Bloodborne

Bloodborne

730 jours plus tard. Je découvre Yharnam et ouvre les portes de ses bâtisses, avec une fureur confondante à celle des plus grands monstres que j’ai eu à vaincre dans les Souls. Il m’avait échappé et avait ri de moi tant et tant de temps, qu’il m’était désormais difficile d’y croire. Pourtant, désormais, si suite il y a, elle ne m’échappera pas. D’ailleurs plus rien ne m’échappera du diabolique enfant de From Software ; la thérapie du sang a d’ores et déjà commencé.

 

Bloodborne – Ryan Amon : Main Theme

 

Comme j’aime le faire, on va dès le départ évacuer le négatif. J’ai joué à la version complète de Bloodborne. Je le connais bien. J’ai fait la plus grande partie du contenu secondaire, extension comprise, et j’ai même découvert la fin cachée. J’ai fait tout ceci en 25 heures. J’ai fini Dark Souls 3 pas forcément à fond en environ 33 heures de jeu. Comprenez bien que j’ai acquis un certain niveau au Soulslike, et qu’il m’est désormais bien plus aisé de les traverser. Mais, tout de même, vaincre un Souls dans sa version complète du premier coup en un temps aussi court, c’est tout simplement le jeu de From Software le plus court que j’ai fait… Et j’ai fini Demon’s Souls, ainsi que la trilogie des Dark Souls.

Donc, ouais, un problème selon moi de contenu, avec seulement quatre mondes dans la version normale du jeu, le premier étant significativement plus long et fouillé que les suivants, le dernier monde étant d’ailleurs assez expédié. Fort heureusement, le monde offert par le DLC est une offre bien plus convaincante et plus proche de l’univers de la première partie de Bloodborne de base. Mais, il y a tout de même ce manque de contenu, d’autant plus qu’il est assez disparate en termes de qualité de construction. Pour la première partie, il a beaucoup à voir avec la construction du premier Dark Souls, et pour le reste, bien plus à voir avec le troisième. C’est une construction qui, de plus, va faire dans l’hommage à Demon’s Souls avec le rêve du chasseur centralisant toutes les mécaniques de personnalisation et d’évolution. On pourra d’ailleurs retrouver ceci dans Dark Souls 3, mais c’est d’autant plus évident qu’il y a ici du Demon’s Souls lorsque chaque épitaphe représente un monde.

Cette structure, qui offre malgré tout des connexions similaires à ce que Hidetaka Miyasaki avait construit avec le premier Dark Souls, a pour principal défaut que chaque retour au hub s’accompagne d’un temps de chargement, et pour se téléporter d’une zone à l’autre il faut aller à ce hub. Des allers-retours incessants cassant le rythme qui existait dans le premier Dark Souls qui reste, et je signe, un chef d’œuvre de construction qu’Hidetaka Miyasaki ne prend pas sur lui de surpasser, ou ne serait-ce qu’égaler, alors que les prémices le laisser suggérer.

Du côté des défauts, on peut signaler aussi que les boss, exceptés certains du DLC, sont extrêmement décevants, voire simplistes pour certains, rappelant les pires moments de Dark Souls 2. Les combats ressemblent à des combats contre des ennemis classiques, à la différence qu’ils font plus de dégâts et ont plus de point de vie. Aussi, il y a moins de builds possibles, il y a beaucoup moins d’équipements que les autres Souls, et, globalement, on a cette impression de jeu qui manque de tout, qui manque vraiment de quelque chose pour devenir une expérience complète. Mais tout ceci est surement dû à mon attente trop longue, ainsi qu’à ma maîtrise du concept, car Bloodborne est plus agressif que ses comparses, alors que j’ai toujours été douloureusement agressif sur les autres jeux de From Software.

Maintenant, suis-je déçu ? Putain, non ! Bloodborne est sauvage. Bloodborne ne laisse pas de place à cette prudence, à ce manque d’audace. Bloodborne invite à l’audace. J’ai épousé le jeu, et j’y ai été marié pendant toute sa durée de vie. Pourtant, même s’il ne m’a laissé aucune cicatrice, et que je ne me suis pas retrouvé significativement face à un obstacle qui me parut infranchissable, Bloodborne m’a quand même marqué. Avec du recul, je pense qu’il m’a autant marqué que ne le fit le troisième Souls ; ce sont des jeux cousins, ils ont été développés en même temps, avec beaucoup de similitudes. Mais à choisir entre un et l’autre ? Nous en parlerons une autre fois, le sujet mérite d’être abordé.

Alors, c’est quoi la réussite de Bloodborne ? Déjà, il est beaucoup, beaucoup plus accessible que ses prédécesseurs, car oui, même s’il s’agit d’une nouvelle licence, il est incroyablement similaire aux Souls, bien qu’il soit aussi beaucoup plus dynamique. C’est bien simple : vous n’ouvrirez que peu votre inventaire, ne changerez que peu ou pas d’équipement de tout le long, la gestion des statistiques est simplifiée par rapport à un autre Souls, il y a moins d’équipements comme dit précédemment, mais est-ce un mauvais point pour autant ?

Non, car Bloodborne est un flot continu de violences et de combats pour la survie ; les ennemis sont plus vifs, plus agressifs, moins portés sur la défensive, et les combats s’enchaînent dans une fureur cauchemardesque. Vos adversaires sont toujours plus nombreux, souvent peu résistants, ce qui compense votre relative fragilité. Bloodborne, c’est aussi la récompense de la revanche ; quand vous prenez un coup, votre vie ne descend pas directement, et vous avez la possibilité de regagner votre vie. Il vous faut alors vite frapper l’adversaire le plus de fois possible afin de potentiellement regagner toute la santé perdue. Cette mécanique se justifie par le fait que le sang versé par les ennemis vous soigne grâce à la fameuse « thérapie du sang  » . D’ailleurs, les fioles d’estus sont ici remplacées par des injections de sang. Nul besoin de les rechercher à un feu de camp ou à votre hub, même si vous pouvez en acheter là-bas évidemment, car vous trouverez votre bonheur sur les ennemis. Problème, ce système invite au farm, ce qui brise le rythme soutenu de l’aventure.

Gardez à l’esprit que les ennemis les plus dangereux sont ceux qui vous barreront la route entre deux boss. Les boss sont, comme je l’ai dit, très décevants. Ceux qui vous poseront problème ne seront pas légion, et au pire, vous pouvez appeler un fantôme d’ancien chasseur pour vous aider, bien qu’ils soient eux aussi fort dispensables. Par contre, bordel, je vous interdis formellement de jouer en coopération avec un autre joueur, sauf si vous avez envie de casser tout le trip d’un jeu de ce genre ; il faudrait être un lâche pour le faire, et les lâches, je les découpe avec ma lame-scie !

Sinon, au niveau des mécaniques intéressantes, la personnalisation du personnage et de son équipement passe ici par un ensemble de runes à rechercher, améliorant substantiellement vos caractéristiques (… attention aux bonus / malus cependant) ce qui amène à un petit peu plus de builds possibles, mais n’améliore pas la rejouabilité, car on peu changer de runes quand on veut. Lorsque vous mourrez (… cela arrivera quand même), faites attention : vous perdrez vos points d’expérience, nommés échos de sang, mais vous pourrez les récupérer en retournant là où vous êtes mort… sauf si l’adversaire vous ayant terrassé a décidé de les absorber. Et là, tu l’as mauvaise ! Résultat, si tu veux récupérer tes échos, à toi de vaincre ce qui t’a battu. Un joli message.

Pour ceux qui se poseraient la question, oui, le scénario de Bloodborne est largement plus compréhensible que dans les autres jeux du studio. Je dirais même plus qu’il est réellement intéressant, avec une fin cachée se révélant plutôt réussie. Le rythme des révélations et des rencontres « amicales  » est plus soutenu que dans les anciens jeux de la boîte, ce qui offre une œuvre plus varié. Parfois bien cachés, veillez à bien explorer les environnements pour trouver tous les raccourcis et les secrets, et essayez de découvrir un maximum de quêtes secondaires, car elles sont bien présentes ; au passage, forcez vous à décrypter tous les moyens d’aller à des zones annexes qui renferment quelques surprises.

Maintenant, parlons un peu de la réalisation. Si visuellement le titre manque de variété, avec des environnements majoritairement urbains, avec cela dit plus ou moins de poisse (… les égouts sont vraiment des égouts), il faut bien avouer que la direction esthétique est ici particulièrement bien faite. La ville de Yharnam, si elle souffre d’un arrière-plan un peu trop flou, quelques manques dans le placement de certains de ses éléments, et peut-être un manque d’espaces à explorer, est tout simplement fabuleuse ; sa populace de fêlés obsédés par la purification des rues, ses chiens crasseux, ses corbeaux aux ailes atrophiées… Je ne vous ai pas encore parlé du bestiaire, mais il y a tant à dire que je reste sur les lieux explorables.

On pourra aussi s’émerveiller face aux marais que l’on peut explorer, ou ce château sous la neige dont des textures en deçà du reste n’arrivent pas à gâcher un style architecturale gothique à souhait. Si Bloodborne ressemble parfois à un film d’horreur hypothétique de Tim Burton, il dégage une identité propre et exerce une attraction irrésistible. J’ai vraiment pris une claque esthétique à laquelle je ne m’attendais pas, car je pensais avoir vu Bloodborne au travers de Dark Souls 3, et il s’avère que non ; ce sont vraiment deux jeux fondamentalement différents, et je reviendrai dessus. Promis. Ce qu’il faut retenir, c’est que le titre a une vraie identité visuelle, et peut très bien exploiter ce filon afin de devenir une franchise indépendante. On peut en dire autant du gameplay, comme je l’ai déjà signalé, mais je veux aussi m’arrêter un instant sur une chose. Musique :

 

Bloodborne – Ryan Amon : Suite

 

Voilà. Alors ça, c’est une version live, et ça claque méchamment. Je vous le dis : le reste de la bande-son est à ce niveau, et c’est un immense plaisir de jouer à ce titre avec de véritables symphonies apocalyptiques en fond. Une nouvelle fois, c’est très similaire et en même si différent de ce que Dark Souls proposait, que c’en est presque hypnotique. On pourra aussi parler des bruitages, qui sont vraiment immondes, dans le sens où tu entends bien les créatures visuellement crasseuses qui approchent, alors qu’elles sont aussi dégueulasses que les sons qu’elles produisent.

Puis, il y a la surprise : les doublages français. Si l’on excepte le fait qu’on entende fréquemment « C’est bon ça !  » . Hein ?! Non, dégages, toi. Non plutôt : « C’est une malédiction !  » . Les doublages français sont d’assez bonne facture. Cela dit, j’enclenche l’alerte « Dépense inutile ! Dépense inutile !  » , et j’argumenterai ainsi : pourquoi faire un doublage français pour la première fois, alors que l’univers fait écho (… du sang, ah ah ah.) à l’Angleterre victorienne de Jack l’éventreur ? Ah ouais, il est chiant le Marcheur, mais là il ne comprend pas. Il est dans l’incompréhension totale. Pas compris, comprend pas.

Que dire de plus… Les espaces sont globalement moins ouverts que dans Dark Souls 3, ce qui fait sens, vu que l’ambiance est beaucoup plus glauque et claustro-phobique (… les amoureux du premier Dark Souls en seront réjouis). L’agressivité du gameplay rejoint largement une construction qui va plus à l’essentiel, donc à l’action, et on a enfin droit à un jeu qui a une réelle identité, offrant un argument valable pour acheter la machine de Sony. Alors, oui, autant le dire tout de suite : j’ai été conquis par Bloodborne du début à la fin. Pas une seconde je n’ai regretté de posséder la machine, et encore moins le jeu. Malheureusement, Bloodborne c’est un peu un striptease ultra-frustrant. C’est beaucoup trop court, c’est pas assez fouillé, on voit clairement qu’Hidetaka Miyasaki a trouvé où il voulait aller avec ce jeu beaucoup plus action, mais il n’a clairement pas été assez cruel envers le joueur (… j’ai rencontré des joueurs traumatisé par Bloodborne. Mouerf), et pas assez généreux.

 

Alors, Bloodborne, c’est quoi ? Un fantastique jeu d’action, viscéral, diablement bien construit dans sa première partie, et plus linéaire dans sa seconde. Une vision vraiment rafraîchissante de la formule des Souls-like, et enfin, un scénario que les non-initiés peuvent comprendre. Mais, à côté de cela, il y a un cruel manque de contenu, vraiment. C’est ce que je retiens. Soit je suis devenu trop bon, soit j’ai trop attendu, soit il manque au moins un monde. Maintenant, Bloodborne, est un réel argument qui peut pousser à l’acquisition d’une PS4, et je dois bien avouer que lui et The Last Guardian m’ont procuré dix jours de bonheur intense. Alors, suis-je déçu ? Non, mais putain, annoncez le suivant. Vite !

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A propos de l'auteur : Marcheur

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

3 Commentaires sur “Bloodborne”

  1. Toupilitou dit :

    Tu l’as tellement attendu ce jeu-là que je suis à peu près certain que tu es dégoûté de l’avoir torché aussi vite 😛

  2. Qwarrock dit :

    t’façon c’jeu est nul parce que il n’est pas sur PC ! 0/10 (oui, oui, je note) !
    Quoi ? comment ? Moi ? jaloux ? ….

    • Marcheur dit :

      Joue à Dark Souls 3 avec un personnage portant uniquement des vêtements et une arme à une main sans aucun bouclier, tu auras une idée de comment ce joue Bloodborne :p
      Bon bien sûr, tu n’auras pas le dash, ni la mécanique de régénération de vie après avoir pris un coup, encore moins les ennemis ultra rapide, tu n’auras pas non plus droit à un bestiaire sorti d’un cauchemar poisseux, tu n’auras pas non plus droit à une intrigue centrée sur la thérapie du sang, et tu n’auras pas aussi droit à Yharnam et son level design fantastique…
      Oublie ce que j’ai dit tiens, achète une PS4 avec The Last Guardian et Bloodborne, puis après sauf curiosité pour Ni Oh, revend la :p

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