Mafia III

Mafia III

Voilà un test bien tardif me direz-vous ; ce jeu n’est-il pas sorti fin 2016 ? Eh bien si ! Le jeu a depuis eu le droit à son lot de mises à jour. Comme chacun le sait, les jeux modernes sont pétris de bug à leur sortie, donc un test tardif ne peut qu’être une bonne chose pour juger de la vrai qualité finale d’un jeu ! Avant de plonger dans le vif du sujet, je tenais avant tout à préciser que je suis fan des deux précédents épisodes de la licence. Mafia I et II étaient, à mon sens, des jeux possédant de nombreux défauts, mais proposant une expérience narrative vraiment intéressante. Alors, ce test pourrait bien ne pas être objectif… Mais n’est-ce pas là le slogan de Loutrage ?

 

 

Dans Mafia III, vous incarnez Lincoln Clay, un vétéran de la guerre du Vietnam, appartenant aux forces spéciales et donc une vraie machine à tuer. Par ailleurs, chose assez rare dans le jeu vidéo, Lincoln a la particularité d’être noir. Le jeu prend place dans la ville de New Bordeaux en 1968 sorte de Nouvelle Orléans ré-imaginée par les développeurs (Mafia premier du nom prenait place dans la ville de Lost Heaven entre 1930 et 1938, ville inspirée de Chicago, tandis que Mafia II se situait à Empire Bay entre 1943 et 1951 ville inspirée de New York et San Francisco). On a donc affaire  à un environnement dépaysant : bayou, vaudou, quartier français, centre-ville classique…

Le fait de jouer un personnage noir dans les années 60 permet au jeu de traiter le cas du racisme. A cette période, impossible d’aller où l’on veut, certains lieux étant réservés aux blancs, et de nombreux panneaux sont là pour vous le rappeler. Si vous entrez dans ces lieux, le propriétaire vous suivra partout en faisant des commentaires désagréables. D’ailleurs les commentaires racistes désagréables, vous en entendrez beaucoup ; les mots « nègre  » et « négro  » seront bien plus souvent prononcés dans votre partie que dans certains films de Tarantino…  Le studio de développement assure ses arrières en mettant un message en début de jeu prévenant le joueur :

Nous voulions créer une expérience authentique et immersive qui réussisse à retranscrire cette époque et cette région tourmentées, y compris avec des représentations du racisme. Nous trouvons les croyances racistes, et les comportements de certains personnages du jeu répugnants. Mais nous croyons qu’il est vital d’inclure ces représentations dans le but de raconter l’histoire de Lincoln Clay..

 

 

La démarche du studio de respecter le réalisme de l’époque est tout à fait compréhensible, mais malgré tout, j’ai eu parfois la sensation au cours du jeu que c’était trop. Dans certains quartiers résolument blancs, chaque passant que l’on croise se permet de lâcher un « retournes chez toi négro  » ou bien « retourne dans ton quartier  » . De tels propos assénés toute les trois secondes ne m’ont pas semblé réellement nécessaires à l’immersion, d’autant plus que le jeu réussi cette immersion par de nombreux autres moyens. La touche servant à exécuter les ennemis dans le jeu permet aussi d’assommer les « gentils  » civils que l’on croise ; je ne vous cache pas que rapidement je me suis mis à envoyer de force dans les bras de Morphée tous ceux qui me faisaient une réflexion contrariante sur ma couleur de peau…

Mais, au-delà du racisme, le jeu propose une vraie histoire intéressante. Une histoire très simple, un peu cliché : le grand parrain de la ville vous trahit et vous laisse pour mort lors d’un braquage. Le reste est simple : éliminer ou recruter de force chaque capo gérant un quartier de la ville, afin de remonter jusqu’au grand patron. Une histoire de vengeance classique. Lincoln est aidé dans sa tâche par quatre alliés : un agent de la CIA qu’il a rencontré pendant la guerre (… qui a ses propres raisons d’aider Lincoln, et croyez-moi, cette raison est expliquée lors d’une scène post-générique qui vaut le coup d’œil), une sorcière vaudou manipulatrice, un mafieux italien (… le personnage que vous jouez dans Mafia II), et un irlandais particulièrement râleur.

L’histoire a beau être simple et rappeler un sacré paquet de films de gangsters, elle est particulièrement bien mise en scène lors de cinématiques qui n’ont rien à envier à certains films, le tout porté par des personnages attachants et bien campés. Cette histoire de vengeance est entrecoupée de mission en open world pas toujours intéressantes scénaristiquement parlant, bien qu’assez maitrisées niveau gameplay. Mafia I et II assumaient clairement leur côté cinématographique et mettaient l’accent sur l’histoire, ce qui leur a parfois été reproché. Les développeurs ont entendu la voix des fans qui souhaitaient que les villes de Mafia soient davantage remplies d’activités comme un GTA ou n’importe quel Ubiworld. Personnellement, je regrette un peu ce remplissage qui parait artificiel et casse le rythme de la narration. On espérera qu’un Mafia IV verra le jour avec un meilleur dosage des activités.

 

 

Au niveau du gameplay, Lincoln se manie bien. Le jeu intègre un système de couverture et un de furtivité, laissant au joueur le choix entre approche brutale ou plutôt discrète. Un ennemi approché au corps-à-corps peut être exécuté, exécutions particulièrement sauvages et dans l’ensemble assez variées. Ces dernières sont fonction de l’arme en main et de la situation dans l’environnement. Les sensations des différentes armes sont plutôt bonnes, et Lincoln n’est ni trop fragile ni trop résistant. Une chose m’a tout de même parue bizarre : les bruits de pas du héros sont très lourds, laissant parfois l’impression que l’on contrôle un Transformers.

La conduite est sympathique. Le jeu laisse le choix entre conduite arcade ou réaliste. Des phases de courses sont proposées, mais restent un peu faciles. Mafia III intègre des mécanismes d’autres jeux qui ne se justifient pas réellement, néanmoins, elles ont clairement été intégrées pour faciliter les courses poursuites (… qui faisaient partie des phases de jeu les plus dures de Mafia I et II) : bullet-time afin de mieux slalomer ou prendre ses virages, ainsi qu’un ciblage automatique des pneus ou moteurs des poursuivants (… et Lincoln est particulièrement doué pour viser ; il vous arrivera souvent de le voir tirer dans des angles impossible au travers de sa propre voiture et toucher le pneu du poursuivant, le tout à cent à l’heure dans un virage !).

 

 

Comme je le disais plus tôt, le jeu souffre du syndrome Ubiworld : objets à collectionner, et bornes de téléphone a pirater histoire de faire apparaitre les éléments d’intérêt sur la carte. Malheureusement, le piratage n’est possible qu’avec des objets consommables n’apparaissant sur la carte uniquement lorsqu’on se trouve à proximité, ou après un piratage. Le piratage devient vite long et galère à mettre en place mais heureusement il n’est toutefois pas nécessaire pour avancer. Parmi les objets à collectionner, on retrouve de nombreux éléments d’époques : couvertures, photos et interviews de magazines playboy, tableau du peintre Vargas (coquin), pochettes d’album ou magazines HotRoad.

L’intelligence artificielle du jeu a été très critiquée à sa sortie. Malgré moult mises à jour, on peut toujours l’appeler Imbécilité Artificielle. Est-elle si bête que cela me direz-vous ? Eh bien honnêtement, c’est pire que tout ce que vous pourriez imaginer. Voici quelques exemples : Lorsque vous roulez un peu vite SUR LA ROUTE, les passants ont tellement peur de la vitesse qu’ils  se jettent du trottoir… directement sous vos roues ! La police ne vous voit pas lorsque vous roulez à contresens, quand vous grillez un feu, percutez une voiture, ou même quand vous roulez sur un passant (… qui s’est préalablement jeté de lui-même sous vos roues, suivez un peu !). Par contre tuez l’un d’entre eux, et même s’il est complétement isolé, dans les quatre secondes qui suivent, vous aurez cinq voitures de police sur le dos.

Vous tuez un mafieux discrètement au milieu d’une fête et tous les civils partent en courant et en hurlant, en passant devant les autres mafieux, bien sûr. Mais, pas un seul n’est alerté tant qu’ils n’ont pas vu un copain mourir ou entendu un coup de feu. Un ennemi à couvert derrière un muret vous voit ? Courrez pour vous mettre à l’abri, devant lui, de l’autre côté du muret, et il sera complètement perdu. Impossible pour lui de vous tirer dessus avec son fusil, car vous êtes trop prêt, mais impossible non plus pour lui de reculer se mettre à couvert ailleurs…

 

 

Mafia III ne brille pas au niveau technique : faible distance d’affichage, aliasing, textures pas toujours fines, reflets trop intenses… J’ai même parfois eu le droit à un bug gênant : les personnages donnant les quêtes refusaient de parler et de fournir une mission essentielle pour avancer. Seul un redémarrage du je m’a permis de continuer à jouer. Au-delà de ces problèmes, l’ambiance dans les différents quartiers de la ville et dans le Bayou sont particulièrement bien retranscrites. Les PNJ se déplacent, discutent, réagissent à vos actes ; l’immersion est très bonne, d’autant plus qu’elle est soutenue par la musique.

D’ailleurs, parlons-en de la musique. La bande originale du jeu est excellente, que dis-je, extraordinaire ! Le jeu propose une centaine de morceaux d’époque des années 65 à 69, et ce qui est particulièrement surprenant, c’est que la thématique de la plupart (… voire de tous ces morceaux) renvoie à des éléments de la narration. Rien que pour celles que vous trouverez en écoute dans l’article : Lincoln est un vétéran du Vietnam ? Paint it Black des Rolling stones, ou Fortunate Son de Creedance Clearwater. L’histoire se passe dans une Nouvelle-Orléans fantasmée ? House of the Rising Sun de The Animals. Lincoln a été élevé par un Pasteur ? Son Of A Preacher Man de Dusty Springfield. Lincoln a parfois des discussions sur le sens et les conséquences de ses actes, mais finalement rien ne l’arrête ? Born to Be Wild de Steppenwolf.

Quant à la signification de All Along the Watchtower dans la version de Jimi Hendrix en ouverture du jeu, je vous laisserai seul juge de sa signification. La chanson elle-même n’a pas fini de faire couler de l’encre sur son propre sens… J’en entends certains au fond me dire : « Tu cherches du sens où il n’y en a pas ! C’est juste de bon morceaux d’époque !  » . Peut-être, mais cela signifie au moins que l’histoire et les musiques m’ont suffisamment inspiré pour que j’y cherche un lien. Un de mes grands regrets dans le jeu a été que la musique s’arrête dès que l’on descend de voiture.

 

 

Au final, que penser de ce jeu ? Il est plein de problèmes : technique à la ramasse, IA particulièrement débile, open world rempli artificiellement de quêtes parfois inintéressantes et d’objets à collectionner quasiment tous inutiles (… quoique les magazines playboy et les peintures de Vargas sont un plaisir à parcourir). Toutefois, le reste est là et est maitrisé. Quel reste ? La ville en elle-même, les différents quartiers qui possèdent chacun leur propre ambiance, leurs bâtiments, et population spécifique.  La bande originale composée des meilleurs morceaux de l’époque (… et peut-être pas choisis par hasard, va savoir…), les personnages tous bien campés, et l’histoire très cinématographique. Mafia I et II misaient sur l’histoire, et une des critiques qui leurs étaient adressées à l’époque était leur monde vide ne servant que de support a de bonnes histoires. Cette fois-ci, Hangar 13 a voulu remplir ce monde ouvert d’activités malheureusement pas toujours très bonnes, mais au moins, la partie histoire du jeu reste excellente et justifie à elle seule de parcourir ce jeu.

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A propos de l'auteur : Gelukpa

Modèle de vertu détraqué et testeur pour la loutre

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