Plaisir coupable : Dynasty Warriors 9

Plaisir coupable : Dynasty Warriors 9

Version presse fournie par Koch Media

Koei Tecmo, le spécialiste du musô a attendu cinq ans depuis le dernier Dynasty Warriors avant de sortir celui-ci. La série a eu beaucoup d’épisodes et de spin off, tandis que le principe n’a que peu évolué ; c’est d’ailleurs un reproche que la presse spécialisée lui a souvent fait (mais pas les fans ; eux aiment la formule et en remangent à chaque sortie, moi le premier !). Ces cinq ans ont clairement été mis à profit pour tenter de renouveler la série, puisque d’arènes semi-ouvertes de petite taille, le jeu est passé en monde ouvert et de nombreuses activités ont été introduites : craft, chasse, pèche, décoration d’intérieur… La question est de savoir si la nouvelle formule sera la bonne, vu qu’elle sera probablement resservie dans chaque épisode pendant la prochaine décennie ?

 

Pour ce qui est de l’accueil général du jeu (du moins sur PC), celui-ci écope d’une note extrêmement négative sur Steam avec seulement 16 % d’avis positifs. On trouve trois principales raisons à cette déferlante d’avis négatifs :

  • L’optimisation du jeu qui ne serait pas terrible. Impossible d’y jouer avec un ordinateur bas ou moyenne gamme. Je confirme : mon PC fixe qui est assez puissant le fait tourner sans problème, mais mon PC portable gamer qui accuse ses trois ans ne suffit pas à avoir plus de 2 fps même en very low
  • Les nouveautés qui ne plaisent pas à tout le monde
  • Une manipulation des fichiers du jeu permettait d’avoir les voix chinoises (dans un jeu se passant dans la chine antique, ça parait pas mal) mais un patch est sauvagement venu rectifier tout ça en bloquant purement et simplement les voix chinoises (un déblocage aurait été bien plus judicieux messieurs de Koei, en espérant que ça ne sera pas dans un foutu DLC).

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Je trouve cette note particulièrement injuste et je vais vous expliquer pourquoi.

D’abord pour ceux au fond qui ne connaitraient pas Dynasty Warriors, je vais prendre cinq minutes pour vous expliquer. Vous jouez ici un des nombreux héros chinois du roman Les trois royaumes, un roman du XIVème siècle racontant successivement la fin de la dynastie Han, la période des Trois Royaumes (Wei, Wu, et Shu), et leur disparition au profit de la dynastie Jin. Toute cette histoire est inspirée de faits historiques s’étalant sur une longue période entre 184 et 280 de notre ère. Sur une période de près de cent ans, vous n’allez bien sur pas pouvoir jouer le même héro en continu. Le jeu propose donc de vivre les aventures de 90 héros proposés du moment où il apparaissent dans l’histoire jusqu’à leurs sortie (volontairement, ou par la mort). Le jeu propose treize chapitres et chacun des personnages n’en vivra que quelques uns.

Vous pourrez jouer des personnages de chacun des trois royaumes, de la dynastie Jin ou des personnages autres en marge de l’histoire, ou bien ceux qui ont tendance à changer de camp souvent (comme par exemple le célèbre Lu Bu, considéré comme le plus grand guerrier chinois de tous les temps, et accessoirement le plus grand fils de pute de tous les temps ; je vous raconterai ça un jour). Au début, vous n’aurez que quelques héros à disposition, mais chaque nouvelle rencontre avec un héro inconnu vous permettra de le jouer une fois le niveau fini. Vous noterez que j’ai bien parlé de Dynasty Warriors tout court au début du paragraphe, et pas du 9 spécifiquement, et oui chaque Dynasty Warriors nous fait revivre cette histoire. La même. Encore, et encore, depuis neuf épisodes.

Pour amener de la nouveauté, Koei ajoute à chaque épisode quelques nouveaux personnages. Pour celui-ci, nous avons le droit à sept nouveaux personnages et leurs histoires. Avec les 90 personnages jouables, le jeu propose un contenu très copieux puisque chacun à son histoire (même si beaucoup de missions sont recyclées). Sur ma partie j’ai mis environ 38 heures juste pour débloquer tous les personnages, et si je devais faire une estimation, je dirais qu’il faudrait environ 400 heures pour finir le jeu à 100 %. Il est tout de même rare qu’un jeu solo atteigne une telle durée de vie. Au moins de ce coté-là on ne se sent pas floué.

Le système de combat de cet épisode a été grandement modifié par rapport aux épisodes précédents. Le gameplay unique à chaque personnage, avec le système combo à base de combinaisons d’attaques fortes et légères qui vont déclencher des attaques différentes, a disparu. A l’instar d’un Dragon Ball Xenoverse, les commandes ont été harmonisées afin que tous les personnages se jouent de la même façon. Le jeu propose une attaque balayante pour faucher les ennemis en masse, et une attaque réactive qui aura un effet différent en fonction de la situation : courir vers les ennemis si vous êtes loin, faucher dans les masses si beaucoup d’ennemis vous entourent, contrer une attaque portée contre vous ou exécuter un capitaine ennemi affaibli. A cela se rajoute une touche qui ouvre un menu d’attaques spéciales (là aussi comme Dragon Ball Xenoverse), qui va permettre au choix de lancer un étourdissement, une propulsion en l’air, un abatage vers le sol, ou une attaque spéciale de zone avec effet élémentaire (feu, glace, foudre, poison…).

Le sentiment de puissance en enchainant tous ces types d’attaques en fonction des situations est vraiment présent. Qui dit musô dit jauge de musou ; en abattant un maximum d’ennemis, la jauge se remplira, permettant lorsqu’elle est pleine de lancer une attaque surpuissante. Dans l’épisode 8, elle était en trois parties et permettait donc de lancer jusqu’à trois attaques, permettant d’anticiper un peu les rencontres difficiles. Ici, elle ne contient plus qu’un segment, et ne permet donc de lancer qu’une attaque spéciale à utiliser judicieusement. Les systèmes issus du Dynasty Warriors 8, à base de furie et de forces-faiblesses liées aux éléments des armes, ont été supprimés, ce qui renforce le coté bourrin décérébré.

Vos personnages ont tous un niveau qui augmentera au fil de vos réussites, débloquant des points de compétence à dépenser pour augmenter votre vie, musou, endurance, vitesse, résistance, attaque, ou compétence à l’arc. Le jeu propose désormais un inventaire permettant de se soigner à volonté ; cela fait que la vie n’a pas vraiment besoin d’être augmentée. La jauge de musou, si elle est trop grande, devient trop longue à remplir. L’endurance ne sert quasiment jamais (course et sauts), tandis que l’arc ne sert vraiment jamais. Quand à la résistance, eh bien elle ne sert a rien si les ennemis sont déjà mort ! Donc, dans la pratique on ne monte que la vitesse et l’attaque. Il existe aussi un système de furtivité qui, à première vue, a l’air anecdotique, mais qui peut en réalité être très efficace face aux officiers ennemis.

Une des grosses nouveautés est le monde ouvert. Le dynamisme des combats auquel on était habitué en prend alors un coup. On se retrouve à arpenter un vaste monde, de batailles en batailles, avec de longs moments de chevauchée entre elles. Heureusement, le cheval assez rapide (même s’il est débile et particulièrement buggé). De plus, en découvrant le monde, on débloque des points de déplacement rapide qui vont permettre après quelques heures d’aller à l’essentiel. Il est à noter d’ailleurs que la carte (et donc les points de voyage rapide), l’inventaire, les chevaux, et les armes sont communs à tous les perso, ce qui vous permettra d’avancer bien plus vite au fur et à mesure de vos changements de personnages.

Les bataille auxquelles vous participerez sont désormais dynamiques avec un objectif principal et des objectifs secondaires qui ont un impact réel sur l’objectif principal : appel de renforts, élimination des archers ennemis, augmentation de moral, etc… Ces combats secondaires auront comme effet supplémentaire de réduire le niveau du combat final. Vous pourrez très bien décider de foncer vers le combat final dés le début au prix d’une plus grande difficulté ; à vous de jauger la pertinence de chaque objectif secondaire. Lorsque vous vous éloignerez des zones d’action, vous tomberez sur des animaux et des bandits un peu partout, et croyez-moi, certains d’entre eux sont bien plus dangereux que n’importe quel général ennemi que vous pourrez croiser. Pour ce qui est des batailles, on retrouve de nombreuses incohérences (plus que d’habitude ; si-si c’est possible !), puisque l’on vous demandera par exemple de briser un siège en mission principale avec en mission annexe de sortir du château assiégé afin de capturer des forteresses alentours, et de se frayer un chemin à l’extérieur avant même de briser le siège.

Le monde que vous parcourrez est très varié : désert, plaine, montagne, jungle, et propose désormais des activités de type chasse, pèche, cueillette, pose de pièges (on s’en fout ; on est là pour taper !). Les animaux que vous pourrez chasser sont particulièrement stupides (ils ne bougent même pas quand on tir dessus à l’arc). D’ailleurs, l’arc est assez peu pratique, et même s’il a le mérite de proposer un système de flèches différentes, honnêtement, tout cela est sans intérêt. Certaines merveilles sont à découvrir durant vos exploration : grande muraille, mont Song, mont Danxia, temple de Baima (regardez sur internet si vous ne connaissez pas ces lieux, ça vaut le coup d’œil). Vous aurez aussi la possibilité d’acheter des cachettes à meubler et personnaliser, qui permettra d’envoyer des lettres pour discuter avec vos généraux et recevoir des cadeaux. Tous les composants que vous pourrez récupérer vous permettront de fabriquer vos armes, mais aussi des accessoires aux effets variés (résistance aux coups, récupérer les objets à distance, régénérer endurance ou musou…), ou des gemmes conférant à vos armes des effets élémentaires.

Je voudrais prendre un moment pour vous parler du grappin. Il s’agit probablement de l’idée la plus stupide qui ait été intégrée au jeu. En effet, celui-ci permet de grimper absolument partout, et donc d’esquiver toute confrontation dans les lieux clos en grimpant à une muraille sur votre chemin. Il permet (et c’est du vécu) de foncer au centre d’une forteresse, de trouver le boss, et de gagner n’importe quel siège en moins de cinq minutes. Certaines attaques de ville impliquent des béliers et tours de sièges ; des éléments de gameplay qui auraient pu être fun si le grappin ne gâchait pas tout, puisque celui-ci permet instantanément de passer de l’autre coté des murailles afin d’ouvrir manuellement les portes à vos troupes.

Au niveau technique, ce Dynasty Warriors se situe au même niveau que les anciennes production, c’est à dire dans le moyen, voire le médiocre. Ce nouvel opus utilise un nouveau moteur, mais malgré cela, on retrouve tous les problèmes habituels du genre : textures grossières, personnages modélisés assez basiquement (en dehors des héros, bien sûr), pop des objets, des textures, voire même parfois des personnages. Les décors paraissent souvent assez ternes, même si certains lieux et effets de lumières peuvent être assez jolis. Sous prétexte de monde ouvert, le jeu intègre désormais un cycle jour / nuit, ainsi qu’un système de climat dynamique. Cela n’a aucun effet sur le jeu : la pluie, le brouillard, ou la neige ne changent pas le gameplay, et les vendeurs restent ouverts de jour comme de nuit. La physique a aussi sont lot de ratés : les capes, cheveux, et ceintures ont un comportement étrange lorsque l’on est à cheval.

Le cheval lui-même a tendance à faire n’importe quoi à tous les niveaux. Son pathfinding est toujours bancal, en course automatique il se jette sur tout ce qui passe en travers de son chemin et reste souvent bloqué dedans, il glisse parfois sans raison sur des pentes plus où moins légères tout en pouvant parfois grimper des pentes raides (il m’est même arrivé de le voir grimper aux arbres). Des bugs de collisions arrivent parfois ; il m’est arrivé qu’un ennemi frappé vers le mur d’une tour de garde et se retrouve téléporté tout en haut de la tour. Heureusement que le grappin permet de le rejoindre… Sur PC, le jeu est assez stable, sauf lorsqu’on essaye de le fermer (là, il bug systématiquement). L’intelligence artificielle des personnages est, comme d’habitude dans les Musô, particulièrement débile. Un patch a toutefois remonté l’agressivité des ennemis par rapport à la sortie, ce qui a rendu les combats plus intéressants. Dans les cinématiques, il y a parfois des problèmes de découpages de texte qui sont faits sans logique.

Les musiques du jeu sont à mon goût bien plus sympathiques que dans les précédents Dynasty Warriors ; elles varient désormais avec les environnements hors-combat en proposant tout un panel de musiques traditionnelles chinoises, mais rassurez-vous, en combat, on retrouve les compositions très hard rock techno. Pour l’anecdote, certains détails du craft en jeu m’ont particulièrement fait rire : les feuilles de cèdres à récolter ressemblent à des racines, les gants en peau d’éléphant utilisent de la peau d’ours noir, et la ceinture en peau de tigre nécessite une peau de loup. Bravo pour la cohérence !

 

La presse s’est acharnée sur les Dynasty Warriors, épisodes après épisode, à cause de la répétitivité et du manque de nouveauté, alors que les fans de musô n’attendent pas forcement de changements majeurs comme ici (en tout cas, moi, je ne les attendais pas). Les développeurs de Koei Tecmo ont voulu renouveler la licence, et ils ont probablement voulu le faire en s’inspirant de tous les autres jeux sympas qu’ils ont testé. Passage au monde ouvert. Ajout d’activités discutables en grande quantité : chasse, pèche, cueillette, craft, exploration… Pire que tout : des tours à grimper pour dévoiler le monde (merci Ubisoft…), tandis que le grappin brise littéralement le jeu. De bonnes idées existent, dont le système de champs de bataille dynamiques avec son impact sur la bataille finale. Le jeu laisse l’impression de faire un grand écart entre RPG et musô, mais il a le mérite d’être très très complet.

Si vous n’avez jamais fait de musô, les jeux Dragon Quest Heroes, Dynasty Warriors 8, ou bien le très bon One Piece Pirate Warriors 3 sont de très bonnes options pour commencer. Si vous êtes déjà habitué des musô, ce Dynasty Wariors 9 remplit son objectif. En effet, sans être une grande réussite, il est loin d’être totalement raté non plus. Il fait ce qu’on attend de lui, c’est à dire laisser un énorme sentiment de puissance et de liberté, tout en permettant de démembrer des milliers d’ennemis avec une sauvagerie mêlée de férocité. J’espère que le prochain Dynasty Warriors 10 saura rectifier le tir en corrigeant les problèmes de cet épisode de la discorde. En attendant, je retourne latter des milliers d’adversaires ! Yaaaaaa !!!

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A propos de l'auteur : Gelukpa

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Modèle de vertu détraqué et testeur pour la loutre

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