Le ricain pourri, le nègre désabusé, le suédois attardé, le mouton baveur, et ta mère. En tanga.

Autant mettre les choses à plat avant même de commencer. Je peux pas blairer PewDiePie. Là. Certes, ce n’est absolument pas le sujet, mais voilà : je ne sais rien de Felix Kjellberg (et à vrai dire, ça me touche une burne sans même en froisser un poil), mais PewDiePie… Bref. Mais tu sais ce qu’on dit, lecteur : je peux pas encadrer tes idées de merde, mais je suis prêt à prendre un pain pour que tu puisses ouvrir ta gueule quand même.

 

Bah c’est un peu ça le problème actuellement. Je ne vais pas m’appesantir sur les dates, les circonstances ou quoi que ce soit, mais c’est encore arrivé : le suédois le plus crétin du net (et je ne dis pas ça de manière affectueuse) a encore ouvert sa gueule. La dernière fois c’était les nazis, cette fois-ci c’est les nègres. Lors d’un live stream (parce que c’est forcément méchamment moins commode à éditer), l’abruti en question a lâché sans vergogne un « what the fucking nigger  » . Les puristes parmi vous s’offusqueront avant toute chose du manque complet de sens d’une interjection aussi laborieusement longue que ridicule, mais ce n’est pas de cela qu’il est question.

Voyez-vous, paraît-il que le mot est quelque peu… disons, sensible du côté anglophone des choses. Les Blacks – les Noirs, les Afro, les Afro-Américains, les Couleur Café, utilisez le terme que vous préférez – considèrent ce terme comme particulièrement injurieux, alors même – notez l’hypocrisie ou la stupidité profonde – qu’ils en abusent entre eux. Ce qui s’apparente à un dénigrement pour l’autre (à savoir tout qui n’a pas la même couleur de peau) devient tout à coup un symbole et une revendication… Je ne pense pas que quiconque dispose de la moindre partie de cerveau encore en état de fonctionner, et non imbibée d’éthanol ou de toute autre substance moins légale, puisse comprendre. Mais on en est là, voyez-vous.

C’est dérangeant à bien plus d’un titre. D’abord parce que ce n’est plus une première, loin s’en faut à ce stade, puisque l’hurluberlu commence à devenir sévèrement coutumier des dérapages, rappels à l’ordre, controverses, et autres joyeusetés. Ensuite, parce que, tout au fond, à droite, vers le drain, de deux choses l’une : soit il est vraiment aussi abruti dans la vraie vie que sa persona, soit ce type est l’un des plus gros manipulateurs et experts en communication (y a-t-il une différence, me direz-vous) que la Terre ait porté ces quarante dernières années.

Où que se cache la vérité, c’est problématique : cinquante millions de moutons qui suivent aveuglément un plouc ou un manipulateur ; nos amis teutons peuvent vous dire qu’en général la fin est nettement moins engageante que celle du dernier eroge à la mode. Les plus malins feront le parallèle avec l’autre sujet de controverse plus haut. Les autres de toutes façons ont déjà abandonné l’article et sont en train de commenter, l’écume aux lèvres, parce que j’ai osé toucher à leur veau d’or. Alors certes, il serait idéal que chacun s’en tienne à l’idée de base : parler de nègres quand il s’agit de travail forcé de la partie – certes – à haute teneur en mélanine de l’humanité. Là.

Voyez, le problème aussi, c’est que pour finir on ne sait plus comment les appeler. Les Blacks ? Sûr que ça va en choquer. Les Noirs ? Sûr que ça va en choquer. Les Afro ? Sûr que ça va en choquer. Et malheureusement faut bien, au même titre qu’on parle des Blancs. Notez que je mets la majuscule partout : perso j’en ai rien à cirer, mais voilà, ça posera probablement toujours des soucis, et quand une partie est touchée, faut bien la déterminer d’une manière ou d’une autre. C’est aussi problématique parce que suite à la controverse, on a vu un certain Sean Vanaman (autant dire un parfait inconnu, puisqu’il a fallu que je sorte le moteur de recherche pour trouver son nom) ouvrir à son tour le claque-merdes, pour déblatérer des conneries à son tour.

En résumé, notre second crétin ouvre une plainte DMCA pour faire retirer la vidéo problématique du premier crétin, le qualifier de gamin, se plaindre qu’il se fait du pognon sur son dos, le qualifier de raciste, balancer qu’il cause des dégâts à la culture entourant l’industrie, en appeler aux autres développeurs pour qu’ils en fassent autant, et se plaindre parce qu’il a fait de l’argent grâce – toujours – au premier abruti. Et de conclure en rappelant qu’il adore les streamers.

Et là je me dis que nom de dieu de putain de chacal en rut de merde, on est pas sorti de l’auberge. Sa série de tweets (parce que chacun sait que Twitter est de loin la plate-forme la plus adaptée aux réactions posées, réfléchies, sereines, et profondes) est tellement débile que j’ai du mal même à voir par où commencer. D’abord, prétendre aimer les streamers et essayer par tous les moyens d’en museler tout ou partie, c’est d’une hypocrisie que ne renierait pas la grenouille peroxydée au QI de 4 qui prétend gouverner la grande puissance de l’autre côté de l’Atlantique.

Ensuite, parce qu’il tente de le museler avec une plainte DMCA. Et que ça, c’est tout d’abord très illégal mais aussi très stupide. Certes, il n’est pas le premier, mais le souci est bien là. Cette pratique est en train de prendre de l’ampleur (Jim Sterling m’en soit témoin), et ça ne joue en faveur de personne : pas en faveur du créateur qui perd du coup nombre de streamers potentiels qui ne voudront pas risquer le même problème ; pas en faveur des streamers puisqu’ils perdent du coup une partie de leur gagne-pain ; pas en faveur de YouTube qui du coup perd du contenu potentiel ; pas en faveur du joueur qui du coup perd de la culture et des futurs achats potentiels – ce qui vous le remarquerez nous ramène au développeur. Difficile d’être plus logique puisque le jeu vidéo est un véritable écosystème…

Pleurer en le taxant de raciste est également une arme à double tranchant. Voyez, on parle du net ici – et c’est bien le problème, nous y reviendrons. Et sur le net, vous savez comment on appelle un développeur qui n’inclut pas de personnage de couleur dans son jeu alors qu’il pourrait ? Inutile de vous faire un dessin. Pire encore : dans un bel élan de projection irréfléchie, prétendre que le streamer cause du tort à l’industrie… Bah voyez donc deux paragraphes plus haut. Je préfère ne même pas m’attarder sur l’appel aux autres développeurs, qui est un coup d’une bassesse sans borne et une insulte à l’intelligence de ceux-ci.

Enfin, c’est problématique à cause des moutons des deux côtés. Les enragés sans cervelle côté bobo-fémino-bienpensant et les enragés sans cervelle côté pewdsestmondieulol. Parce qu’aucune des deux parties n’est capable de la moindre des choses suivantes : intelligence, compassion, bon sens. Le pire c’est qu’au fond, il n’y a pas mort d’homme. Okay, l’abruti numéro un a balancé une (grosse) connerie. Peut-être même bien que c’est un raciste de bas étage.

Et perso, j’en ai rien à foutre. De deux choses l’une : soit c’est bien un gros facho, mais alors c’est un gros facho avec 50 millions de followers, doublé d’un poids lourd du medium. Il y a une raison pour laquelle les gens se détachent de l’opinion de leur entreprise et vice versa. Il faut de tout pour faire un monde, et fermer les yeux n’a jamais empêché ce monde d’exister. Ou alors c’est un con. Mais alors c’est un con avec 50 millions de followers, doublé d’un poids lourd du medium. Dans tous les cas, 50 millions de clients potentiels, ce n’est pas rien. Et le développeur en question en a vite fait les frais en voyant la moyenne de ses évaluations sur Steam passer de « très positives  » à « moyennes  » en un instant ou presque.

Voyez-vous, les gens aiment bien voter avec leur portefeuille. Et ceux qui ont déjà acheté avec leurs reviews. Est-ce que c’est intelligent ? Baaaaaaah… c’est déjà nettement plus épineux qu’une manœuvre illégale et – disons-le franchement – discriminatoire. C’est effectivement épidermique. Mais là où aucun point ne peut absoudre notre abruti numéro deux, il y a ici plusieurs choses à dire qui, à défaut d’effacer la stupidité des actions des moutons, atténue du moins ladite idiotie. Nonobstant les arguments déjà exposés plus haut, on pourrait dire que cela peut servir d’avertissement aux acheteurs potentiels. Libre à chacun ensuite de se faire son opinion et de soutenir ou non le développeur ou le jeu. Là se situe l’une des différences-clé : là où l’abruti numéro deux et tous les moutons derrière lui musellent, les autres avertissent et laissent le public non encore touché par ce différend juger par lui-même.

Ensuite parce que ça n’a rien d’illégal et que ce n’est pas un appel au boycott… Contrairement à la partie adverse. Enfin parce que les conséquences sont nettement plus bénignes. En laissant le libre arbitre aux gens, cela les laisse juger par eux-mêmes. Les évaluations peuvent également être repassées en positif, suite par exemple à un geste de bonne volonté des développeurs. On pourrait aussi arguer du fait que, si cela provoque la chute du studio, les développeurs – ou plutôt le développeur – ne pourra s’en prendre qu’à lui-même. J’en passe probablement quelques-uns, mais cela me semble l’essentiel.

Je ne repasserai que brièvement par la case presse : si les pseudo-journos avaient une once de bon sens et d’esprit journalistique, peut-être leur passerait-il par la tête de ne pas sensationnaliser pareille affaire, mais de prendre un peu de recul et d’essayer de voir les choses sous un peu tous les angles. Cela n’excuse peut-être pas le geste des joueurs marris, mais cela l’explique également en partie. Parce que bon, s’il y a un angle qu’on a un peu oublié, c’est celui des Blacks, justement. Et nombre d’entre eux ont réagi d’une manière un peu plus normale. Genre, « mec, il a merdé, là, et tu vois qu’il sait qu’il a dit une foutue grosse connerie directement  » après la vidéo d’origine, puis « mec, il s’est excusé, il est sincère, il a les mots justes, c’est bon, on passe l’éponge  » après la vidéo de réaction / réponse de l’abruti numéro un.

Mais voilà, certains l’ont voulu, ils l’ont eu : on est maintenant dans une industrie empoisonnée, où le moindre pas en dehors des sentiers plus que balisés de la bien-pensance est pénalisé directement de la manière la plus brutale et inexcusable qui soit, où l’on muselle tant et plus, où personne n’a droit au libre-arbitre. Et la seule chose qui se dresse encore entre cette dégénérescence et la fin absolue du medium… Bah c’est les joueurs. Au final, la seule chose à laquelle on ait affaire ici, c’est un beau ramassis de ploucs :

  • Un ricain pourri jusqu’à la moelle qui refuse de réaliser qu’il se tire une balle dans le pied, que ce n’est pas parce que quelqu’un dérape qu’il faut l’exécuter – que ce soit au sens propre ou figuré, et que le suédois attardé lui a apporté un paquet de ventes non négligeables, qu’il n’a pas été complice d’une quelconque ignominie mais témoin d’un dérapage, et que la droiture, la morale, la vertu, le savoir-vivre et le vivre-ensemble, c’est pas de museler un streamer mais de dialoguer avec lui.
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  • Un nègre désabusé : je me dis qu’on va avoir affaire à une belle trichotomie chez les Blacks, avec d’un côté les enragés qui défendront bec et ongles un développeur qui n’a jamais rien fait pour eux, d’un autre les enragés qui défendront bec et ongles un streamer qui n’a jamais rien fait pour eux, et enfin les mecs qui sont restés à l’écart et qui, comme tous ceux qui ont ou non leur couleur de peau, se demanderont comment on a pu en arriver là.
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  • Un suédois attardé : facho ou pas, à ce stade ça commence à sentir le roussi pour le Kjellberg. Une partie de moi ne cesse de ricaner que ce n’est pas pour me déplaire, mais le rationnel prime… Combien de streamers mineurs ont déjà fait les frais de ce genre de manipulations dégueulasses et, si on ne lève pas le bouclier pour PewDiePie, quand alors le lèvera-t-on ? Il risque d’ici là d’être beaucoup trop tard. Ceci dit je me régale à l’avance du spectacle quand son dernier avertissement tombera et que sa chaîne sera supprimée. Se faire cinquante millions d’ennemis, ça ne doit pas être bon pour la santé…
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  • Un mouton baveur, qui quel que soit son camp ne réalise ni les enjeux, ni l’ampleur du problème, et qui se contente de bêler à l’unisson avec les autres de son troupeau, envoyant des insanités à l’autre camp sans voir ni reconnaître. Je le qualifierais bien d’enragé, mais ce n’est pas même le cas. Aveugle est plus approprié.
    .
  • Enfin, ta mère en tanga. Moi, en gros. Qui suis là à regarder la débâcle et à me dire que nom de dieu, si on avait le bon sens d’appliquer en ligne les principes de base de la vie en communauté réelle, le problème n’existerait même pas. Kjellberg lâcherait une connerie, Vanaman lui dirait « Mec, t’abuses  » , Kjellberg s’excuserait, et ça s’arrêterait là. Ou alors Kjellberg serait un gros facho et n’attirerait que les gros fachos, et se ferait démonter dans tous les débats publics et privés.

 

Et à y réfléchir, on s’en cogne. Dans les deux cas, un seul des deux camps à choisi de faire disparaître ses opposants, de les museler, de leur faire un procès sur des bases bancales, de revenir sur la parole donnée, tous attributs du totalitarisme. Et je me dis que pour un mec qu’on tente de faire passer pour un nazi, Kjellberg ressemble de plus en plus à un opposant politique.

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A propos de l'auteur : Hyeron

Pourrait retourner jouer à Call of Duty comme on le lui suggère, s'il avait seulement déjà approché cette franchise

6 Commentaires sur “Le ricain pourri, le nègre désabusé, le suédois attardé, le mouton baveur, et ta mère. En tanga.”

  1. Andariel dit :

    Moi je suis plus ton père en boxer, qui regarde toute cette affaire d’un air amusé tout en se goinfrant de Bretzels. ^^

    Pewdiepie est un vieux gamin abruti qui ne mesure pas l’étendu du pouvoir qu’il représente en tant qu’image de Youtube, ni les répercussions que ses agissements stupides entraînent (le fameux ad-pocalypse, c’est à cause de son délire nazi). Il a dérapé comme un gland vu qu’en tant qu’européen, il ne s’imaginait pas l’ampleur qu’à le mot « nigger » aux states (c’est d’ailleurs stupide ; dire ce mot hors contexte ne devrait pas choquer autant. Surtout si les noirs américains peuvent l’utiliser à tort et à travers sans soucis. Aucun mot ne devrait avoir un double sens aussi trompeur qu’impitoyable) et la réaction en chaîne disproportionnée, c’est finalement le plus drôle. Après, le dev qui censure en abusant du système de copyright, c’est moins drôle. Mais ce qui est drôle après, c’est le review bombing qu’a reçu son pauv’ jeu, qui a même fini par réveiller le géant endormi Valve. Un vrai manège en fait *avale un bout de Bretzel en souriant*

     

     

  2. Toupilitou dit :

    Attends… C’est cette histoire qui est à l’origine du changement du système d’évaluations sur Steam ? 😀

    Bon sinon, Hyeron, je pense que je vais repasser commande d’un ou deux camions citerne de vitriol, parce que je crois que tu as vidé le stock de la cuve avec un one-shot 😀

    • Hyeron dit :

      C’est le review bombing qui a réveillé la valve, oui.

      En même temps tu cherches, tu trouves hein. Mais bon. Le système miteux de Valve ne l’empêchera pas, ça permettra juste d’autant mieux aux joueurs de voir quand un dev a fait un truc sale. :3

  3. DAlth dit :

    Pour utiliser un vocabulaire psycaca, le plus grand service qu’on peut rendre à ce blablateur invétéré, c’est de faire extinction. :p

  4. Prypiat dit :

    J’étais passé à côté de cette histoire… y’a des jours où je suis heureux d’être dans ma grotte loin des réseaux sociaux. Quel monde de merde. Quelle industrie dégueulasse.

  5. Ninheve dit :

    le soucis avec le mot n…..r est que même si il sonne comme negro, il n’a pas du tout la même origine et que son origine est vraiment insultante, très insultante.Les rappers et une certaines culture populaire se sont appropriées une véritable insulte raciale, et il y a eu ensuite un amalgame avec les dénominations plus ou moins à connotations racistes.: black, noir, negro etc mais eux ne sont pas au vrai sens du terme des insultes même dans leur utilisation, il y a automatiquement une déformation mais  n….r en est une vraie insulte, odieuse à l’origine et qui malgré sa dénaturation actuelle reste ce qu’elle est. Je n’écrirais pas ce mot car ayant vécu aux states, je peux vous dire que ce terme était des plus immonde. Même si à l’heure actuelle, c’est à dire 10 ans plus tard, une partie de la population afro américaine s’est appropriée ce terme de façon provocatrice, afin de faire la nique aux blancs l’utilisant pour les insulter et les catégoriser, pour moi il y a dans ce mot une atteinte volontaire, immondément raciste à la personne.

     

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