Vampires – La Mascarade : Bloodlines

Vampires - La Mascarade : Bloodlines

Laissez-moi vous dire que je m’attaque aujourd’hui à un très gros morceau du RPG avec Vampires – La Mascarade : Bloodlines de Troika Games, adaptation en jeu vidéo du mythique jeu de rôle papier éponyme sortie en 2004. Nous n’allons pas nous intéresser au jeu à sa sortie, mais à la version patchée corrigeant tous les bugs dont il était farci lorsqu’il a vu le jour. Ô surprise, vous aurez la joie d’incarner un prédateur nocturne pris au milieu d’un conflit entre factions de vampires, mais également en proie à la bête assoiffée de sang qui sommeille en vous. Mais qu’est ce qui rend ce jeu si spécial ? C’est ce que nous allons voir ensemble. C’est parti !

 

Avant de commencer, il convient de faire quelques rapides rappels sur le contexte et l’univers de ce jeu possédant un background ultra complet. Bien qu’il puisse se jouer à n’importe quelle période, il est le plus souvent représenté à l’époque contemporaine, et dans une culture occidentale, même s’il existe des variantes orientales. C’est d’ailleurs le cas pour ce Bloodlines. A l’origine de tout, il y eu Caïn, le père de tous les vampires, qui est à l’origine de plusieurs lignées ayant finalement pris des directions bien différentes de nos jours.

C’est d’ailleurs le nombre de générations séparant le vampire de Caïn qui définit son statut social dans cette société de l’ombre ; les plus anciens, et donc les plus proches de la génération du vampire Alpha sont les plus puissants, car le sang qui bouillonne dans leurs veines n’est encore pas trop altéré. De ce fait, chaque lignée, ou clan, dispose d’un héritage culturel et social, avec des atouts et faiblesses spécifiques.

Parmi ces lignées, sept sont jouables dans Bloodlines. On retrouve le clan Brujah, des vampires plutôt philosophes à l’origine, mais qui sont devenus au fil des époques des bourrins contestataires et colériques. Ils sont en définitive totalement l’opposé des Ventrues, qui se considèrent comme les politiciens du lot, l’élite dirigeante vampirique. Les membres du clan Toreador surfent sur ce même élitisme en usant habilement de leur charisme afin d’infiltrer et manipuler au mieux la société humaine. Ils sont en ce sens l’exact opposé du clan Nosferatu, une branche maudite de Caïn qui les rend complètement difformes, les obligeant à se cacher en permanence. Pour autant, vivre constamment dans l’ombre les a transformés en espions précieux.

Le clan Tremere, quant à lui, est spécialisé dans l’occulte et l’érudition ; ce sont en effet à la base des sorciers qui ont sacrifié un fondateur de clan pour accéder à l’immortalité. En marge de tous les autres clans, on en retrouve deux autres : les Gangrels, vampires ayant accepté leur nature bestiale et préférant vivre loin de centres urbains, et les Malkavians, des visionnaires assez cinglés pour taper une discussion avec un panneau STOP.

Tout ce beau monde tourne autour de deux grandes factions, ou sectes, de vampires : la Camarilla et le Sabbat. La Camarilla fut créée pendant l’Inquisition, et regroupe les sept clans cités plus haut. En son sein règnent des lois très strictes, et y contrevenir est bien souvent synonyme de mort définitive. La plus emblématique de ces lois s’avère être le fait de ne jamais se révéler aux hommes afin de faire respecter la Mascarade ; maîtriser la bête qui sommeille en eux reste donc un impératif. Pour faire respecter ces lois, chaque ville dispose d’un conseil – le Primogène – composé des créatures de la nuit les plus anciennes de l’agglomération, les plus puissantes, donc.

Ce sont d’ailleurs eux qui donnent explicitement l’autorisation de créer ou non de nouveaux vampires, ce qui dans notre cas va poser un léger problème, mais j’y reviendrai plus tard. L’autre faction, le Sabbat, créée à la même époque, prend (… évidemment) le chemin inverse ; réduire l’humanité en esclavage, et apprendre à vivre avec la bête en eux. Ils n’ont vraiment que faire d’une hiérarchie gérontocratique comme c’est le cas dans la Camarilla. En effet, seule la puissance brute permet de progresser dans cette organisation. Et enfin, en marge, on retrouve les Anarchs, vampires rejetant de facto l’autorité de ces deux sectes.

Quant à vous, vous subissez l’étreinte juste après la création de votre personnage ; choisissez d’ailleurs bien vos caractéristiques de départ, puisqu’elles détermineront bien souvent la suite de votre aventure. En effet, le choix du sexe ou du clan aura un impact conséquent sur la manière de jouer. Pour ma part, j’ai effectué trois runs : le premier avec un Toreador pour manipuler toutes ces poches de sang sur patte, le second avec un Nosferatu pour m’orienter davantage dans l’infiltration, et le dernier avec un Malkavien afin de côtoyer la folie. Ce dernier run a d’ailleurs été pour moi la meilleure de ces trois expériences, bien que je ne la conseille pas pour un néophyte voulant s’initier à ce jeu. Pour rester sur la partie création d’avatar, la feuille de personnage regroupe neuf attributs répartis dans trois ensembles que sont Physique, Social et Mental. Différentes capacités sont présentes juste en-dessous, également regroupés sous les intitulés suivants : Talents, Compétences et Connaissances.

Enfin, on retrouvera plus bas les pouvoirs spécifiques (actifs ou passifs) au clan d’appartenance, sous l’intitulé Disciplines. Que ce soit dans les attributs, les capacités, ou bien encore les disciplines, il sera possible de répartir les points d’expérience jusqu’à cinq fois dans chaque slot. Il existe enfin une dernière notion : la jauge d’humanité. Cela correspond finalement à l’état mental de votre vampire ; plus le niveau sera bas, plus vous vous rapprocherez de la bête en vous et perdrez le contrôle, ce qui peut être quelque peu préjudiciable lors de vos diners en ville. Fort heureusement, ce niveau peut aussi augmenter en fonction de vos actions. Pour les connaisseurs, il ne s’agit donc là que de la reproduction light de la feuille de personnage du jeu de rôle papier. Pour les autres qui trouveront cela nébuleux, ils pourront simplement répondre à des questions, afin de générer leur avatar et ses caractéristiques en fonction de leur manière de jouer.

Je vous disais plus haut qu’en démarrant la partie, vous venez tout juste d’être transformé en vampire, après une partie de jambe en l’air nécrophile. Pas de bol, dans l’ivresse du moment, votre géniteur a malheureusement oublié d’en informer les autorités compétentes. Et malheureusement pour lui, les nouvelles vont décidément bien trop vite, car voilà qu’au petit crépuscule débarque dans votre lupanar d’autres vampires venus vous neutraliser tous les deux. Vous vous retrouvez alors peu de temps après dans une assemblée présidée par le Prince de la ville, pendant que ce dernier rappelle les règles strictes de la Camarilla.

En l’espace de quelques minutes, votre créateur est déclaré coupable de vous avoir accordé la non-vie sans autorisation, et est condamné à la mort définitive, la sentence étant exécutée dans la foulée. Dans sa grande mansuétude (… également face à la contestation publique, il faut dire), le Prince vous laisse la vie sauve, mais tout politicard qu’il est, il va vous utiliser comme un pion. Cela commencera par vous envoyer dans la quartier de Santa Monica, à Los Angeles, afin que vous puissiez mener une enquête, et ainsi faire vos preuves. Cela débutera d’ailleurs avec un mystérieux sarcophage découvert sur un bateau abandonné en provenance d’Ankara, laissant libre cours à des rumeurs sur la Géhenne, l’apocalypse de la Bible version vampirique.

Sans mentor pour vous guider, vous allez donc devoir naviguer au milieu des eaux troubles de cette société nocturne, mais également faire attention à votre ancienne société d’appartenance : celle des humains. Autant vous pourrez boire au cou crasseux d’un clodo dans une ruelle sombre pour vous requinquer, autant il ne vous sera pas possible de le faire au milieu d’une rue piétonne. Le must étant de pouvoir le faire avec une victime consentante tombant sous votre charme, et un Toreador sera tout désigné pour cette opération. Pour ce qui est du choix des victimes, les Ventrues pourront éventuellement claquer une peau si vous jetez votre dévolu sur le sang d’un SDF ou d’une prostituée, sans même parler d’un rat ! A contrario, un Nosferatu ne pourra pas se balader dans la rue, et il lui faudra aller d’un point A à un point B à l’abri des regards, bien souvent à travers les égouts, en se contentant de rongeurs en guise d’apéritif.

En termes de liberté d’action, cela est comparable à un Deus Ex ; on se ballade parmi quatre districts de Los Angeles (Santa Monica, Downtown, Hollywood et Chinatown) qui se débloquent au fur et à mesure de l’avancée dans la trame principale, et progresser dans les quêtes se fera à l’avenant, car nous pouvons y évoluer de différentes manières. Par exemple, ouvrir une porte pourra se faire en piratant un ordinateur, en crochetant la serrure, en volant les clés du gardien, en jouant du pipeau à ce dernier, ou bien encore – au détriment de votre humanité – d’éclater tout ce qui bouge au fusil à pompe (… ou avec d’autres armes si affinités).

Pour parler rapidement du piratage, il sera possible de lire les mails du propriétaire de l’ordinateur afin de récupérer des informations utiles, ou bien encore d’activer des mécanismes. En effet, de ce que vous avez pu en voir, enfreindre les règles de la Camarilla ne semble pas tout à fait avisé, et faire usage de vos pouvoirs dans un lieu public encore moins. Finalement, dans la discrétion, quoi de mieux que d’intercepter les mails de la maîtresse de votre cible afin de le faire chanter et obtenir ce que vous souhaitez ? Cela se présente sous la forme d’un vieil écran monochrome où toutes les commandes seront à saisir à la main. Sympathique dans l’esprit, et cela plaira aux vieux de la vieille qui veulent se rappeler comment c’était génial de bosser sur un Amstrad CPC 464 qui vous pilonnait la rétine. Mais, dans la pratique, c’est légèrement lourdingue, d’autant plus qu’il faut respecter la casse. Pour autant, passer à côté de cet aspect serait se priver d’une palanquée de références très culture geek qui vous arracheront quelques sourires.

Les thèmes abordés iront du snuff movie, au déglinguage de scientifiques tordus, en passant par l’occulte, le chantage et la manipulation. Ceux qui s’imaginaient trouver du pastiche de vampire fleur bleue à la mode hollywoodienne peuvent passer leur chemin, car pour le coup, nous sommes réellement dans un univers sombre et glauque. D’ailleurs, soit dit en passant, les personnalités des PNJ que nous croiserons sont extrêmement bien travaillées et ils sont intégralement doublés – à noter tout de même que la grande majorité d’entre eux sera complètement psychotique à des degrés plus ou moins élevés. A ce sujet, mention spéciale pour le duo de sœurs qui gèrent le night club de Santa Monica ; la première étant excentrique et légèrement nymphomane, tandis que la seconde est engoncée dans son tailleur et abusivement calculatrice.

Les lieux que vous visiterez ne seront pas des plus guillerets non plus ; tout y est sale, et le joueur évolue au milieu de situations toutes plus sordides les unes que les autres, à grands renforts de cadavres et de litrons d’hémoglobine. En clair, tout sera sujet à la dépravation la plus totale. Et si le jeu s’en sort très bien côté ambiance et crédibilité, le level design reste par contre désespérément plat. A noter aussi que, étant donné qu’il s’agit d’un jeu en full 3D, et les années passant, les graphismes et les limitations du moteur feront que cela picotera légèrement les yeux. Mais rassurez-vous, il n’y a là rien de rédhibitoire tant tout le reste éclipse ce genre de détails.

Pour aborder rapidement la phase des combats, vous aurez à votre disposition un panel de pouvoirs vampiriques liés à votre clan d’appartenance, mais également accès à diverses armes à feu, de la vieille pétoire au fusil à pompe, ou de mêlée, qu’il s’agisse d’armes contondantes ou tranchantes. En gros, face à un groupe, préférez l’utilisation d’une arme à feu pour éliminer le gros des troupes, pour finir le tout avec une arme de mêlée, tout en se réservant un ennemi qui servira de hotspot sanguin histoire de se refaire une santé à la fin. Il sera également possible de profiter du système de furtivité qui permettra de faire des instant-kills afin de déblayer le terrain au préalable. Enfin, si votre réserve de sang le permet, n’oubliez pas non plus vos pouvoirs vampiriques qui vous sauveront probablement la mise plus d’une fois. Pour ma part, je dois avouer que n’ai pas vraiment aimé le rendu de ces phases de combat, et c’est pourquoi je faisais tout pour les éviter par la parlotte ou la furtivité puisque cela est possible !

On regrettera tout de même la dernière partie du jeu, que l’on sent expédié à vitesse grand V ; en gros, il vous suffira plus ou moins de poser votre cerveau et de rentrer dans le tas, ce qui est complètement dommage si vous aviez orienté votre personnage vers du full social. Quoi qu’il en soit, sans le patch non-officiel réalisé par la communauté de fans, Bloodlines ne serait clairement pas jouable tant il serait bourré de bugs en tous genres. La faute à un développement chaotique sous la pression d’un éditeur (Activision) qui attendait un retour rapide sur investissement. Cela a fini par provoquer la chute du studio Troika Games avec des ventes que l’on peut considérer comme désastreuses. La potion a dû être amère lorsque l’on connait la qualité de ce jeu une fois débuggué, et le succès qu’il rencontre encore actuellement avec une communauté qui le fait toujours évoluer depuis maintenant plus de dix ans, dans l’attente qu’un nouvel opus fasse son apparition. La récente acquisition de White Wolf par Paradox Interactive relancerait-elle la machine ? Espérons-le !

 

Une ambiance de folie, un scénario d’enfer, un gameplay reproduisant au plus près l’expérience du jeu de rôle papier, une histoire relativement non-linéaire… Troika a pondu l’ébauche d’un hit que tous les amateurs de RPG devraient avoir essayé. En clair : si t’as pas joué au moins une fois à Vampire – La Mascarade : Bloodlines, eh bien saches, mon petit loutron, que t’as raté ta vie ! A bon entendeur, le patch non-officiel est disponible à cette adresse !

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A propos de l'auteur : Toupilitou

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