ce n’est pas juste par pure nostalgie, mais surtout parce qu’on est accro à ses sensations de jeu, notamment la fameuse transe FPS . Et non, je ne fais pas de la promo pour Armin Van Buuren. Je fais plutôt la promo des trips sous acide…  

 

Alors, STRAFE, c’est quoi au juste ? C’est une manœuvre évasive avancée introduite par Néo dans Matrix lors de cette fameuse scène sur le toit de l’immeuble, qui consiste à faire un pas de côté stylé pour éviter les balles. L’évolution de cette technique est le STRAFE-jump (ou Bunny hop, pour les choux) qui combine sauts et STRAFE en cadence ; une manœuvre tellement évasive que ça avait permis aux gars du Panama Papers d’éviter le fisc… Mais STRAFE, c’est aussi un projet Kickstarter de 2015, provenant des petits inconnus de Pixel Titans, et qui avait réussi à amasser plus de 200 000 $. Il y est arrivé grâce à un discours décomplexé du genre « Le futur du jeu vidéo : le FPS de 1996 le plus action, le plus rapide, le plus sanglant, le plus mortel et le plus abusant d’adjectifs  » . Mais il doit surtout son succès au trailer vintage 80’s qui était tellement abrasif et décalé que ça avait même fini par attirer l’attention des grands noms de la scène comme Romero et Bleszinski, ainsi que pousser Devolver Digital à éditer le bousin

Rien qu’au coup d’œil, STRAFE suinte d’une nostalgie tellement « in your face  » que ça lorgne vers le postiche. Le menu d’options, déjà, il se la joue carrément MS-DOS avec des lignes de code et des symboles C:// partout. Bien que sympathique au demeurant, cette initiative excessivement nostalgique sacrifie trop la lisibilité, vu qu’il nous faut du temps pour faire le distinguo entre les options utiles et le jargon juste là pour faire « mochement joli  » . Le bon côté des choses, c’est que ce n’est pas le pire menu du jeu, car les menus d’inventaire et la carte ingame de STRAFE, eux, sont abominablement illisibles ! Des menus de map mal branlées, j’en ai vu dans ma carrière de crawler, et pourtant le moins que je puisse dire, c’est que la vue de celle de STRAFE au delà de quelques secondes n’était pas loin de me filer une inflammation de la rétine. Quand je pense qu’il y a une version réalité virtuelle de prévue, j’ai une grosse peur que ça finisse par propager une conjonctivite généralisée chez les gamers...

Puisqu’on en est au sujet préféré de Karl Lagerfeld, parlons du look de STRAFE. Oui, c’est du pixel art. Pire ; c’est du pixel art sous la forme la plus critiquable de cette discipline. À savoir des visuels typiquement bouillie de pixels qui se rebellent gratuitement contre les filtres anticrénelage, sans grande épaisseur artistique derrière. Les mecs n’ont fait que copier bêtement la 3D polygonée de Quake, sans se douter une seconde que c’était l’esthétique gothique à côté qui faisait tout son charme. Là, la direction artistique est bancale et générique ; on dirait que c’est un énième Halo que l’on aurait fait fonctionner sur une calculette des années 90… Fort heureusement, on ne nous a pas encore fait le coup des mélodies chiptunes (ou plutôt cheap-tunes) qui vont avec. La bande originale rétro et déchaînée de STRAFE est tout bonnement excellentissime, et c’est de loin la plus grande réussite du titre. J’irais même jusqu’à dire que s’en est la seule…
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Bon, je suis médisant sur ce coup ; la soundtrack de STRAFE n’est pas l’unique bonne chose à en tirer. Il y a aussi la geekette du tutoriel qui est bonne… Elle nous annonce aguicheusement qu’on est sur la station Icarus et qu’on est un recycleur de l’espace. La cutscene se termine et, BAM, on se retrouve soudainement à défourailler des zombies qui ont envahi les locaux, sans la moindre idée de ce qui s’est passé entre-temps. Bof, de toute façon, c’est le seul bout d’histoire auquel on a droit ; estimons-nous donc heureux…

Le jeu commence, et les ennuis commencent, avec le choix des armes entre un classique Shotgun, une classique mitraillette, et un classique Railgun. Déjà, le feeling des armes est très « mouais  » avec un son faiblard, un effet de recul à peine là et la sérieuse impression de tirer avec un jouet Nerf. Mais, en plus, au niveau des mécaniques, c’est une catastrophe. Les armes doivent se recharger comme un FPS moderne, charcutant ainsi le rythme des combats, et la dispersion balistique est digne d’un FPS tactique tant on aura du mal à atteindre les cibles avec des tirs soutenus… Frag like it’s 96. Mon cul, ouais.

Mais la pire idée qu’à eu STRAFE, c’est de résumer l’arsenal à une seule et unique arme choisie ! Une seule arme avec laquelle il faut parcourir toute la partie. Une seule… Il y a bien d’autres armes (pistolet, lance-roquettes, plasma gun…) à ramasser dans les niveaux, mais ils font plus office de power-up jetables : ils n’ont qu’un chargeur à vider (et qu’on ne pourra pas réapprovisionner, contrairement à l’arme principale) et après on les balance sur la tête d’un zombie… C’est absolument stupide, parce que l’arme principale ne peut pas combler toutes les situations : le shotgun possède une portée trop à chier pour gérer les trucs à distance, la mitraillette est trop impotente contre tout ce qui est un minimum coriace et le Railgun ne traverse pas les ennemis, et est donc trop gourmand dans un jeu où les mobs arrivent en vague.

Avec ça, STRAFE devient très vite affreusement prévisible et répétitif, tellement on aura marre d’avoir à chaque fois les mêmes joujoux, souvent contre les mêmes mobs, dans les mêmes décors. D’ailleurs, le jeu se foire totalement en voulant épicer tout ça avec des bornes aléatoires et obscures qui modifient votre arme principale (tirs de shrapnels, lance-grenades,…), mais c’est finalement le meilleur moyen de foutre en l’air un bon run avec une modification chelou.

Si je parle de runs, c’est que ce salopiaud coche encore une case de la checklist du parfait petit jeu propre sur lui : STRAFE est en partie Rogue-lite. Sauf qu’il n’y a aucune meta-progression d’un run à l’autre, à part un téléporteur tous les trois niveaux, qui est en fait surtout un cadeau empoisonné… Les environnements, eux, sont générés semi-aléatoirement ; chose qui vient abattre la dernière poutre FPS old school encore débout et qui aurait pu sauver le titre. C’est du semi-aléatoire : le level design est donc sens dessus dessous sans aucune cohérence, sans logique, et sans le moindre plaisir de progression, mais pas complètement, vu qu’on retrouve les mêmes salles qui se répètent ad nauseam.

En gros, il n’a que les défauts de ses qualités… Tiens, il a aussi les pires défauts de ses défauts : la génération aléatoire est foireuse et sans retenue. D’abord, les bornes de santé, les munitions et le nombre d’ennemis, c’est au petit bonheur la chance. Ensuite, vous allez surtout gueuler contre l’injustice foutraque de ce jeu lorsqu’il vous balancera une armée de mobs vous tombant littéralement sur la tête du haut de l’ascenseur que vous preniez peinard, ou encore quand il mettra un danger environnemental, genre un feu juste au milieu d’un passage obligé. La meilleure, c’est qu’il peut même vous noyer de mobs alors que vous êtes coincés à la porte d’entrée du niveau. C’est le pire péché qu’un jeu appelé STRAFE peut commettre, et il le commet, sans gène.

Et ça ne s’arrête pas là. STRAFE pousse le vice avec une difficulté déséquilibrée : il n’y a qu’une borne de santé (aléatoire) par niveau, et la seule façon de récupérer de l’armure est de débourser des sommes disproportionnées de ferrailles qu’on récolte (aléatoirement) sur les mobs... Bon, les ennemis ne sont pas ardus, vu qu’ils sont bêtes comme des cochons affamés, et sont d’ailleurs difficiles à prendre au sérieux (c’est qui le petit génie qui s’est dit qu’un conduit d’aération constipé, ça pouvait faire un bon ennemi ?!), mais c’est leur nombre parfois abusé combiné à la structure couloir du level design ainsi qu’aux mécaniques pourries des gun fights qui font qu’ils auront vite raison de vos PVs.

Suite aux maintes reproches (justifiés) de la communauté, les devs ont récemment implémenté un « easy mode  » qui rend le jeu un minimum supportable pour tenter de se faire ses neufs niveaux, mais ça le rend à peine plus fun… Parce qu’au bout du compte, au lieu de la transe FPS, j’ai trouvé la crise d’anxiété FPS / Rogue-lite. Et au lieu du STRAFE sous adrénaline, j’ai surtout fait de la marche-arrière sous Xanax dans des couloirs pleins de zombies…

 

Voila. STRAFE est donc un titre qu’il vaudra mieux strafer de toutes ses forces. C’est un FPS / Rogue-lite raté ; préférez lui alors un Ziggurat. C’est un FPS old school 2017 raté ; préférez lui alors un DESYNC (Oui, le tout majuscules, c’est à ça qu’on les reconnait). C’est un Rogue-lite raté ; préférez lui 4528 autres Rogue-literies (Rogue-litières ?). Ses intentions retro et nostalgiques sont mignonnes, mais il se met les doigts dans l’œil s’il pense pouvoir nous amadouer avec seulement des intentions. Surtout si, en plus, il ne les concrétise pas là où il le faut, comme il le faut… Finalement, tu sais que les développeurs se sont complètement loupés quand tu te dis que les pubs façon Kung Fury qu’il y a autour sont largement meilleures que le produit en lui-même. D’ailleurs, quoi de mieux pour bien finir ce joyeux trip que de vous laisser avec sa pub VHS qui, elle au moins, vaut bien le coup d’œil.     

 

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A propos de l'auteur : Andariel

Chaotique mauvais jusqu’à la moelle, il est le grand ami des Bisounours, des poneys et des teletubbies. Surtout au petit déj’. Avec une bonne marinade.

2 Commentaires sur “STRAFE”

  1. DAlth dit :

    Bon Andy c’est bien sympa de tester des cochonneries, moi j’attends que tu nous dégotes des Inquisitor, Transistor like. ^^

  2. Andariel dit :

    Héhé, j’essaye de varier les plaisir et de me débarrasser de cette étiquette du vieux roliste coincé du cul qui me colle à la peau. Par contre, dis toi qu’il y a bien de bonnes pioches qui mijotent au four et qui risquent de se pointer au moment inattendu. Mais tu sais, c’est toujours bien de tâter des cochonneries, c’est avec ça qu’on apprécie mieux les bonnes choses 😉

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