Plaisir Coupable : Masse Infecte Andromeda

Plaisir Coupable : Masse Infecte Andromeda

A la question « Est-ce que tu aimes Mass Effect ?  » , je répondrais poliment que j’apprécie Mass Effect, mais sans pour autant vouer un culte à la trilogie. J’aime y jouer, certes, mais je lui préfèrerais toujours un Dragon Age : Origins, voire même le 2. Triste vie. Quand Mass Effect Andromeda sort, je n’en attends rien de plus que ce qui a déjà été dit sur Dragon Age : Inquisition, c’est à dire une série qui s’adapte à un marché plus qu’une série qui évolue dans sa propre formule et sa vision. Donc, quand vient la polémique, je m’en tiens loin, à regarder la mêlée et le pauvre Mass Effect Andromeda se faire fracasser la gueule à coup d’ustensiles divers et variés. Si bien qu’à la fin, Electronic Arts, fidèle à lui-même, colle un pruneau dans la tête de la série et de ce soft-reboot, au même titre qu’un certain Mirror’s Edge : Catalyst que l’humanité à d’ores et déjà oublié.

J’ai relevé le corps de Mass Effect Andromeda, rendu vivotant grâce à son multijoueur et à son mode solo plus que largement basé sur l’exploration de vastes zones, histoire de tirer la durée de vie vers le haut et la qualité vers le bas. J’observe un peu l’animal, je m’y reprends à trois fois pour accrocher à l’expérience, et je vous offre mon humble point de vue sur un jeu qui a été développé en dix huit mois… Ouais, ça change la perspective de savoir combien de temps il a eu pour voir la lumière du jour.

 

Mass Effect Andromeda, c’est une âme massacrée dans un corps relativement bien foutu, mais aux multiples cicatrices raccommodées à la va-vite. Le bilan est sans détour : ça porte les stigmates d’un développement conceptuel chaotique, dont on a jeté le superflu pour garder l’essentiel et, pressé par le temps, conçu rapidement un produit inspiré de son modèle idéologique dont il ne garde pourtant pas grand chose. C’est une créature de Frankenstein, au même titre qu’un Final Fantasy XV, sauf que ce jeu là a été laissé pour mort peu après la cautérisation de ses plaies les plus mortelles.

Donc, ça vacille, ça fait quelques pas maladroits dans la direction de ses aînés, histoire de cocher chaque case de la check-list Mass Effect. Alors, il check, mollement et maladroitement, mais il check les cases : compagnons, dialogues à choix multiples et souvent illusoires, questionnement sur la place de l’homme dans un univers infiniment plus vaste, morale américaine classique, ouverture d’esprit et théorie du genre. Mass Effect Andromeda check pour la forme, mais peu pour le fond. Il faut dire qu’à force de trop réfléchir à ce qu’il pourrait être, il n’a eu que peu de temps à consacrer à ce qu’il peut être ; on se rend alors compte que l’animal est franchement mal dans sa peau.

A désirer trop ardemment être ce que ses aînés étaient, il s’en est rendu malade. Conséquence ? Dialogues téléphonés, personnages bazardés sans plus de soin, rush global de l’histoire et de ce qu’elle implique, contexte intéressant – voire fascinant tant il met en perspective la position inconfortable des concepteurs du jeu – mais survolé… Pas de doute : Andromeda est un jeu industriel cassé, même pas capable de respecter son cahier des charges classique.

On commence à se demander s’il y a en lui quelque chose qui lui permet de s’épanouir en tant que jeu, et c’est là où c’est intéressant. Notre ami Andromeda est très souple dans la progression du personnage et dans la personnalisation de ses capacités. Il brille d’ailleurs à ce niveau, infiniment plus que ses aînés, et renvoie donc dans les cordes tous les systèmes hybrides précédemment expérimentés dans la saga. Belle qualité. Y a-t-il autre chose que tu sais faire petit Andromeda ?

Puis, je le vois sortir les muscles, et bam : le gameplay, plus que largement inspiré de Halo 5 et faisant la synthèse du peu qui fonctionnait par le passé dans la série, s’avère extrêmement réussi. Se mouvoir, tirer, recharger, attaquer au corps-à-corps, stabiliser sa visée dans les airs, grimper, dasherMass Effect Andromeda est un sacré tour de force en matière de maniabilité globale, et il envoie plus que largement ses prédécesseurs au rang de dinosaures. Déjà impressionné par ce qu’est capable de faire ce jeune corps malade, je lui demande en quoi est-ce qu’il peut encore offrir quelque chose de bon aux joueurs.

Et là, il dévoile évidemment une plastique superbe, formidablement appuyé par le moteur Frostbite. Alors, certes, c’est pas très bien animé (même si curieusement l’horreur côtoie le sublime), et y a des soucis de finitions, mais bordel, les effets de lumière, la modélisation au global, c’est loin, très loin d’être laid. Dommage que l’esthétique globale n’avance aucune idée neuve et se contente bien souvent de n’être qu’une resucée de tout ce que l’on a déjà connu par le passé. Dommage également que sur Xbox One comme sur PS4 ce ne soit pas la fluidité la plus parfaite, mais c’est tout à fait acceptable comparativement au tout premier opus de la série.

Je vérifie qu’il n’y ait rien à tirer de sa plume, et effectivement, en règle générale c’est de l’écriture fonctionnelle et très hollywoodienne. Néanmoins, à quelques moments, il y a du mieux, bien qu’il faille chercher cela dans un océan de médiocrité, conditionné par un nombre incalculable de missions sans aucun intérêt, noyant le peu de moments de bravoure qui valent le détour… Comme Dragon Age : Inquisition. Un hasard ? Pas sûr.

Le bilan n’est donc pas positif, c’est clair, d’autant que je ne reviens toujours pas de cette bande sonore complètement plate, à l’exception de deux ou trois morceaux qui tirent l’ensemble vers le haut. Toutefois, j’ai quelque chose d’assez étrange à écrire ici : j’ai largement préféré Andromeda à Mass Effect 3. Mais genre, beaucoup plus. Mass Effect 3, je demandais à en finir, Andromeda, je me demandais quand était le prochain combat et quand les personnages auraient fini de me causer.

Alors oui, lu comme ça c’est pas très « Mass Effect  » comme feeling, mais bordel, au moins j’ai eu envie d’y retourner, non ? Et puis tant qu’on y est, autant ouvrir le débat : c’est quoi Mass Effect ? Je veux dire, c’est même pas un RPG vu le passif de la série, c’est un space opera action qui s’hybride avec des éléments de RPG, ainsi qu’une légère progression du personnage qui ne vient fondamentalement jamais modifier la manière dont on aborde le jeu. Donc, en vrai : Mass Effect c’est rien de plus que son univers.

Parce que si ce Mass Effect ci se plante sur presque tout ce qui touche à l’écriture et même sur son univers assez éloigné (et pourtant assez familier de la trilogie originale), il enterre la série sur toute la partie mécanique (gameplay, gunfight, progression), et se fend même le droit de casser les couloirs étouffants d’un Mass Effect 2 et 3, tout en proposant des moyens de déplacement qui rendent le level design moins contraignants qu’un Dragon Age Inquisition dont il s’inspire pourtant massivement.

Alors, oui, face à toutes ses faiblesses, je me suis retrouvé à rire de lui, mais face à ses quelques (très grandes) forces qui sauvent l’expérience au globale, je me suis interrogé : est-ce que fondamentalement il m’a plus déplu qu’un Mass Effect 1 ou 2 ? Eh bien, honnêtement, je ne sais pas, je ne sais plus, parce que je ne vois pas vraiment ce qui m’a fait accrocher à la série Mass Effect. Le fait que ce soit un space opera globalement bien rythmé et honnêtement écrit ? Sans doute. Mais pour le reste, est-ce que ses personnages me sont restés en mémoire ? Nope.

Est-ce que les personnages d’un Dragon Age : Origins me restent en mémoire ? Oui, pourtant ils ne sont fondamentalement pas beaucoup plus intéressants. Cela montre une chose à mon propos : si j’ai suivi avec une certaine assiduité la série Mass Effect, c’est parce qu’elle était seule sur son créneau, et si j’ai suivi avec assiduité la série Dragon Age, c’est parce que j’y ai retrouvé quelque chose que ses semblables n’ont pas.

En clair, j’ai joué à Mass Effect par défaut, sauf que Mass Effect Andromeda ressemble désormais à beaucoup d’autres shooters, tandis que la partie space opera n’est pas fameuse. Même sans la spécificité de sa saga qui la rendait unique, eh bien Andromeda s’impose comme l’un des gameplay les plus réussis du genre shooter sur console, si bien que je prend désormais un plaisir fou à jouer à Mass Effect Andromeda là où d’autres TPS me gonflent rapidement.

Donc voilà, plaisir coupable : j’aime Andromeda. J’aime le peu qu’il m’a apporté en moments forts de jeu, et j’apprécie les quelques éclaircies d’écriture. Je ne met bien sûr pas de côté la mise en scène fainéante, le recyclage d’assets, les animations odieuses, l’histoire déjà vue, le manque d’imagination globale. Néanmoins, on a sans doute un peu trop mis de côté les couloirs étouffants des Mass Effect originaux, leur structure linéaire même pas compensée par des choix vraiment impactant, leurs gameplay plus que médiocres, la stupidité parfois effarante de l’écriture de certains personnages, le classicisme global de l’histoire compensée par l’univers vraiment sympa, ainsi que le progressif virage à l’action bête et méchante alors que le premier essayait quand même d’offrir autre chose.

Andromeda, c’est un jeu d’exploration sympa (hautement supérieur au premier opus ; c’est dire à quel point il roule sur le 2 et 3), un TPS très solide et plaisant, un système d’évolution enfin abouti, une navigation et des déplacements bien plus satisfaisants que ses ancêtres, et c’est aussi une partie écriture et finition qui régresse brutalement. Tout compte fait, je me surprends à ne pas compter les heures qui passent lorsque je joue à ce jeu d’action pop-corn maladroit lorsqu’il est question de causer, mais il ne cause pas tant, et il se laisse jouer sans trop de contraintes. Là où j’attendais la cinématique et les dialogues pourtant pas si fameux que ça dans les autres opus de la saga, pour lui, j’attends de pouvoir jouer.

Cela dit, il perpétue l’hypocrisie de nous promettre des conséquences à nos choix. Il serait pas temps que Bioware accepte le fait qu’à part des caméos dans les suites, leurs jeux ne proposent aucun vrais choix ? Parce que j’en ai un peu marre d’espérer du changement. Je suis influençable moi : lorsque je lis « choix à conséquence  » , mon cerveau ne me dit pas directement « Traquenard ! Mensonge ! Pharisien !  » , mais plutôt « Non mais peut-être que cette fois…  » . Alors, dites-le : c’est pas vendeur, mais un petit « Vos choix n’ont que des conséquences superficielles sur l’expérience, car nous savons que, statistiquement, les joueurs ne finissent même pas leur première partie, alors en faire une deuxième ?  » .

 

Vous savez ce que j’en conclue ? Je pense que Mass Effect Andromeda est passé à pas grand chose d’être introllable et hautement supérieur à ses aînés. Ce pas grande chose, c’est des gens talentueux à l’écriture, et un peu plus de temps. Et quelque part, quand je vois à quel point l’introduction du jeu est réussie en termes de rythme et de mise en scène, je me dis que les personnes talentueuses étaient peut-être déjà là, mais qu’elles ont été pressées par le temps, comprimées par des cahiers des charges, et polluées par certains idéologues maladroits dans leur plume et sans doute mieux intentionnés que le résultat final. Ce n’est certainement pas le jeu du grand amour, ni même le Mass Effect dont la série avait besoin pour se renouveler, mais c’est le Mass Effect auquel je préfère jouer.

Alors, si un jour Electronic Arts reprend les gaillards derrière ce jeu, donnez leur du temps, de meilleurs écrivains, une meilleure direction, et vous aurez sans doute le Mass Effect dont les fans de la trilogie n’avaient pas forcément besoin, mais dont la saga avait besoin pour aller ailleurs tout en conservant son identité et sa patte. Contrairement à ce que l’on en a dit, je ne pense pas qu’on en soit passé si loin, tout comme un certain Dragon Age 2. Refaites ces jeux ; ils en ont besoin, tout comme les séries respectives… ainsi que les joueurs, histoire que le potentiel de ces jeux ne reste pas inexploité.

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

5 Commentaires sur “Plaisir Coupable : Masse Infecte Andromeda”

  1. Avatar flofrost dit :

    On est d’accord, ce jeu avait un vrai putain de potentiel, si seulement au lieu de vouloir se la jouer campagne de pub Benetton, ils avaient embaucher des gens pour leurs compétences en se foutant royalement de leur couleur/religion/préférences sexuelles, j’ose même pas imaginer ce qu’on aurait pu avoir <img class= » />
    Au niveau du gameplay, du feeling des armes et du plaisir qu’on prend dans les combats, ça enterre les trois premiers avec une facilité déconcertante, ce qui comme tu le dis, remet en perspective les qualités de la trilogie.
    Et sinon je suis déçu que t’ai même pas parlé de la souplesse de Bioware, non mais franchement, s’auto-pomper c’est pas donné à tout le monde, mais là, les kerts/récolteurs franchement :lol:

  2. Avatar Toupilitou dit :

    Je crois que t’as trop bien trouvé le nom paradoxal d’article qu’il fallait pour ce jeu… C’est comme un bonbon bourré de saloperies chimiques que t’aime bien tout en sachant que c’est vraiment de la merde :lol:

    Par contre, j’ai pour ma part aucun plaisir, même coupable, sur ce jeu ; à l’inverse de celui contre la polio, mon vaccin contre la biowarite est à jour (… chacun ses priorités <img class= » /> )

  3. Avatar flofrost dit :

    C’est comme un bonbon bourré de saloperies chimiques que t’aime bien tout en sachant que c’est vraiment de la merde :lol:

    Meilleur description ever, on fera pas mieux :lol:

  4. Avatar Andariel dit :

    On peut bouffer du Subway de temps à autres, tout en sachant pertinemment que c’est le niveau -1 de la gastronomie :P

    J’ai exactement le même ressenti que toi Marcheur ; Andromerda est un sale plaisir coupable.
    Est-ce que le jeu a mérité la shitstorm monumentale qu’il a récolté ? Ô que oui, c’est un piétre Mass Effect avec une finition scandaleuse.
    Pourtant, je ne peux pas cacher le fait qu’il est arrivé à me retenir une bonne centaine d’heures suffisamment pour le boucler, là où Inquistion m’avait fait décroché d’ennui profond au bout d’une petite dizaine d’heures.
    Les animations et le voice acting foireux lui donnent un côté série B amusant (le fait qu’on ait l’habitude des Piranha Bytes et de Two Worlds 2, ça doit nous avoir un peu aidé, Marcheur <img class= » /> ), la verticalité octroyée par le jetpack et la mobilité du dash sont des ajouts très bien venus et dynamisent vachement les combats qui ne se résument plus à faire du pan-pan derrière les couvertures (et pour un amateur de la classe Vanguard comme moi, c’est bono bono), le feeling des armes et leur variété est un aspect notable pour moi qui est franchement réussi, le système de craft bien fichu, les animations ingame hors cutscenes sont aussi fluides que satisfaisantes (bon, à part le bug de la marche du canard qui a été corrigé) et surtout, surtout, l’aspect exploration plus ouvert avec le Nomad que j’ai beaucoup regretté depuis ME 1. Même le multi, il aurait pu tenir la route, s’il ne s’était pas fait salopé par la progession centrée sur les lootbox de mes 2…

    Voila, côté gameplay, il éclipse facilement ME 2 et 3 mais facile quoi. Par contre, là où il se fait défoncer c’est niveau écriture, histoire, personnages et univers. En gros, tout ce qui fait toute la force de la série ME, c’est foiré. Je suis conscient de ça, je comprends les détracteurs et vous ne me verrez jamais prendre la défense de cette merde. Parce que toute cette partie est rechauffée, bancale quand elle n’est pas juste lourdingue, bâclée à mort, racoleuse (surtout côté SJW, comme l’a fait remarqué Flo) , maladroite, etc, etc. Bref, toutes les critiques négatives imaginables sont applicables à ce niveau.

    Par contre, dites-vous une chose ; aussi catastrophique soit-il, Andromerda est probablement pas aussi calamiteux que s’annonce être Anthem. Oui, rien que par les échos qu’on a sur ses déboires, le prochain Bioware est déjà un manège qui va probablement entraîner son créateur dans les tréfonds…

  5. Avatar Marcheur dit :

    Je m’attendais pas à ce qu’on soit tous à peu près d’accord. Drôle de situation :lol:
    Par contre Andy : 100 heures ? Putain de malade, mais c’est vrai que le temps passe vite sur Andromerda (putain, Masse Infecte : Andromerda) et que le feeling des combats est tellement bon… bordel les combats contre les gros boss sur les planètes 8-) la découverte des quelques caveaux, y a des bons moments dans cet Andromerda, et pour avoir rejouer TRES récemment à l’infâme mais pas tant : Mass Effect 3, je sais que je relancerai Andromerda avec un sourire bien con, c’est en effet de la grosse série B avec un gameplay super solide qui renvoie sous terre beaucoup de jeux. Si Anthem pouvait calquer ce gameplay, l’appliquer à un jeu mieux fini et gérant un multijoueur de manière maligne, c’est typiquement le jeu que je squatterais quand il sera sur le Xbox Game Pass.

    Puis bon, on a désormais un truc à chercher dans un jeu Bioware : les combats. C’est chaud quand même non ? Quinze ans avant, c’était Kotor Bioware, neuf ans avant, c’était DA : O. Tout change trop vite ^^


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