Dark Souls 2 : Scholar Of The First Sin

Quel magnifique nom pour ce qui n’est au final qu’une réédition « jeu de l’année », accompagnée d’un remaster du même nom sur consoles de dernière génération. Dark Souls 2 est un jeu dont la qualité a été discutée par la presse et les joueurs, mais deux tendances générales ressortent : la presse l’adule, les joueurs beaucoup moins. J’aurais tendance moi-même à me rallier au camp des joueurs et affirmer fermement qu’il s’agit du moins bon Souls, ce qui est le cas. Je ne pense pas qu’il y ait tant d’objections à cela. Mais, même si nous partons de ce simple constat, est-il juste d’en rester là et de qualifier le jeu comme étant le moins bon de sa saga ? Non, il vaut mieux dire qu’il est juste un peu moins exceptionnel que ses frères.

 

Savant de son héritage ?

Dark Souls 2 est un cas un peu particulier. Alors que Hidetaka Miyasaki s’en va faire des câlins à Sony pour se garantir le financement de son projet Bloodborne, afin que les joueurs des machines de Microsoft, Nintendo, et du monde du PC enrage, un homme se retrouve affublé d’une très lourde tâche. Tomohiro Shibuya, qui n’est pas le créateur de la formule Souls, a fait ce qu’il a pu pour faire de ce second épisode un bon jeu et un bon successeur. Malheureusement pour lui, le premier épisode est et reste un chef d’œuvre qui restera surement longtemps indétrônable, car il est détenteur de qualités immenses qui l’ont directement emmené au panthéon du jeu vidéo. From Software « équipe B », dirigée par monsieur Shibuya, devront donc faire des pieds et des mains pour offrir aux joueurs un Souls qui ne souffrira pas trop de la comparaison avec son aîné.

L’ennui, c’est que ce projet semble être passé de mains en mains ; Tomohiro Shibuya semblant avoir abandonné son travail au beau milieu de celui-ci, le titre fut repris par Yui Tanimura qui tenta en peu de temps de faire de ce nouveau Souls un jeu meilleur. Il semblait en effet que la version de Shibuya souffrait de nombreux défauts qui entachaient l’expérience, et ne permettaient pas au titre de libérer son plein potentiel. Le jeu de base portait en effet de nombreuses séquelles d’une œuvre très imparfaite, exécutée sans expérience véritable par un directeur qui n’était pas animé de mauvaises intentions, mais juste pas assez talentueux ou expérimenté pour faire de Dark Souls 2 le digne successeur du premier épisode.

Shibuya fit peut-être ce qu’il pouvait pour rendre le jeu meilleur, mais le constat était sans appel : level design appauvri, jeu assez facile par rapport à son prédécesseur malgré des déséquilibrages impressionnants, visuel pauvre et sans charme. Malgré tous ces défauts, ce Souls 2 était bien plus riche en contenu, en possibilités, tout en étant plus étendu. Même s’ils étaient moins réussis, les boss savaient parfois se montrer fantastiques à affronter, et la joie procurée par leur terrassement n’avait rien de fictive. Il y avait du potentiel dans ce Souls, un potentiel exploité dans ses trois extensions à la qualité bien au delà du jeu de base, mais aussi et peut-être dans cette version revue et corrigée. Scholar Of The First Sin n’est pas qu’un remaster opportuniste ; il s’agit aussi et surtout, de l’ultime tentative de Shibuya pour corriger les défauts majeurs de cet épisode controversé.

Mais tout n’est pas rose malgré les intentions louables. Explications.

 

Un matériel de base amélioré ?

Scholar Of The First Sin est une relecture du jeu de base Dark Souls 2. Il s’agit globalement d’une série de changements dans le game design. Des raccourcis ont été ajoutés, des feux de camps déplacés, et certaines zones sont désormais plus difficilement accessibles. Il y a aussi comme nouveauté un multijoueur enrichi, permettant de jouer jusqu’à six contrairement à la limite de quatre joueurs par le passé. Les ennemis sont également beaucoup plus nombreux qu’avant.

Est-ce que ces changements sont de bonnes choses ? Parfois oui. Il arrive en effet que des zones soient réellement enrichies et améliorées par ces ajouts permettant de tirer vers le haut un level design qui peine malgré tout à convaincre. Et parfois non, mais alors, vraiment non. SOTFS (… vous pensiez vraiment que j’allais réécrire le titre au complet ?) est un Souls des plus déséquilibrés. Certaines séquences sont presque rendues injouables du fait de l’ajout de vagues gigantesques d’adversaires, et ce, même dans le début du titre. Oserais je même dire : surtout au début du titre.

Semblable à une séance de bizutage abrutie, le jeu vous amène, dans une zone particulière, pas moins d’une quinzaine d’adversaires à la tronche. Pourquoi ? Parce que comme dirait Tanimura « c’est Dark Souls 2 comme nous le pensions au départ. » Ah bon ? Eh bien mon pote, tu peux repenser ta formule, parce que le surnombre est une astuce utilisé par les game designer peu compétents qui veulent insuffler un challenge artificiel à leurs jeux. De même, les boss du titre sont parfois réellement décevants, pour ne pas dire complètement à la rue. Vous affronterez ainsi une armée de rats, avec le boss parmi eux (qui est comme tous les rats mais avec plus de vie… super), une armée de morts-vivants qu’il faudra tous vaincre afin de battre un boss qui n’existe… pas. C’est le mot, oui, et vous aurez aussi un autre boss qui consiste à mettre en deux exemplaires un adversaire déjà vaincu auparavant.

Et tant que l’on parle des améliorations, parlons de ma préférée : un « level design revu et corrigé« , pas vrai les gars ? Je vais vous expliquer. Certaines zones vous seront désormais inaccessibles au départ, tant que vous n’aurez pas trouvé de quoi dé-pétrifier des statues qui vous barrent la route. L’ennui, c’est qu’elles sont assez nombreuses, souvent de taille humaine, et qu’il arrive que vous ne puissiez pas passer parce qu’une statue vous barre une entrée trois fois plus large qu’elle. From Software, Tanimura, franchement, qu’est-ce que c’est que cette merde ? En pas mal d’années de jeux vidéo, je n’ai que rarement vu mur invisible plus minablement camouflé. Déjà, mettre un mur invisible, c’est pas glorieux, mais tenter de le justifier en me prenant pour un abruti, ça ne passe pas. De plus, c’est une statue, un bout de caillou ; je peux fracasser le crâne d’un géant avec mon marteau, mais je peux pas exploser un morceau de granit ?

Et si vous vous posiez la question, oui, le jeu est enfin pourvu d’un framerate convenable (… on parle d’un 60 fps assez stable pour les versions de génération actuelle), et visuellement très légèrement lifté. Maintenant, est-ce que tout ceci suffit à corriger le jeu de base ou plutôt, comme vous pouvez le constater après avoir lu tout le texte ci-dessus, l’enfoncer ? Voyons cela en parlant de son aspect visuel dans un premier temps.

 

C’est un peu laid, non ?

Oui ça l’est. Du moins environ 70 % du temps. On est constamment partagé entre le « attends, c’est bien plus moche que Dark Souls ! » et le « Woaw, y a un énorme gap entre Dark Souls 2 et le premier« . Il arrive des fois où après avoir traversé une zone très vide, très plate, très laide, on se prenne une gifle esthétique incroyable. C’est plus frustrant que si le jeu avait été laid tout le long, parce qu’on en vient à se demander : mais si vous êtes capable de faire bien mieux que le premier qui était parfois sublime, comment vous pouvez faire pire qu’un moddeur expérimenté le reste du temps ? La réponse ? J’en sais rien, mais c’est agaçant.

Après, si artistiquement les environnements peuvent être à l’occasion magnifiques, les ennemis sont, comment dire… tous très peu inspirés. Pas franchement hideux, pas vraiment beaux, c’est plat, vraiment plat ; du petit mort-vivant, au boss sensé être titanesque, on est jamais vraiment surpris, pas ébloui. On est loin du troisième Dark Souls de ce côté. Heureusement, le tout est soutenu par un moteur plus propre que par le passé. C’est déjà ça de pris dirons nous, tout en soulignant le soin apporté à certains effets graphiques vraiment léchés.

Au niveau des musiques cette fois, Motoi Sakuraba et Yuka Kitamura délivrent une bande-son très soignée, très épique, très agréable, qui soutient merveilleusement bien des combats qui manquent souvent beaucoup d’envergure. Le thème principal est sublime, les musiques de certains boss sont vraiment magistrales, et globalement, on n’a aucun déplaisir à entendre le moindre son. Soutenu par des bruitages toujours aussi efficaces et des doublages toujours aussi pertinents, on regrette beaucoup que le jeu n’ait pas un plus grand charisme, et ne propose pas quelque chose de comparable, ou à si peu de moments.

 

Toujours souls, même dans la faiblesse

Pour l’instant, le portrait que je dépeint de ce Dark Souls 2 peut paraître particulièrement sombre. Tout n’est malgré tout pas si noir dans le pays des âmes obscures, et il y a quelque chose de franchement réussi dans ce Souls. Déjà, c’est un Souls, ce qui sous-entend un gameplay riche, souple et très dynamique. Mais, Souls 2 arrive également à être beaucoup plus accessible, beaucoup plus limpide pour le joueur non-initié. Si le scénario n’est toujours pas clair comme de l’eau de roche, il est beaucoup plus aisé d’en saisir les objectifs et finalités. L’univers si précieux de la saga apparaît pour la première fois concrètement expliqué par certains personnages, ce qui peut créer un choc lorsque l’on s’était habitué à ne rien piger dans le premier opus.

Mais il n’y a pas que dans l’accessibilité de l’histoire qu’il y a des assouplissements. Le système de jeu en lui-même est plus permissif, permettant, par exemple, d’acquérir bien plus aisément des objets de soin qui s’additionnent aux traditionnels fioles d’estus. Les descriptifs des caractéristiques des armes sont rendus plus compréhensibles par un effort immense sur l’interface, qui fait désormais parti des points forts du titre. Par ailleurs, on gagne plus rapidement en niveau, ce qui permet de vite orienter son personnage vers un build, facilitant ainsi la progression des joueurs les moins habitués à la série.

Autre fonctionnalité intéressante : si vous luttez pour progresser, sachez que plus vous tuerez de fois le même ennemi, plus il y aura de chance qu’il ne revienne plus jamais à la vie. Comprenez : les ennemis sur le chemin vous empêchent de vaincre le boss de la zone dans de bonnes conditions ? Vous finirez par ne plus avoir d’adversaires. Une fonctionnalité qui permet de réussir, même si la frustration reste bel et bien présente, surtout dans cette version du jeu, généreuse au point d’en devenir débile en adversaires.

Dans ce sens, le monde est bien moins interconnecté que par le passé (… comprenez, par rapport à Dark Souls premier du nom), le jeu n’est pas linéaire dans sa première très grosse moitié et vous laisse assez libre d’explorer le monde à votre convenance ; le jeu s’arrange pour vous orienter dans la bonne direction pour continuer de progresser. Ce changement bienvenu, pour ceux qui n’ont pas un très bon sens de l’orientation, sera boudé par ceux qui voyaient en Dark Souls un génie du level design. Est-ce un réel défaut ? Pour moi, ce sera oui, car je n’ai jamais été surpris par ce jeu. Jamais. Pas un instant il ne m’a pris à revers. J’anticipais tout, déjà parce que je connais la formule Souls, mais surtout parce que cet épisode est très scolaire.

Pourtant, il y a une autre grande qualité à ce titre. Même s’il n’est pas aussi bon que ses frères selon moi (… bien que je sois vraiment convaincu qu’il l’est pour à peu près tout le monde), il est très généreux en contenu. Plein d’armes, plein de sorts, plein d’armures, plein d’ennemis, plein de boss, plein d’environnements. Cette énumération de « plein » vient appuyer un constat simple : en termes de builds possibles et de personnalisation, ce Souls est incroyablement riche, ce qui le rend rejouable à l’excès si les défauts du titre ne vous rebutent pas.

Mais, avec du recul, les collisions de ce Souls 2 sont mieux gérées que son prédécesseur, les affrontements moins épiques et rarement aussi gratifiants (… même s’il y en a) sont globalement plus équitables, ce qui en fait le Souls le plus fluide dans sa progression. Le moins agaçant également, même si une certaine zone de la forteresse de fer est un cauchemar inhumain malgré tout. Malgré ces quelques moments de rage, il n’y a pas eu assez de moments de désespoir à mon goût dans ce jeu. Pas assez de moments ne m’ont remémoré les larmes de rage et les coups de poings dans les jambes que je me suis infligé en parcourant le premier et le troisième Souls. Il manque à ce second épisode, le souffle de désespoir qui s’immisce dans l’esprit du joueur au point de le faire stopper net, pour reprendre un bol d’air frais avant d’y retourner.

Ce défaut, cruel s’il peut être considéré en tant que tel, est globalement ce que l’on peut attribuer comme mérite au titre, mais aussi comme plus grave échec. Accessible, surement une porte d’entrée solide pour le nouveau joueur dans cette saga pas vraiment comme les autres, il reste un épisode qui ne marque pas au fer rouge comme ses frères. Bon élève qui veut bien faire pour un plus grand nombre, en se montrant trop ouvert et moins élitiste, Dark Souls 2 ne m’a pas plu comme il aurait pu, car j’ai vu en ses intentions une grande noblesse, un besoin de proposer ce que Dark Souls n’avait peut-être pas assez : un contenu immense, servi sur un plateau dans des environnements très nombreux et variés. Mais, en n’étant pas aussi maîtrisé que les autres, ce Souls échoue selon moi à devenir une référence, mais n’en reste pas moins un titre incontournable si l’on aime les Souls. Mais surtout, si l’on veut les aimer.

Car, passé les errements de cette réédition assez dispensable, cette porte d’entrée est un beau moyen de voir ce que la série a à proposer. Si vous devez commencer quelque part, j’ai dit que Dark Souls 3 serait surement le meilleur, car des qualités objectives en font surement le meilleur de la trilogie, mais Souls 2 est plus didactique, plus sympathique avec le joueur, tout en gardant assez de fermeté pour faire comprendre à quoi celui-ci se frotte. Tu n’es pas ici pour avoir du plaisir, mais pour le gagner. Plus paternaliste, mais assez cruel pour faire du mal, ce Souls peut être le bon pour celui qui veut débuter la série convenablement, il se laissera finir dans assez de douleur pour préparer aux autres, sans pour autant massacrer le joueur. C’est peut-être cela que voulait Shibuya : créer une porte d’entrée pour ceux voulant se frotter au chef d’œuvre de Miyasaki, sans pour autant en être dégoûté. Et si c’était là tes intentions, presque détruites par Tanimura dans cette réédition, alors félicitations : tu as créé un Souls certes imparfait, mais réussi.

 

Difficile de dire que Dark Souls 2 est comparable à ses frères. Mais il fait beaucoup de choses pour combler les joueurs en termes de contenu, mais aussi pour corriger les défauts d’ergonomies de la série. Soigné dans ses corrections apportées à la formule, il manque de beaucoup de maîtrise pour être un aussi bon titre que les autres opus de la trilogie. Pourtant, même dans ses plus mauvais moments, Dark Souls 2 propose un feeling précieux, uniquement détenu par la saga des Souls (… et un peu par Lords Of The Fallen), et est globalement un titre bien supérieur au reste de l’industrie. Je ne l’ai surement pas tant apprécié car je maîtrise le gameplay de la saga désormais, mais pour un joueur qui ne sait rien de celle-ci, Dark Souls 2 est un bel investissement, en argent, comme en temps.

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A propos de l'auteur : Marcheur

Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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