NIER

Nier n’est pas un RPG, et encore moins un J-RPG. Sorti en 2010 sur PS3 et Xbox 360, il a été lâché dans les bacs un mois après le fameux – et pourtant très médiocre – Final Fantasy XIII. Développé par Cavia et édité par Square Enix, l’éditeur semblait peu compter sur le titre des développeurs de Drakengard (… on a fait pire comme passif), et voulait certainement l’étouffer sous le coussin, sauf que désormais je peux rétablir la vérité. Oui, Nier n’est pas un jeu parfait, et souffre visuellement beaucoup de son développement chaotique, sauf qu’il – parlons en termes triviaux, mais amusants – étronise le jeu de Square Enix. Aujourd’hui c’est Nier, l’un des meilleurs jeux médiocres auxquels j’ai eu le droit de jouer !

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Nier est un jeu disponible sur PS3 et Xbox 360 uniquement, une version différente nommée Nier Replicant est disponible uniquement sur PS3, et importable depuis le Japon ; cette version a un intérêt narratif, les différences étant dans la nature du héros et sa relation avec Yonah. Cette critique ne parle que de la version destinée à l’international : Nier Gestalt.

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Ça se dit nir et pas nailleur, foutus français !

Nier n’est pas un RPG, ni même un J-RPG ; j’ai déjà dit ce qu’était un RPG pour moi et Nier n’en a que peu d’éléments. Par ailleurs, le genre du J-RPG est un abus de langage. Tu es un RPG ou pas, tu n’es pas plus un japan-RPG que Gothic un German-RPG. J’ai décidé de supprimer de mon vocabulaire les abus de langages en la matière, donc Nier c’est un jeu d’action / aventure. Voilà.

Maintenant que l’on sait que Nier n’est pas un RPG, on peut convenablement en parler. Il s’agit de la suite des événements finaux de Drakengard, mais le jeu joue la carte de la nouvelle licence. En ce sens, il se rapproche de la philosophie de monsieur Hironobu Sakaguchi, un homme de goût qui considère qu’une série ne doit pas nourrir ses suites des épisodes précédents et se doit donc de se renouveler à chaque itération, dans tout ce qu’il est possible de renouveler ; univers, mécanique de jeu, personnages… Mais la philosophie finira par être trahie par le très discutable Final Fantasy X-2, bien qu’à ce moment, Hironobu Sakaguchi est trop occupé à encore pleurer le funeste destin de sa série, en se repassant en boucle le rire de Tidus de Final Fantasy X, tout en comptant l’argent perdu dans le sympathique film Final Fantasy : Les créatures de l’esprit.

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Tidus’s laugh Final Fantasy X

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Effrayant, non ? Mais je Midgar, et nous parlons donc d’un jeu qui fait abstraction de son précédent épisode afin d’assurer une continuité tout à fait indépendante. Concept intéressant, et toujours pertinent quelle que soit l’initiative créative : faire un doigt d’honneur à cette horrible mode des suites qui tirent sur la corde, c’est cool. Et c’est pour cela que je partais avec un à priori positif du projet. Ça, et le fait que la presse ne sache pas trop quoi en penser, ce qui est toujours bon signe, voire très bon signe. Donc, Nier, dans ma tête, c’était devenu une petite obsession de le faire un jour ou l’autre. J’attendais ce jour avec impatience, incarné par le fait qu’il devienne rétrocompatible sur la One. Sauf que ce ne fut jamais le cas, et pas de signe encourageant d’une venue prochaine. Bon gré mal gré, je demandais à ma 360, vétérane de bien trop de milliers d’heures de jeux, de rempiler comme en 40 une nouvelle fois.

L’émotion de l’écran de lancement de la machine passée, et l’installation obligatoire pour la survie de mon lecteur CD endommagé, voilà ce qui me séparait de plusieurs constats : primo, la vidéo précédant le menu du jeu est bien mise en scène, bien rythmée, et met carrément en appétit. Deuzio : « les gars, c’est franchement laid votre jeu, vous n’avez pas honte ?« , me dis-je en regardant la cinématique d’introduction. Tertio : le système de combat est en temps réel, ce qui change des autres jeux japonais, merci. Mais avant de parler de tout ce qui a trait à l’histoire, je veux parler de ce qui ne va pas en premier. Parler de ce qui marche correctement en second, et finir sur ce qui fait de Nier, un jeu culte. Oui, j’annonce dès maintenant le statut du titre, qui ne sera pas un mystère pour celui qui s’y essaye.

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Tu es laid, le nier serait péché

Nier, mon cher ami, je sais que tu n’as pas eu trop le choix, mais tout de même, rappeler en 2010 que la PS2 est une console de 2001 n’est pas un bon moyen de te sauver les miches. Décors vides, textures baveuses, éclairages allant du bon au saturé… Comment décrire mieux Nier qu’en le qualifiant d’antique et dépassé ? Il est cela dit toujours plus beau qu’un Deadly Premonition sorti la même année, mais c’est un bien piètre compliment. Quoi qu’il soit, Nier n’est pas que laid, il est aussi la plupart du temps très peu inspiré dans la construction de ses zones ouvertes : vides, élargies sans grandes raisons… On dirait presque que le jeu s’est forcé à les mettre histoire de dire « je ne suis pas un jeu couloir !« .

Les animations en revanche, si elles ne sont pas exemptes de défauts, sont suffisamment travaillées pour donner à notre personnage une allure vive, faisant ressentir au joueur son agilité et sa force, quand vient à asséner les nombreux coups d’épées que vous aurez à distribuer. Des animations perfectibles que l’on opposera au travail remarquable qui a été fait lors des cinématiques, où le tout fonctionne très bien et donne lieu à des scènes très impressionnantes. Bien chorégraphiées et pas trop longues, les cinématiques s’avèrent bien moins intrusives que dans un Final Fantasy XIII qui les enchaîne, sans vraiment réfléchir à ce que le joueur veut faire, en l’occurrence, jouer.

Artistiquement parlant, c’est extrêmement variable. On passera difficilement sur le character design complètement… ignoble il faut le dire, et la tronche du héros qui nous fait regretter de ne pas pouvoir l’équiper d’un casque, la fille à moitié à poil et le bouquin… rigolo le bouquin, et rigolote la donzelle peu vêtue, parce qu’elle a la Tourette. Les environnements sont vraiment à la rue, et ce de manière constante, tandis que les boss sont superbes. Oui, la transition, je ne connais pas. Plus sérieusement, les combats de boss sont l’occasion de voir qu’il y a des artistes immensément talentueux chez Cavia, mais ils se réveillent uniquement lorsqu’il est question de faire des bébêtes jolies. Dommage, parce que l’univers de Nier aurait pu avoir une sacrée patte artistique, vu son ambition de départ.

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Un univers très étrange

Nier est un jeu post apocalyptique. L’humanité a été quasiment éradiquée, et seulement quelques individus ont survécu à la fin du monde. L’ennui est que ce même monde semble s’être relevé, voire même s’être sacrément organisé autour de quelques grandes communautés. Voire avoir quelques aises par rapport à la menace apparemment constante des ombres, si bien qu’une quête nous demande de retrouver un enfant qui est parti pour une autre ville en passant par une plaine… infestée d’ombres ? Mais… mais vous êtes quand même sacrément cons de laisser les portes de vos villes ouvertes si la menace est constante ? Puis vous avez la joie de vivre aussi les gars, enfin, c’est juste bizarre, mais j’imagine que dans ce genre de situation, ça fini par buguer là haut. Mais de là à me demander de vous trouver 36000 fruits / légumes / graines parce que vous en avez envie, faut pas déconner quand même !

Tout cela pour dire que côté sentiment pressant de menace et de danger, Nier se pose comme l’un des moins entreprenant de son genre. Si Fallout 4 manquait de lieux vraiment hostiles, jamais un PNJ ne m’a demandé de lui ramener des pastèques d’une ville lointaine parce que madame avait envie de pastèque. Tout ceci manque un peu de cohérence et de bon sens, mais étrangement, cela contribue à cette espèce d’atmosphère et « d’aura » qui entoure le titre. L’univers est vraiment difficilement crédible, mais l’attachement avec les différents protagonistes est réel et sincère, si bien que parmi la flopée de quêtes de coursier que nous inflige le titre, une poignée tire leur épingle du lot et parviennent à enrichir l’univers.

Cela ne veut pas dire que l’atmosphère ne sait pas s’avérer sombre, nullement. La seconde partie du titre est tout particulièrement macabre de ce côté, un peu trop d’ailleurs à bien y réfléchir. Le jeu ayant clairement l’ambition de vous faire pleurer à des moments clés de son intrigue, pas que l’ensemble soit mal exécuté – clairement pas d’ailleurs – mais il y a une impression de surjeu, de rentre-dedans dérangeant, qui n’empêche malgré tout pas l’histoire d’être intéressante.

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Une histoire classique au déroulement parfois surprenant

Si on est en face d’un énième sauvetage in extremis de l’univers, Nier s’offre quelques scènes osées, et diverses thématiques relèvent largement le niveau, en expliquant assez facilement le culte qui lui est prêté. Nier est un jeu japonnais, et cela, il ne nous en fait pas douter une seule seconde. Pourtant, à l’instar de quelques rares autres titres de nos amis nippons, Nier offre un ton qui sait surprendre. Propos adulte et assez bien amené, les thématiques traitées par le jeu sont assez couillues, mais encore faut-il arriver jusqu’au final pour les découvrir. Le jeu propose même aux plus courageux des joueurs de continuer après la fin, pour en découvrir jusqu’à quatre supplémentaires, approfondissant ainsi l’intrigue et amenant à de nouvelles conclusions plus complètes, bien que loin d’être nécessaires selon moi.

Côté histoire, on est donc effectivement dans le haut du panier. On est selon moi loin du niveau d’un Deadly Premonition, surtout en matière d’exotisme, mais force est de constater que Nier est bien écrit, et c’est déjà pas si mal lorsqu’on regarde ce qui se fait à côté. Surtout quand on sait que Final Fantasy VII est considéré comme « bien écrit ». Bon, là, je continue d’agrandir la liste des personnes voulant ma mort. Mais qu’importe, passons à la partie ludique de Nier.

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« Ouais c’est un action/J-RPg… » « ferme la. »

Dans Nier, comme dans beaucoup de jeux d’action / aventure, on frappe sur des machins, à l’aide d’épée à une main, d’épée à deux mains, et d’armes d’hast. « Dis Marcheur, c‘est quoi une arme d’Hast ? » Une arme d’hast est une arme, avec une longue allonge tel une lance ou une hallebarde. Elle se compose d’un manche, et d’une pointe ou d’une lame en son sommet. Avec ces trois classes d’armes, vous allez pouvoir enchaîner divers combos simplistes. Vous pourrez améliorer vos dégâts en montant de niveau (… qui ne vous laisse pas le choix de l’amélioration), ou en trouvant des bonus pour vos armes appelés qualitatifs.

Pour vous aider, vous aurez aussi une touche pour faire une roulade et pour sauter. Une jouabilité simple qui se complexifie avec l’ajout d’une poignée de sorts, ce qui pimente les affrontements. Loin d’être d’une faramineuse richesse en termes de mécaniques, Nier apporte quelques rafraîchissantes idées. La caméra du titre fait d’ailleurs une grande partie du travail ; vue de côté, vue du dessus, vue en troisième personne, la caméra s’accorde aux lieux visités avec pas mal de génie, et permet même de varier un peu l’action. Peu avare en idée un peu folle, le jeu intègre des mécaniques d’esquives assez poussées comme on peut en trouver dans les shoot’em up.

Cet ensemble d’idées, couplé à des boss aux stratégies et aux faiblesses très différentes, concluent un tableau plutôt mélioratif de l’ami Nier. Dommage que celui-ci nous fasse traverser les mêmes environnements sans honte, et propose aux joueurs de très nombreux aller-retour qui alourdissent le rythme, au risque de faire décrocher les moins patients. On pourra aussi noter un level design sans grand génie, qui aurait pu être de meilleure qualité, dans la mesure où les environnements ne sont pas bien variés. Reste que côté jouabilité, Nier est fluide, propose pas mal de petites idées intéressantes, et manie plutôt bien l’ensemble. Assez bien pour que l’on ait envie de conclure, quoi qu’il en coûte, les 25 heures ou plus qu’il a à proposer selon votre acharnement à atteindre le 100%.

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La raison du culte, c’est aussi…

Pas la peine de s’étendre là dessus. Nier a la plus belle soundtrack du jeu vidéo. Oui, c’est devenu un axiome depuis sa sortie, mais elle la bande sonore est proprement intouchable : belle, pleine d’idées fantastiques, jouissant d’une magnifique langue fictive, et l’intégration de musique diégétique dans le jeu rende celle de Nier absolument renversante. Conscient de l’importance d’un doublage réussi, les acteurs se sont donnés à fond pour un résultat très convaincant, et les bruitages ne sont pas en reste. Si vous voulez entendre plus de Nier, je vous invite à consulter cet article.

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Voilà, j’ai fini Nier et cette chronique. Et comme je le pensais, il s’agit bien de l’un des meilleurs jeux médiocres de la septième génération. Généreux et pertinent, il se traîne des grosses faiblesses et lourdeurs qui n’en font pas un jeu qui marquera son temps, mais un titre dont on se souviendra lorsqu’on lira son nom. Désormais, espérons que sa suite désormais officielle développée par Platinum Games étendra son univers vers de nouveaux horizons, et offrira un nouvel épisode plus abouti, mais toujours aussi singulier. Un titre hautement recommandable, cela va sans dire.

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Rédacteur de Loutrage aimant le jeu vidéo dans tous ses pluriels et appréciant tout particulièrement réfléchir sur le média.

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