The Witcher et ses dérivés

Dans la folle histoire des adaptations d’œuvres en jeux vidéo, attardons-nous sur le cas The Witcher, personnifié en Geralt De Riv, Gégé pour les intimes. Peut-on se considérer comme un intime après plus de 400 heures cumulées dans la peau d’un sorceleur ? Assurément, oui. Mais, avant d’être une série de jeux vidéo, The Witcher était avant tout une saga littéraire, ayant connu des dérivés en série télévisées, en films, en comics, ainsi qu’en jeux divers et variés. Intéressons-nous quelques instants à cet univers et ses multiples dérivés. C’est parti !

 

En ce qui concerne le pitch de l’univers, disons simplement qu’un événement appelé « La conjonction des sphères » fit apparaître la magie et des monstres. Parmi la population de ce monde, on retrouve en majeure partie des humains, mais également des elfes, des nains, et des gnomes, comme dans à peu près tous les poncifs du genre fantasy. Ces non-humains, du fait de leur faible nombre (… s’expliquant en partie par un taux de fécondité moins élevé) subirent de plein fouet le racisme et la xénophobie des hommes. Ainsi, répondant aux extrêmes par des extrêmes, les elfes et les nains s’organisèrent en faction, celle des Scoia’tael, dont le principal objectif est ni plus ni moins que de tuer tous les humains. A noter qu’il existe une autre faction d’elfes appelés les Aén Elle, mais ils n’habitent pas sur le même monde.

Parmi les hommes, on retrouve également des magiciens et magiciennes. Ils restent pour la plupart gaulé(e)s et fringants comme des petits jeunes de vingt ans, bien qu’ils disposent d’une espérance de vie somme toute déraisonnable, pouvant aller jusqu’à cinq siècles. A l’instar des sorceleurs devenus stériles suite aux épreuves (accompagnées des mutations qui font partie du package de formation), les mages le sont quasiment tous également en raison de leur utilisation de la magie. Leur puissance étant ce qu’elle est, les rois et les reines ont pris pour habitude d’avoir un mage en tant que conseiller à leurs côtés. Enfin, afin de contrer l’apparition des monstres suite à la conjonction des sphères, les sorceleurs virent le jour ; des mercenaires vendant leur services au plus offrant afin d’occire des créatures surnaturelles.

Pour compléter le tableau, comme si l’extermination d’autres races n’était pas suffisante, les hommes ont également une fâcheuse tendance à la division et aux conquêtes, ce qui entraîne inévitablement conflits, guerre, complots, et trahisons. Où quand la fiction rejoint malheureusement la réalité. Derrière la volonté de l’auteur de décrire un univers imaginaire sombre, on retrouve également des réflexions sur notre monde à nous, évitant clairement de tomber dans la facilité avec l’écueil d’un ensemble manichéen. Ce monde fictif est un bordel obscur, en proie au chaos, où l’espérance de vie n’atteint pas des sommets, mais où l’on retrouve parfois – rarement – quelques lueurs d’espérance.

Et justement, tout ceci parti finalement du cerveau de l’écrivain polonais Andrzej Sapkowski, lorsqu’il fut publié dans un magazine de littérature fantastique en 1986. Cela le révéla au public, et les livres qu’il écrivit sur le cycle du sorceleur (en sept tomes) firent de lui un des auteurs de fantasy les plus en vogue en Pologne dans les années 90. A travers Geralt De Riv, on y retrouvait pêle-mêle un mix de mythologie slave, un soupçon de Seigneur des Anneaux, ainsi que d’événements de l’histoire polonaise. Le succès qu’il rencontra dans son pays, et les nombreux prix littéraires qu’il remporta, lui ouvrirent les portes de l’international avec des traductions en anglais, français, russe, allemand, espagnol, portugais, mais également dans toutes les langues des pays d’Europe de l’Est. C’est d’ailleurs entre 1993 et 1995 qu’une première suite de six comics fut créée. En toute honnêteté, il fallait réellement accrocher au style de dessin…

En 2002, toujours en Pologne, une adaptation en série télévisée vit le jour, portant le nom de Wiedźmin. Gégé avait alors les faux airs d’un Lorenzo Lamas médiéval, qui se serait fait une teinture neige, et où la moto serait remplacée par Ablette, son fidèle destrier. Toutes les critiques furent unanimes pour décréter que la série était vraiment kitschissime à souhait, bien qu’elle repose en majeure partie sur les écrits de sieur Sapkowski. On y retrouvait en effet quelques-uns des personnages les plus emblématiques, tel que Jaskier et Yennefer. Quoi qu’il en soit, quand bien même cette série était d’une qualité discutable, le film sorti une année plus tôt était encore bien pire ; son format ressemblait davantage à un montage en long-métrage d’une mini-série. L’avis de l’écrivain sur ces œuvres est plutôt tranché, puisqu’il affirme à propos de ces deux adaptations : « Je n’ai qu’un mot, mais ce mot est indécent, très bref… ».

Vinrent ensuite les jeux vidéo, mais je crois que nous avons franchement déjà assez noirci de pages à leurs sujet. Quoi qu’il en soit, en 2011, une nouvelle tentative de comics fut tentée plus tard par la grâce de CD Projekt, car située entre les deux derniers épisodes vidéo-ludiques de la saga. En 2014, une nouvelle série de comics fait son apparition, mais celle-ci faisait davantage référence aux bouquins qu’aux jeux vidéo. Et enfin, en 2016, CD Projekt met en branle un nouveau comics au format mini-série, écrit par ses équipes, dont la publication s’effectuait via leur facebook officiel.

Au-delà de ces différents médias, d’autres adaptations en jeux furent créées, bien qu’il ne s’agisse pas tous de jeux vidéo. Il y a bien évidemment The Witcher Adventure Game (… qui fut malgré tout adapté sur nos machines) en jeu de plateau, un MOBA free to play pour tablettes et smartphones répondant au nom de The Witcher Battle Arena, un jeu de rôle papier avec The Witcher : Role Playing Game (hé… pourquoi faire compliqué ?!), et enfin, bien qu’il ne soit pas encore sorti, un jeu de carte en provenance directe de The Wild Hunt et appelé Gwent : The Witcher Card Game. Si l’on excepte le JDR, leur intérêt respectif est relativement moindre, et semble davantage faire partie du package de la machine à cash de la franchise.

Et là où l’on pensait qu’on en avait fini avec cette licence, voilà que l’annonce d’un film fut récemment faite, prévu a priori pour 2017. Si j’ai bien compris, il ne sera pas basé sur l’histoire des jeux vidéo de CD Projekt, mais sur celle d’Andrzej Sapkowski, et fera surtout office d’introduction à une future série. Une bonne nouvelle pour tous ceux qui ont encore faim de Gégé ! Espérons simplement que nous n’aurons pas droit à une énième faute de bon goût, ce qui n’est pas forcément gagné d’avance. Je dois tout de même avouer qu’une série The Witcher avec les moyens de celle de Game Of Thrones me ferait salement baver comme un clébard…

Histoire de vraiment faire le tour de The Witcher, sachez enfin qu’il existe… une école de sorceleurs. Ouais. Bon, OK, ce n’est pas une véritable école, mais The Witcher School est en quelque sorte un espace de Grandeur Nature, où vous pourrez, en tant qu’apprenti, apprendre à manier des arcs et des épées, mais également à… lancer des sorts (… digne des effets spéciaux de la première série télévisée !). Afin de développer comme il se doit vos compétences irréelles IRL, vous pourrez également y apprendre les rudiments de la survie, de l’herboristerie et de l’alchimie, en passant par la survie et la méditation.  Le tout se déroule pendant 48 heures en pension complète au milieu de la pampa polonaise, dans le Château Moszna (pas très loin de la République Tchèque). Je refroidis cependant les ardeurs des plus fanatiques d’entre vous ; vous ne passerez pas l’épreuve des herbes, et vous ne subirez pas de mutations.

Vous l’aurez compris, à l’instar du maroilles dans nos vertes contrées de France et de (Étienne) Navarre, The Witcher est devenu une institution en Pologne !

 

Comme vous pouvez le constater, ce pauvre Geralt De Riv en a donc vu de toutes les couleurs, et pour le meilleur comme pour le pire, ce n’est pas encore fini. Néanmoins, le succès commercial et financier de The Witcher 3 aidant, on peut s’imaginer que davantage de moyens seront octroyés pour de futures adaptations. Ne nous leurrons pas cependant, car, à n’en point douter, des bouses infâmes verront le jour en avançant masqués. Pour ma pomme, je me dis que si un jour un nouveau RPG devait voir le jour dans cet univers, j’aurais tendance à espérer qu’ils laissent croupir Geralt dans un coin avec Yennefer, afin que l’on prenne en main un sorceleur lambda dans lequel on pourrait plus aisément s’insérer. Un vrai jeu de rôle en somme…

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A propos de l'auteur : Toupilitou

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Un commentaire sur “The Witcher et ses dérivés”

  1. flofrost dit :

    « Où quand la fiction rejoint malheureusement la réalité. Derrière la volonté de l’auteur de décrire un univers imaginaire sombre, on retrouve également des réflexions sur notre monde à nous »

    Ouais, malheureusement les pogroms y en pas eu que dans la fantasy…

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