Vendetta : Curse Of Raven’s Cry

Vendetta : Curse Of Raven's Cry

Bon, eh bien il fallait bien que je rende un verdict beaucoup plus sérieux sur le jeu de feu Octane Games et miraculé Reality Pump. Le malheur a suivi ce projet depuis ses prémices ; jeu d’aventure aux ambitions importantes, qui a finalement connu bien des problèmes de développement, passant d’une main quasiment amatrice à la fragile main d’expert d’un Reality Pump dans la tourmente. Raven’s Cry verra le jour début 2015, marqué par les nombreux stigmates d’un changement d’ambitions, d’un changement de moteur et de développeur. Aujourd’hui, il ne reste presque plus rien du jeu d’Octane, si ce n’est l’idée, exécuté par un Reality Pump exsangue, et un Topware Interactive au bord du gouffre. Arlésienne, même encore aujourd’hui, alors que sa version améliorée, nommée Vendetta : Curse Of Raven’s Cry, est sortie il y a plus d’un an. Difficile de se dire que le titre sera proprement terminé un jour. Pourtant, j’y ai joué, du début à sa fin, et je sais ce qu’est Vendetta, contrairement à beaucoup.

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Pour commencer, Vendetta ne s’adresse pas à n’importe quel public. Plus globalement, il ne faut pas s’attendre à un jeu avec les prétentions d’un triple A, ou même s’attendre à un jeu à la finition exemplaire. En l’état, Vendetta est un jeu proche de la release finale ; une fin de bêta qui nécessite encore quelques retouches. Cela dit, comme je peux vous le garantir, le jeu est jouable du début à la fin. Encore heureux, vu que j’ai été confronté il y a peu sur une version un peu louche à un bug qui a bloqué ma progression à environ dix sept heures de jeux. Ici, j’ai réussi à terminer le titre et une grosse partie de ses quêtes secondaires en environ vingt cinq heures. On peut facilement gratter des heures supplémentaires de jeu en exploitant le contenu libre du titre, mais ce que je veux dire, c’est que pour le tarif appliqué actuellement (… 50 balles tout de même), le jeu ne vaut clairement pas le coup. Par contre, si vous allez sur le site de Topware Interactive (… il existe encore) vous pourrez le trouver à 20 euros, ce qui est tout de suite beaucoup plus honnête.

Je n’ai pas été payé, je n’ai pas envie de vous amener à faire des bêtises ou quoi que ce soit d’autre. Je me suis même foutu de la gueule du jeu l’année dernière pour le premier avril. Je n’ai (… contrairement à ce que vous pourriez penser, à raison) aucune action chez Reality Pump ou encore Topware, parce que je pense qu’il y a de meilleures manières de gaspiller son argent. Je suis juste ici pour parler d’un jeu qui, malgré tout, m’a bien plu pour diverses raisons. Je pense vraiment que, à défaut d’être un bon jeu, Vendetta : Curse Of Raven’s Cry est un objet vraiment intéressant, doublé d’un titre honnête.

Ceci dit, commençons par le commencement avec la finition du titre. Alors oui, il y a des bugs, mais pas tant que ça. On est loin d’un jeu Ubisoft là-dessus, et s’il manque effectivement ici et là un rocher ou un mur invisible pour nous empêcher de voir l’envers du décor (… pourtant intéressant), ou que la physique n’en fait parfois qu’à sa tête (… commun aussi), rien de trop dérangeant. Toutefois, je n’omets pas de faire remarquer que quelques quêtes secondaires resteront affichées dans le journal de quêtes alors qu’elles sont bien terminées, et que quelques marqueurs de quêtes persisteront sur la mini-map, nous faisant croire que ce qui a été fait ne l’est pas totalement, alors qu’en réalité, si. C’est de l’ordre du détail, mais c’est tout de même bien casse-couille.

Sinon, on pourra dire que, techniquement, le jeu souffre d’une optimisation assez scandaleuse je dois dire, avec un framerate qui oscille entre le 17 et le 78 fps sur une machine pourtant robuste. Baisser les paramètres visuels n’améliore que peu ce constat. On pardonnera encore moins les micro-freezes subis lorsqu’il pleut en ville, et encore moins le jeu qui plante au démarrage sur une certaine configuration à cause de sa… cinématique d’introduction, qu’il faudra supprimer pour pouvoir le lancer. Pas mal. Malgré mes craintes à ce sujet et ma persistante malédiction, je n’ai pas connu de retour Windows, mis à part deux fois, mais c’était extérieur au titre ; une mise à jour Windows trop envahissante. Sinon, pour le reste, le jeu m’a paru relativement propre, et c’est son optimisation qui est clairement à revoir pour le coup.

Mais une fois que vous avez lu cela, vous ne savez pas encore à quel point le jeu est beau. Parfois daté dans ses modélisations de personnages, et encore plus dans ses animations robotiques (… nombreuses étant celles directement héritées de Two Worlds II : Pirates Of The Flying Fortress), mais le titre sait aussi être somptueux, n’ayons pas peur des mots. S’il n’embarque pas de technologies bling-bling, la distance d’affichage de l’herbe et de l’environnement force le respect. La gestion de l’éclairag,e lorsqu’il fait rarement jour, m’a rappelé à quel point je trouvais le moteur de Two Worlds II fantastique. Souvent sombre, Vendetta tire son épingle du jeu avec des environnements fouillés, très vivants (… les villes sont des lieux de vie fascinants), avec une foule de détails ; mendiants, pêcheurs, gardes, pirates saouls, gangs, prostituées, et d’autres ont leurs propres animations, leurs propres comportements. C’est bien simple, j’ai rarement vu des personnages non-joueurs interagir autant avec le personnage et ses actions, et surtout avec une telle cohérence.

Par exemple, demandez à votre fidèle corbeau de voler des objets à un passant, et s’il s’en rend compte, les gardes à proximité vous pourchasseront. Si vous les semez rapidement, tout ira bien, mais si vous passez à côté d’autres gardes, toujours poursuivi, ils se joindront à la course-poursuite, alertés par leurs camarades. Autre détail, vous pouvez pousser les passants pour faire place, mais certains répondront à l’agression en vous poussant en retour, tandis que si vous répliquez, il sortira son arme. Les passants désarmés se contenteront de s’éloigner de vous, inquiétés par votre comportement. Bien sûr, en termes d’ambiance générale, Reality Pump continue les efforts de Two Worlds II en mettant des personnages non-joueurs actifs, avec un emploi du temps plus complexe qu’avant. Certains pourront même sortir un instrument histoire de pousser la chansonnette, une chanson s’accordant d’ailleurs parfaitement avec la musique du jeu. Impossible de retrouver le nom du compositeur, mais il a fait un chouette travail. Alors mec, si tu sais lire le français et que tu connais le site par miracle : merci.

Dommage que l’on ne puisse parler qu’aux personnages de quêtes, mais c’est une tendance des jeux modernes, et cela ne choque que peu dans un jeu comme celui-ci, davantage orienté aventure que RPG. Tant que l’on est dans la réalisation, sachez que les batailles navales sont plutôt crédibles visuellement, et la mer est assez bien réalisée elle aussi. Visuellement, le jeu a du cachet. Son aspect sonore est cela dit sabordé par des doublages absolument inégaux et bien souvent ridicules ; on pourra rarement dire du bien du jeu d’acteur tant tout ceci sent l’amateurisme. Le fameux « Guess you need your boat repaired !  » des réparateurs de bateaux des villes aurait pu devenir un meme si Internet avait porté une seconde d’intérêt au titre. D’ailleurs, n’espérez pas de sous-titres français, ou même un doublage pour vous étouffer de rire comme sur Two Worlds II ; ce n’est plus dans les intentions du studio, qui compte désormais réparer ce qui peut encore l’être, et laisser Vendetta faire sa vie de jeu de l’ombre.

En parlant d’ombre, parlons scénario. Pour ce qui est de celui-ci, il y a à boire et à manger. Si je trouve les dialogues crus et globalement dans un ton qui sied particulièrement bien à la noire piraterie du jeu, la trame principale souffre de thématiques et d’une idée de départ tout simplement bateau (… Eh, bateau / pirate, marrant hein ? Hein ?!) sabordant (… HEIN ?) tous les efforts du jeu. On pourra aussi regretter des cinématiques qui vont du correct (… vers la fin du jeu) à l’infâme, avec des morceaux de narration probablement directement issus du projet d’Octane Games, nommé Raven’s Cry. Ainsi, si vous tombez sur une cinématique soudainement agrémentée d’un effet de tempête dessinée à la va-vite, c’est normal… C’est moche, mais normal. C’est une idée du jeu.

On pourra dire de même pour la plupart des personnages, qui sont globalement à peine effleurés, très caricaturaux, et cachent en eux des secrets qui bien souvent tombent à plat, parce que, oui, moi aussi j’ai déjà imaginé des histoires de vengeances, et la vôtre, niveau twist, est peu ou prou équivalente à une semaine personnelle de travail sur un scénario. Globalement, les personnages n’ont que peu de profondeur, et même le protagoniste principal, bien que son côté cliché le rende automatiquement attachant, ne bénéficie pas d’assez de recherche pour donner une âme à son corps. Dommage, car il y avait de quoi faire. Ce que je regrette le plus, c’est de voir un script correctement écrit, et assez bien mis en avant par des dialogues correctement écrits eux aussi, ne pas donner naissance à quelque chose d’au moins sympathique au final. D’autant plus dommage que la fin du jeu, ressemblant à un rush brutal effectué dans l’urgence, offre quelques séquences mémorables.

Pour ce qui est des quêtes secondaires, elles font la part belle entre les allers et venues d’un port à un autre, ce qui ne dérange pas trop vu qu’il y a toujours un intérêt à revenir quelque part (… pour, par exemple, commercer ou explorer un peu les rares zones sauvages). Mais elles maintiennent suffisamment l’intérêt pour convaincre le joueur un minimum impliqué de les réaliser. Maintenant, parlons de ce qu’il y a de plus important dans un jeu vidéo, et là aussi, il y a beaucoup à dire.

Bon, on va commencer par couper des têtes. Vous souvenez-vous des combats pas terribles de Two Worlds II ? Bah, dans Vendetta, c’est pire. Bien pire. Carrément pire. Les combats aux corps-à-corps vous offrent l’occasion de vous battre avec un sabre et… un sabre. Sinon, vous avez aussi le droit d’utiliser un pistolet ainsi que des couteaux fonctionnant tous deux comme les tours pendables de Risen 2. Ce ne sont pas vraiment des styles de jeux, juste des aides. Et la visée au pistolet et aux couteaux est particulièrement compliquée ; heureusement que les ennemis sont trop stupides pour tenter d’esquiver vos tirs. Les rixes au corps-à-corps fonctionnent un poil mieux contre les humains, même si la parade est rendue inutile à cause de la vitesse d’attaque ahurissante de vos adversaires. Je vous conseille de bourriner et d’utiliser les compétences complémentaires pour en finir plus vite.

Les combats contre les animaux sont par contre absolument hilarants tant ils sont problématiques ; ils bougent trop vite, tandis que les animations d’attaque sont lentes et imprécises. Toucher est un miracle, le pire étant que si vous êtes plus en hauteur que vos adversaires, vous serez dans l’incapacité de le toucher tant que vous ne serez pas descendu, soit à son niveau, soit en dessous de lui. Terrible constat lorsqu’on sait que l’on affronte plus souvent des animaux que des humains, et que l’on se bat souvent sur un terrain accidenté. Fort heureusement, Vendetta parie peu sur ses rixes afin d’amuser le joueur, et préfère la gestion de l’équipage, de la cargaison, du navire, et tout simplement de l’aventure en règle générale.

Généreux, Vendetta offre beaucoup d’options pour personnaliser le navire et votre équipage, proposant de choisir votre nombre de mousses, ainsi que votre officier, ceci influant sur les caractéristiques de combat lors des batailles navales. Il y a trois types de boulets pour couler vos adversaires maritimes : la grenaille (… pour tuer les membres d’équipages), les boulets chaînés (… pour les voiles), ainsi que les boulets classiques (… pour la coque). Particulièrement tactiques et réalistes, les affrontements sur mer peuvent vraiment satisfaire les frustrés de Assassin’s Creed 4 : Black Flag. D’autant que le pillage des navires et de leurs cargaisons (… sucre, soie, rhum et bien d’autres), de leurs marins (… faut bien se nourrir si le capitaine cane), de leurs boulets et de leurs rations (… veillez à être large là-dessus) offre des options plutôt intéressantes, tel que la gestion du poids du navire, ce qui influe sur la navigation, la vitesse, et la manœuvrabilité. Bien sûr, le vent a un impact sur la vitesse de navigation, et il est possible de moduler les voiles afin de naviguer plus ou moins vite. Vous pouvez également choisir manuellement où vous tirez, que ce soit à gauche, à droite, ou même en face.

Il faut toujours veiller sur sa bourse pour satisfaire les demandes des marins à vos ordres. Veiller à leur satisfaction, et donc à leur moral, c’est faire en sorte d’être plus efficace sur mer. D’ailleurs, faites bien attention à vos relations avec les factions (… pirates, français, anglais, espagnol, et chasseurs de pirates), car plus vous serez aimé, plus les prix des ports seront bas, moins les marins seront coûteux à recruter, et surtout, plus grandes seront vos chances de coopérer avec les factions pour recevoir des contrats. Bref, si la réputation n’influe guère sur le contenu, elle influe sur vos possibilités en tant que navigateur, et c’est là où Vendetta est particulièrement intéressant selon moi.

Le contenu « gestion  » et « stratégique  » permet aux joueurs qui s’en foutent de l’histoire d’y trouver leur bonheur, et ce assez brillamment. Des rencontres aléatoires parfois musclés, juste ce qu’il faut de gestion, du commerce intelligent, une progression certes un peu trop rapide mais assez jouissive, et surtout, une jolie dose de contenu procédural histoire de maintenir l’intérêt sur du long terme. Pour les autres joueurs, plus intéressés par les quêtes et l’exploration, le jeu propose pas mal de lieux, pas mal d’espace même si les murs invisibles (… putain, ces murs invisibles !) réduisent l’espace sauvage à peau de chagrin dans bien des lieux. Cela dit, parfois, lorsque vous trouverez des cartes aux trésors, vous aurez droit à des îles dont le seul intérêt est l’exploration, et pour le coup, on a même droit à un peu de recherche et d’énigmes.

Dommage que le jeu manque d’objets à s’équiper, quelques bijoux, quelques chapeaux, et peu de sabres et pistolets. Les plus gros des objets que l’on récupère sont des plantes pouvant servir à faire quelques potions pas très utiles, que l’on ne pourra faire qu’avec la compétence dédiée (… sachant que l’on mettra moins de vingt cinq heures à remplir un arbre de compétence très succinct). C’est surement là la plus grande limite de ce titre : il aurait pu avoir les moyens de tenir le joueur bien plus longtemps malgré ses défauts, mais il est finalement humble dans son contenu, ce qui me surprend.

Non, le plus gros manque du jeu, c’est son script trop ambitieux, et cela ne se voit qu’à la fin du développement (… surement après le refus de Steam pour l’early access). Reality Pump a d’urgence fait en sorte de réduire l’ambition de son projet. Ainsi, certains choix et références en jeu laissent croire à une suite dans une relation entre deux personnages, ou des conséquences à des choix, mais ils sont simplement oubliés par le jeu, pas désamorcés, pas minimisés, juste oubliés. Je sais pertinemment pourquoi, parce que refaire des scènes, refaire des séquences, faire de nouvelles cinématiques, c’est ce qui doit être le plus problématique, le plus coûteux, et le plus susceptible de créer des bugs bloquant la progression… à l’image de cette limitation datant de Vendetta, empêchant de tuer certains PNJ dont le meurtre bloquait la progression.

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Finalement, Vendetta : Curse Of Raven’s Cry est un jeu que j’ai vraiment apprécié. Par moment, il m’a même paru sur le point de passer au-dessus de son développement maudit, de sa réputation exécrable, et de son horrible destinée. Il y a encore quelque chose à en faire. Vendetta est déjà un jeu correct, mais avec un petit coup de pouce, il pourrait être recommandable. Mais non. Il faut juste corriger ce qui peut l’être sans trop coûter. Reality Pump doit se servir de ce qu’ils ont fait pour ce titre pour aller plus loin avec Two Worlds III, car malgré les stigmates de son développement et la souffrance que le développement de Raven’s Cry a infligé à ses développeurs (… ainsi qu’à son éditeur), il a quand même réussi à me satisfaire. Si cela a été possible, c’est qu’il y avait toujours ce petit quelque chose chez lui, cette petite étincelle de titre qui a une âme, qui a quelque chose à proposer derrière sa réalisation chaotique. Il est un survivant de l’enfer parmi les arlésiennes du jeux vidéo. Il est surement l’une des plus maudites, et s’il tombe dans l’oubli, au moins une personne parmi une poignée de curieux pourra vraiment dire ce qu’est le jeu. « Dirty raw diamond  » disait Dirk P. Hassinger. Là-dessus, il avait raison ; espérons qu’ils trouvent la force et les moyens de redresser la pente qui les ont conduit au bord du gouffre. Courage !

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Rédacteur de Loutrage aimant le jeu vidéo dans tous ses pluriels et appréciant tout particulièrement réfléchir sur le média.

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