Democracy 3

Democracy 3

Les jeux de simulation politique ne sont pas légion. Cet aspect est bien souvent un peu compris dans le gameplay des 4x, mais il n’est que rarement exploité pleinement pour un seul et unique jeu. Entre intrigues, utopies, et trahisons, il y a de quoi se faire une simulation tout ce qu’il y a de plus sympathique. La série Democracy se concentre donc uniquement sur la gestion politique, mais est-ce suffisant pour en faire un bon jeu ? C’est ce que nous allons voir ensemble. C’est parti !

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Pour faire simple, la seule manière d’interagir dans ce jeu est par l’établissement de politiques qui affecteront tout aussi bien l’économie du pays que vous prendrez en main – sont uniquement disponibles les pays dits « développés » – que  les relations extérieures, l’environnement et une foultitude d’autres facteurs. Toutes ces décisions pourront coûter ou générer de l’argent, et affectent des statistiques tels que le PIB, la criminalité, la santé, etc… qui eux même auront une incidence sur d’autres éléments définis dans un réseau complexe. Tout cela sera pris en compte dans un budget trimestriel ; vous verrez rapidement si vous accumulez de la dette ou de l’excédent budgétaire.

Chaque tour, les membres de votre cabinet génèrent ce que l’on appelle un capital politique, qui vous permettra d’adopter des lois. Chacun de ces membres a des affinités avec un certain groupe d’électeurs qui lui resteront loyaux si ses actions sont cohérentes avec leurs besoins. Lorsque survient la période électorale, à vous de garder ceux déjà acquis à votre cause en restant cohérent avec votre ligne politique, tout en faisant la danse du ventre pour attirer dans votre giron ceux que votre politique n’attire pas de base – et qui feront tout pour vous mettre des bâtons dans les roues. Il faut savoir qu’un électeur peut appartenir à un ou plusieurs groupes ; si votre politique privilégie l’écologie sans vous soucier comme d’une guigne des jeunes, l’un d’entre eux pourrait très bien être mordu d’écologie et finalement voter pour vous. En regardant les sondages, il ne vous reste alors plus qu’à mettre en pratique une spécialité de nos politiques hexagonaux, à savoir : le clientélisme. Adapter votre politique à ce que vos électeurs souhaitent, pour ensuite rétro-pédaler à souhait. Pour le coup, j’ai envie de dire qu’il est plutôt réaliste !

Eh oui, la véritable démocratie est un bordel sans nom. Vous devez sans cesse jongler entre les différents groupes de pressions, lobbyistes, ainsi que les autres formations politiques, tout en ayant constamment en tête le souci du financement et de la réussite de votre prochaine campagne électorale. Mais Democracy 3 n’aborde pas tous ces aspects, en ne se limitant qu’à l’aspect technocratique consistant à la mise en place de politiques. Et là pour le coup, le réalisme prend un sérieux coup de bourrin. Les développeurs ont bien tenté d’insérer des événements semi-aléatoires tels que les tremblements de terre, des scandales, des actions militaires, des accidents de marché affectant l’économie, etc… D’autres événements prennent la forme de questions politiques telles que le mariage homosexuel, ou la gestion du droit d’asile. Même si ces ajouts sont plus que bienvenus, la réalisation est surtout en demi-teinte, dans le sens où si vos électeurs sont déjà bien acquis à votre cause et que l’économie avance comme sur des roulettes, leur impact sera vraiment négligeable. Par ailleurs, ces événements sont relativement peu variés, et finissent donc inlassablement par revenir sur le devant de la scène. En deux heures ingame, j’ai tout de même eu à subir trois crises économiques…

Toutes les politiques, peu nombreuses également, sont accessibles dès le début d’une partie, ce qui entraîne par conséquence que la compréhension des mécanismes pour transformer un pays en utopie est relativement simple à appréhender. Imaginez donc un peu que j’ai réussi à transformer la France en une de ces utopies, où le PIB est abusif, où la santé et l’éducation sont les meilleurs au monde, avec un taux de criminalité proche de zéro, et sans le moindre pet de chômage. Je me retrouvais alors réélu avec un score pouvant faire rougir le premier dictateur venu, tout en disposant d’un excédent budgétaire se chiffrant en centaine de milliards de dollars. Belle utopie, mais il ne vous faudra guère plus de deux heures pour comprendre tous les mécanismes sous-jacents, et c’est pour moi une énorme déception ; on a donc rapidement fait le tour de ce semi-sandbox. Là où on s’attendait à devoir faire des compromis à foison afin de plaire au maximum à notre électorat, on se rend compte qu’arrivé à un certain stade, nous pouvons tout bonnement les ignorer. Tiens, pendant que j’y suis, petit tips du jour : les politiques améliorant  l’environnement et le PIB générera une majorité de gens heureux, et donc d’électeurs potentiels.

L’interface est présentée sous la forme de bulles représentant des enjeux ou des groupes, ayant chacun des liens avec d’autres enjeux ou groupes. Ainsi, nous pouvons voir tous les impacts d’une politique, avec les motivations des électeurs. Par ailleurs, nous sommes capables de visualiser tout un ensemble d’indicateurs permettant de superviser le pays. Tout ceci peut paraître confus lors des premières minutes de jeu, mais au final, on se rend compte qu’elle a été brillamment conçue car elle est définitivement intuitive. Malgré tout, la simplicité transpire par tous ses pores : pour peu que vous adoptiez une attitude pragmatique, votre longévité sera sans égale, les électeurs sont définitivement trop malléables, et la nation résiste trop facilement aux différentes crises économiques.

Mais voilà, Democracy 3 est centré sur le fonctionnement des États-Unis, son économie, sa moralité ethnique et religieuse, et ce peu importe le pays de départ que vous choisissez ; on se retrouve alors à choisir entre un camp libéral ou conservateur, ce qui est fondamentalement loin des réalités de chacun des pays. Cette généralisation fausse le plaisir de jouer puisque l’on se retrouve à jouer de la manière dont les développeurs l’ont pensé, sans réelle marge de manœuvre en ce qui concerne l’expérimentation. En vérité, choisir comme pays de départ la France n’aura finalement affecté que le drapeau qui nous est présenté entre les tours. Alors autant le dire clairement, à plus de 20 €, de par la simplicité de ses mécanismes, et de son interface un poil austère, je trouve cela clairement abusif. Eh oui, si vous souhaitez rajouter de la complexité, vous ne pourrez vous reposer que sur les mods créés par la communauté, ne coutant bien évidemment par un rond au studio de développement Positech Games. Encore une fois, la communauté de joueurs à bon dos pour faire le travail à la place des créateurs…

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Manquant de challenge et de complexité, Democracy 3 laisse un arrière-goût amer d’inachevé. Son interface le sauve, mais son modèle démocratique Américain, sa moralité sous-jacente, et la simplicité des mécanismes de victoire rendront l’ensemble assez fade. Ce jeu de niche n’ayant pas vraiment eu le succès attendu, les mods disponibles (… et intéressants) ne sont pas nombreux à se bousculer au portillon. La déception vous attendra donc au tournant si vous vous attendez à un contenu ultra-riche.

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A propos de l'auteur : Toupilitou

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