West Of Loathing

West Of Loathing

C’est drôle les stick figures. Ou stickmen, ou bonhommes allumettes, ou bonhommes baguettes aux céréales, comme ça vous chante. C’est d’autant plus drôle quand on se rend compte que, quelque part, ils donnent un petit aperçu sur l’évolution de l’espèce humaine. Ben oui, ce style rudimentaire a été inventé par l’homme préhistorique qui était con comme ses pieds poilus, mais ça a quand même perduré au long des âges, et ça a fini par être popularisé avec les toilettes publiques contemporaines. À croire que les stick figures, la connerie, et les chiottes ont toujours fait partie de l’équation de l’humanité, et le seront certainement toujours. En tout cas, ça tombe bien parce qu’il est question aujourd’hui de West Of Loathing : un jeu de stick figures qui est très con et bourré d’un humour un peu scato sur les bords de la cuvette.      

 

Bon, mis à part les portes des toilettes, les stick figures ont connu une vague de popularité sur le net aux alentours des années 2000, où les vidéos virales de ces bonhommes animés sur Flash dans des contextes divers et variés avaient fait fureur. C’est dans cette période là que les gars de Asymmetric Publications, avec un certain Zack « Jick  » Johnson à leur tête, avaient eu l’idée de surfer sur la vague, et l’avaient concrétisé avec Kingdom Of Loathing en 2003. Il s’agit d’un RPG parodique gratuit sur navigateur web possédant une composante multijoueurs un peu comme Path Of Exile. 

Le succès du jeu était tel que ça avait atteint à un moment les 200 000 joueurs actifs, et que ça avait permis aux développeurs de travailler dessus à temps plein, rien que moyennant les généreux dons des joueurs. D’ailleurs, quatorze ans plus tard, KoL est toujours actif et encore relativement peuplé. T’entends ça, Lawbrakers ? En août 2017, sort donc West Of Loathing, un spin-off de KoL qui se déroule dans le même univers et avec plus ou moins les mêmes règles de jeu, mais cette fois, en étant tout seul chez les cowboys.

Vous l’aurez remarqué ; West Of Loathing a l’aspect d’un jeu monochromatique avec des bonhommes grossiers que l’on croirait tout droit sortis d’une ébauche de BD des mains tremblantes d’un Toupilitou abreuvé de Martinis… Pourtant, vous auriez tort de hâtivement le ranger dans la case des jeux rétro pixel art du pauvre qu’on rencontre souvent, comme je l’avais fait lors de mes premiers regards. Surtout quand, comme moi, tu sors de Pyre juste avant… En effet, il suffit de regarder plus attentivement pour constater que ce style minimaliste émane d’un parti-pris esthétique volontaire, au lieu d’une limitation technique et artistique maquillée.

 

 

Non seulement West Of Loathing n’est jamais moche, mais en plus, cette approche lui octroie un certain charme et le rend au final assez unique. D’ailleurs, la musique très Ennio Morricone ne manque pas de peps elle aussi, même si je déplore finalement le faible nombre de ses morceaux… Cette qualité globale nous saute carrément aux yeux à la vue de la multitude d’animations bien foutues dont regorge le jeu, et qu’il exhibe fièrement avec des trucs comme le perk « marche stupide  » qui est, littéralement, à se rouler par terre. 

Ah, je ne l’ai pas dit ? West Of Loathing est un jeu parodique. Il nous annonce déjà la couleur dès le menu d’options, où il s’est amusé à foutre un mode daltonisme à sélectionner. Les presets  graphiques ? C’est Good (le bon), Bad (la brute) et Ugly (le truand)10/10 ; best options menu ever ! Après vient la création de notre guignol où l’on nous donne le choix entre trois classes : le « Puncheur de vaches  » avec son poing enflammé qui fait vachement mal aux steaks,  le « Lanceur de haricots  »  qui balance des vagues de Cassoulet et invoque Jack le haricot magique géant, et enfin le « Graisseur de serpents  » qui est le maître des poudres de perlimpinpin qui n’explosent qu’à son visage. Voila, je crois qu’avec ça le ton est donné…

Après cela, on débute le jeu dans une parodie de La Petite Maison Dans La Prairie, qu’on quitte rapidement sous les encouragements du reste d’une famille semblant bien contente de se débarrasser de nous. C’est d’autant plus curieux qu’on nous livre en pâture à un monde ravagé par les vaches revenues d’outre-tombe, qui ont fait de la viande une denrée tellement rare qu’elle en est devenue la monnaie courante… On a à peine le temps de dire adieu à cette bande de loosers, qu’on est déjà en route vers la grande aventure sur… la charrette de radis du fermier voisin. Notre objectif est des plus simples : aller vers l’ouest. Être à l’ouest. Encore l’ouest. Toujours l’ouest. Bah ouais, ça ne serait pas un Western sinon.

Pas la peine de vous faire un dessin avec mes horribles stick figures à moi ; l’histoire tient sur un télégramme pas cher mais, finalement, ce n’est pas la destination qui compte ; c’est le voyage. La quête principale, qui commence après le prologue à Boring Springs, consiste à aider une locomotive à vapeur, ainsi que ses cheminots grévistes et incompétents, à traverser le désert pour atteindre un point à l’extrême ouest. Dans les faits, il s’agit surtout d’un prétexte pour débloquer des pans de la carte du jeu, qui est typiquement Fallout 1 & 2 afin de l’explorer en large et en travers et de profiter des rencontres aléatoires déroutantes qui la ponctuent.

À part la carte, les environnements 2D de West Of Loathing s’explorent comme un jeu d’aventure point’n click façon Monkey Island, et fait la part belle aux dialogues foisonnants – quoique exclusivement dans un anglais assez relevé – et aux puzzles pas très ardus pour la plupart bien qu’ils soient souvent rafraîchissants. Néanmoins, le jeu conserve tout de même une part considérable de RPG dans la lignée des premiers Fallout. C’est un peu comme si on avait fait un bouillon trop cuit des jeux LucasArt et Black Isle de la fin des années 90, auquel on aurait rajouté des vieilles spaghettis à la bolognaise et des haricots hallucinogènes.

Ainsi, West Of Loathing est une ratatouille de tous les ingrédients goûteux qu’on aime dans les RPGs : du loot abondant, de l’XP à dépenser partout, des consommables sur toutes les coutures, de nombreux stats chelous (jugeote, cran, glamour,…), des compétences de combats (corps-à-corps, distance, soins, buffs, bœufs, debuffs, …), des compétences diverses (compétences sociales, crochetage, forage, minage, cuisine, cueillette, triche au Poker… ), et même des perks qu’on apprendra au fur de nos découvertes les plus saugrenues. J’étais loin de m’imaginer que le fait de se faire trouer par les cactus pouvait être si édifiant, et que l’exploration de crachoirs était une feature si dégueulassement gratifiante…

A côté de ça, les combats de West Of Loathing se présentent un peu à la manière des vieux JRPGs : votre perso et ses compagnons d’arme d’un côté, les ennemis de l’autre, vous sélectionnez l’action à accomplir parmi un éventail d’icônes, et le tour est joué. Bien que ce soit tout à fait correct, ce n’est pas le système de tour-par-tour que je préfère, vu que l’impossibilité de se déplacer les rends statiques, moins stratégiques, et finalement assez répétitifs. Toutefois, j’arrive à pardonner ça lorsque je vois clairement que le combat, c’est le supplément frites, et pas du tout l’assiette principale de steak garni.

La meilleur preuve de cet état de fait, c’est qu’il est possible d’éviter la grande majorité des affrontements en ayant recours aux compétences sociales ou en faisant preuve d’un minimum de jugeote « out of the box » . En l’apparence, les dialogues ne proposent pas tellement de choix, mais en fin de compte, c’est surtout l’exploration et les découvertes qui offrent de multiples possibilités très old school. Par exemple, on pourrait croire que les gobelins sont bêtes et méchants, mais il suffit de choper le bouquin pour apprendre leur dialecte cassé pour se rendre compte qu’ils sont en réalité bêtes et cons…

En parlant des dialogues, j’en profite pour toucher quelques mots sur le défaut le plus prononcé de West Of Loathing, et qui n’est autre que l’interface. Globalement, ce n’est pas mauvais, mais ça aurait pu être mieux. Primo, la fenêtre de dialogue est trop compacte, et l’inventaire devient vite fouillis avec la quantité d’objets qu’il y a (et les outils de tris prévus n’aident pas des masses). Deuzio, s’il y avait un truc à ne pas reprendre des premiers Fallout, c’est bien l’interface de marchandage en rouleau qui est bien reloue. Et tertio, j’accuse l’absence d’un journal de quêtes en bonne et due forme, remplacé ici par des questions à poser aux compagnons. Non mais, me le laisser comme ça, dépendant du sens de l’orientation de ce détraqué de Crazy Pete, c’est très moyen quand même…    

Tout ça pour dire que, mécaniquement, West Of Loathing est un jeu d’aventure / RPG tout à fait estimable, mais c’est sans compter son meilleur atout : son humour décalé ! Le jeu fait dans le satirique débridé, et c’est une déconstruction décapante des clichés du genre, bien qu’il ne tombe jamais dans le côté donneur de leçon. Il mêle allègrement parodies, calembours, références pop-culture, et défonce parfois le quatrième mur, mais il tombe rarement dans le grotesque, vu que tout ce qui s’y passe admet plus ou moins un sens dans ce monde-là. Son humour est subversif, parfois sale, parfois salace, souvent con, mais il ne franchit jamais la ligne du vulgaire et du grossier. En gros, ça se rapproche plus de l’humour « miam, Donuuut  » des Simpson, et ça s’éloigne de l’humour « haha, sonde anale  » de South Park.

En tout cas, faire des découvertes de plus en plus insolites et interagir avec des personnages de plus en plus loufoques sera le leitmotiv de ce jeu. Et au bout de la vingtaine d’heures de la campagne, déjà bien rejouable, on ne sera décidément pas déçus de ce voyage trippant. Je ne veux surtout pas vous priver du plaisir de la découverte, mais pour vous donner une idée du délire de West Of Loathing, je vais citer l’exemple d’une des premières quêtes annexes du jeu. En débarquant chez le Sherf du coin, on a vite fait de remarquer que la porte de la cellule de son poste a été arrachée et que le prisonnier qui y était retenu s’est manifestement fait la malle. En parlant au Sherf, on découvre qu’il est déjà bien embêté que toute la ville charcute son nom à cause de la faute de frappe du gars de la pancarte, mais qu’il a en plus besoin de notre aide vis-à-vis de ce qui s’est passé dans sa cellule. Excité à l’idée de débuter notre carrière de chasseur de primes, on est vite remis à notre place quand le Sherf nous charge plutôt de récupérer la porte de la cellule…

 

Si on m’avait dit qu’un jour un jeu de bonhommes baguettes ferait partie de mes jeux favoris de l’année, j’aurais ri jaune. Et bien, là, je ris en noir et blanc… J’ai parcouru West Of Loathing de l’est à l’ouest avec un gros sourire indécollable. Pas juste parce que son humour décalé et parodique est très bien senti, mais aussi et surtout parce que son gameplay est en sandwich entre le rafraîchissant et le nostalgique, et parce que ses allures de baguettes trop cuites sont charmantes malgré les apparences. Il suffit juste d’être capable de se débrouiller en anglais et d’être près à lui pardonner son interface bordélique par moments. Quoi qu’il en soit, pour seulement 11 euros, West Of Loathing, c’est donné. C’est moins cher qu’un bout de bifteck chez Grill House et, comme le prouve la taille fine de ses bonhommes, c’est largement mieux pour garder une ligne de baguette noircie.       

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A propos de l'auteur : Andariel

Chaotique mauvais jusqu’à la moelle, il est le grand ami des Bisounours, des poneys et des teletubbies. Surtout au petit déj’. Avec une bonne marinade.

2 Commentaires sur “West Of Loathing”

  1. Toupilitou dit :

    C’est vraiment con que le jeu soit uniquement en anglais, parce que là, comme ça, il me tentait beaucoup. Mais lire des pavasses en anglais après le boulot, ça me casse la crâne ^^

    Y’a un gros volume de texte ?

  2. DAlth dit :

    Y a du Paper Sorcerer dans ce jeu mais purée, moi je veux bien le payer 31 € et pouvoir y jouer 80 heures +++…

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