Gears Of War 4

Gears Of War 4

Fort heureusement, il y a des choses qui changent, et mon avis sur la série Gears Of War n’a eu de cesse d’évoluer, contrairement à celle-ci ai je envie de dire. Le premier était surprenant et a fait sa petite révolution, le second était une tuerie presque indiscutable, le troisième une assez cruelle déception, et enfin, Judgement était intéressant faute de bouleverser quoi que ce soit. Désormais, et après un passage chez People Can Fly, épaulé tendrement par Epic, la série Gears Of War est la propriété de Microsoft. Le studio The Coalition, qui auparavant travaillait sur un jeu encore inconnu à très gros budget, a eu pour tâche de prendre en charge la série. On pourrait aisément faire le parallèle entre Gears Of War et le destin de la série Halo ; nouvelle trilogie, nouveau studio, Microsoft qui veut faire du chiffre sur une saga établie. Il serait facile pour moi de continuer de tacler Gears Of War 4, comme je l’ai déjà fait peu avant. Le fait est que j’y ai joué. Générique :

 

Ramin Djawadi – Gears of War 4 : Main Theme

 

Si vous avez pris la peine d’écouter avant de lire la suite du texte, vous avez peut-être remarqué que la bande-son n’a pas été composée par le très talentueux Steve Jablonsky, pourtant habitué à la saga. Pour le remplacer, Microsoft casse la tirelire et engage monsieur Ramin Djawadi, c’est à dire le compositeur de Game Of Thrones. Ce changement opère évidemment une nouvelle direction pour la saga, au moins du côté du son, avec des musiques beaucoup plus dépendantes de l’action et soumises à une écoute active. On est bien plus dans un travail d’accompagnement, et on appréciera les compositions légères de cet opus dans le jeu, beaucoup moins en dehors. Qu’est-ce que j’en pense ? Il est bon de voir Ramin s’impliquer et donner naissance à une bande sonore qui fonctionne très bien en jeu, mais on l’aurait tout de même un peu plus apprécié si elle était agréable à l’écoute seule, ce qui n’est clairement pas le cas.

Cliff Bleszinski (… difficile de se souvenir du ‘ s ‘ avant le ‘ z ‘) ne rempile pas sur le projet Gears Of War 4. Seul reste Rod Fergusson en tant que game designer. Toute l’équipe est plus ou moins inexpérimentée sur la question Gears Of War. Le risque est énorme. Soit l’équipe rompt la tradition et tue le père, risquant alors la chute dans l’inconnu. Soit ils essayent de singer la formule Gears Of War et risquent de subir la douloureuse comparaison, surtout après une recette qui a eu trois réécritures majeures. Difficile de faire ce choix. Pourtant, Rod Fergusson est là et décide de prendre la direction la moins risquée, en proposant une suite très similaire au troisième opus dans ses mécaniques.

Être conservateur, c’est à double tranchant. Le respect d’une licence peut vite arriver à une déconvenue générale, surtout que, pour le coup, le nouveau moteur, l’équipe bien différente, et une pression réelle, font que l’on ne voit pas trop comment The Coalition réussirait l’opération. Force est de constater qu’après avoir fini et re-fini tous les Gears Of War, au point de parfois vomir cette licence, j’ai fini la campagne solo d’une douzaine d’heures environ en trois jours. Voilà, on est pas au pire que j’ai pu faire sur un jeu (… souvenir des dix sept heures d’affilée sur Technomancer par exemple), mais niveau jeu de shoot, on est dans un haut de panier que je n’ai pas l’habitude d’atteindre.

Alors, on va commencer par ce qui ne va pas, parce qu’il faut bien l’évacuer. Loin d’être une référence côté écriture, Gears Of War 4 rend honneur à sa série, en se révélant, au choix, très médiocre ou très mauvais dans son scénario et son intérêt global. S’il y a bien deux-trois thématiques intéressantes abordées (… la nécessité de vite repeupler après un conflit, notamment), ainsi que l’adaptation et l’évolution (… thème déjà cher au troisième opus) et de la surveillance extrême, Gears Of War 4 a tout de l’élève con-con qui ne comprend pas vraiment la réussite de ses ainés : ses personnages caricaturaux et hilarants.

Les trois nouveaux principaux protagonistes : Kait Diaz, James Dominic (… clin d’oeil) Fenix, et Delmont Walker. C’est bien simple, ces trois personnages sont des grosses merdes. On se met directement d’accord là dessus. Kait c’est la fille qui est là pour respecter le quota et qui recherche sa môman, tel un Dominic Santiago dans la première trilogie. James a le nom le plus générique de l’univers et est le petit blagueur, fils d’un vétéran de guerre, qui ne s’entend (… forcément) pas vraiment avec pôpa. Et Delmont… le sidekick rigolo, inutile, et gênant « C‘est parce que je suis black ?!  » . Non, c’est parce que tu es inutile et gênant. Tu ne fais qu’introduire plus aisément le fait que James et toi ayez déserté la CGU (Coalition des Gouvernements Unis). Tu ne sers à rien, alors prends ton flingue, tais-toi, et arrêtes d’essayer d’être drôle.

Sinon, on peut souligner un nouvel adversaire un peu trop « miroir  » des locustes de la trilogie originale, mais cela peut se justifier. Enfin, The Coalition aurait pu faire plus original et davantage bouger les codes de la série. Sinon, pardonnez-moi, mais je n’ai strictement plus rien à dire de négatif. Rien du tout. Allez, à plus les haters. J’espère que vous avez apprécié la critique. Vous êtes là les autres ? Alors déjà, sachez que je considère que Gears Of War 2 est le meilleur Gears Of War, et qu’on ne peut pas vraiment lui chatouiller l’orteil. Gears Of War 4 est en dessous du second, OK, mais il est bien. Bien au-dessus du premier, du troisième, et de Judgement. Il est clairement digne de son illustre ainé. Pourquoi ?

Hitchcock n’aurait jamais pu assez le dire : une bonne œuvre, c’est une maîtrise des signes et des gestes, ainsi qu’un rythme soutenu et intelligent. Gears Of War 2 était de ce genre-là, du genre qu’on n’oublie pas, dont on ne décroche pas. Ça s’enchaîne brillamment, c’est clair comme de l’eau de roche, un objectif simple paraissant inaccessible, et une série d’emmerdes tout le long. Gears Of War 4, après un premier acte d’exposition très didactique et ennuyeux, présente cela dit le monde de Gears Of War comme on ne l’a que peu vu (… s’inspirant d’ailleurs de ce que The Last Of Us a pu faire en 2013), et enchaîne avec quatre actes d’une intensité impressionnante.

On pourrait croire qu’il y a des temps morts, des moments où l’on s’emmerde ? Non. De l’action à chaque instant qui fini par saouler ? Non. Des dialogues qui saoulent et qui brisent le rythme ? Putain, même pas. Alors quoi, Gears Of War 4 est bien écrit ? Absolument pas, mais sa narration et son rythme font que l’on ne décroche pas. On est loin de la formule : couloir, blabla, arène, couloir, blabla, etc… Gears Of War 4 distille le mystère de notre adversaire avec une science du dosage impressionnante, les pérégrinations de nos compagnons ressemble à une descente aux enfers toujours plus soutenues en découvrant chaque fois de nouveaux éléments narratifs (ici la narration environnementale fait de son mieux pour combler les silences et le fait à merveille). La quasi absence de temps de chargement, camouflés habilement par des cinématiques magnifiques, ainsi qu’une mise en scène plus sobre qu’à l’accoutumée mais parfois d’une magnificence surprenante (attendez de voir les tempêtes) et ce rythme, bordel, quelle maîtrise.

Et on retrouve cette maîtrise côté gameplay ; Gears Of War n’abandonne ni sa lourdeur, ni ses gros flingues, mais les héros, plus fins que leurs aînés, disposent d’une agilité nouvelle et de nouveaux mouvements réussis. On peut désormais passer au dessus d’un élément de décor en pleine course sans ralentir, chopper un ennemi par le col pour l’amener de son côté du couvert, et enfin, exécuter des ennemis au préalable sonnés. Cette révision de la classique guerre des positions de Gears Of War ne révolutionne pas les affrontements, mais les rend plus mobiles, avec un nouveau bestiaire fourni qui va dans ce sens en raréfiant des adversaires qui attendent derrière les couverts (… sauf les vétérans qui profitent d’une IA retravaillée et diablement efficace). Rien ne sert de détailler l’ensemble des nouveaux adversaires, mais le jeu n’abuse d’aucune de ses nouveautés, et les distille progressivement.

Ainsi, chaque acte s’accompagne de son lot de petites trouvailles ; là des couverts qui se détachent du plafond si l’on tire dessus et qui peuvent aider à tenir trois ou quatre rafales de plus, ici un level design qui se modifie dynamiquement. Gears Of War 4 ne réinvente pas le gameplay, mais considère l’environnement avec plus d’intelligence, plus d’interactivité, avec notamment des combats sous la tempête qui changent la gestion du jet de la grenade, mais aussi comment on regarde les lieux afin de voir quel élément de décor destructible peut nous aider. Le jeu ne cède pas aux sirènes de l’ouverture et s’avère linéaire pour son bien ; le fait de garder le joueur sur un rail, certes étriqué, mais bien construit, donne à l’aventure une maîtrise parfaite des possibilités offertes.

Cette variété, ce rythme, cette science nouvelle du level design tranchant avec le classicisme de ses prédécesseurs, font de ce nouvel opus une très belle leçon pour la série, ainsi qu’un nivellement par le haut sur beaucoup de points. Esthétiquement, le jeu n’est pas la claque visuelle qu’était le premier Gears Of War, mais la réalisation force le respect : textures détaillés, modélisations superbes même s’il y a du moins bon, destruction de l’environnement plus poussée, de superbes effets graphiques, et une modélisation plus naturelle des visages, font que l’on a vraiment l’impression d’avoir bondi d’une génération à une autre avec cet épisode. Gears Of War 4 n’est pas loin d’un Ryse visuellement, et si l’on regrette les trente images seconde (… heureusement stable) du mode solo, on salue les soixante du mode multijoueur.

Le jeu est très beau. Aucun doute là dessus. Les bruitages sont plutôt réussis eux aussi, tandis que les doublages sont aussi marrants qu’à l’accoutumé (… la voix de Marcus est toujours irrésistible). Finalement, mon plus gros regret avec ce Gears Of War 4, c’est que même si j’ai conscience que la position dans laquelle se trouvait The Coalition était loin d’être facile à gérer, j’aurais quand même espéré plus de fraîcheur dans les mécaniques de jeu. La série ne se réinvente pas encore. Elle montre tout de même qu’elle gère toujours autant son sujet, bien qu’on aimerait la voir évoluer plutôt que se retoucher timidement d’opus en opus. Reste cette maîtrise du mode solo, une durée de vie conséquente, doublée d’un multijoueur compétitif toujours aussi fendard, ainsi que d’un mode horde dantesque.

Mais, quel est mon ressenti vis-à-vis de cet opus ? Disons que j’ai trouvé que Gears Of War 4 était largement à la hauteur de mes attentes, vu que je n’attendais rien de lui. Force est de constater que son rythme et ses réussites esthétiques, doublés d’un dépoussiérage bienvenu des mécaniques, font de cet opus une réussite. Maintenant, le développement était court, et on ressent des raccourcis de développement, avec des manques de cohérence dans le game design (… les murs invisibles, parfois stupidement masqués par des éléments en ruine et qui arrivent au torse du personnage, alors qu’on passe son temps à grimper sur des trucs… Mouerf).

Il faut aussi comprendre que Gears Of War 4 affiche une vraie volonté de reprendre la suite directe de la saga, et ne compte visiblement pas tant que cela changer la formule. La narration est extrêmement maîtrisée, mais reprend la structure des jeux de base, jusque dans les riffs de guitare signalant la fin d’une échauffourée. Heureusement, le fan-service ressemble plus à de vrais liens créés entre une suite, vingt cinq ans après la final raté du troisième opus, et on a globalement l’impression qu’on est devant autre chose qu’un jeu de commande, ce qui est déjà assez fort. Le parallèle avec la série Halo est ici plus qu’évident, et on lit dans ce Gears Of War 4 la même volonté que 343 Industries avait de continuer la saga fidèlement. J’espère le plus sincèrement que cette fidélité positive saura laisser de la place à une remise en question ; il serait dommage qu’un nouveau studio n’arrive pas à confirmer ses efforts.

 

Félicitation à The Coalition qui réussi l’exploit de faire presque aussi bien que Gears Of War 2 du premier coup, et ce avec une direction qui me déplaisait au départ, mais qui s’avère payante grâce à un grand travail sur le rythme. Mais c’est bien ici tout le problème ; cette maîtrise ne s’accompagne pas de suffisamment de prise de risques, et on se retrouve bien vite à se demander si le studio sera bien capable de progresser par la suite. On ne change pas une série avec de nouvelles armes et un level design plus maîtrisé, on doit toucher au cœur pour la chambouler, et ça, sans doute l’équipe n’en a pas eu le temps en deux ans et demi de développement, occupée par un Gears Of War Ultimate Edition qui a dû mobiliser du monde. Reste que, si vous avez encore et toujours envie de charcuter du locuste, Gears Of War 4 est le second meilleur choix parmi les épisodes existants, ce qui, contrairement à un Halo 4, est un tour de force qu’on aimerait plus souvent voir reproduit !

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A propos de l'auteur : Marcheur

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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