Mirror’s Edge

Mirror's Edge

En cette nouvelle année, placée sous le signe de la loutre, je vous offre un tour dans ma machine à remonter le temps. Huit ans en arrière, en 2008, paraissait un jeu qui était une petite révolution à l’échelle vidéoludique, et ce par bien des aspects. Nous avions eu des jeux de plateforme, des FPS, des jeux d’action et d’aventure. Et puis vint Mirror’s Edge, à la croisée des chemins de tous ces styles. Créé par le désormais reconnu studio suédois DICE, et édité par l’inconstant Electronic Arts, Mirror’s Edge nous propose une expérience unique. Ce titre qui, avant sa sortie, se contentait de menus teasers et autres buzz sur la toile a su se créer une communauté d’enthousiastes avant même sa sortie. Attente justifiée ou véritable camouflet, c’est ce que nous allons voir. C’est parti !

 

Ce qui saute aux yeux de prime abord : l’héroïne classique, affichant un tour de poitrine délirant et aux lèvres refaites, a été bannie de ce soft. Place donc à Faith, asiatique longiligne et athlétique, qui ne manque pas de charme, et à laquelle il est facile de s’identifier. Un coup de vent frais sur le stéréotype des héros de jeu vidéo. Bravo à DICE pour cette prouesse qui se raréfie.

Faisant partie de ceux ne voulant pas se soumettre à un état totalitaire, filtrant les informations et contrôlant tous les médias, Faith devient le moyen de transport d’informations sensibles, entre divers clients cachés dans l’illégalité la plus totale. Elle est ce que l’on appelle un « messager ».  De par son agilité féline, elle peut traverser la ville par les toits des bâtiments, environnement vertigineux où chaque faux-pas peut vous envoyer les pieds devant cinq secondes plus tard, une fois tombée cent mètres plus bas, au niveau de la rue. C’est dans ce contexte que prend place la trame de notre histoire.

A la suite d’un contrat quelque peu chamboulé par des policiers sur les dents, la sœur de Faith, se retrouve accusée de meurtre. Le jeu va donc nous amener à enquêter sur ce qui se cache derrière ce qui semble être une manipulation créée de toute pièce. Par qui ? Pourquoi ? Voilà les questions qui vont nous tenir en haleine durant toutes nos heures de jeu. Sans révéler plus de détails, le scénario, bien que parfois inconstant, ne nous amène pas à sauver le monde ni la galaxie, et c’est tant mieux. L’accent est ici mis sur les émotions que le scénario et les différentes péripéties nous insufflent tout au long de l’aventure, et cela a le mérite de fonctionner.

L’environnement urbain dans lequel le joueur évolue a été particulièrement travaillé, basé sur le fameux moteur UnReal Engine 3. L’esthétique globale est relativement sobre et épurée, usant de nombreux contrastes entre couleurs froides et chaudes, et d’éclairages spécialement conçus pour ce jeu. Ce design lui donne une patte que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, et qui lui donne une partie de son identité si singulière. Notons également des animations travaillées et fluides, pour le joueur comme pour l’IA.

Dès la cinématique de présentation du jeu, on se retrouve totalement immergé dans cette ville, voyant par les yeux de Faith la démesure de l’environnement dans lequel elle évolue, et ce qu’il est possible d’y faire. A part cette première cinématique, et celle de fin, toutes les autres, faisant intervenir de nouveaux éléments du scénario, ont été réalisée façon cartoon ; une idée qui ne plaira pas à tous mais que personnellement j’ai adoré, me remémorant une patte graphique à la Jet Set Radio.

Coté immersion, notons un fait rare dans les jeux vidéo : l’absence totale de HUD. Aucune information. Pas de jauge de vie, de carte ou de compteur de munition. Rien de tout cela ne nous encombrera, comme pour nous rappeler que Faith est comme nous, une humaine avant tout. Si elle est blessée, les bords de l’écran rougiront puis clignoteront pour nous signaler que la fin est proche, avant de se soigner automatiquement quelques secondes plus tard. Idem lorsque vous récupérez une arme, vous n’avez aucune idée du nombre de coups restants. Une idée qui vient corroborer le fait qu’on peut utiliser des armes dans Mirror’s Edge, mais que leur utilisation n’est ni encouragée, ni exempte de conséquences. En effet, selon l’arme que vous récupérez, les déplacements de Faith seront plus ou moins ralentis, du petit pistolet à la grosse mitrailleuse.

N’espérez donc pas sauter de toits en toits avec de pareils engins dans les mains. De même, lors de courses poursuites où les forces de police tenteront de vous appréhender à coups de taser, ou bien à balles réelles. Vous entendrez la respiration de notre héroïne évoluer crescendo, au rythme de la poursuite, où vous n’aurez plus que votre survie en tête. On se surprend parfois à vouloir faire une pause tellement Faith est essoufflée. Évitez quand même de trop vous arrêter, car lorsque vous vous retrouvez avec les forces de police quelques mètres seulement derrière vous, en entendant leurs bruits de pas et leurs somations, vous apprendrez vite le concept de la fuite en avant : en toute hâte, dans un niveau que vous ne connaissez pas, et qui n’est pas sans apporter une grande dose de stress au joueur. L’instinct de survie vous guide au long de ses phases éprouvantes.

Le level design de ce jeu fait d’ailleurs office d’un mètre étalon en termes de jeux de plateforme. S’il parait simple et linéaire au premier regard, il fourmille de possibilités différentes pour aller d’un point A à un point B, à différentes allures. Le jeu conserve certes un côté linéaire, mais profite quand même de plusieurs solutions possibles pour rallier le même point d’entrée et de sortie. Ce constat nous permet de considérer ce jeu non pas comme un enchainement de mêmes mouvements au gré de différentes parties, mais plutôt de pouvoir varier les approches selon son envie et son niveau de maitrise. Notons aussi que les niveaux sont souvent découpés en plusieurs morceaux : un morceau « énigme » où il faut trouver un accès ou une sortie qui n’a rien d’évident au premier abord, et un autre morceau où l’on se retrouve soit confronté aux autorités, soit à poursuivre quelqu’un. Également, les niveaux sont souvent un mélange de parties en extérieur où l’on peut fuir les affrontements, et d’autres parties en intérieur, où il faudra fièrement défendre sa vie.

Venons-en donc au gameplay. Il est à la fois simple et efficace. A l’opposé d’un jeu de baston, où vous devez apprendre par cœur l’enchainement de 60 touches pour réaliser votre action, les commandes du jeu sont simples et abordables. Il ne faudra que quelques minutes à un néophyte pour comprendre comment monter au-dessus de telle corniche ou glisser sous tel obstacle. Mais tout n’est pas si simple. Pour effectuer correctement vos actions, votre placement par rapport au décor et la gestion de la caméra est primordiale. Ainsi, si vous voulez monter au dessus d’un obstacle, faites-lui face et montez.

Si vous le regardez légèrement de côté, la même action aura pour conséquence de vous faire courir sur le mur sur lequel vous vouliez monter. Il faut donc réussir a maitriser à la fois ses déplacements avec le stick gauche, et son regard avec le stick droit. De plus, si vous devez réussir un enchainement de mouvements simples, il faudra être impeccable en terme de timing. Si certains passages s’avèrent frustrants au début, ils ne le restent jamais longtemps une fois cette notion intégrée. Notons que ce gameplay ne bénéficie pas de visée assistée ou autre. C’est à vous de faire ce que vous voulez faire.

Même si notre héroïne n’est pas un modèle de force brute, elle sait se défendre lorsque les choses se compliquent, notamment lors de combats avec la police. Faith peut combiner ses mouvements avec une attaque, ce qui donne un certain nombre de coups possibles, plus ou moins puissants selon les mouvements. Il est également possible de désarmer les ennemis si votre timing est bon. Lorsque vous arrivez au corps a corps, votre adversaire tentera de vous donner un coup avec son arme. Guettez le bon moment, et lorsque l’arme est affichée en surbrillance, vous aurez un instant pour appuyer sur la touche permettant de le mettre K.O, et par la même occasion de le désarmer. Faites toutefois attention, car Faith a beau être une agile combattante, elle n’est pas un char d’assaut, et tout combat a plus de un-contre-un se soldera souvent par un échec.

Ce paramètre rajoute du piment lors des affrontements, lorsqu’il faut choisir entre le combat et la fuite. Pour faciliter certaines de vos actions, en combat ou non, Faith profite d’un bullet time activable pour environ 5 secondes. Le jeu se met alors au ralenti et vous permet, soit de mieux vous préparer pour désarmer votre ennemi, soit, lors d’une action rapide, d’avoir plus de temps pour gérer la suite de vos mouvements. Notez que ce bullet time se réactive au bout d’un certain temps, mais que pour chaque combat, vous ne pourrez de toute façon vous en servir qu’une seule fois. Il faut donc l’utiliser quand la situation l’exige, ce qui en fait un choix stratégique. L’utiliser au bon moment pourra vous sauver de certaines déconvenues.

Un mot sur l’environnement sonore de Mirror’s Edge, que je trouve particulièrement immersif lui aussi. Les phases calmes de certains niveaux ne jouissent d’aucune musique, tandis que les « énigmes » en ont chacune une qui leur est propre, et il en va de même pour les différents affrontements et poursuites. L’ambiance de la ville est brillamment réalisée, ce qui nous enlève l’impression de ville vide, et les musiques sont parfaitement adaptées aux situations que l’on rencontre. Les bruitages sont aussi très réussis, entre le souffle de Faith ou ses cris de douleur, tout est bon ! Mention spéciale au doublage qui est parfaitement réussi.

Le jeu n’est pas jouable a plusieurs mais n’en reste pas moins offline pour autant. Il a le mérite de vous proposer, une fois le mode histoire parcouru, un mode contre-la-montre, où vous ferez chaque niveau de l’histoire, en réinventant chaque passage pour le finir dans le temps imparti. Également, le mode Parcours vous mettra en scène dans diverses sous-parties de niveau afin de pouvoir rallier différents checkpoints le plus rapidement possible. Rajoutez encore à cela que vos statistiques sont enregistrées et envoyées sur internet, et vous pourrez peut-être devenir le messager le plus rapide du monde !

Notez tout de même que le mode contre-la-montre n’a rien d’évident, et vous demandera de connaître le jeu relativement par cœur, alors que le mode Parcours vous demandera de maitriser intégralement le gameplay du jeu pour décrocher le meilleur score à chaque fois. Et pour avoir essayé – et ragé dessus – c’est extrêmement exigeant. Un bon point donc, qui vient rallonger la durée de vie relativement courte du jeu, car le mode histoire sera bouclé en moins de huit heures.

 

Pour conclure, l’on peut affirmer que Mirror’s Edge fait partie de ces jeux dont l’originalité fait passer ses éventuels petits défauts au second plan. En terme d’esthétique, de gameplay et d’ambiance, ce jeu gagne mes faveurs et reste pour ma part un must en termes d’expérience vidéoludique, qui n’a pour le moment pas été reproduit ailleurs. Petit bémol pour ce qui est de la durée de vie courte et au niveau du scénario, mais qui a au moins le mérite de répondre aux questions posées, et de faire une ouverture sur un deuxième épisode potentiellement trépidant.

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A propos de l'auteur : Ouega

Meeeeeeuh !

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