Journal de bord : NEO Scavenger

Journal de bord : NEO Scavenger

Ma dernière partie de NEO Scavenger a duré une heure et six minutes précisément. Pas en temps réel hein. En temps de jeu.  Pourtant, je m’étais fait un bon gros redneck, habitué à foutre sur la gueule de tout ce qui lui paraît belliqueux (et même de ce qui se contente de le regarder, y compris de loin), habitué à survivre dans toutes sortes d’environnements, connaissant les baies et champignons comme le fond de la poche gauche de son jeans troué, capable de piéger n’importe quel animal à plus d’une patte ou pas loin, et capable de se servir d’une arme à feu. Le mec habitué à la brousse, à la campagne, aux vals boisés et aux plaines verdoyantes ou brunâtres quoi. En fait… Peut-être que c’était ça le problème.

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À peine sorti de ma capsule cryogénique je me suis dit que le mieux, quand on est à poil ou pas loin, amnésique, qu’on se réveille en plein milieu d’après-midi, que le ciel se couvre et que l’hiver approche, c’est de se trouver des nippes vite fait. Je veux dire, on a beau être sévèrement burné, la chemise d’hôpital c’est limite quand on a pas envie que les parties en question deviennent les parties les plus imposantes de la partie alentour.

Puis il me faudrait bien vite un truc à bouffer. Genre une poignée de baies. Ou deux écureuils. Alors quand j’ai repéré une colline pas loin, je me suis dit que c’était le bon plan. D’ici elle me gâchait la vue, mais de là-haut…

Alors j’ai fait ni une ni deux, je me suis mis en route. Vingt minutes plus tard – ça vous épate, hein – je pouvais enfin voir plus loin que le bout de mon nez. Soufflant comme un phoque en rut, j’ai avisé le bled paumé – ou plutôt ce qu’il en restait – qui se pointait pas loin en me narguant.

Alors je me suis d’autant plus bougé les fesses – que j’espérais pas trop voyantes à travers la sape bleutée qui faisait semblant de les recouvrir. J’ai foncé, en espérant trouver un truc ou l’autre qui pourrait m’être utile : des chiffons sales, un poêlon, un vieux sac en plastique troué, n’importe quoi.

Mouais. En fait tout ce qui m’attendait, c’était des carcasses d’immeubles à peine capables de se souvenir de la fin du monde qui les avait renvoyés à l’âge de pierre y’a des siècles de ça… Tout juste une ou deux bicoques minables qui tenaient encore debout.

En désespoir de cause, je suis entré dans la première.

C’est là que j’ai vu le graal. Une armoire en état presque correct. Et qui dit armoire dit foutoir – c’est beau la poésie. Et comme chacun sait, les déchets d’un type sont pour un autre type les déchets qu’on utilise pour taper sur la gueule du lascar qui veut te piquer la godasse gauche que t’as enfin trouvé après deux semaines à passer tes soirées à enlever les échardes.

Alors je me suis approché. Elle a pas bougé. Je l’ai empoignée. Elle a pas bronché. Je l’ai secouée. Elle a gémi. J’y ai été plus fort. Elle a failli me tomber sur la gueule. Faute d’avoir Martell dans le ventre, je me suis mis martel en tête. J’ai poussé, tiré, grondé, hurlé… Et elle a cédé en répandant un énorme nuage de poussière qui sentait drôle. J’ai éternué. Je me suis dit que c’était le meilleur moyen de réveiller une allergie que j’ignorais, ce genre de coup foireux.

Et je suis reparti.

Fort heureusement, je n’ai mis qu’un petit quart d’heure à crever d’une hémorragie pulmonaire aiguë.

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Vois-tu, lecteur, c’est ça tout l’attrait de NEO Scavenger. C’est violent. C’est vicieux. C’est abracadabrantesquement dégueulasse. Et c’est purement textuel. Il ne faut pas s’y tromper : pour une fois ce sont les images qui servent de support au texte, et l’imagination qui fait le reste. Des escapades en terrain douteux aux combats marathoniens mais ô combien vivants, chaque aventure de NEO Scavenger est une historiette, une nouvelle, un roman – selon la vitesse qu’on met à se faire avoir par un monde qui décidément n’est plus fait pour les humains. Et c’est purement jouissif. Du moins si on aime ça. Si on aime Call of Battlefield of Honor CXIII, d’un autre côté… Qu’est-ce qu’on fait sur la page de ce jeu ?

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A propos de l'auteur : Hyeron

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Pourrait retourner jouer à Call of Duty comme on le lui suggère, s'il avait seulement déjà approché cette franchise

2 Commentaires sur “Journal de bord : NEO Scavenger”

  1. Photo du profil de Toupilitou Toupilitou dit :

    Typiquement le genre de jeu qui ne me tenterait pas à la base… mais je dois avouer que ta prose a réveillé un certain intérêt 🙂

  2. Photo du profil de Prypiat Prypiat dit :

    Je n’y ai pas tant joué que ça (la structure « roguelike » me tient rarement longtemps en haleine) mais je me souviens surtout du génial système de combat, qui offre tellement de possibilités ! Ouais, « vivant », c’est ça. Ils tiennent un truc là, clairement…

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