Pyre

Pyre

Les Pyre aînés. L’an Pyre contre attaque. Pyre ouette, caca ouette. Le pont des sous Pyre. Le seigneur Vent Pyre. Voila. Maintenant que les jeux de mots foireux sont mis de côté (et puis, déjà, ça se prononce « pailleur  » , inculte), concentrons-nous sur le nouveau bébé de Supergiant Games, parce qu’il mérite toute notre attention. Vous voyez, on vit dans une ère où des studios comme Ubisoft et Activision sont passés maîtres dans l’art de réchauffer leurs formules (open world d’escalade de tours, et pan-pan dans les couloirs, respectivement), tellement qu’on ne s’étonnerait pas qu’ils s’étendent à l’industrie du micro-ondes… Dans ce monde là, les Californiens de Supergiant – qui sont tout de même à la base des exilés de EA –  sont bien déterminés à donner des leçons de créativité. Leur premier, Bastion, est une rencontre improbable entre le jeu d’aventure et le hack’n slash. Transistor est, encore plus improbablement, un espèce d’Action-RPG tactique. Cette fois, ils ont fait Pyre ! (pfff) Parce que Pyre, c’est littéralement un LDVELTP. Un Livre Dont Vous Êtes Le Tony Parker !    

 

Le setting de Pyre rappelle un peu celui des vieux Exileque pas grand monde doit connaître, mais c’est l’occasion pour moi de me la ramener… Vous vous trouvez au fin fond du Downside : un monde souterrain inhospitalier où l’impérieuse nation du Commonwealth s’amuse allègrement à exiler les rébus de sa version de la société. Vous êtes vite rejoints par une poignée d’exilés qui n’aspirent, naturellement, qu’à retrouver la liberté, et vous trouvez bientôt le moyen d’y parvenir via les rites. Mais que signifie la liberté ? Et en vaut-elle vraiment le prix ?

L’univers de Pyre est un joli témoignage de l’expérience de Supergiant en termes de world building, qui n’a désormais rien à envier à des studios comme Bioware, parce qu’on a affaire là à un monde aussi riche qu’intriguant. Ainsi, on sera continuellement désireux d’en apprendre plus sur sa mythologie et ses rouages, surtout par le biais de son éventail de personnages attachants (JODARIEL, JE T’AIMEUH !) et hauts en couleurs. D’autant plus que le jeu s’aventure vers des thématiques intéressantes, comme l’opposition du changement et du libre-arbitre (un arbitre ? Ben voyons…) collectifs / hétéroclites au conformisme sédentaire du système. Sans parler de son enveloppe artistique qui s’avère être une carte postale redoutable. Et niveau redoutable, c’est genre le Sauron des cartes postales.

Parlons d’ailleurs de ce qui crève les yeux avec Pyre : ce jeu est d’une beauté fulgurante ! Les couleurs vibrantes et enivrantes, le coup de pinceau magistral, le charme dégoulinant… Tout est une jouissance pour la rétine, sans jamais tomber dans le trop flashy qu’on pourrait reprocher à Bastion. Dites vous que si mon barrage de screenshots ne vous en a pas convaincu, eh bien, c’est qu’il est grand temps de passer chez l’ophtalmo… Et, tiens, puisqu’on est encore à l’état d’extase, j’en profite pour tâter l’autre grosse bête : la soundtrack. La putain de soundtrack… C’est simple ; Darren Korb est un prodige de la bande originale, et non seulement ses compositions sont carrément à tomber par terre, mais elles sont en plus d’un éclectisme effarant entre folk, country, flamenco, électro, rock, punk, et j’en oublie.

 

Au delà des musiques en elles-mêmes, c’est leur intégration au sein du jeu qui force encore plus l’admiration. Les pistes musicales admettent plusieurs versions qui varient organiquement en fonction de ce que fait le joueur. Par exemple, les guitares s’éclipsent lorsqu’on entre dans la caravane (qui fait office de simili-menu) laissant place à un truc plus drum’n bass. En plus, chaque personnage est accompagné d’un thème qui lui est dédié et qui donne un clair avant goût de sa personnalité. Et, la cerise sur le gâteau : probablement le meilleur générique de fin de jeu vidéo qu’il m’a été donné d’écouter, et un exemple éclatant de la BO au service du gameplay. Pourquoi ? Parce que, tenez-vous bien, les paroles du générique de fin varient en fonction de vos choix au cours de l’aventure du jeu ! Pour le coup, même pas besoin de vous dire d’aller voir l’ORL si vous n’êtes pas convaincus.

Quid de l’aventure du jeu, tiens ? Car Supergiant et côté artistique léché, on voyait ça venir de loin, me direz-vous. Eh bien, je peux vous dire que Pyre n’a pas grand chose à voir avec ce que le studio a pondu auparavant. En effet, le jeu se subdivise en deux majeures parties ; le Livre Dont Vous Êtes Le Héros d’un côté et le Basket version fantasy occulte de l’autre. La première partie s’apparente plus à un The Banner Saga qu’autre chose : l’exploration se déroule à coup d’une caravane arpentant la carte du monde via les clics sur des nœuds ça et là. A plusieurs reprises, ces nœuds forment des choix mutuellement exclusifs qui, à dire vrai, n’ont pas une incidence narrative notable, mais offrent surtout l’occasion de choper des objets à équiper / vendre, ou de s’entretenir avec un des persos de la bande.

L’interaction avec les membres de votre groupe se fait typiquement dans le style Visual Novel où vous aurez parfois à choisir vos répliques. D’ailleurs, les dialogues ne sont pas doublés, et les persos bredouillent plutôt des bouts de charabia. De surcroît, et contrairement à l’habitude de Supergiant, le jeu est plutôt verbeux, surtout si on compte le lore assez foisonnant qu’on peut lire dans la caravane. Pour ne rien arranger, Pyre n’est pas disponible en français et c’est fort dommage, car ça en fait un titre à déconseiller aux anglophobes. Enfin, pour le moment, parce que la VF est bien prévue.          

Après, vient la partie « Space Jam sans Jordan  » de Pyre . C’est assurément la partie la plus originale du titre mais c’est aussi la partie la plus discutable à mon sens. Oui, avec les rites de Pyre, le meme « HÉRÉTIQUE AU BUCHER !  » prend un tout nouveau sens. En gros, ce sont deux triumvirats qui s’affrontent ; chacun doit mettre un ballon astral dans le panier Pyre de l’autre camp, jusqu’à faire tomber ses PV à zéro. Chaque participant est entouré d’une aura qui, au contact ou lancée à distance, bannit l’adversaire pour un court instant, tandis que le fait d’attraper la balle dissout momentanément sa propre aura.

Les personnages possèdent des archétypes distincts en fonction de leur quatre stats, entre persos peu mobiles mais disposants de larges auras, et d’autres plus agiles. Ils gagnent par ailleurs de l’expérience et débloquent de nouvelles compétences au fur et à mesure. Le jeu s’efforce de pimenter la sauce avec des synergies intéressantes, genre ton imp qui laisse derrière lui un téléporteur quand il se fait sauter, et n’hésite pas à envoyer des persos sur le banc de touche à cause de raisons narratives, histoire de te faire sortir de ta zone de confort. Malgré tout, la sauce ne prend pas.

Ce système de « combat  » part d’une bonne intention au demeurant, mais c’est, en fin de compte, loin d’être si entraînant que ça. D’abord, parce que l’IA, même dans la difficulté la plus élevée, affiche vite ses limites et tombe assez facilement dans le panneau. Sans mauvais jeu de mots. Par exemple, il suffit juste de choper le ballon et de la leurrer dans un coin pour qu’elle se rue sur vous, et il ne vous reste dès lors qu’à faire une passe à un perso décemment rapide pour qu’il marque dans un Pyre relativement peu protégé. Ça marche quasiment à tous les coups… Alors on se dit que foncer dans le Pyre comme ça, c’est peut être le chemin le plus facile vers la victoire, mais c’est surement pas le plus fun, et on s’efforce plutôt de jouer de façon plus tactique et fair play en mariant les compétences et tout.

Sauf que, là aussi, ça coince. Quand on décide de jouer de cette manière, le jeu devient brouillon, illisible, indomptable, et nous noie rapidement sous un déluge d’effets multi-couleur, ainsi que de sprites sortant de partout et allant à 100 à l’heure. C’est con, parce qu’il aurait suffit d’une pause active, ou mieux, d’un tour par tour à la Blood Bowl, pour y remédier. Non, vraiment, étant un vétéran de FPS multi, j’estime que j’ai des réflexes plus ou moins corrects, et pourtant, je pense qu’il ne faut pas être loin du pro gamer de DOTA 2 pour prendre son pied avec le grand nawak de Pyre dans tout son potentiel.

Il y a aussi un problème fondamental avec les rites d’un point de vue contextuel. Il faut savoir que le fait de perdre un rite dans Pyre n’implique pas de pénalités (quoi, c’est pas un penalty ça ?!) notables en termes de gameplay (pas d’écran « vous êtes mort  » ; le jeu continue) ni en termes de narration vu que, spoiler alert, tout le monde en ressort indemne à l’exception de certains rites qui se comptent sur les doigts d’une main. Finalement, il y a rarement d’enjeux, de sentiment de danger, de peur d’échouer et de perdre un précieux personnage. Nada (quoi, Nadal ?). En fait, sans vouloir spoiler, au contraire, ce jeu te pénalise lorsque tu gagnes certains rites et te prive des persos auxquels tu t’es attaché, te laissant avec ceux que tu apprécies le moins. Chose qui est contradictoire et qui heurte progressivement l’expérience de jeu, car plus ça va, moins il y’a de persos avec lesquels interagir…

Les rites sont aussi le seul endroit où l’on peut encore entendre les derniers vestiges de la narration distinctive de Supergiant : le fameux Logan Cunningham qui prend cette fois une intonation digne de Darth Sidious. Je dois dire que sa prestation me laisse clairement sur ma faim, car à part nous troller et nous taunter, il n’apporte pas grand chose de concret à la narration… Voila. Avec tout ça, Pyre possède la plus grosse durée de vie pour un jeu Supergiant, parce qu’il faut compter une vingtaine d’heures si vous voulez tout faire, et plus si affinité vu qu’il dispose même d’un mode Versus mais en multi local uniquement. Néanmoins, je regrette les aventures plus condensées des autres titres finalement. Parce que je vous mentirais si je vous disais que je n’ai pas senti les vingt heures passer, avec ses rites qui m’ont plus rappelé mes irritantes séances de gym au lycée qu’autre chose.

 

J’avais très envie de crier au chef d’œuvre, mais force est de constater que Pyre est loin de me laisser dans le même émerveillement que Transistor avait suscité, et le même plaisir de la découverte que Bastion avait engendré. Pourtant, c’est sans doute le jeu le plus mûr et le plus abouti du studio… Peut être que j’ai trop succombé à la hype, ou peut être que, pour rester dans le jargon sportif, j’ai mis la barre trop haut, mais le fait est là. Pyre peut aisément prétendre à la médaille olympique, ou plutôt à la torche olympique vu son nom, du jeu le plus original de l’année. Toutefois, ses tares pèsent tout de même lourd sur la balance. Pyre est une expérience sensorielle du feu de dieu (Pfff… Ce n’est pas fini ces jeux de mots ?!), une très bonne expérience narrative bien que classique (et sans VF), et, malheureusement, une expérience ludique discutable, quoique audacieuse. Je sais que, connaissant le studio, ce n’est pas si grave que ça en a l’air, mais je dois admettre que c’est finalement le Pyre Supergiant à ce jour.  

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A propos de l'auteur : Andariel

Chaotique mauvais jusqu’à la moelle, il est le grand ami des Bisounours, des poneys et des teletubbies. Surtout au petit déj’. Avec une bonne marinade.

6 Commentaires sur “Pyre”

  1. Toupilitou dit :

    C’est balo pour les combats brouillons qui te filent une crise d’épilepsie ; sans ça, c’est clair que je me serais jeté dessus. A vrai dire, ça me donne surtout envie de relancer Transistor pour terminer une partie que j’avais laissé en stand-by il y a… un certain temps.

    Par contre, on pourra pas leur enlever le fait de savoir prendre des risques, car leurs systèmes de combats ont toujours été originaux (… et parfois alambiqués). Qui sait ; je me laisserais peut-être tenter un jour… quand il y aura la VF !

    • Y a WOTC, le DLC de Xcom2 de sorti et tu comptes jouer à autre chose ces 10 prochaines années ? Non mais ! Sans blague ! Meeeeerde !

      • Toupilitou dit :

        En fait, ils ont tellement bien optimisé le délire en supprimant tous les temps de chargement (… ça aurait dû être le cas dès le départ, mais passons), que je peux consacrer ce temps gagné pour jouer à autre chose 😛

        Par contre, d’un autre côté, ça fluidifie tellement l’expérience que s’en est encore plus dur de décrocher, j’avoue ^^

      • Andariel dit :

        Ouais mais toi tu connais pas son horrible secret, Navarre. Toupi, c’est un peu JL Mélenchon en plus vicelard : il a un clone qui est séquestré dans sa cave, imbibé 24/24 de martini douteux, privé de télé à perpétuité et auquel il donne les pires jeux à tester. C’est de là que vient son hyperactivité de gros maso ! :p

        Sinon Toupi, en attendant de te faire Pyre, je te conseille de te choper Bastion. Pas aussi bon que Transistor surtout du point de vue système de combat, mais il vaut quand même le détour 😉

         

        • Toupilitou dit :

          Hmmm… J’suis plutôt dans un délire de réplicants à la Blade Runner (… des clones qui crèvent vite) plutôt qu’avec les hologrammes de la Meluche, qui eux ne peuvent concrètement rien faire, à part brailler pour foutre la tête à Macron sur une pique en allant à la Bastille ^^

          Ouais, Bastion c’était prévu que je le fasse un jour aussi 😛

  2. DAlth dit :

    C’est chatoyant sans être criard. Dommage que l’IA soit mal dosée. En somme, pour apprécier le jeu, il faut faire semblant de mal jouer en utilisant au mieux les compétences dispos. ☺

    Pyre ressemble à un jeu prometteur mal finalisé. Supergiant Games est un jeune studio qui sort des sentiers battus. Difficile de faire mouche à tous les coups.

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