Bullshitomètre

Les publicités mensongères ne sont pas nées avec les jeux vidéo, loin de là, mais l’industrie ne rechigne pas à en user, voire en abuser dans certains cas. Parmi les mastodontes du secteur, Sony et Microsoft en tête, la pratique est intégrée dans des plans marketing léchés. A moins d’un aveuglement forcené, il semblerait que la plupart des joueurs aient intégré le fait que les screenshots fassent un petit détour sur Photoshop, histoire de le rendre sexy et ainsi faire taire les fanatiques du 4k. Ça fait de chouettes wallpapers, mais cela ne reflète pas la réalité pour autant.

 

La pratique va du subtil au bon gras qui tache. Lorsque c’est découvert, on observe alors une tempête de merde dans un verre d’eau, et une actualité en remplaçant une autre, on passe bien vite à un autre sujet. Le gros mastodonte, lui, il s’en fout, car il a de quoi amortir d’éventuelles pertes. J’irai même jusqu’à dire que, parfois, il mise sur la mémoire de poisson rouge de la communauté de gamers. Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’un indépendant, la sanction est immédiate, et le couperet ne fait pas dans la dentelle. Pour citer l’exemple le plus récent que j’ai en tête, qui est devenu depuis un meme, No Man’s Sky selon Sean Murray vaut largement le détour.

Il faut tout de même dire que le gaillard n’y est pas allé de main morte ; par la grâce de Sony, qui en a fait sciemment des tonnes – via des publicités télévisées, des salons de jeux vidéo, etc… – pour mettre en avant un jeu ayant des ambitions bien plus grosses que ses moyens. Il est allé de plateaux télévisés en interviews pour… confondre sa lettre de déclaration d’intention avec son cahier des charges. En résulte un récit épique sur le contenu d’un jeu complètement fantasmé. Sauf qu’il n’a plus su s’arrêter, enfilant les features imaginaires comme des perles.

Pour ma part, je n’avais absolument pas suivi la campagne marketing de ce titre. En réalité, je ne m’intéresse jamais à ces choses-là avant la sortie, afin de ne jamais attendre quoi que ce soit d’un jeu, et ainsi le juger sur pièce. Je l’avais simplement découvert lorsque Prypiat m’en avait parlé, peu avant sa sortie, afin de me demander de mendier une version presse à Hello Games. La demande s’étant probablement perdue dans un trou noir généré procéduralement, je me suis décidé à l’acquérir afin de voir ce que la bête avait dans le ventre. Soixante balles plus tard, je le disséquais.

Après une quarantaine d’heures, j’ai pu constater qu’il y avait bien quelques bonnes idées, bien qu’elles soient malheureusement noyées sous une optimisation moisie, un gameplay pas bien folichon, le tout avec des enjeux finalement complètement sommaires. Et, vu que je m’étonnais des kilomètres de pages rageuses pondues sur le sujet, je me suis décidé à mater les trailers chatoyants, ainsi que les riantes interviews pré-release. Effectivement, Sean Murray a choisi d’étaler consciencieusement son caca sur tous les murs du studio, flinguant à jamais son image.

Pour tout vous dire, il me fait pas mal penser à un collègue par certains aspects, le côté jovial en plus – ouais, toi. Il s’agit d’un type capable de vous balancer une énormité technique avec une assurance sans faille, les yeux dans les yeux. Il vous dirige droit dans le mur, mais tout le monde suit connement en mettant bien consciencieusement le cerveau sur OFF ; un emballage resplendissant pour un contenu qui sent le maroilles fermenté. Sauf que là, il s’agit d’un jeu vidéo, d’un loisir, et le cerveau est encore plus en mode veille. La poudre dans le nez des marketeux devient de la poudre aux yeux pour les consommateurs. Triste monde.

Outre les cinématiques inventées, l’ami Sean a promis un cycle jour / nuit grâce à une rotation des planètes, une diversité dans la composition des planètes (sable / eau / …), une spécialisation et un nommage des vaisseaux, des PNJ actifs avec une sorte de planning et des objectifs, une gestion des factions avec de potentielles guerres, pouvoir jouer en multi ou avec des amis, qu’il soit possible de faire du piratage pour ouvrir des portes, de pouvoir observer une guerre stellaire du sol d’une planète, qu’il y ait une faune / flore / architecture géantes, la présence de portails stellaires, etc… etc… etc…

Bullshitomètre

Vous prenez toutes ces affirmations, puis vous les oubliez ; aucune de toutes ces promesses ne fait partie du jeu final. Pour autant, aussi sale et méprisable que soit la pratique, ce qui m’étonne le plus finalement, c’est l’absence totale de sens critique, doublée d’une crédulité à toute épreuve des consommateurs. Un studio n’ayant à son actif que la série des Joe Danger – un mix entre plateforme et course, largement inspiré de Sonic – et pas un Péquin ne s’étonne de la somme faramineuse de features annoncées pour un studio aussi modeste. Bin ouais ; comme en politique, les promesses n’engagent que ceux qui y croient, et notre mythomane international a tout fait pour booster les pré-commandes.

Alors, certes, il a divagué et a trompé tout un ensemble de joueurs l’ayant effectivement pré-commandé. Mais j’ai envie de dire que… ça t’apprendra, p’tit con ! Acheter un produit avant qu’il ne soit terminé est, dans la grande majorité des cas, une connerie sans fond – qu’il s’agisse de pré-commandes ou d’early access. « Ouais, mais bon il faut bien aider le gentil petit dev’ indépendant ! ». Bah non ; l’indépendant en question grattait les burnes à Sony, et mangeait les miettes qui en tombaient.

Une candeur un peu trop hors-norme fait que les réactions à géométrie variable m’étonnent également énormément. Par exemple, dès que le studio Spiders sort un jeu avec ses tripes, avant même qu’il ne soit en vente, on lui reproche déjà d’être trop ambitieux, mais lorsqu’un studio sorti de (presque) nulle part vend du rêve à soixante boules, alors la hype s’organise. Encore un phénomène qui m’échappe totalement de par sa nature, mais je ne doute point que Marcheur s’épanchera un jour dessus.

 

Finalement, qui est le plus couillon ? L’éditeur pesant sans vergogne de tout son poids sur un produit qu’il sait pertinemment bancal ? Le développeur fantasmant – à dessein ou non – son produit fini ? Le consommateur crédule qui pré-commande les yeux fermés pour mieux couiner après coup ? Les trois mon général ! En 2016, nous avons tous les moyens à notre disposition pour disposer d’un Bullshitomètre efficace. Il suffit de faire quelques rapides recherches et d’aligner un peu de jugeote. La meilleure façon de ne pas se faire avoir reste encore de ne pas suivre les multiples campagnes marketing, qui n’ont d’autres buts que de vous envoyer du rêve et générer du buzz à peu de frais. Quoi qu’il en soit, au final, c’est bel et bien l’attitude du consommateur qui détermine le comportement des acteurs de l’industrie du jeu vidéo. Amen.

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A propos de l'auteur : Toupilitou

Loutre hyperactive et webmaster de http://www.loutrage.fr

3 Commentaires sur “Bullshitomètre”

  1. Qwarrock dit :

    C’est le principe même de la publicité et de la communication, appelé généralement poliement « marketing »

    Le principe est de faire rêver, de toujours vendre plus que ce que le produit apporte réellement.
    Par exemple,
    Je me souviens d’une publicité sur un chocolat montrant une poire recouverte lentement de ce chocolat fondue…. ça donnait envie…. Sauf qu’aucun chocolat ne pouvait faire un tel effet, il s’agissait d’une peinture marron parfaitement immangeable…

    Toute les publicités marchent sur le même principe (tout du moins celle qui ont des résultats concret en terme de vente finale) Faire rêver, promettre toujours plus, avec Axe les fille te tomberont dans les bras, avec telle voiture tout le monde t’enviera, avec ce café tu sera classe comme machin etc etc…
    Le Jeu Vidéo comme tu dis n’invente rien, il suit les même preceptes… Et pourquoi ? Parce que ça marche. Le problème ne viens pas de ce marketing mais de l’esprit moutonnier et influençable de l’être humain. On n’y echappe pas, un jour ou l’autre on se fait tous avoir (mais pas forcément dans le Jeu Vidéo, peut être ce sera sur votre prochain voyage ? hotel ? Voiture ? etc…)

    C’est la vie. Si on en a parfaitement conscience cela réduit malgré tout un peu l’effet du marketing… Toujours ça de pris.

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