This Is The Police

This Is The Police

J’ai souvent rêvé d’un jeu qui serait une simulation de progression en eaux troubles. C’est pourquoi This Is The Police m’a tapé dans l’oeil sans détour ; incarner un flic dans une ville, Freeburg, où la corruption est la norme dans un environnement définitivement chaotique. Le choix qui semble nous être proposé est de s’installer dans la peau d’un pourri fini, ou d’un justicier implacable, ou bien encore d’un furet sachant composer avec l’un et l’autre. Le jeu de Weappy Studio tient-il ses promesses ? C’est ce que nous allons voir ensemble. C’est parti !

 

This Is The Police nous permet d’enfiler le costume du chef de la police, Jack Boyd, le côté ventripotent avec les tâches de café sur la chemise compris avec. Proche d’une retraite forcée, nous n’aurons que deux obsessions : amasser 500 000 $ pour nos vieux jours, et renouer le contact avec notre femme qui a préféré s’envoyer en l’air avec un riche et jeune éphèbe. Toutefois, la situation de la ville dont nous gérons la sécurité ressemble à s’y méprendre à une vaste étendue de sable mouvant ; la mairie mettra régulièrement son grain de sel dans le fonctionnement, la mafia n’hésitera pas à faire de l’ingérence, les milieux d’affaires chercheront à profiter du prestige de la Police, l’église voudra faire un petit come-back dans l’inquisition, tandis que diverses parties tierces voudront ramener leur fraise.

La corruption est omniprésente, et ce n’est pas notre adjoint qui va nous contredire ; il s’est perdu dans les affres médiatiques et judiciaires, après s’être accoquiné d’un peu trop prêt à la mafia locale. Toutefois, impossible de faire comme si ces obstacles n’existaient pas en se déclarant comme le chantre de la justice ; ignorer la mairie sera synonyme de pertes budgétaires, snober la mafia reviendra à signer son arrêt de mort, écarter les milieux d’affaire reviendra à cracher sur de l’argent facile, etc… Néanmoins, il n’est pas question non plus de répondre forcément par l’affirmative à toutes les requêtes, car nous avons quand même (… ou pas) un reste d’honneur et d’orgueil à ne pas tremper dans des affaires louches.

Typiquement, la mairie, globalement d’obédience ultra-conservatrice, reviendra régulièrement à la charge pour nous demander de mater des minorités qui auraient envie de s’exprimer publiquement, d’autant plus lorsqu’il s’agit de manifester juste pile-poil devant l’hôtel de ville. Politiquement, ça a clairement des relents racistes et xénophobes ; si manifestation il y a de noirs ou de la communauté LGBT, la mairie nous demandera de les matraquer. Effectivement, rien ne nous oblige à répondre favorablement à cette demande, mais le couperet ne se fera pas attendre si nous faisons le rebelle ; rien de plus efficace que d’amputer les effectifs de la Police, pour ensuite mieux leur reprocher de ne pas être efficace et d’assurer la sécurité des citoyens.

J’ai encore le souvenir de cette requête me demandant de licencier tous mes flics noirs sous quatre jours, quand bien même je n’avais pas de motif légal pour le faire. Ces derniers pourraient d’ailleurs fort justement envoyer une plainte officielle au procureur ; si nous ne voulons pas que notre paye soit largement coupée, faire appel à son adjoint pour identifier et acheter le silence des témoins est une option, bien que cela coûte un bras, voire deux. Par ailleurs, si nous choisissons de mater une manifestation par la violence, il faut garder en tête que nous devrons en répondre devant les médias lors de conférences de presse. Là encore, grâce à notre adjoint, si on la joue fine en balançant des liasses de biftons, rien ne nous empêche de fabriquer des fausses preuves permettant de se couvrir. A noter que dans mon exemple des flics noirs, rien ne nous empêche de remplacer tous les effectifs par de nouveaux employés noirs à l’issue du quatrième jour, mais cela n’est pas du tout pris en compte par le jeu. Dommage de ne pas avoir pris cela en compte pour la cohérence de l’ensemble.

Au-delà de ces numéros d’équilibriste, nous devrons bien évidemment gérer les effectifs de la Police afin de les envoyer sur le terrain. Pour ce faire, nous aurons la représentation d’une maquette de la ville, et des événements y poperont avec différents délais de réponse : 10, 20, 30, voire 60 secondes. Passé ce temps, l’événement disparaît et le potentiel criminel s’évanouit dans la nature. Chaque event, selon sa gravité, demandera un minimum et un maximum de flics à envoyer sur place ; si une intervention est prévue pour quatre poulets maximum, vous ne pourrez en envoyer qu’un seul, car il refusera d’y aller. Chaque policier dispose d’un niveau de professionnalisme (100 étant la moyenne), et plus ce dernier est élevé, plus il sera efficace sur le terrain.

Typiquement, si vous envoyez quatre noobs sur un braquage à main armée, il y a de fortes chances pour qu’il y ait des pertes du côté de vos troupes. Néanmoins, cela peut également être un moyen de se débarrasser d’un personnel encombrant que nous ne pouvons virer par des moyens légaux (… cf. exemple sur les flics appartenant à des minorités). A noter qu’il est possible de demander à la mafia de créer un traquenard pour se débarrasser d’un flic un peu trop encombrant. A l’inverse, il est possible que des appels sur lesquels nous envoyons un certain nombre de policiers s’avèrent être des fausses alertes, monopolisant les effectifs alors qu’ils auraient été très utiles ailleurs. La description de l’alerte peut néanmoins donner des indices, bien que ce ne soit pas toujours le cas.

Quoi qu’il en soit, chaque journée démarre avec la lecture des gros titres de la presse, ces derniers pouvant avoir un lien direct avec nos actions, ou bien avec les gros pontes de la ville. Trois journaux à orientation distincte apparaîtront ; à titre de comparaison, pour simplifier et vous donner une idée parlante des papelards en question, disons qu’on aura sur notre table Le Figaro, Marianne, et Libération. Ce même rituel sert finalement de fil rouge à la trame narrative du jeu. A noter que, une fois les gros titres lus, nous partons au boulot, ce qu’une mini-cutscene d’une clé démarrant une vieille bagnole déglinguée illustrera. Cette cuscene contribue à installer la monotonie de la vie de Jack Boyd, et c’est pourquoi nous ne pouvons la passer. Hmmm… Ça aurait été pas mal quand même !

Avant de commencer quoi que ce soit, une fois notre gros derche posé dans notre bureau, nous devrons choisir (ou pas) la musique qui ambiancera notre journée. Cela commence avec le choix d’un vinyle d’une musique jazzy, et j’ai pris un véritable plaisir à toutes les écouter. Toutefois, je n’aurais pas été contre un bouton permettant de lancer une musique aléatoirement plutôt que d’avoir à subir la même animation. Encore une fois, cela fait partie du rituel installant la monotonie de notre commissaire en chef, mais cela devient lourdingue au bout d’un moment. Nous avons également un catalogue nous permettant d’acheter d’autre vinyles, ou de les pré-commander s’ils ne sont pas encore sortis. A noter que plus tard, notre Jack va craquer pour s’acheter un lecteur de cassettes ; concrètement, cela ne change que l’animation.

Ensuite, nous passons en revue les troupes du jour (… il y a une alternance de deux équipes). C’est un autre rituel qui s’installe, où l’on voit défiler une partie des policiers avec des excuses plus ou moins tirées du bouquin « Les excuses foireuses pour les nuls  » . Sur le papier, c’est une bonne idée, sauf que tel le gros crevard de service, je refusais systématiquement toute demande d’absence, à deux exceptions près : si le flic est encore en train de cuver la soirée de la veille, ou alors il n’a absolument plus d’énergie. En clair, avec ces deux derniers cas, le poulet peut crever sur la trajet d’une mission. Pour le reste, refuser une demande d’absence n’a aucune incidence, et c’est franchement bien dommage, car nous n’avons alors aucune raison nous obligeant à nous priver de personnel. A noter que chaque policier peut avoir des convictions politiques, mais je n’en ai jamais ressenti le contrecoup. Encore une occasion manquée de complexifier un gameplay un peu trop simpliste et répétitif par moment.

Au-delà des demandes d’intervention pour nos agents au fil de la journée, nous aurons la possibilité, lorsque le cas survient, d’envoyer des enquêteurs. Cela peut tout aussi bien être pour la résolution d’un meurtre que le démantèlement d’un gang. Au cours de l’enquête, notre ou nos enquêteurs récolteront des preuves présentées sous forme de vignettes. Nous devrons alors reconstituer la scène avec les bonnes vignettes, en les mettant dans le bon ordre, en concordance avec les témoignages récoltés. Pour le coup, soit nous avons toutes les bonnes vignettes en stock et nous n’avons plus qu’à les remettre dans l’ordre, soit nous ne les avons pas toutes et l’affaire prend la poussière. En clair, il n’est pas possible de se planter dans les grandes largeurs en mettant sous les verrous un innocent. Dommage.

 

Sans toutefois être une non-recommandation nette et définitive, c’est peut-être cela que je garde en mémoire sur mon expérience avec This Is The Police : dommage. La corruption est une obligation, et n’avons qu’à jongler avec le niveau des curseurs afin d’éviter qu’ils atteignent les extrêmes. Cela implique également une forte répétitivité des actions à travers une version idéalisée et simpliste du travail de la Police, le tout en sachant que cela s’étale sur une durée beaucoup trop importante. Le jeu aurait vraiment gagné à être vraiment plus court, dense, et complexe, ce qui aurait amené au passage un intérêt à la rejouabilité, car la narration en elle-même est bonne, ce que la fameuse voix de Duke Nukem vient magnifiquement appuyer.

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A propos de l'auteur : Toupilitou

Loutre hyperactive et webmaster de http://www.loutrage.fr

Un commentaire sur “This Is The Police”

  1. Qwarrock dit :

    Je plussois la critique, jeu indé (qui semble) sympa et original, mais répétitif et limité au bout de peu de temps…

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