Remember Me

Lorsque le studio frenchy Dontnod nous a livré un jeu se déroulant dans un Paris futuriste, cela a suscité de la curiosité. Le fait que le personnage principale soit une héroïne éloignée des stéréotypes de la bombasse un peu cochonne sur les bords, également. Mais quand en plus, ils proposent des éléments de gameplay originaux, là on ne demande plus qu’à voir. Remember Me tient-il toutes ses promesses ? C’est ce que nous allons voir ensemble. C’est parti !

 

L’univers qui nous est présenté est une contre-utopie. Cette dystopie prend place à Neo-Paris, en 2084, où une entreprise, Memorize, est en situation de monopole sur un produit bien particulier : grâce à la technologie Sensen (Sensation Engine) via un implant neuronal, elle nous propose de faire mumuse avec nos sensations, nos souvenirs et la réalité augmentée. Certaines personnes sont même devenues capables de modifier des souvenirs.

Même si le principe de base était bienveillant, à savoir pouvoir effacer d’une mémoire des événements traumatisants, cela a progressivement dérivé sur des pratiques douteuses et tyranniques, grâce à du pognon bien placé auprès de politiques arrangeants. Faute de suivi médical et d’encadrement sur l’utilisation du Sensen, les bas-quartiers de la ville sont rapidement devenus des repaires de junkies d’un nouveau genre, ainsi que de mutants humanoïdes très agressifs, avides de souvenirs, et photophobes : les Leapers. Avouez que le pitch de ce jeu fait déjà, avant même que l’on s’en approche, bien envie !

Nous commençons l’aventure avec Nilin, une activiste anti-Memorize, pro du vol de souvenirs, alors qu’elle vient d’être emprisonnée dans une version glauque et futuriste de la Bastille. Elle est à moitié shootée  et avance dans la file de prisonniers telle une zombie, car, comme eux, ses souvenirs ont été effacés. Mais voilà, un mystérieux activiste, Edge, prend contact avec elle via son Sensen afin de l’aider à s’enfuir, ainsi qu’à reconstituer peu à peu sa mémoire. Une fois sortie de cette prison, elle va se retrouver légèrement perdue dans ce Neo-Paris, sans souvenirs, à devoir se fier à un activiste énigmatique dont on ne sait rien, et qui nous demande d’effectuer aveuglément des actions moralement douteuses.

Nous voilà dans le bain ; à qui pouvons-nous réellement nous fier ? Pendant que l’on se pose ces questions, en avançant, on découvre les décors magnifiques de cette ville futuriste, où l’atmosphère de la ville basse, relique de l’ancien Paris, entre crasse et taudis tagués, déborde de caractère. Et toujours, au loin, on a ce visuel sur la ville haute, avec des quartiers resplendissants et proprets. Par contre, nous ne savons rien de l’histoire de cette nouvelle ville, et comment elle en est arrivée à cet état. Quoi qu’il en soit, on reconnaît aisément certains vestiges, tels que la Tour Eiffel ou le Sacré Cœur.

En termes de gameplay, il existe plusieurs phases : celle de plateforme où Nilin progresse le long de map en mode couloir, celle de fights en mode beat’em all très punchy, et celle d’énigmes où Nilin explore et modifie les souvenirs de ses cibles. En effet, ici je parle bien de progression, et non d’exploration, car notre héroïne ne pourra pas se balader partout où elle le souhaite. Elle n’aura que la possibilité d’avancer dans des successions de couloirs. A défaut, je me suis concentré sur les détails de ces fameux couloirs, des arrière-plans, et de la direction artistique en général qui, il faut bien l’avouer, est foutrement bien pensée. Mais voilà, rapidement, nous devons sortir d’un mode contemplatif pour gérer des combats. Et laissez-moi vous dire qu’ici encore, nous avons un système original et dynamique !

De base, vous avez possibilité d’esquiver – et non de parer car Nilin a la carrure d’une crevette, de mettre des coups de poing, ou des coups de latte. Avec cette base, vous pouvez créer des combos dont on peut choisir à loisir l’ordre des coups et leurs effets ; créer un combo spécialisé dans la dévastation, ou bien un qui permettra de récupérer de la vie, ou bien encore un autre mélangeant tous ces effets. Nous pouvons donc adapter le style de combat de Nilin en fonction de notre façon de jouer, mais également en fonction des adversaires rencontrés. Pendant les phases de combats contre les boss, il y a aussi quelques QTE par-ci par-là, mais rien de traumatisant finalement. A noter tout de même que la caméra se comporte parfois de manière hasardeuse lors des combats, pouvant complexifier l’issue dès lors qu’il y a de nombreux adversaires à affronter.

Au fil de la progression de l’histoire, nous pourrons également découvrir un des talents de notre voleuse de souvenirs : la modification de ces derniers afin de modifier les attitudes de ses cibles, de la manipulation mentale pure et dure. Cette phase, appelée Memory Remix, est très plaisante. Nous voyons dans un premier temps la séquence du souvenir se dérouler telle qu’elle a existé. Une fois fait, nous pouvons rembobiner ledit souvenir, le passer au ralenti, le mettre en pause, en repérant tous les éléments pouvant servir à élaborer un nouveau souvenir. A partir de là, il nous faut expérimenter afin de trouver le bon enchaînement logique nous permettant d’arriver à nos fins ; tous les éléments présents ne sont pas nécessairement utiles, quand ils ne vous éloigneront pas tout simplement de votre objectif.

J’avoue avoir été séduit par ce concept, totalement imbriqué dans l’univers et cohérent avec le scénario. Par contre, étant un joueur PC avec un bon vieux clavier / souris, il est clair que cette phase a été pensée pour être jouée à la manette ; rembobiner un souvenir, ou mettre sur pause, uniquement à la souris est parfois hasardeux, notamment lorsque vous devez arrêter la séquence sur une seconde bien précise. Mais bon, à force d’acharnement, on finit par y arriver tant bien que mal. Quoi qu’il en soit, aussi plaisantes que soient ces phases, elles sont malheureusement peu nombreuses.

 

Et c’est justement là que le bât blesse ; beaucoup de personnes ont reproché la linéarité du titre, ou le fait de ne pas pouvoir interagir avec la mémoire de qui nous avons envie. Mais j’ai envie de dire qu’il ne s’agit pas là d’un RPG, et rares sont les beat’em all mettant l’accent sur l’histoire. Alors, certes, même si Nilin n’est pas une grande philosophe, Dontnod, avec Remember Me, a au moins eu l’audace de pondre un récit basé sur une dystopie des plus intéressantes.

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A propos de l'auteur : Toupilitou

Loutre hyperactive et webmaster de http://www.loutrage.fr

Un commentaire sur “Remember Me”

  1. redd dit :

    ll m’a fait penser à tous ces films qui partent d’un super pitch, d’une idée originale (le dernier en date : Lucy… ou encore avant Time Out) mais qui se réduisent finalement à de l’action, et peu d’exploitation du concept.
    Mais j’ai passé un bon moment, le système de combat/combo est quand même marrant. Et l’écriture reste de qualité, je partage donc votre avis sur ce jeu.

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