Error System : Dungeon Hunter Alliance

Vous voyez, Gameloft entretient avec le hack’n slash la même relation que j’entretiens avec la syntaxe, ou même la grammaire en règle générale. On ne se comprend pas, mais on a essayé. C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour vous décrire efficacement le texte du jour, ainsi que mes multiples placements hasardeux de virgules. Partant de cela, nous sommes sur de bonnes bases pour parler du seul et unique hack’n slash de la Vita, dans le sens dur du genre ; le seul sens qui vaille le coup d’être considéré lorsqu’on est quelqu’un dans mon genre. Un nazi des définitions ? Non, juste quelqu’un qui essaye d’avoir une idée précise des catégories, parce que je ne comprends plus rien aux étiquettes des éditeurs. En fait, je ne comprends pas grand chose, mais le sujet du jour, c’est l’autre, là. Il a compris des trucs, certes, mais il aurait pu faire quelque chose à sa sauce quand même.

 

Alors moi, c’est le jeu de lancement générique de classe A

Le talent, comme la maîtrise d’un genre, cela ne se commande pas. On peut s’aiguiller sur comment réussir quelque chose en regardant ce qui s’est déjà fait dans le même registre, ou en suivant un guide. Mais il faut tout de même garder à l’esprit que ce genre de méthode d’apprentissage comporte un risque majeur : accoucher d’une œuvre froide et impersonnelle. Je ne suis pas en train de dire que Dungeon Hunter Alliance est un mauvais titre, juste qu’il est l’addition de tout ce qui rentre dans le cahier des charges du hack’n slash console, un sous-genre déjà extrêmement générique par nature, qui trouve avec le jeu du studio Gameloft (… édité ici par Ubisoft) une forme de lisseur parfaite. L’aspérité et la personnalité de l’œuvre de la boîte française sont des concepts qui lui sont parfaitement étrangers. Le jeu est donc à l’image du jeu vidéo vu par Gameloft, et par extension Vivendi : tout à fait générique et susceptible de ne déplaire à personne.

Oui, je sais, à l’époque de sortie du titre le 3 avril 2011 sur PC, PS3 et PS Vita, il n’est nulle question de voir l’avenir de la série sur mobile, ou même encore du très récent rachat de Gameloft par Vivendi en juin 2016. Mais, il est question d’un développeur sans âme. Tout comme il sera question, lorsque Ubisoft aura cédé au rachat sous les assauts malicieux de Vivendi, de la fin d’indépendance d’un éditeur sans âme, qui ne fait que vivoter artistiquement avec quelques projets qui sortent du lot, sans jamais  aligner une tuerie ou une merveille créative. Si vous ne me croyez pas, et que vous vous rattachez à l’illusion des nouvelles licences que l’éditeur met sur le marché : y a t-il la moindre originalité Watch Dogs ? The Division ? The Crew ? Le futur Steep ? Le futur For Honor ? On est d’accord, ce sont des créatifs de façade depuis qu’ils ont lancé la licence Assassin’s Creed, et qu’ils sont rentrés par la grande porte des éditeurs influents.

Donc, le rachat par Vivendi, croyez-moi, il ne m’attriste pas. On aura droit à la même soupe, qu’elle ait un nom différent ou pas. Ubisoft appartient à une gloire passée, et l’entité que vous avez devant les yeux en ce moment ne sera plus capable de vous surprendre. Maintenant que je me rends compte que ce n’est pas un dossier sur Vivendi et son acharnement à détruire des grandes entreprises, nous pouvons parler d’un jeu qui, si vous avez un jour joué à un hack’n slash, ne vous fera ni voir le genre d’un nouvel œil, ni passer un bon moment, ni même un mauvais. C’est juste… un jeu correct ?

 

Bilan technique de classe C

Porté sans volonté technique de bien faire pour le lancement de la PS Vita en 2012, Dungeon Hunter Alliance n’est vraiment pas très beau. Pire, il n’est pas très beau techniquement, tandis qu’artistiquement il est d’une pauvreté assez effarante. J’ai vu la créativité mourir en admirant les décors et les personnages. Pire encore, si cela vous semble concevable : le jeu n’est pas fluide, et je ne parle pas de freezes en cas de chargement de zone (… chargements déjà bien longuets de base),  mais de ralentissements dû au manque d’optimisation du jeu. Oui, manque d’optimisation. Je pense qu’une machine capable de faire fonctionner correctement Killzone Mercenary ne devrait pas se sentir surexploitée en faisant fonctionner un couloir visuellement médiocre, avec rarement plus de six ennemis à l’écran. Enfin je dis ça, mais les chutes de framerate sont assez violentes. Sans être au niveau d’une diapositive, on n’est pas dans des conditions optimales, et ce à beaucoup de moments.

Si ce n’était que ça, je laisserais passer, mais les sons ont tendance à bugguer, disparaître, se décaler, ou ne simplement jamais arriver. Ou bien encore, ne tout simplement pas exister ; une herse qui tombe avec fracas derrière vous afin de vous piéger n’émet aucun son. Vous avez pris l’habitude d’avoir des sound designers un minimum sérieux dans les titres que vous avez pu essayer ? Ici, ce n’est nullement le cas. On ne s’étendra pas sur les musiques, à l’image de l’entièreté du titre : génériques. Mais en même temps, le terme s’adapte ici à tout ce qui touche à la réalisation du jeu. On n’a pas le sentiment que quelqu’un y ait mis du sien, et c’est très dommage, parce que le jeu a un mérite dans son portage.

La maniabilité, sans avoir été entièrement revue pour la machine, se montre vraiment efficace. C’est intuitif et agréable à prendre en main. Mention spéciale aux contrôles du pavé tactile arrière, qui est peut-être un gadget en jeu, mais un gadget qui fonctionne avec précision. C’est agréable de voir que toutes les options du menus sont tactiles ET accessibles à partir des joysticks. Une jouabilité qui ne fait certes pas avec toutes les fonctionnalités disponibles, mais on a quand même droit à ce que beaucoup de jeux ignorent sur la machine, montrant que Gameloft est avant tout un développeur sur mobile sachant y faire avec des contrôles tactiles.

 

Niveau 0 du game design

On n’est pas au niveau négatif ; on est juste au niveau où rien n’est original, et où rien ne respire une quelconque fraîcheur. Dungeon Hunter Alliance c’est le plat réchauffé que tu dois bouffer sans aucun sel. Tu dois juste l’ingurgiter et l’oublier après. Imaginez un plat de pâtes sans beurre, mal cuites, presque croquantes, pas d’assaisonnement quelconque. Juste un plat de pâtes avec beaucoup de patte. On peut survivre en les mangeant, mais on finira par haïr les pâtes et ne plus vouloir y toucher de sa vie. Eh bien Dungeon Hunter Alliance, c’est ça. C’est exactement cette sensation de bouffer la même chose, sans saveur, qui cale sans te donner aucune autre satisfaction.

Vous êtes surement en train de vous dire que j’exagère ? Le jeu possède trois classes, devinez lesquelles. Allez. Vous réfléchissez ? On en parle après. Le jeu propose donc trois archétypes avec quelques builds possibles (… ne les imaginez pas complexes, pas d’exotisme ; c’est scolaire) avec un arbre de compétences par classe (… un arbre, oui). On peut monter jusqu’au niveau 75 par classe. De quoi perdre de nombreuses heures sur le titre. Globalement, c’est l’ennui le plus complet, le loot est correct ; ni trop généreux, ni trop peu, on change d’équipement assez fréquemment, mais l’effet sur vos capacités est infime, car le jeu est de plus, beaucoup trop facile et déséquilibré.

Certains moments proposent des paquets de mobs très forts, et d’autres une progression rapide dans laquelle peu d’adversaires seront un minimum résistant. Les boss sont juste plus résistants et consisteront à un acharnement continu de votre part, dopé à la potion de soin qui régénère aussi la mana (… une très mauvaise idée pour simplifier le jeu), tandis que ces mêmes potions seront trouvables dans des conteneurs et à acheter auprès d’une statue. Ce qui va suivre est dégueulasse, mais je voulais faire cette référence : le héros doit certainement boire le sang de la statue, comme dans l’épisode de South ParkRandy Marsh demande un miracle auprès d’une statue qui pisse le sang… par le cul.

Oui, cette référence, était tout à fait gratuite, vulgaire, et sans réel intérêt. Maintenant, je vais vous admettre quelque chose : ce jeu en a certainement encore moins. Il n’est pas intéressant, vous avez mieux ailleurs, largement, mais sur la Vita, il n’y a que lui. On pourrait dire c’est mieux que rien, mais à cela, je répond non. Je préfère ne pas jouer à un hack’n slash sur cette machine que de jouer à ce titre ne serait-ce qu’une heure de plus. Je préfère même qu’aucun jeu du genre ne sorte plus jamais sur la console que de rejouer à ce jeu.

Parce qu’on en arrive au point où je ne sais pas vraiment comment réagir face à un jeu qui ne fait littéralement que fonctionner correctement, sans jamais rien faire d’autre. Si vous ne connaissez pas le genre, vous pourriez apprécier, mais si vous avez eu le bonheur de jouer à un classique du genre, et que vous auriez l’idée de tester ce titre : ne faites pas cela. Même parmi les médiocres jeux du genre sorti sur PSP, dont le portage de Silverfall, les deux Untold Legends, ou le très solide Dungeon Siege : Throne of Agony, on a droit à une identité. Dungeon Hunter Alliance n’est rien de plus qu’une copie d’une copie d’un des jeux du genre, vidée de son sel et de sa saveur, puis présenté dans un emballage encore plus froid que ne pouvait l’être un jeu comme The Division. On est au niveau de prévisibilité où je savais quel environnement j’allais explorer par la suite, les événements qui allaient suivre, etc … Il n’y a rien. C’est le vide complet, et ce n’est pas intéressant, même pour prendre une leçon de mauvais game design.

 

Je vais résumer. Un hack’n slash sans réussite quelconque, sans échec particulier, au level design inspiré par une autoroute, au gameplay sans aucun feeling, à la progression linéaire et abrutissante, au scénario cliché et premier degré, et au loot sans intérêt. Est-ce qu’on peut faire moins alléchant que cela ? Difficilement. C’est pour cela que, si vous avez envie d’un jeu du genre, même sur Vita, ne le prenez pas. La vie est trop courte pour jouer à Dungeon Hunter Alliance. Elle est aussi trop courte pour écrire une critique dessus, et je n’aurais vraiment pas dû perdre autant de temps à cela. Gameloft, remboursez-moi les heures perdues sur ce torchon !

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A propos de l'auteur : Marcheur

Rédacteur de Loutrage aimant le jeu vidéo dans tous ses pluriels et appréciant tout particulièrement réfléchir sur le média.

4 Commentaires sur “Error System : Dungeon Hunter Alliance”

  1. flofrost dit :

    Si tu cherches de quoi nourrir ta Vita, t’as les Trails (« in the sky » et « of Cold steel ») de Falcom qui en plus montrent que le tour par tour n’est pas mort, loin de là.
    Allez va, brules moi ce truc tu verras ça te feras du bien ^^
    Par contre niveau hack’n slash, c’est vrai que la Vita c’est pas ça, mais en même temps j’ai l’impression que c’est la même sur toute les consoles portables, pourtant c’est typiquement le genre de jeu qui se prête à des petites sessions, le temps de nettoyer un niveau par exemple. Enfin bon, c’est pas la première fois que je pige pas la logique des dév et éditeurs, et ma main à couper (ou même autre chose car là je prends peu de risques ^^) que ce sera pas la dernière.

    • Marcheur dit :

      Laisse moi finir Persona 4 et Unit 13 et peut-être seulement vais je m’attaquer à du « J »-« RPG » :p
      Bah pour le h’n’s, la psp avait montré la voie et prouvé que c’était possible, mais même les indés n’ont pas suivi sur Vita donc bon ^^

  2. flofrost dit :

    Bon, si tu t’es enfin mis à Persona 4, je vais pouvoir arrêter de te harceler…du coup ne prend pas en compte la lettre écrite avec du sang, et pour le chiot cloué sur ta porte je suis désolé.

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