Retour sur Nier

Retour sur Nier

D’habitude, je vous inflige une introduction longue, mais, aujourd’hui, je n’ai pas envie d’introduire. Je pense que ce que je vais vous proposer ici sera mieux qu’un paragraphe :

 

Keichi Okabe Nier: Grandma

 

J’ai déjà un peu parlé de Nier, avec une certaine froideur d’ailleurs. Une froideur qui, je crois, n’était pas vraiment en phase avec mon ressenti. Sans être aussi puissant que ce que j’ai pu éprouver face à un de mes jeux préférés, Nier était un peu plus passionné que la moyenne, voire beaucoup plus somme faite. Nier, je pense qu’il est compliqué de l’aimer, voire même compliqué de lui laisser sa chance tant il fait tout pour être repoussant. Pourtant, une fois qu’on a gratté, c’est une histoire assez magnifique, avec quelques superbes personnages, et des messages cachés sous une nappe obscure d’émotions. Nier, c’est peut-être ce qui se rapproche le plus de ce que je demande d’un jeun’ayant pas beaucoup de budget : qu’il aille ailleurs que les autres s’il ne peut pas suivre la cadence de leurs ambitions spectaculaires.

Nier c’est du spectacle un peu conceptuel. C’est une histoire pleine de teintes et de parfums. C’est parfois très subtil, parfois très grossier. Cet équilibre ne tient qu’à la volonté de son auteur, la fureur, et la douceur de son compositeur. Nier, c’est décidément autre chose, et j’espère qu’un jour, le jeu sera rétrocompatible (… au moins) sur One, et porté sur PS4, Switch, et PC, parce qu’on ne peut pas laisser ce jeu mourir avec la septième génération… Surtout à l’heure où Automata fait son entrée fracassante sur PS4, et bientôt sur PC. Mais je n’ai pas envie de parler de technique ou autre aujourd’hui, ou encore d’actualité ; je l’ai assez fait. Revenons au cœur.

Parce que j’ai une certaine retenue quand je parle de quelques jeux ; pour les autres, il n’y a pas forcément d’affect, donc il n’y a que ce que j’en pense. Mais il y a aussi ce que j’en ressens, et à l’instar d’un Fallout New Vegas, d’un KOTOR 2, ou d’un Phantom Pain, j’ai un ressenti vis-à-vis de Nier. Ce ressenti, on peut presque parler d’un échange avec le créateur, comme un dialogue silencieux, lorsqu’on est confronté à une œuvre ; on est jamais confronté qu’à un ou des hommes à une période de leur vie, et qui se clôt avec la fin de cette expérience. On est donc face à quelque chose qui a finalement une grande valeur lorsqu’un jeu a ce qu’on appelle grossièrement une « âme  » . Ce n’est pas une valeur marchande, c’est une valeur culturelle, et ça se préserve à tout prix.

Nier, il le mérite, et je vais vous expliquer pourquoi. C’est un jeu qui n’a pas de prétentions, ni de grandes promesses, mais, pourtant, il a tant et tant à proposer aux joueurs ; bien plus que des promesses, on est face à un jeu qui propose d’incarner un personnage ayant une vie, une famille, des émotions, et qui évolue dans un monde où les gens se connaissent et communiquent entre eux. C’est un univers sombre où le désespoir est partout, et la chute est inexorable. Il y a malgré tout cette légèreté quotidienne se heurtant à la gravité du temps qui passe, de la mort qui approche. Cette ambiance mélancolique, dans le vrai sens du terme, s’accompagne de sourires tristes, de chansons magnifiques, décrivant la beauté avec une langue que l’on ne parle pas (… même pas morte) inventée pour l’occasion. Elle s’accompagne également d’un espoir que l’on aperçoit dans le lointain, s’éloignant à mesure que l’on s’en rapproche. C’est ça la fin du monde selon Nier. C’est cela la maladie qui va emporter la fille de notre personnage. C’est cette impuissance, cette rage de vivre, cette rage de perdre ce que l’on a bâti. C’est se rendre compte qu’on est loin d’être des héros, loin d’être fort. Alors, Gestalt déverse sa violence, déploie ses efforts à reconquérir ce que la vie elle-même ne veut pas lui rendre ; il finira sans doute par donner la sienne dans l’espoir qu’il y ait encore autre chose après…

C’est Nier. Et il faut sans doute jouer au jeu pour peser mes mots. Avec sa réalisation modeste, le jeu réussi à créer un univers d’une mélancolie et d’une beauté palpable en s’inspirant de grands jeux. Nier est en effet amoureux de Zelda, et témoigne un profond respect pour Fumito Ueda lorsqu’on admire certains plans, magnifiques parmi la laideur du titre, où les lumières divines déifient des bâtiments grossiers, où des lézards traversent les rochers pour saluer le joueur de leur présence. C’est à ce moment où l’on se remémore l’ombre des colosses, la fureur de vivre, l’espoir dans la mélancolie, cette lutte contre la vie, et l’absurdité de l’existence. Nier n’est pas déprimant ; il est inspirant comme un jeu d’Ueda, comme un vrai jeu poétique. Il n’est pas une imposture, contrairement à beaucoup qui pensent être une image, une métaphore, alors qu’ils ne sont que jolis visuellement. La poésie, ce n’est pas de la technique ou un beau vers, même si ça peut en faire partie. La poésie, c’est une image, c’est traiter un sujet qui bien souvent n’a pas de mots assez forts pour le décrire, et s’en approcher par un ressenti, par une émotion.

Alors, est-ce que la réalisation vieillotte et des mécaniques boiteuses pèsent sur l’émotion ? Non. Ils ne font que peser sur le ressenti immédiat. Qui ne s’est pas dit : « C’est indigne d’une machine si puissante !  » . Et c’est surtout indigne de toi si tu t’arrêtes à ça. J’ai vu beaucoup de gens dire de Nier qu’il était surcoté ; je suis assez d’accord, il a bien trop de défauts pour être élevé au rang de classique. Mais tout de même, cette atmosphère, cet amour de l’humain dans ses douleurs et ses joies, cette sensibilité. Si vous n’êtes pas capable de lire ça, c’est peut-être que vous n’êtes pas réceptif ou plus réceptif à ce genre de sentiments ; c’est loin d’être de la nostalgie, et c’est loin d’être forcé (… au contraire de certaines scènes et dialogues qui manquent de subtilité et font dans le tire-larme). C’est tout ce qui reste de toute cette expérience à la fin qui est fabuleux.

Une sensation proche de ce que j’ai ressenti en écoutant cette sublime chanson de Final Fantasy XV :

 

Yoko Shinomura Final Fantasy XV: Somnus

 

D’ailleurs, on va se faire une petite promesse : si un jour le jeu de Nomura et Tabata est terminé, on s’y colle. Revenons à Nier, mais pas beaucoup plus longtemps, parce que je ne veux pas trop en révéler. Je voulais juste vous faire comprendre que, définitivement, il est possible de faire un autre jeu vidéo. Cet autre jeu vidéo, il peut se faire sans trop de moyens. C’est le jeu vidéo d’auteur. Pas besoin de lever des millions par centaines pour faire des jeux marquants. Pas non plus forcément besoin de grandes campagnes publicitaires pour se garantir les ventes majeures la première semaine. Avec ce genre de jeux, on aurait plus le sourire. On parlerait plus entre nous. On se passerait le mot. Le but de l’industrie, c’est que nous communiquions le moins possible et nous contentions des publicités pour choisir nos jeux. Si tout cela sortait dans le silence, il ne resterait que nous et Internet. Aujourd’hui, je vous invite à vous intéresser à Nier, à demander qu’il ressorte sur machines récentes, voire à faire l’acquisition d’une console de septième génération pour vous y essayer. Malheureusement, le jeu est devenu rare du fait de son statut de culte. Donc, préférez l’acheter en dématérialisé.

 

C’est tout pour ce petit retour sur Nier. J’avais envie de partager un peu plus de mon ressenti vis-à-vis de ce titre. Je ferai peut-être d’autres retours de ce type, concentrés sur le ressenti histoire, histoire que vous compreniez pourquoi il m’arrive de conseiller des jeux (… au premier abord) assez bizarres et plutôt repoussants. Maintenant, comme pour l’introduction, je vous laisse sur une musique :

 

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A propos de l'auteur : Marcheur

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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