Sherlock Holmes : Crimes And Punishments

Bien que Sherlock Holmes : Crimes And Punishments soit édité par Focus Home Interactive, et que le nom du studio de développement soit Frogwares, il n’a presque rien de français. En effet, l’équipe est localisée en Ukraine, bien que les fondateurs soient français, et ils sont soutenus par Focus depuis un peu plus de dix ans à la suite d’une précédente expérience malencontreuse avec d’autres éditeurs. Pour ma part, je les ai découverts sur cet opus de la série. Série qu’ils font vivre depuis maintenant quatorze ans ; à raison d’un opus tous les deux ans, j’ai finalement commencé par le dernier en date. Alors, qu’est-ce que cela vaut de rentrer dans la peau du so british détective ? C’est que nous allons voir ensemble. C’est parti !

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Crimes And Punishments, dont le titre provient du roman éponyme de Fiodor Dostoïevsky, permet donc de rentrer dans la peau de Sherlock Holmes, le célèbre détective résidant à Baker Street, et plus rarement dans celle du fidèle Watson, mais également dans celle de Toby (… son clébard, pour les trois cancres du fond). Nous devrons résoudre six enquêtes, sans absolument aucun lien entre elles. Bien que ce ne soit pas extrêmement dérangeant, j’avoue apprécier, dans ce genre de jeux, de pouvoir rentrer dans un enchevêtrement bordélique de faits, pour finalement arriver sur un événement qui devient de plus en plus clair au fur et à mesure des résolutions d’enquêtes. Ici, rien de tout cela donc. Au passage, sur ces six enquêtes, deux sont tirées de nouvelles écrites par Conan Doyle. Les connaisseurs seront donc légèrement spoilés à ce niveau-là – ce qui n’était fort heureusement pas mon cas !

D’un autre côté, il y avait tout de même de quoi varier les plaisirs ; cela allait du marin empalé dans la cabane de son jardin avec un harpon, un train qui disparaît mystérieusement en rase campagne, un archéologue tué en huis clos dans un sauna, un meurtre après cambriolage dans des maisons huppées, un vol de plantes exotiques, ou bien encore un double meurtre dont l’accusé est le frère de l’ami Wiggins (le Rémy sans famille local). Si l’on excepte les témoins et les suspects, et outre les compagnons de notre avatar de détective, on retrouvera certains personnages persistants, tels que l’inspecteur Lestrade, ou encore Mycroft, un agent des services secrets de Sa Majesté, davantage versé dans la politique que la justice – et accessoirement, son frère aîné.

Chaque enquête se décompose en plusieurs phases. Tout d’abord, l’inspection de la scène du crime ; Sherlock va avoir la possibilité de fouiner tout autour du meurtre. Comme il n’est pas n’importe qui, Môssieur Serlock dispose d’une vue extra-sensorielle lui permettant de repérer des indices éventuellement cachés, et d’ainsi faire des déductions. Et au cas où vous ne sauriez pas quand l’utiliser, et à défaut de toujours le laisser activé, une icône dans le coin supérieur droit de l’écran indiquera quand l’utiliser. Au-delà de prendre le joueur par main, cette fonctionnalité tue un peu l’aspect recherche. Soit. D’un autre côté, le mec que l’on incarne semble disposer de deux cerveaux extrêmement bien irrigués, donc on va prendre cela pour une justification ; le joueur n’a pas trop à réfléchir, car Sherlock est là pour ça !

Certaines phases feront directement intervenir Watson, lorsqu’une opération nécessite deux personnages ; mais pas de panique, vous serez encore une fois guidé pour savoir quand vous devrez l’utiliser. Il en va de même avec Toby, chien fidèle, lorsque vous souhaiterez suivre une piste nécessitant le meilleur flair de tout Londres, dixit son proprio. On suit alors une traînée colorée afin d’aider notre maître dans ses recherches, en aboyant une fois l’objet ou la cible retrouvée. A côté de cela, pour accéder au contenu de certains coffres, nous aurons affaire à un mini jeu de crochetage ; rien de bien compliqué, même si j’avoue m’être excité pendant de longues minutes sur l’un d’entre-eux. D’autres mini-jeux ponctueront les enquêtes, avec notamment le laboratoire de Sherlock Holmes, lui permettant de valider (ou  non) des hypothèses à travers des expériences pratiques.

Une fois que Sherlock a trouvé tous les objets intrigants, retourné le cadavre, et cherché des pistes dans ses archives, vient ensuite l’interrogation des témoins et suspects. Nous pourrons dans un premier temps détailler le physique et le look de notre interlocuteur, à la manière d’un profiler, afin de pouvoir exploiter certaines hypothèses lors de la phase de dialogue. On parcourt alors de haut en bas la silhouette, afin de décrypter le langage du corps, et il ne reste plus qu’à cliquer sur des détails lorsque le curseur passe en surbrillance. Là encore, on n’y laisse pas vraiment de neurones sur le bas-côté, mais la manière dont tout cela est présenté rattrape le tout ; je ne manquais jamais une occasion d’effectuer cette reconnaissance, car je trouvais cette phase vraiment très plaisante et bien réalisée. On en vient alors à poser des questions relativement neutres, pour ensuite rentrer dans des détails en fonction de ce qui nous est dit, ainsi qu’en fonction de ce que nous avons observé au préalable.

Lorsque votre interlocuteur est en train de pipoter, et pour peu que vous ayez fait les déductions nécessaires, il faudra appuyer sur une touche avant un temps imparti, afin de pouvoir lui rétorquer le bon argument – proposé parmi quatre propositions. En cas d’échec, il ne se passe… rien de particulier, mis à part que la scène recommence jusqu’à ce que nous choisissions la bonne réponse. A ce stade, j’avais déjà posé mon cerveau sur ma table de chevet, et cela ne m’offusquait donc plus guère. Une fois l’interrogatoire terminé, les indices trouvés, place aux hypothèses permettant d’arriver à au moins une conclusion. Un écran regroupe alors toutes les déductions, et cela permet d’associer différents faits, afin d’arriver sur une conclusion.

Quoi qu’il en soit, la conclusion qui apparaîtra ne sera pas forcément la bonne ; le nombre de conclusions différentes peut aller jusqu’à trois. Vous pourrez donc très bien inculper la mauvaise personne, après lui avoir envoyé dans les dents un argumentaire de folie… tout à fait faux ; vous pourrez donc envoyer un innocent directement à la potence ! Voilà enfin quelque chose qui me retenait sur ce jeu. Enfin une phase où le développeur décide de nous lâcher un peu la main ! A la fin de l’enquête, nous aurons d’ailleurs possibilité de nous spoiler afin de découvrir si nous avons trouvé la bonne conclusion (… ou pas). Pour les plus acharnés, en cas d’erreur, il sera possible de revenir à une sauvegarde juste avant la délivrance de notre conclusion, pour en choisir une autre si elle a été trouvée.

Enfin, une fois la conclusion choisie, il ne reste alors plus qu’à jouer le rôle du juge, à savoir faire preuve de clémence en ne délivrant pas vos conclusions aux autorités, ou bien d’être un chantre de la justice en balançant tout. C’est lors de l’enquête suivante que nous recevrons un courrier indiquant les répercussions qu’ont eu notre choix moral. Gadget, mais tout à fait bienvenu pour se sentir impliqué. Autre trouvaille tout à fait bien pensée : afin de faire office de temps de chargement pendant les trajets, et au delà de voir notre cher détective lire le roman de Fiodor Dostoïevsky dans une séquence animée, nous aurons la possibilité de parcourir notre carnet de notes, ainsi qu’effectuer des déductions. Bien que ces déplacements soient assez nombreux, le ressenti des temps de chargement est du coup clairement amoindri, car nous sommes occupés pendant ce temps là.

OK, vous l’aurez compris, Sherlock Holmes : Crimes And Punishments ne brille pas vraiment pour son gameplay révolutionnaire. Mais, fort heureusement, la narration, les doublages, la mise en scène, et la patte graphique s’en sortent admirablement. J’ai découvert un Sherlock Holmes tout autant timbré (limite antipathique) que génie, et même si je fais mon kéké depuis tout à l’heure à vous citer des noms d’écrivains, je n’ai lu aucun d’entre-eux. Bien qu’il soit un personnage archiconnu, je n’avais donc absolument aucune idée de la personnalité du détective ; je ne sais d’ailleurs toujours pas si elle est respectée, mais j’avoue avoir apprécié cet aspect, qui l’éloignait de l’archétype au profil un peu trop lisse qu’un héros peut souvent se voir affublé. Graphiquement, il y a un soucis du détail assez impressionnant, et j’ai eu quelques moments de contemplation intensive. J’ai d’ailleurs encore en mémoire les thermes romaines et le jardin zen. Un pur bonheur de ce côté-là, d’autant plus si l’on associe à cela les animations et les doublages qui sont d’excellente facture !

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Que penser finalement de ce Sherlock Holmes : Crimes And Punishments ? Eh bien, il s’agit tout simplement d’un bon jeu narratif qui saura aisément vous immerger dans l’atmosphère du Londres de l’époque Victorienne. Les différentes enquêtes sont suffisamment intéressantes, et les finitions du jeu bien réalisées, pour arriver à gommer les quelques défauts inhérents au gameplay. Il ne me reste plus qu’à espérer que Frogwares arrivera à lâcher la main du joueur pour la prochaine itération de la série, car s’ils y arrivent, je m’y replongerai clairement avec délectation !

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A propos de l'auteur : Toupilitou

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2 Commentaires sur “Sherlock Holmes : Crimes And Punishments”

  1. Photo du profil de redd redd dit :

    J’ai à peu près le même sentiment que toi sur ce jeu.
    Dans les 3/4 du jeu, on nous prend par la main et on n’utilise pas nos petites cellules grises. Un comble pour un jeu de détective ! Cependant les enquêtes restent agréable à suivre, et la partie déduction est une vraie réussite. C’est sympa de pouvoir se tromper (même s’il faut parfois le faire exprès).
    Dans le même genre, « the A.B.C. murders » sort demain ! Tiré du roman d’Agatha Christie.

  2. Photo du profil de Toupilitou Toupilitou dit :

    Ah bah merci pour l’info sur A.B.C. Murders ! Encore un autre jeu à écumer ^_^

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