Dragon Age : Inquisition

Dragon Age Inquisition

Bioware, c’est Rome. Bioware, ça a été une boîte de fous furieux. Le genre de studio dont même si tu n’aimes pas les productions, tu les respectes. Bioware, c’est Baldur’s Gate 1 et 2, Neverwinter Nights, Star Wars : Knights of the Old Republic, Jade Empire, Mass Effect et Dragon Age : Origins ! Tous sont des titres qui donnaient envie de continuer à s’adonner aux jeux vidéo et de croire en son avenir. Puis, vint le rachat par Electronic Arts, et des titres à la qualité plus discutable sortirent : Mass Effect 2, bon jeu reniant son héritage de jeu de rôle, et Dragon Age 2 avec beaucoup de bonnes intentions gaspillées par manque de temps et de moyens. On avait encore droit d’y croire, ou tout du moins, j’avais encore droit d’y croire. Puis, sortit Mass Effect 3, toujours plus bourrin et moins intéressant, sublimé dans sa médiocrité par un final hilarant de stupidité. Et enfin, Dragon Age : Inquisition, vendu comme un retour aux sources, un open world magnifique, un jeu à nul autre pareil, sortant sur toutes les plateformes, ou presque.

 

J’avais envie d’y croire, j’étais à fond dedans, j’ai même pensé avoir eu raison d’y croire durant les 20 premières heures… Que la sélection naturelle fasse d’Electronic Arts la prochaine disparition d’éditeur dans cette industrie ! Que tombe cet immondice, car je ne peux être qu’atterré par ce qu’est devenu Dragon’s Creed : MMO Offline Inquisition (DCMOI). Que s’est-il passé en plus de trois ans pour qu’on nous offre une pareille chose ?

 

En préambule, je tiens à préciser que je ne vais pas être tendre du tout avec DCMOI ; je lui en veux énormément, même si je lui reconnais des qualités évidentes. Mais, en fan des deux premiers épisodes (… oui, même le second), je ne peux pas accepter ce qu’est devenu Dragon Age. Et je pense sincèrement que tout amateur des premiers opus, ou même de RPG narratif, ne peut décemment pas cautionner un tel massacre. Le mot est fort, mais vous allez peut-être vous rendre compte après lecture de cette critique en quoi, pour ma part, ce titre fait honte à son nom, et fait honte à son illustre développeur.

Le jeu est beau, je ne peux pas le lui enlever. Malgré un aspect plastique dans la végétation, un certain manque de constance dans la direction artistique, il faut lui rendre sa beauté. Déjà, techniquement, le jeu ne fait pas honte à la Xbox One et la PS4. C’est propre, les textures sont belles, les effets très réussis, les zones vastes, les personnages correctement modélisés. Ajoutez à cela des environnements variés et parfois artistiquement très réussis, et vous vous retrouvez avec quelque chose de beau. Purement et simplement, il n’y a pas à cracher là-dessus. Si vous aimez vous balader dans de chouettes environnements, cela peut être sympathique.

Les doublages sont eux aussi réussis, et c’est une habitude avec la série ; le ton est bon et, globalement, l’ensemble est bien joué. Il y a bien quelques rares exceptions, mais pas de quoi le noter. Par contre, la mise en scène des dialogues a énormément perdu ; la caméra utilise toujours le même angle et ne fait aucune petite folie. Les cinématiques, fort heureusement, s’avèrent assez bien réalisées. Pour ce qui est des musiques, je les ai écouté en dehors du jeu. Elles sont bonnes, mais vous ne les entendrez pas lors de vos sessions, car le mixage sonore met beaucoup trop en avant les bruitages, d’assez bonne facture soit dit en passant.

Maintenant parlons de ce qui nous conduit à naviguer dans ce monde apparemment très joli. Le scénario, l’univers, la narration ; tout ce qui fait le sel de Dragon Age avec les combats tactiques. Eh bien, comment dire… Le scénario est correct dans les 20 premières heures, comme évoqué précédemment, jusqu’à ce que vous fassiez l’acquisition d’une forteresse. Après ? Eh bien après, je ne sais pas trop, parce que j’ai passé 35 heures à essayer de percevoir là où voulait en venir le jeu, à me faire explorer jusqu’au plus parfait écœurement ces zones remplies de vide, afin de me faire débloquer des missions pas beaucoup plus intéressantes. Alors qu’est-ce que j’ai fait ? Ce que je n’ai encore jamais fait dans un jeu de rôle : j’ai tout bonnement arrêté de jouer.

Dragon Age Inquisition se donne les moyens d’être rythmé dans quelques missions principales. Si le mélange entre missions scénarisées et contenu bac-à-sable fonctionne correctement au début, il devient absolument ignoble dans la seconde partie. Le jeu ouvre alors au moins cinq zones gigantesques, libres, en nous invitant à les explorer afin d’y récolter X plantes, planter Y drapeaux, récupérer X’ lettres, résoudre Y’ missions qu’un abruti de personnage complètement statique vous donnera afin que vous récupéreriez une cuillère qu’il aurait perdu dans une grotte, évidemment remplie de monstres. Je caricature, certes, mais dans le fond, pendant environ 200 heures (… vu que les développeurs disent que c’est la durée de vie de leur torchon) vous allez répéter les mêmes choses. Jeu de l’année 2014 ? Sérieusement ?

Le jeu n’est pas mauvais au niveau de son écriture et de son scénario, mais tout est tellement dilué, noyé sous une tonne de contenu inutile, juste histoire de dire “mais si, il y a quelque chose à faire dans cette région”, qu’on ne peut pas ne pas le remarquer. Dragon Age : Inquisition est le plus grand auto-sabordage auquel j’ai eu le droit de jouer depuis bien longtemps. Comment autant d’argent – et de talent – ont pu être gaspillés là dedans ?

Car il n’y a pas que cela ; l’histoire s’ancre dans un univers complexe. Avoir joué aux anciens opus est le minimum afin d’en comprendre le contexte. Mais, le jeu demande aussi au joueur de s’investir dans la lecture d’un codex rempli de centaines d’entrées. Qui a envie de lire pendant deux minutes à un intervalle de jeu de cinq minutes ? La lecture se doit d’être un complément au scénario, pas ce qui l’explique. Faites nous jouer aux évènements, et ne nous les faites pas lire. Nous ne sommes pas dans un livre, mais dans un jeu. Vais-je infliger une demi-heure de lecture dans mon film qui va durer une heure et demi ? Non, parce que je fais du cinéma, pas de la littérature, alors faites nous du jeu vidéo, par pitié !

Alors maintenant parlons du gameplay, même si je n’en ai aucune envie. C’est un brouillon, c’est un bordel infâme. Le jeu se veut permissif, laissant les joueurs amateurs de jeu tactique jouer tactique s’ils le veulent, et les joueurs amateurs d’action jouer action. Le problème est que le côté tactique du jeu fonctionne moins bien que celui du premier épisode de la série, et que le penchant action fonctionne moins bien que celui du second. On se retrouve alors avec un système de combat en pleine crise d’identité, et qui ne fait vraiment rien de bien.

Car la “caméra tactique” (… mon dieu, quelle horreur) se coince dans le décor et ne le survole pas ! Imaginons ;  vous voulez donner l’ordre à Solas de se mettre sur une falaise parce qu’il est un combattant à distance. Et bien vous serez obligé de trouver une voie d’accès à la falaise comme si vous jouiez le personnage à pied afin de lui donner l’ordre d’y aller. C’est fastidieux à en mourir, ça ne fait que ralentir plus encore le rythme de l’action, et dégoûte de ce mode de jeu. Si l’on ajoute à cela la tendance assez frustrante de vos personnages à ne même pas obéir aux ordres que vous leur donnez dans 25 % des situations, plus le fait qu’ils ont tendance à faire n’importe quoi dès qu’ils entrent en contact avec un élément de décor… Bref.

Et pour le côté action, eh bien… Enfin, comment dire, disons que c’est mou. Le voleur est le combattant qui donne le plus vite des coups, mais ceux-ci n’ont absolument aucun impact, manette ou clavier / souris en main. Et ce mode n’est pas épargné par les problèmes de collision. Pourtant le système de jeu est riche, très riche. Beaucoup d’équipements différents, énormément de compétences, un craft fourni (et fouillis)… Globalement dans le fond tout est là pour que cela fonctionne, mais rien ne marche, parce que ce jeu a un grave problème : il veut plaire à tout le monde.

Vous voulez des zones ouvertes ? En voilà. Vous voulez des dialogues ? En voilà. Vous voulez de l’action ? En voilà. Il propose tout ce qui est possible et imaginable pour un RPG, et ne fait pourtant rien de bien, et ne propose rien de neuf. Il est creux, à l’image du contenu de ses zones ouvertes. Il est creux de partout. Frappez sur le boîtier, ou sur votre écran, cela sonnera creux. Le jeu n’a aucune âme. Aucune identité. C’est un pur produit de commande, comme si Electronic Arts, voyant le succès de Assassin’s Creed, avait demandé à Bioware de travestir sa licence. Et cela ne marche pas.

Ah ! Et tant qu’on y est : le world design est ridiculement mauvais. On se croirait dans un parc à monstre sans aucun soucis de bien faire les choses. Les choix que vous ferez en jeu n’auront que très très peu de conséquences. Alors oubliez l’idée de recommencer une partie, sauf si vous aimez vraiment la jouabilité du titre….. Ce qui ferait de vous quelqu’un de très peu exigeant. D’ailleurs, en parlant d’exigence, l’interface sur consoles s’avère réussie, et celle du pc est un désastre. Il y a plus de raccourci pour les objets et compétences sur une manette que sur un clavier. Donc, selon Bioware : 16 boutons > 118 touches. Bien les gars, bien.

En gros, je résume : beaucoup de contenu, mais très peu intéressant. Un nombre important de possibilités de personnalisation, desservi par un système de combat bancal. Une histoire paraissant intéressante, mais qu’on fini par perdre de vue tant on nous force à faire des choses futiles pour progresser. Un grave manque d’identité, et globalement, le sentiment de jouer à un Dragon Age qui essaye de refouler sa propre personnalité. Eh bien j’appelle cela une sombre daube. Un spectaculaire gâchis. Car, quand on n’arrive même plus à faire valoir ses qualités – pourtant évidentes – et qu’on met en avant ses pires aspects que sont les combats et l’exploration – tous deux aussi creux l’un que l’autre, eh bien on devient à mes yeux non pas un jeu vidéo, mais une création bâtarde, avec comme seul objectif de satisfaire le plus de personnes. Sauf qu’il est de notoriété publique qu’être quelqu’un qui veut plaire à tout le monde, c’est être certain qu’on ne plaira à personne.

Je m’explique mal le relatif succès du jeu ; il doit plaire aux amateurs des jeux types Ubiworld, qui aiment avoir beaucoup de choses à “faire” dans un jeu. Ou encore les gens qui aiment jouer aux MMO, mais ne s’investissant pas dans ces jeux pour les autres joueurs, mais pour y jouer tout seul. Ce sont les seules raisons qui pourraient m’expliquer sa popularité. Quand aux notes qu’il a reçu venant de la presse mainstream, je sais qui est le géant économique qui l’a édité, et je vous laisse donc tirer vos propres conclusions sur ces tests dithyrambiques…

Je ne voulais à l’origine même pas écrire sur ce jeu, parce qu’au final, il y a peu de choses à en dire : il est beau, il est rempli de vide, et globalement, il n’a aucune personnalité. C’est une création dont la simple existence me désole. Je ne pensais pas que Bioware, studio que j’affectionnais énormément, tomberait si vite dans le piège de la facilité. Créer un jeu surfant sur la mode des open world, qui en est un uniquement pour l’argument marketing, ne ressemble pas à un studio habitué à raconter des histoires, et des bonnes qui plus est. Même si leurs scénarios étaient classiques, prévisibles, ils gardaient une saveur, un parfum d’authenticité qui leur permettait – ainsi que la patte Bioware – de faire de leurs jeux des bons titres. Et constater une telle déchéance venant d’eux…

 

Dragon’s Creed : MMO Offline Inquisition ne mérite sûrement pas l’investissement en temps et en argent qui vous pourriez y mettre, sauf si vous aimez Assassin’s Creed pour son gameplay, et si vous aimez jouer aux MMO tout seul. Pour ma part, Bioware vient de pousser le plus triste chant de cygne que j’ai eu le droit d’entendre venant d’un studio si talentueux. Et croyez-le ou non, je suis triste d’avoir écrit tant de mots pour dire à quel point leur dernière production est mauvaise à mes yeux, et sans intérêt autre que de constater que l’industrie du triple A va mal, très mal.

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A propos de l'auteur : Marcheur

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

2 Commentaires sur “Dragon Age : Inquisition”

  1. flofrost dit :

    C’est à quelques détails près exactement mon ressenti malheureusement.
    Quand j’ai vu EA se pointer, j’étais pas confiant pour la suite, mais jamais j’aurais imaginé qu’un tel studio puisse tomber si bas, et surtout si vite…

  2. Toupilitou dit :

    Et c’est quoi les quelques détails en questions ? smile

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