Risen

Peut-on réellement affirmer que Risen est étranger à Gothic ? Peut-on vraiment se dire qu’il ne s’agit que d’une nouvelle licence, et non d’un Gothic 4 ayant perdu l’un de ses parents ? Ce demi-frère de la saga, désormais culte, de Piranha Bytes, a porté sur ses épaules les espoirs de tous les fans, meurtris par le véritable vol de licence qu’a subi le studio allemand lorsqu’ils se sont séparés de Jowood. Cette douloureuse séparation fut consolée par l’éditeur Deep Silver, offrant au studio légendaire une occasion de revenir sur le devant de la scène, afin de proposer un nouveau jeu ainsi qu’une franchise continuant la tâche de Gothic ; celle de représenter le jeu de rôle allemand. Ce qu’on ne savait pas à l’époque, c’est que Risen premier du nom allait devenir un jeu culte, et peut-être même le meilleur jeu de Piranha Bytes.

 

Seul sur Faranga

Risen est grossièrement un remake de Gothic 2, et même si c’est très réducteur, il partage énormément avec son demi-frère. Un lien de parenté qui amène à plusieurs constats : le studio ne s’est pas mis en danger pour l’occasion, et compte bien montrer toute la maîtrise de son sujet. Les choix opérés dans la création du titre peuvent surprendre lorsqu’on le compare à Gothic 3. Loin de vouloir impressionner par la taille, Risen propose sans aucun doute le monde ouvert le plus petit du studio. Il propose également peu de nouveautés dans la formule. On pourrait même dire qu’il n’y en a pas. Alors qu’est-ce qu’apporte Risen par rapport à sa fratrie ? Il apporte une maîtrise que l’on ne connaissait pas d’un studio habitué aux problèmes techniques, de finitions et de gameplay évidents.

Premier choc, le lancement du jeu n’est pas accompagné de retour Windows. Second choc, pas de bugs graphiques lors des premières scènes. Troisième, le jeu propose une optimisation correcte, étrangère aux cauchemars qu’étaient les Gothic sur ce plan à leur sortie respective. Usant toujours de leur moteur fétiche, Piranha Bytes use cette fois du moteur afin de mettre en place un environnement bien plus vivant, avec une IA complexe, et des comportements de la faune tout à fait étonnants. En effet, si l’on n’est pas encore en train de croire que les créatures sont réellement vivantes, on s’étonne de les voir chasser, se rouler dans la poussière, hurler, aboyer, bref, commencer à avoir un minimum de comportements passifs. Mais dès qu’il est question d’en approcher, tous les ennemis essayent de vous intimider ; ça grogne, ça griffe, ça cogne, puis ça fini par attaquer si vous abusez d’occuper leur espace vital. Et s’ils vous terrassent (… cela arrivera), ils pourront même manger votre cadavre. Car c’est un peu ça aussi Risen, beaucoup d’amour pour le joueur.

Le jeu est proprement impitoyable dans la majeure partie de l’aventure. Vêtu de loque, équipé d’un minable bouclier, d’une épée émoussée, et d’un arc de fortune aux flèches rarissimes, vos pérégrinations sur Faranga se solderont par de fréquentes morts si vous essayez d’explorer dès les prémices de votre histoire. Le seul moyen de survivre sera de s’établir rapidement dans l’un des trois hubs du jeu. Une fois installé quelque part, attendez-vous à accomplir des tâches ingrates, à prendre parti petit à petit pour l’une des trois factions, voire à trahir et manipuler votre prochain afin de vous enrichir, et peut-être même devenir plus fort.

Véritable proie du titre, vous n’aurez de cesse de constater votre fragilité. Votre vie ne tient qu’à un fil et bien souvent, c’est de bienheureux concours de circonstances qui vous offriront vos premières victoires. Jouer de l’environnement et d’intelligence vous permettront d’éviter la mort et de devenir plus fort, et lorsque vous aurez appris de vos aventures, foncez vers un maître qui vous enseignera quelques bricoles vitales à l’exploration de l’île, au prix de beaucoup d’or très difficilement acquis. Si vous êtes fauché et blessé, il vous reste à boire de l’eau de pluie dans un tonneau, ou à dormir dans le lit d’un citoyen occupé à ce moment et ne surveillant pas sa maison. Vous pourriez même chaparder le contenu de sa demeure ; après tout, c’est marche ou crève sur Faranga.

Bien sûr, il n’est pas question que de survie dans Risen, mais aussi et surtout d’ascension sociale. Quel que soit votre choix de faction, grimper les échelons est une nécessité pour s’affirmer et arrêter d’être celui qui se nourrit des miettes et récolte les gnons. Si vous êtes patient, pas trop regardant sur la nature des tâches que vous accomplirez, vous deviendrez un combattant, un mage, ou un roublard expérimenté, qui saura se tirer des mauvais pas. Et une fois ceci fait, vous pourriez même découvrir les nombreux secrets de la petite île de Faranga.

Cet espace de jeu pas bien vaste n’en reste pas moins passionnant à parcourir. Cohérente et particulièrement bien agencée, Faranga semble avoir été réfléchie pour inviter le joueur à l’exploration, tout en lui proposant de revenir sur des lieux déjà traversés afin d’en découvrir de nouvelles facettes. Si au début du jeu, il n’est possible que de gratter la surface, vers le milieu du titre (… et ceci est encouragé par vos nouveaux alliés et le scénario), vous devrez expérimenter les dangers de l’île. N’allez pas croire que votre armure et vos armes impressionnantes vous sauveront de tout ce que propose le lieu. Vous êtes faible, mais vous l’êtes juste un peu moins qu’avant, et désormais, vous avez une chance. Je ne tiens pas à vous révéler quoi que ce soit sur l’île, mais vous devriez ressortir vraiment impressionné de sa découverte, de son exotisme et de sa cohérence ahurissante. Si Risen brille par quelque chose, c’est bien par son world design parfait, faisant appel à plusieurs couches de contenu, à la connexion des différents lieux entre eux, ainsi qu’une verticalité très plaisante.

Mais, assez parler d’exploration. Parlons castagne. Si Piranha Bytes est connu pour ses multiples échecs en la matière, Risen fait office d’exception ; technique, brutal et terriblement éreintant, le jeu ne vous fait pas de cadeau, et c’est un bonheur à jouer une fois toutes subtilités saisies. Ce système de combat s’appuie sur un système de jeu qui brille par son efficacité et sa variété, l’approche furtive et sociale étant vraiment mis en avant lorsque vous serez dans le meilleur lieu du titre : Port Faranga, une ville qui reste pour moi un exemple de ce qu’un bon jeu de rôle devrait pouvoir proposer. Si vous vous le demandiez, vous êtes libre dans Risen. Tuer est un choix, les conséquences qui suivent vous poursuivront cela dit, et certaines décisions provoquent d’irréversibles changements dans votre manière d’aborder le monde. Vous pouvez purement et simplement saboter le jeu, soyez en averti.

 

Une réalisation à la hauteur du jeu

Piranha Bytes ont eu pour habitude d’être à la pointe de la technologie et à la pointe du visuel avec l’énormissime, cultissime, gigantissime, magnifissime Gothic 3. Pour Risen, les conditions sont légèrement différentes ; Deep Silver ne veut pas que le titre rivalise avec un Elder Scrolls. Il faut juste lancer une nouvelle licence et avoir un jeu suffisamment réussi pour s’inscrire dans les standards actuels, tout en fonctionnant sur console (… plus exactement, la Xbox 360, une version que je vous déconseille, malgré que j’ai découvert le titre dessus). Pour autant, la maîtrise du moteur et la direction artistique somptueuse du studio, quand il est question de recréer un univers réaliste et gothique, fait une nouvelle fois la grande beauté de ce titre. Sans être à la pointe, Risen est très charismatique. C’est moins le cas pour ses personnages clonés mais aussi hideux. Une constante dans les productions du studio.

On pourra aussi s’attarder sur un doublage français très hétéroclite, mais aussi servi pour ce qui est des personnages principaux par des comédiens de grands talents, dont le héros, doublé par Boris Rehlinger, voix du commandant Shepard « Je suis le commandant Shepard et cette boutique est ma préférée de la citadelle  » . Grand talent vous dis-je. L’ennui avec ce doublage, c’est que l’on entend l’ensemble en sourdine, à la mode Gears Of War ; le son arrive aussi à grésiller dans la grande tradition Rise Of The Argonauts. Grand soin apporté aux voix. Merci ingénieur son ; je ne peux pas savoir ton nom, mais saches que pour le coup, t’as chié dans la colle.

Pour les bruitages, ils sont globalement assez efficaces et bien mixés (… t’essayes de te rattraper, hein ?), mais c’est les musiques de Kai Rosenkranz qui crèvent l’écran et assurent une immersion totale. Pour le coup, les thèmes arrivent à se faire oublier en jeu (… pour les amateurs, c’est sympa), mais on peut aussi l’écouter en dehors de celui-ci. On est loin de la grandiloquence d’un Gothic 3 qui avait une soundtrack peut-être un peu trop envahissante, et qui gênait ceux qui n’appréciaient guère. Oui, il existe des gens en ce monde qui n’aiment pas les musiques de jeux vidéo lorsqu’elles prennent trop de place. Et oui, il faut les tolérer. C’est la loi. C’est comme ça.

 

Une trame prétexte pour un univers classique

Risen est un monde crépusculaire. La mort des dieux a plongé le monde dans le chaos et des temples émergent du sol, déversant sur Terre des armées de créatures étranges et belliqueuses (… forcément). Dans ce contexte, l’inquisition semble former un dernier rempart contre les menaces qui viennent d’au-delà. Comme l’inquisiteur Mendoza le dit si bien dans la bande annonce du jeu « L’humanité meurt  » . En effet, la chute des dieux et leur bannissement amènera un lourd châtiment, et seule l’inquisition se prépare à cela, tandis que l’humanité assiste impuissante à sa destruction.

Extrêmement série B, à l’image de l’immense partie des RPG, Risen n’est pas prétentieux, et son histoire n’est là que pour impliquer des factions dans un conflit, qui finira par s’éteindre lorsqu’une menace plus grande viendra troubler le court des choses. Vous êtes un homme sans passé, et sans avenir prédéfini. Du moins, pour l’instant. Votre héros a une voix, mais n’a pas de caractère et est tout à fait libre de ses actions. Cette liberté arrive à se concilier non sans quelques concessions, à une histoire qui amène tout de même quelques rebondissements n’ayant certes rien de très étonnants, mais ils sont là.

Ce qui fait le sel de Risen, c’est aussi le sel de Gothic. C’est cette impression d’être un élément quelconque au début du jeu, un piètre individu qui va s’élever (… c’est le titre du jeu après tout), et qui finira par devenir un être extraordinaire, d’où une certaine logique dans la progression. Très ouvert dans son premier chapitre, petit à petit, Risen en arrive à devenir linéaire, presque dirigiste dans son final ; le personnage principal s’affirmant en tant qu’acteur majeur dans la lutte. Est-ce un mal ? Oui, parce que le jeu annule petit à petit tous les choix effectués précédemment, rendant caduque l’impact pourtant réel du joueur sur l’univers. Tout ceci pour expliquer le début de Risen 2 : Dark Waters, particulièrement dirigiste et anti-roleplay (… bien que les cartes se redistribuent après).

Mais est-ce que cette ombre au tableau écrase le potentiel du titre ? Certainement pas. S’agissant du monde ouvert le mieux bâti du studio, mais aussi de leur système de jeu le plus solide et efficace avec des combats réussis, ainsi qu’un roleplay très solide, Piranha Bytes accouche en peu de temps et avec peu de moyens, d’un condensé maîtrisé de la formule Gothic. Est-il possible de mieux résumer l’apport de Piranha Bytes aux jeux vidéo avec un autre jeu de leur cru ? Simplement non, parce que même s’ils sont tous deux assez bons, Risen 2 et 3 sont extrêmement perfectibles, et seul le premier est et reste le jeu de rôle le plus solide du studio. J’en ai lu dire qu’il était peut-être trop bourrin dans sa dernière partie, mais elle ne laisse guère de place à la négociation. Pour ma part, tous les choix de ce titre sont judicieux et réfléchis ; son espace réduit, mais maîtrisé dans le moindre recoin, en font le jeu de rôle allemand le plus réussi en matière de monde ouvert à la troisième personne. S’il n’est pas aussi brut et animé qu’un Gothic 3, Risen est certainement le titre fédérateur qui a mis d’accord le monde entier sur un point : Piranha Bytes sont indispensables, et ce, même s’ils ne sont qu’une trentaine de développeurs. Respect éternel.

 

Risen est un jeu qui est devenu culte, mais aussi le dernier titre vraiment mémorable de Piranha Bytes. Symbole d’un savoir-faire qui n’a eu de cesse d’essayer de se renouveler sans succès retentissant, Risen est aussi vieux et maîtrisé qu’il est sage et conscient de ses faiblesses. Un jeu modeste exécuté avec brio par un studio mélancolique de la perte de sa licence fétiche. La perte de Gothic se ressent tout le long de leur nouvelle licence ; une sensation qui disparaîtra avec le second opus, Dark Waters, qui regardera vers l’avenir sans forcément s’avérer plus brillant. Mais, au moins, Piranha Bytes avance, même si c’est dans le mauvais sens. Gothic avait de toute façon déjà tout dit.

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A propos de l'auteur : Marcheur

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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