Xbox Game Pass : un vrai faux bon modèle ?

Xbox Game Pass : un vrai faux bon modèle ?

Si Big M se conserve encore le droit de ne pas annoncer de titres avant l’E3, il faut bien dire qu’après la catastrophe de l’annulation d’un Scalebound ayant secoué un peu tout le monde (… bon pas que secoué, pour certains), il tente de faire bonne figure avec quelques annonces bien senties. Si l’on ne crache pas sur les jeux multisupports Xbox One / PC pointant lentement le bout de leur nez, ainsi que la sortie d’un Voodoo Vince Remastered et un Phantom Dust qui ont tous deux fait plaisir à voir, c’est surtout le hardware de la Scorpio qui a été révélé, ainsi que l’annonce du Xbox Game Pass qui suscite le plus d’enthousiasme. Après essai de ce service dans sa version finale pendant une semaine et la bêta-test de celui-ci, je peux commencer à vous expliquer pourquoi ce service existe, et je vais tenter d’analyser l’approche future de la branche Xbox.

 

Pour commencer, le Xbox Game Pass est un abonnement exclusif à la One vous demandant 10 euros par mois sans besoin de résilier l’abonnement, afin d’avoir accès à une centaine de jeux pendant un mois. Ce programme connaîtra un roulement régulier des jeux afin de faire varier l’offre.

Des partenaires, il y en a : Capcom, 2K, Focus Home Interactive, les indépendants. Ce n’est pas le contenu qui manque, et l’effet d’annonce marketing est bien là ; pour 10 balles au mois, nous avons droit à 115 jeux. Avec un effet de roulement mensuel dans la proposition, le Xbox Game Pass surprend par sa stratégie. Si on devine que certains jeux resteront fidèles au poste de manière définitive (… Halo 5, Gears of War Ultimate Edition, Sunset Overdrive, et les jeux Microsoft de manière générale sont déjà une bonne raison de craquer au moins une fois), le renouvellement de l’offre software a de quoi convaincre les indécis d’aller jeter un œil de temps en temps, histoire de voir si quelque chose les intéressent ce mois-ci.

C’est une belle opportunité pour les joueurs qui se sont débloqués un mois et ne savent pas trop à quoi jouer ; au lieu de craquer pour un jeu qui ne les satisfera peut-être pas, tu payes 10 balles, tu cherches bonheur, tu installes, tu joues, tu termines, et tu enchaînes. C’est pénard. L’effet ressenti lorsqu’on voit la bibliothèque accessible après avoir dépensé 10 euros est assez saisissant, bien que l’offre soit majoritairement remplie de jeux indépendants et de jeux rétrocompatibles, force est de constater que l’effet « wahou  » est bien là. On télécharge, on joue, tout va bien.

Contrairement au streaming, pas de problème de réseau, pas de lag ; tout est natif, donc forcément propre à jouer. On peut s’amuser à chercher la perle rare dans l’offre, des jeux qu’on aurait sans doute jamais lancé, mais là, on s’y essaye, et si on accroche, on a un mois pour s’en satisfaire. Je suis assez critique vis-à-vis de ce ressenti d’ailleurs. On a toujours l’impression que le temps est compté dans l’expérience de jeu ; on a envie de consommer vite fait le titre et de passer à un autre pour rentabiliser le mois. Plus que jamais, cette désagréable sensation du « le temps, c’est de l’argent  » est présente, alors qu’elle l’est beaucoup moins pour l’EA access, beaucoup moins onéreux, mais aussi beaucoup moins varié.

La variété, c’est surement le point fort de l’offre du Xbox Game Pass : RPG, Plateforme, FPS, Aventure, Action, Sport, et jeux de tous budgets. L’offre est très convaincante, même si ce n’est pas de toute première jeunesse (… on peut malgré tout jouer à un Blood Bowl 2, par exemple), mais c’est aussi des réductions afin d’acquérir le jeu définitivement ; tous jeux concernés par le Xbox Game Pass sont à – 20%, tandis que tous les DLC de ce même jeu c’est à – 10%. Alors, certes, ce sont de légers bonus, mais ils ont le mérite d’être présents, et pour peu qu’on ait un coup de cœur, on peut avoir un petit retour sur son investissement, bien qu’il faille encore repasser à la caisse. On n’a rien sans rien.

L’intérêt pour les éditeurs avec ce Xbox Game Pass n’est pas si évident de premier abord, mais quand on y pense, les jeux ont tendance à vite disparaître de l’espace médiatique, et leurs ventes sont régies par leur visibilité par les vidéastes, ou le bouche-à-oreille. Toutefois, avec le Xbox Game Pass, non seulement l’éditeur / développeur ramasse une partie du pécule, mais en plus, il se garantit une visibilité à long terme de son titre. Malin. De quoi réhabiliter des jeux méconnus, faire connaître une licence de niche et voir un rebond dans les achats. Et c’est là le deuxième gros intérêt pour la branche Xbox : on amoindrit le risque d’un échec commercial.

Recore a eu des ventes décevantes qui stagnent désormais bien trop ? Allez, on le met ce mois-ci dans le Xbox Game Pass. Les ventes redémarrent ? On propose un DLC pour accompagner ce rebond. Le rebond perdure et confirme l’envie d’un nouvel épisode ? Pourquoi pas ré-investir ? C’est logique, c’est assez sain, c’est un bon moyen de prendre la température ; tu fais un premier jet avec juste l’idée et une réalisation correcte, si la vente en magasin et sur le store se passent mal parce que la campagne marketing ainsi que le bouche-à-oreille avec la population actuelle de joueurs ne fonctionne pas, tu le mets sur le programme et tu regardes. Au pire, tu convaincs les curieux de dépenser pour un mois de pass afin de tester et il n’y a pas de suite. Au mieux, tu fais rebondir les ventes du titre et te fais garantir une annonce qui satisfera les joueurs au prochain E3.

Mais ce n’est pas le seul avantage. Il en présente un autre : un jeu multi apprécié par une petite communauté a du mal à avoir assez de joueurs pour remplir les parties ? Détour imposé sur le Xbox Game Pass, tu remplis les serveurs pour un mois, si les joueurs sont satisfaits, ils achètent et tu renouvelles la population en ligne. Parfait pour les jeux service un peu anciens. C’est étrange que ce modèle n’ait pas été adopté plus tôt, surtout lorsqu’on voit à quel point tout le monde y gagne. Un joueur touche-à-tout voulant jouer à deux-trois jeux sans se les payer ? Pam, il est content, tandis que Microsoft et les éditeurs empochent.

Il y a aussi autre chose qui a poussé Microsoft à proposer ce service : les jeux solo dans la communauté Xbox ont rarement un immense succès. On le sait, je le constate tous les jours : les joueurs Xbox aiment les jeux multi, de toutes sortes, mais multijoueur. Les jeux solos sont rarement très appréciés sur Xbox, bien qu’il existe des exceptions. Pourtant, il faut bien proposer des jeux en solo sur la plateforme, alors comment faire pour savoir si une idée de jeux solo fonctionne ? Tu combines le modèle épisodique d’un D4 avec le service Xbox Game Pass, et tu proposes le premier épisode accessible aux abonnés afin qu’ils se fassent leur idée. De quoi prendre la température, le fameux argument du Netflix du jeu vidéo avec ses exclusivités, comme disait Phil Spencer, patron de la branche Xbox. Une idée qui pourrait d’ailleurs être vite concrétisée, car l’E3 arrive et le Xbox Game Pass a été stratégiquement déployé pour tous le premier Juin avec deux semaines d’essai gratuit, histoire de faire goûter, puis attirer avec peut-être une première expérience de jeu exclusive.

Problème : si moi-même je suis très attiré par l’idée et la perspective de faire connaître des séries un peu trop laissées de côté, et que globalement je trouve le marché honnête, reste que c’est de la location. On en arrive toujours à ce problème : est-ce qu’on est là pour accepter que rien ne nous appartienne et juste profiter d’un service, alors que l’on parle d’une forme de divertissement qui se rapproche parfois de l’art ? Si Netflix a imposé son modèle commercial, cela veut-il dire que c’est une bonne chose ? Difficile de l’affirmer, mais à l’heure où les jeux se multiplient, et que l’espace de communication qui leur est laissé est si restreint, tout moyen de les mettre un peu en lumière est surement bon pour son créateur. Des jeux comme Too Human auraient loué le service, et bien d’autres, mais est-ce pour autant une bonne chose ?

 

L’avenir dira si la branche Xbox a eu du flair de proposer un tel service. En l’état, c’est une possibilité agréable qui vient s’ajouter à l’offre traditionnelle, mais n’étant pas un grand naïf, je sais à quelles dérives peuvent mener ce genres d’initiatives. On saluera donc le courage de la branche Xbox de toujours essayer de proposer des fonctionnalités à sa communauté, mais comme toujours, je lui espère un succès modéré ; la branche Xbox n’est jamais meilleure qu’en position de challenger.

Tags

A propos de l'auteur : Marcheur

Rédacteur de Loutrage aimant le jeu vidéo dans tous ses pluriels et appréciant tout particulièrement réfléchir sur le média.

2 Commentaires sur “Xbox Game Pass : un vrai faux bon modèle ?”

  1. Ouega dit :

    Grosse découverte à la lecture de ton article. Ce service semble assez… étonnant. Effectivement, le parallèle avec Netflix est assez intéressant, mais je me demande si ce genre de modèles ne risque pas de cantonner les joueurs dans un système « joue à tout, joue à rien ».
    J’espère que de grands titres oubliés pointeront le bout de leur nez, même si j’ai l’impression que l’offre sera plus quantitative que qualitative.
    Après le binge drinking, arriverions nous à l’ère du binge gaming ?

    • Marcheur dit :

      Bah pour avoir essayé (après je suis loin de représenter la majorité du public Xbox) on est tenté de jouer à tout… mais en fait non, vu que tu zappes une grosse partie du catalogue qui ne te parle pas, quand tu as trouvé le jeu qui accroche, comme pour tout achat, tu accroches, donc j’ai plus ou moins saigné Dead Island Definitive Edition, j’ai repris Halo 5 (trop flemmard pour mettre le disque :p) j’ai fait Gears of War Ultimate Edition… enfin y a de quoi s’amuser, tout dépendra du profil, c’est une offre qui est bonne pour la découverte, pour allécher le joueur comme une méga démo du catalogue complet ou comme une occasion en or de faire des jeux sans les acheter.
      Mais y a le risque du joueur touche à tout qui touche à rien, ça c’est une évidence.

Laisser un commentaire

Groupe Steam

Derniers commentaires

Aller à la barre d’outils