The Silent Age

The Silent Age

Je l’ai fait ! J’ai trouvé un jeu vidéo abordant le concept de voyages temporels de manière plus crédible que Life Is Strange. A ces mots, Marcheur m’a immédiatement annoncé, sans même connaître son nom ni son histoire, qu’il s’agissait fort probablement d’un très bon jeu. Ce à quoi je lui rétorquais qu’il s’agissait en réalité d’un obscur point’n click des danois de House On Fire ; cela a immédiatement refroidi ses ardeurs, et il est retourné illico construire son autel dédié à Reality Pump, afin que ce studio ne ponde pas un énième report d’un projet bancal. Mais je diverge. Alors, que vaut ce jeu, prénommé The Silent Age ? C’est ce que nous allons voir ensemble. C’est parti !

 

On se retrouve au début des années 70, en pleine guerre froide, dans la peau de Joe, un agent de propreté moustachu, vétéran du Vietnam, un poil crédule, voire presque un peu mou du bulbe, employé par une grosse entreprise : Archon National Defense Services (… en quelque sorte, c’est un peu le Dassault local). Le temps d’un détour dans ce qui lui fait office de bureau où sont stockés à la wanagen des barils de produits toxiques, on commence péniblement à s’y retrouver à l’intérieur de Joe, avec sa manière – très lente – de se déplacer, ainsi qu’à sa façon de commenter tout et n’importe quoi. Du Vietnam, nous n’en saurons pas davantage, car la décoration de son bureau est ultra-sommaire et se limite à un prix encadré d’employé du mois. Cela fleure bon la personne effacée, se bornant à effectuer le boulot qu’on lui a demandé, sans poser de questions.

Sans détours, on se retrouve alors convoqué dans le bureau du boss. Ce dernier, évidemment méchamment engoncé dans le costume du vilain patron sans états-d’âme, nous annonce une promotion pour bons services rendus, à savoir nettoyer les laboratoires gérés par votre collègue, Franck. En effet, avec une ellipse, il nous annonce qu’il ne fait plus partie des effectifs, mais qu’il s’agit avant tout d’une chouette opportunité pour l’ami Joe, d’autant plus qu’il est suffisamment un paillasson pour accepter sans discuter, ni même demander du bout des lèvres une revalorisation de salaire. C’est donc tout confus et bégayant que notre avatar s’empresse de faire son travail, non sans avoir récupéré au préalable le pass d’accès aux laboratoires. A peine y arrivons-nous que l’on sent poindre la vilaine affaire, avec dans un premier temps des petites taches de sang, puis la grosse flaque qui tâche. Et, au bout de la piste, un petit vieux mourant, tout à son délire de fin du monde, nous donne un appareil qui, vous l’aurez deviné, vous permettra de voyager dans le temps.

Concrètement, cela ressemble à un bouton de lampe halogène portatif, fonctionnant à l’énergie solaire. Une pression sur ce bouton nous amène au même endroit, mais une quarantaine d’années dans le futur, tandis qu’une autre pression ramène Joe à son époque. Néanmoins, ce qui apparaît dans notre tête comme un super voyage vire un peu au drame ; il n’y a plus âme qui vive, et la nature commence à reprendre doucement ses droits. Le petit vieux avait donc effectivement raison : la fin du monde était bel et bien arrivée, et tout repose sur les frêles épaules de Joe. En résulte une ambiance assez anxiogène, où l’on alterne sans cesse des décors flashy typiques des seventies, avec des décors post-apocalyptiques à l’état de délabrement, d’abondon.

Alors que dans les années 70 tous les objets sont neufs et clinquants, un saut dans le futur nous donne un aperçu de leur décomposition accélérée, alors qu’ils sont cassés, rouillés, ou hors d’usage. Il en va de même pour les personnes que nous croisons ; un instant vivants, une pression sous un bouton nous les transforme en sac d’os, ce qui nous fait immédiatement penser que leur mort fut rapide, brutale, et proche du présent de Joe. Autant le dire tout de suite, alterner entre présent et futur représente le principal biais de résolution des puzzles, si tant est que l’on puisse réellement les appeler ainsi. En effet, mon plus gros temps de réflexion pour résoudre une énigme a dû plafonner à – au moins – vingt secondes ; tout y est tellement désespérément logique et évident que rien n’entravera votre progression. Pour ce faire, nous devrons récolter différents objets, ayant une utilisation unique et qui disparaitront de notre inventaire une fois utilisé, rendant les énigmes encore plus simple qu’elles ne le devraient. Niveau challenge et mécaniques de jeu, on aura donc clairement vu mieux ailleurs.

La conséquence de tout cela ? Eh bien tout s’enchaîne sans accrocs, et on arrive à torcher The Silent Age de fond en comble en quatre malheureuses petites heures. Tu veux passer une porte fermée à clé ? Eh bien fais un saut dans le futur pour passer la porte devenue défoncée. Il y a des décombres dans le futur t’empêchant d’avancer ? Eh bien fais un saut dans le présent où le trajet sera dégagé. A noter qu’un objet se retrouvera parfois disponible dans le futur mais pas dans le présent, et vice-versa, voire sont visibles mais sous un autre état. Fort heureusement, la narration, parsemée d’un humour très léger, est maîtrisée, tous les événements s’enchaînent sans réels temps morts, et l’histoire s’avère suffisamment prenante pour que l’on enfile tous les chapitres comme des perles. Néanmoins, le concept de voyage dans le temps ne sera clairement pas révolutionné à travers ce jeu, tandis que les rebondissements sont tout de même assez prévisibles jusqu’à leur dénouement.

Les graphismes, quant à eux, sont relativement sympathiques et stylisés, tandis que l’ensemble y est très lisible ; cela me change pas mal des habituels point’n click fourmillant de détails dans tous les sens et où il faut partir à la chasse au pixel pour avancer. A noter également que je n’ai jamais vraiment senti de redondance dans les décors, bien que nous passions une bonne partie du jeu dans les locaux d’Archon. L’interface est également très simple à appréhender, dans le sens où seuls le bouton de voyage dans le temps et l’inventaire seront visibles. L’aspect sonore est relativement discret et ne m’a pas spécialement marqué ; les ajouts sont effectivement assez sporadiques, ce qui me fait dire que c’était intentionnel afin de ne pas écraser le narratif. Vous vous en douterez, il n’y a pas de voice acting, mais cela ne manque absolument pas au résultat final.

 

Petit jeu d’aventure sans grosses ambitions, The Silent Age est une œuvre qui se laisse picorer entre deux plus grosses productions. Malgré le fait que le rendu final soit très propre, tant au niveau de la forme que du fond narratif, le manque de challenge se fait ressentir, ainsi que le manque réel d’enjeux ludiques (… si ce n’est sauver le monde en cliquouillant et en faisant de multiples allers-retours). Il aurait été clairement intéressant d’intégrer des énigmes un peu plus poussées niveau difficulté. Pour le coup, on se retrouve avec un jeu simple mais pas si efficace que cela. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’aurais franchement du mal à le recommander au prix fort. En somme, une expérience sympathique mais pas indispensable.

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A propos de l'auteur : Toupilitou

Loutre hyperactive et webmaster de http://www.loutrage.fr

2 Commentaires sur “The Silent Age”

  1. Prypiat dit :

    Bon, la première phrase de ton intro me vend déjà le jeu^^

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