Horizon Zero Dawn

Horizon Zero Dawn

Je joue en ce moment à deux gros jeux. Ils sont tous les deux très appréciés de la presse. La différence fondamentale qu’il y a entre ces deux jeux, selon moi, c’est que l’un n’apporte et n’aurait de toute façon rien apporté, et le second est d’ores et déjà un jeu qui marquera sa génération. Il est facile parfois de faire des plans sur la comète ou d’enterrer prématurément un titre qui ne nous a pas forcément plu, mais, aujourd’hui, pourtant bien conscient de son succès critique et commercial, je vais faire comme Toupilitou avec Dark Souls et le puits, sauf que moi j’ai d’autres arguments que me borner à jouer à un Souls like avec un clavier / souris.

 

Pourtant, tout commence plutôt bien avec une sublime composition de Joris de Man, qui envoie littéralement beaucoup de compositeurs en PLS. En effet, le monsieur ouvre le jeu avec un thème principal tout à fait iconique :

 

Joris de Man – Horizon Zero Dawn : Main theme

 

Ainsi, Julie Elven, qui a une superbe voix et qui a le bon goût de ne pas chanter sur de vraies paroles pour se reposer sur la seule beauté de sa voix… C’est très, très beau, c’est vraiment bien fichu, et l’air qui revient souvent dans le titre arrive à marquer quelques scènes du titre dans la mémoire. Jamais celles voulues, mais bon.

Parce que oui, si on commence par l’impact du titre sur la mémoire, sachez que mes souvenirs de Oubliable Zero Dawn sont tout aussi délébiles que mes souvenirs de Remember Me ; si ça c’est pas du troll bas de gamme de compétition… Donc, oui, Horizon Zero Dawn, c’est pas jojo, et je tenais à le dire dès le départ, parce que, paradoxalement, j’ai aussi beaucoup de respect pour le jeu de Guerrilla Games ; passer de Killzone à Horizon, y a quand même un bond créatif de fait, et un bond qualitatif aussi, mais c’est surtout une nouvelle licence. Donc, chapeau pour le risque et pour les cinq ans de travail, mais, malheureusement, ce que je vais écrire est particulièrement cruel : si c’est votre maximum, c’est bien dommage.

Mais commençons par ce qui fonctionne au mieux : oui, Horizon est beau. Mais genre, il est techniquement complètement fou visuellement. Les textures sont sublimes, les modélisations (mis à part celles des humains) sont ahurissantes, les effets de lumière sont une tuerie intégrale, on est renversé par la beauté du jeu de Guerrilla ; une claque au moins équivalente à celle prise par Killzone 2 en 2009. Mais… mais ? On doit faire avec des modélisations d’humains très malsaines, ainsi qu’avec des animations faciales robotiques et flippantes. On doit aussi faire avec des détails bien cracra pour économiser la mémoire graphique afin d’afficher tout cela dans un open world massif.

Oui, c’est complètement dingue de sortir ça sur une PS4. La version pro est même encore plus jolie que l’original ; c’est dire le boulot fourni. Mais… mais l’open world est terriblement et affreusement statique, tandis que les hautes herbes ne réagissent pas aux corps des personnages excepté celles qui servent à se cacher (syndrome Assassin’s Creed III). Il arrive cela dit parfois que les gros robots / animaux / dinosaures pètent des éléments du décor en vous fonçant dessus, et ça fait son petit effet, mais sinon, tout est cruellement statique.

Et c’est un peu l’histoire de la vie dans Horizon Zero Dawn : c’est beau, mais ça manque de vie, de naturel, d’âme, ce qui est très con pour un jeu dont le contexte est clairement centré sur un retour à la nature sauvage. Et ce défaut, bien qu’il n’en ait pas l’air, gâche beaucoup de la magie que le titre semble vouloir dégager. A force de vouloir être le plus beau de tous les open world, Horizon en est paradoxalement rendu à en être l’un des plus glacials, comme cet eau qui ne réagit pas au mouvement du héros, elle même figée par sa superbe plastique. Beaucoup se sont amusés à opposer le très médiocre techniquement Zelda : Breath Of The Wild et le jeu de Guerrilla, mais le fait est que Zelda a une vraie physique, de vraies intentions de gameplay dans sa construction, et beaucoup de vie.

Donc oui : c’est putain de beau, c’est vraiment magnifique, pourtant, passé la découverte, on fini par ne voir que ce qui ne va pas. Fort heureusement, Horizon Zero Dawn a un autre bel argument pour se vendre : le système de combat. Centré autour de son arc et de sa lance, les possibilités de gameplay du jeu sont assez restreintes. Reste que l’ensemble est très bien exécuté et force le joueur à apprendre à faire une chose primordiale : viser. Tout est question de point faible face aux adversaires dans le jeu de Guerrilla, et s’il est possible de s’en tirer sans toucher des points sensibles, il est hautement conseillé de le faire, d’autant que ces points sont assez évidents à repérer.

Si on passe sur le fait qu’il est grotesque que des flèches abiment une machine de métal ultra-solide (ou même une lance hein, c’est pas beaucoup plus plausible), les affrontements, tout en dynamisme et cascades en ralenti, sont diablement réussis, sauf en ce qui concerne les collisions. En effet, les ennemis étant énormes, esquiver leurs coups est souvent complexe ; le jeu offre donc une période d’invulnérabilité lorsque vous faites une esquive. Problème, et pas des moindres, cette période est drôlement courte et drôlement placée dans la routine d’animation de l’esquive, si bien qu’on a l’impression d’avoir à faire à un système aléatoire. Mais bon, le but n’étant pas d’aller au contact de la plupart des ennemis, vous serez le plus souvent loin, très loin d’eux.

Le combat à la lance est quant à lui très sommaire, avec un coup fort et un coup rapide. L’ennui est que l’animation est flottante et que le feedback est assez inexistant. D’ailleurs, c’est de ça que Horizon Zero Dawn manque le plus : de ressenti. Tout est mou, pas aidé par des animations certes détaillés, mais manquant cruellement de punch. Pour faire une petite comparaison un peu assassine vu que le titre que je vais citer a été bien secoué par la presse : dans Recore, les animations ne sont pas détaillées, ou peu, mais elles ont un impact important en termes d’effets sur le jeu. Résultat, il y a un feeling dans Horizon : c’est mou, un peu comme Killzone… Voyez le soucis.

Je ne m’épancherai pas sur les phases de plateformes balisées à la Uncharted qu’il faut définitivement bannir, parce que, PUTAIN, j’en ai marre d’être pris pour un gros trou du cul infoutu de jouer à un jeu vidéo. Les cordes jaune-pisse pour montrer que je peux grimper, et les rebords de plateforme blanc sur fond marron sombre histoire de montrer que je peux me suspendre… Mais bordel, arrêtez ! C’est bon. La démocratisation du jeu vidéo est passée, arrêtez de prendre les joueurs pour des abrutis ! Faites au moins une option pour supprimer ces choses !

On pourra aussi parler de l’IA des machines qui se démerdent bien, avec des routines d’attaques bien foutues. Néanmoins, les humains… c’est catastrophique. Sur l’échelle de la connerie, même les ennemis de Two Worlds II savaient mieux se défendre. Ils sont lents, très cons, et aveugles. Guerrilla, comment un studio ayant réussi à rendre des adversaires humains retors dans une série de FPS médiocre comme Killzone peut rater autant le coche pour un jeu en monde ouvert ? Ah oui, la console n’aurait pas supporté une IA poussée, vu que le jeu est déjà trop beau et lui fait cracher ses poumons.

Pour le système de progression et l’interface… vous voyez Far Cry pour l’évolution du personnage ? C’est exactement, strictement le même système, les mêmes arbres de compétence, j’en arrivais à prévoir les prochaines à débloquer tant c’est prévisible et Ubisoftien. Ahurissant. Et l’interface est une copie conforme de Far Cry Primal, juré, craché. Donc maintenant qu’on a planté le décor, sachez qu’il en est de même pour l’interface utilisateur qui fait terriblement pensé à celle d’un Assassin’s Creed Unity. La map est aussi étrangement semblable à la construction d’un Far Cry, et, comble de l’horreur, il y a des points de synchronisation révélant des emplacements de lieux sur la carte. Et non, ce n’est pas parce que ces points sont des espèces de diplodocus que ça rend la chose moins embarrassante.

Sinon, la carte est un genre d’Ubiworld une nouvelle fois, mais sans les dix mille collectibles à la con. Tant mieux. On ne se fera que peu à un world design pas fameux, et bien que j’ai déjà lu que la carte était exemplaire dans sa construction d’après certains sites de jeux vidéo : ce n’est pas le cas. Elle est visuellement variée, certes, mais le jeu n’a aucune science de la gestion de l’espace, il n’y a pas de verticalité, pas d’endroits au gameplay plus intéressant qu’un autre. C’est affreusement plat. Et cela met aussi en lumière un point assez triste : les critiques de jeux vidéo généralistes ne savent pas ce qu’est un bon open world. C’est beau, c’est assez plaisant de découvrir des panoramas, mais ramasser de l’équipement n’est jamais vraiment plaisant (il faut dire que le craft est à l’image des jeux Ubisoft : balisé et sans intérêt passé dix heures de jeux), et, globalement, on ne progresse pas, on n’améliore que peu son personnage, on n’a pas de sentiment de progression ; on arrive vite au point où l’on n’a plus grand chose à apprendre.

D’autant plus dommage que le jeu offre pourtant un contenu assez impressionnant, avec beaucoup de quêtes secondaires et activités annexes. Malheureusement le tout souffre d’une mise en scène plate, d’une écriture très sommaire, voire facile. Seule la quête principale livre son lot de moments de grâce et mérite le détour. Dommage pour un jeu qui aimerait inviter à l’exploration mais n’y arrive pratiquement jamais, si bien qu’on fini par suivre les indicateurs de quêtes… Ou pire : l’équivalent de la vision du détective de Batman Arkham ou celle du sorceleur dans des phases d’enquêtes balisées. C’est à ce moment précis que l’intérêt du joueur pour le titre est au point mort.

Et c’est là tout le problème. Horizon Zero Dawn semble avoir les moyens d’être celui qu’on attend de lui, mais il y a toujours un mais : il y a toujours un moment de vide existentiel où le jeu ressemble davantage à un parc d’attraction à thème qu’à un monde réellement vivant. Horizon, c’est aussi beaucoup de murs invisibles, un souci de rythme, un univers à la fois unique, mais aussi intensément ennuyeux car prévisible. Horizon n’est qu’une belle plastique qui s’embellit de fulgurances et de ses affrontements réussis, mais globalement, on n’en retire rien. Triste destin pour celui qui croyait être une révolution et une nouveauté, alors qu’il a fini par avoir la saveur des jeux Ubisoft les moins passionnants du marché.

 

Alors, est-ce qu’on est en droit de passer à côté ? Oui, évidemment. Mais est-ce qu’il s’agit d’un mauvais jeu ? Pas du tout. Il est même plutôt bon, mais là où on aurait pu imaginer y voir une nouvelle IP pleine de fraîcheur, il n’a que sa plastique, son héroïne au physique et au bagout remarquable, et ses combats pour se différencier, le reste est tristement et terriblement dans la norme. Guerrilla a eu le courage d’essayer autre chose. Toutefois, si l’essai comprenait l’idée de reprendre tout ce qui se faisait ailleurs depuis bientôt dix ans, sans doute aurait-il mieux valu pour eux de créer l’univers, créer l’esthétique, développer le monde du jeu, et de laisser faire le reste par des personnes plus compétentes. C’est triste à dire hein, mais pendant tout le temps où j’ai joué à Horizon : Zero Dawn, je ne pensais qu’à une chose : la libération que cela serait quand j’en aurais fini, car j’y avais finalement déjà joué dix fois, à cette nouvelle licence.

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A propos de l'auteur : Marcheur

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

6 Commentaires sur “Horizon Zero Dawn”

  1. Qwarrock dit :

    j’aimerai, moi aussi me faire ma propre opinion sur ce jeu (entre le ultra positif de JVC et le mitigé de GK (ne pas voir que la note) ou Loutrage…)

    Hélas le jeu n’est pas dispo sur PC…

    Je n’ai pas de console, je n’ai de toute façon pas de télé.

    • Marcheur dit :

      Bah c’est un fantastiquement bel Ubiworld avec un système de combat qui fonctionne diablement bien contre les petits ennemis, déconne contre les gros, avec des quêtes qui peuvent paraître variées mais non et une quête principale plus accrocheuse.

      Le reste c’est du déjà joué, même l’univers n’est pas si original quand on fait la somme on a déjà vu ça ailleurs, mais l’enrobage fait l’affaire le temps d’une vingtaine d’heures… maintenant je vais aussi dire que j’ai joué à tous les assassin’s Creed, et malgré la disparité entre la qualité des épisodes, je les ai presque tous finis… je n’ai pas réussi à finir Oubliable Zero Fun.

      Après je suis sûr que des gens adorent, mais ils ont juste pas les mêmes envie que moi, moi les jeux comme Horizon ça me branche mais plus du tout, par exemple un jeu comme Elex qui a pourtant vingt fois plus de défauts trouve grâce à mes yeux parce qu’il a de fantastiques qualités qui font écho dans mon coeur de joueur. C’est avec des jeux comme Horizon qui sont globalement des titres carrés, que je me rends compte à quel point la sensibilité de chacun peut transformer un étron renommé comme Vendetta Curse of the Raven’s Cry en agréable expérience attachante pour ma pomme. Drôle de monde.

  2. Qwarrock dit :

    après, même si j’aime les jeu plus hardcore (à la Super Meat Boy, dark souls, spelunky… etc.) j’aime aussi beaucoup les jeu que tu appelle Ubiworld.

     

    Je ne peux juger celui-là (malheureusement) mais pour les Assassin’s Creed et autre Far Cry je suis un très bon client. smile

  3. flofrost dit :

    Après, le fait que ce soit un Ubiworld, ce n’est pas vraiment dérangeant, le soucis c’est qu’à en croire certains commerciaux testeurs ce jeu il a réinventé la roue. Le soucis, c’est que finalement, aujourd’hui une fois la hype passée, ben il est quasi retombé dans l’anonymat car il n’invente rien, il est juste plus beau que les autres, et au final ça n’aura pas duré longtemps puisque vraisemblablement AC Origin est au minimum au même niveau graphiquement parlant. Soyons clair, ne rien inventer, ça n’en fait pas un mauvais jeu, en revanche cette com mensongère, perso moi j’en peux plus, et c’est à cause de trucs comme ça que Sony m’insupporte.

    Par contre tu auras la chance d’y jouer sur pc si tu le veux vraiment puisque Sony se prépare à rendre des jeux PS4 dispo avec leur PSnow, et je pense qu’il en fera parti.

    • Qwarrock dit :

      Réponse un peu HS et un peu « my-life » : en adsl 2+ le cloud-gaming est des plus limité… A réserver plutôt pour la fibre/cable/4G.

      Pas injouable mais guère confortable.

  4. flofrost dit :

    Je sais ce que c’est d’avoir une connexion moisie, en revanche les têtes pensantes de Sony ou autre ils ont oubliés sorry

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