Otter’s dial : Sea Of Thieves

Otter’s dial : Sea Of Thieves

Après dix longues années de glandouille et de conneries kinecteries, Rare est enfin sorti de sa chrysalide pour nous laisser découvrir une nouvelle facette de la compagnie. Rare est un fondateur du jeu vidéo moderne, pionnier de l’extrême, créateur émérite de jeux et franchises, qui en font ce que l’on peut appeler un incontournable de l’univers des consoles. Le retour de la société aux affaires a été douloureux, son image ayant été plus que bafouée par des successions de mauvaises décisions d’un Microsoft qui ne savait pas quoi faire du trésor Rare et ses licences. Après avoir sorti en 2015 la Rare Replay, hommage à une trentaine de jeux du studio, Microsoft avait bien dans l’idée de ressortir le studio britannique de sa torpeur. C’est désormais chose faite, avec en prime une nouvelle licence, qui amène à la table Xbox une nouvelle formule : quelque chose qui respire la fraîcheur de l’océan et la chaleur des Caraïbes. Mais est-ce que Sea Of Thieves est digne de l’histoire de Rare ? Est-ce que le studio, revenu d’entre les comateux, peut encore impressionner son monde après trente six ans d’existence ? Oui, c’est sûr que le jeu de Rare est impressionnant, mais il est tant en rupture avec les standards de son époque qu’il s’est fait remarqué par un bad buzz proche de ce qu’avait vécu Hello Games avec son No Man’s Sky. La différence, je pense, est que le jeu de Rare est loin d’être une catastrophe. Flofrost et moi-même allons vous expliquer pourquoi. Prêt Flo’ ?

Flofrost : Tu m’as pris pour un scout ou quoi ?! Bon, je vais essayer d’être sympa et de rebondir sur tes propos. Et hop, hissons les voiles et allons vomir sur nos ennemis !

Bien. Nous avons des mers à écumer !

 

Petit-à-petit devenu une semi-arlésienne, une semi-légende de la Xbox One, le retour de Rare aux affaires s’est fait lentement – tout comme l’article des Années 360 qui traitera du studio, et qui arrivera un jour – mais deux ans et demi après son annonce, le voilà : le jeu de Rare qui renoue avec les habitudes du… ah non. Non pas du tout en fait. Après le virage motion gaming, voilà que Rare vient à quelque chose qui se joue certes avec une manette ou un clavier / souris, mais aussi avec quelque chose qui se joue avec d’autres IPA, pour Intelligence Non Artificielle. On pourrait longuement parler du comportement de ces abrutis de joueurs, mais on va pour l’instant se contenter de décrire Sea Of Thieves en des termes très simples, très basiques, et tout ceci sans aucun lien avec un rappeur de Caen : ici.

Voilà, tout ce qui est écrit dans cet aperçu s’applique aussi au jeu final. Tu peux partir acheter le jeu si ce que tu as lu te suffit. Parce que Sea Of Thieves est un jeu qui se découvre et qui a plus de subtilités qu’il n’en a été dit. Cela dit, j’ai bien des reproches à lui faire, à commencer par le premier, car oui, je ne vais pas m’attarder sur ce que j’ai déjà dit, mais plutôt sur un constat. Le jeu de Rare n’est pas un jeu normal, ni un jeu fini. Attention, le degré de finition est excellent ; peu de bugs, peu de problèmes inhérents au jeu en lui-même, mais bien des problèmes de connexion qui cassent bien les couilles, ainsi que des soucis d’ordre plus général, comme le déblocage chaotique des succès, ou bien encore le meurtre du joueur lorsqu’il revient à la vie et qui n’est pas empêché par le jeu.

Il y a aussi plus globalement des soucis d’ergonomie, comme les allers-retours pour aller chercher chez le marchand les cages pour capturer les animaux, ou encore le fait qu’il faille nécessairement aller au navire pour activer une quête, et que chaque membre aille voter pour cette dernière. C’est lourd. Je comprends cela dit la nécessité de rendre chaque déplacement et chaque décision coûteuse en temps, ce qui, dans un jeu multijoueur au PVP constamment ouvert (oui, pas d’alternative), fait sens. Mais cela reste contraignant pour une direction ludique qui ne manque certes pas de piquant, mais manque parfois d’un peu de souplesse. C’est ce manque de souplesse qui rend l’expérience gratifiante, mais aussi parfois lourdingue. Par exemple : quand une personne de l’équipe ne se met pas de bon cœur dans l’activité et fait tout de travers par rapport au groupe. Alors, certes, on peut le virer, oui, mais encore faut-il que les autres y mettent du bon cœur aussi. Voyez le genre de soucis ?

Ne pas oublier également que ce jeu vous demandera de la patience, surtout si vous avez une connexion merdique, car le titre devant évoluer régulièrement, le rendez-vous est pris pour des mises à jour plutôt imposantes. D’ailleurs en parlant de ça, il y en a déjà eu une pour corriger de petits soucis, et elle demandait de complètement re-télécharger le jeu (sur One X : 18,7 Go). Et soyons clair : s’ils me font ce coup-là à chaque fois, ça va très vite devenir gonflant.

Comme Sea Of Thieves tente le pari du jeu multijoueur communautaire et compétitif dans un mélange détonnant, il le fait aussi avec les propres limites de son concept. Alors on prendra toujours sur soi pour jouer, même dans l’adversité, même face à un jeu qui y met du sien pour te faire chier, ou face à des joueurs bien lourds. Mais voilà, il faudrait peut-être voir à contrôler un peu mieux cette expérience et proposer des alternatives plus drastiques. Comme par exemple mettre un drapeau noir pour le joueur contre joueur ouvert, et un blanc pour bien signaler que « non, on ne veut pas se taper sur la gueule  » , quitte à rendre cette fonctionnalité purement cosmétique, mais qu’on n’ait pas à se regarder, navire pacifique, en chien de faïence prêtant attention à chaque signe d’hostilité en face, alors que les deux partis ne veulent pas en venir au boulets, aux sabres, et aux pétoires.

C’est vrai que malheureusement le jeu est, comme pour tout jeu multi, pollué par une frange de joueur bien relous dont le seul plaisir semble être de te gâcher le tien. D’ailleurs à ce niveau, mon expérience multi avec un groupe de joueur hispaniques…

… Ça va là, on va pas m’accuser de racisme parce que j’énonce un fait, à savoir que ces trois mecs parlaient espagnol ? Non parce qu’après vous pouvez aussi me dire que c’est la seule langue qu’ils avaient en commun et qu’en fait y avait un malgache, un russe et un alien, mais du coup faudrait que je sorte toute les nationalités existantes pour ne pas être accusé de faire du favoritisme, et on en sortirait plus. Ce petit aparté sous forme de justification va, j’espère, vous prouver que le politiquement correct, dans la plupart des cas, c’est de la merde, comme ce passage justement ; ça rend les textes imbuvables, chiants (encore plus qu’à l’habitude quoi) et déprimants, donc que ceci vous serve de leçon. Et encore, j’ai été gentil, j’aurais très bien pu vous le faire en écriture inclusive…

… qui malgré le fait d’avoir la cale pleine de coffres, décida plutôt que de les vendre, de poursuivre à travers les océan pendant au moins dix bonnes minutes, un pauvre mec qui jouait en solo. Le meilleur là-dedans étant que, préférant m’occuper du navire en réparant les trous qu’ils faisaient dedans en jouant au flipper avec les récifs (… ah mais c’était peut-être des suisses hispanophones fans de gruyère en fait), plutôt que de suivre le mouvement en canardant ce pauvre type. Ils décidèrent donc de m’emprisonner dans la cale.

Heureusement, Marcheur se connecta à ce moment, et je quittais donc ce groupe tout droit sorti de GTA Online. Vous êtes prévenus : ce genre de joueurs existe aussi sur les serveurs, mais j’ose espérer que Rare fera quelque chose à ce sujet, même si pour le moment, ils n’ont pas l’air très chauds pour ne serait-ce seulement mettre des « safe zone  » . Par exemple, au niveau des îles où l’on revend les butins, ce qui du coup permet à certains de camper sur ces îles en attendant le pigeon.

Les premiers jours dans Sea Of Thieves rendent paranoïaque, et ça c’est un fait. Un fait qui fait mal au cul d’ailleurs, parce que l’on aimerait pouvoir savourer plus de délicieux moments de franche camaraderie entre membres d’équipages différents, où l’on rencontre des gens pacifistes qui ne viendront pas essayer de nous piquer nos butins et nous laisseront vivre notre vie, voire parfois même boire du grog avec nous, sur notre navire, en direction d’un fort, jusqu’à se vomir à la gueule et se jeter des seaux de vomis dessus, parce que… c’est un jeu Rare bordel. Sea Of Thieves, c’est absurde à en crever parfois ; le réalisme se mêle au grotesque, et l’aventure n’est que plus drôle lorsqu’on a une idée précise de comment on veut la vivre.

Car oui, reprocher à Sea Of Thieves de ne jamais avancer d’éléments d’histoire, c’est lui reprocher sa singularité. L’histoire est dans les péripéties, dans la tempête qui survient, dans l’équipage que l’on croise, dans les squelettes qui apparaissent après avoir déterré un trésor. Le jeu de Rare est à son meilleur dans toute l’audace qu’il permet aux joueurs, dans le saut héroïque d’un homme à la mer qui décide de risquer sa vie pour pénétrer dans le navire qui poursuit le votre, pour faire virer de bord ce dernier et le voir s’empaler sur un récif avant de l’abandonner, après avoir piqué les boulets de canons en passant, ainsi que les planches qui auraient pu servir à le réparer.

Non mais l’autre qui raconte uniquement ses exploits ! Et moi alors ? … Quand j’ai semé un galion en slalomant entre les récifs, ça avait pas de la gueule ?! Certes, moins que lorsque j’ai vomi sur la tenancière du bar, mais quand même.

Je t’ai juste laissé un peu d’espace d’expression, malheureux ! Je suis un piètre narrateur, et je devais te laisser la joie de révéler au monde tes réussites.

Marcheur s’essuie alors le front en se rendant compte qu’il a failli servir de boulet à la prochaine empoignade avec un navire adverse.

Rare a fait le pari naïf que les joueurs allaient construire un imaginaire, un univers avec les éléments proposés, qu’ils allaient vivre les aventures que le jeu propose de construire. Sea Of Thieves, c’est Minecraft, bien qu’il mise davantage sur sa narration émergente que sur son contenu ludique, en soit excessivement limité. Et c’est là où nous arrivons au rayon de la critique que je trouve assez facile, mais tout de même considérable.

En fait Rare a décidé de faire un truc fou : ils ont voulu que… les gens s’amusent ! Ouais, je sais, c’est dingue. Qui aurait pu imaginer qu’un jeu vidéo était fait pour s’amuser ? C’est peut être ça d’ailleurs qui a perdu nombre de joueurs, les pauvres biquets. Une histoire ? Ben créez-vous la votre. Mais, et le end game ? Puisque depuis le départ on vous dit qu’il n’y a pas de scénar’, et que c’est un jeu fait pour des petites sessions histoire de s’aérer un peu l’esprit, et qui doit permettre de s’y amuser de manière quasi-infinie. Je dois vraiment répondre à ça ?

Certaines des critiques que se prend ce jeu, à vrai dire, elle me font penser que les « vieux cons  » qui nous disaient que les jeux vidéo c’était la fin de l’imagination, et le début de la fonte non pas des glaces mais des neurones. Eh bien, ils n’avaient peut-être pas complètement tort. C’est un peu comme si, lorsqu’on était gamin et qu’on jouait aux cowboys et aux indiens, on se serait arrêté pour se demander quel était le but et ce qu’on y gagnait à la fin. C’est dingue, les gens (du moins certains) ne sont pas capables de s’amuser s’ils ne sont pas clairement encadrés ; si on ne leur demande pas d’escalader une tour leur permettant de repérer les cinquante poils de culs à collectionner sur la map, ils sont perdus.

Sinon, Sea Of Thieves, c’est quatre type d’armes : un sabre, un pistolet, un tromblon, et un fusil à lunette. Ne cherchez pas d’armes plus puissantes, car il n’y en a pas. C’est aussi un seul type de canon, avec un seul type de boulet. C’est aussi trois types de quêtes, qui ne sont que des allers et retours. C’est bien évidemment un peu de hasard dans ce que l’on peut trouver sur une île, mais, globalement, le nombre d’objets à récupérer est limité. Il n’y a pas de fabrication, pas de progression de l’équipement, ni de progression du personnage. Le personnage que l’on crée est entièrement aléatoire, et on fait son choix parmi une génération procédurale de ce dernier en début de jeu.

La seule manière de se différencier d’un autre joueur est donc basé sur un facteur aléatoire, et enfin sur l’achat d’apparences différentes pour tous vos vêtements et équipements. Ah, et vous pouvez progresser jusqu’au niveau 50 dans les trois factions, ce qui vous débloque des titres, des équipements, ainsi que des quêtes plus longues et complexes, mais dont les objectifs ne varient pas. Il n’y a également que trois vrais ennemis : les squelettes (ils sont de plusieurs types mais ils ont globalement les mêmes stratégies d’attaques), les requins, et le Kraken.

Il y a aussi cinq sortes d’animaux : cochons, poules, serpents, poissons, et mouettes. Enfin, il n’y a que deux bateaux : sloop, et galion. Maintenant que vous ressentez un profond malaise et que le fond de la salle n’en finit plus de tousser, on peut maintenant parler de l’aspect contenu de Sea Of Thieves : pourquoi si peu ? Déjà parce que le jeu est clairement une base, un squelette de jeu plus vaste et ambitieux, parce qu’il est un jeu-service, et que Rare vise le soutien sur dix ans du titre. Alors on verra ce qu’il en sera vraiment, mais les faits sont là : le jeu tient sur pas grand chose en terme d’espace disque, et on peut en voir le bout après cinq heures de jeu. Mais comme je l’ai dit : c’est un jeu plein de vie, qui a un contenu qui lui permet d’être imprévisible, et dont la dimension multijoueur rend chacun de ses éléments potentiellement détournés de son usage habituel.

C’est là que je viens rajouter un petit truc : les tarifs sont abusés. On en est pas au niveau de GTA Online où si vous voulez débloquez les véhicules des dernière mises à jour, vous devrez quasiment refaire tous les braquages. Mais je trouve tout de même ça un peu cher. Par exemple, au niveau 10, la plupart des coffres ou missions de commerce vous rapporteront autour des 200 pièces, là ou le crochet le moins cher (ben ouais, ça a été ma priorité d’achat, pirate = jambe de bois et crochet ) était à environ 5000.

Pire, lorsque vous gagnez des niveaux auprès des trois groupes, cela débloque des objets qui, dans leur description, sont précisés comme offerts en atteignant le niveau adéquat. Ben oui, mais non. En fait ça vous coûtera 1000 pièces ma bonne dame, que voulez-vous ; c’est la crise. Alors OK, on est chez les pirates, et ce ne sont pas des enfants de cœur, mais quand même, là, c’est abusé, d’autant plus que si l’un des trois types de missions ne nous intéresse pas vraiment, savoir qu’un cadeau nous attend peut motiver à tout de même y passer un peu de temps.

Oui, mais Rare sont malins ; le manque de contenu au lancement est là pour que les joueurs s’orientent vers ce qui est unique au jeu. Je pense vraiment qu’en l’état, il ne faut pas trop ajouter au titre sans y réfléchir profondément, car le but du jeu est de privilégier le voyage (et non la destination), ainsi que l’audace que permet le contenu qu’il propose. En ce sens, il faut réfléchir à chaque élément intégré pour qu’il ne déséquilibre pas l’expérience. C’est le saint pied d’égalité sur lequel repose le socle du jeu qui l’empêche d’intégrer des choses qui rendraient la progression horizontale impossible. Ainsi, chaque ajout doit être fait dans l’idée d’être accessible à tous, de ne surtout pas être exclusif. Il faut donc veiller à ce qu’il n’y ait pas véritablement de contenu « haut  » niveau. Il faut alors que Rare ajoute des choses de manière réfléchie pour ne jamais briser sa proposition.

Et c’est pour cela que je « pardonne  » la « pauvreté  » actuelle du contenu. Déjà, parce que j’ai vu Microsoft soutenir à très long terme Halo 5 ainsi que Gears Of War 4, et donc qu’ils savent ajouter de la substance à des jeux, mais aussi parce que le squelette de Sea Of Thieves approche, sur certains plans, la quasi-perfection. La navigation (mis à part le favoritisme outrancier des galions en termes de vitesse de pointe) est géniale, tandis que la physique de l’eau et du navire est parfaitement gérée. Le cycle des intempéries et celui du jour et de la nuit sont deux pures réussites, et, globalement, écoper la soute, reboucher les trous causés par un boulet ou un récif sur un navire est un plaisir intense.

Le travail sur le son est aussi une grande réussite du titre. Des musiques à jouer sur les instruments (bien trop nombreuses, et les instruments aussi d’ailleurs) sont géniales. Les musiques d’ambiance qui peuvent arriver s’inscrivent au bon moment et avec la bonne intensité qu’il faut. Les sons produits par le vent sur la voile sont très aériens et apaisants. Le navire qui frappe les vagues provoque des fracas inquiétants, et on entend clairement lorsque la coque est percée. Rare ont fait un excellent travail sur la spatialisation des sons, et, globalement, on ne peut que saluer le soin accordé à cela.

Donc voilà, Sea Of Thieves est un jeu terriblement attachant, engageant, et je suis tombé amoureux de sa proposition. Un amour qui, pour le moment, loin de s’étioler, arrive toujours à se renouveler, parfois avec des choses simples (découverte d’un nouvel objet) ou plus élaborées (découverte d’une nouvelle possibilité de gameplay), mais aussi (et souvent même) très subtil (le bon son, au bon moment, sous le bon angle de soleil couchant sur un océan cramoisi). Ce n’est pas simple de me rendre contemplatif, mais Sea Of Thieves est bien l’un des rares à m’inviter à parfois juste profiter du voyage, alors que je ne reviens qu’avec un maigre butin. Néanmoins, il m’arrive souvent de juste me demander ce qu’il y a derrière un rocher, non pas pour aller chercher la récompense comme on courrait après une carotte, mais juste parce que… ça m’amuse ?

Je crois que s’il y a bien un point sur lequel Flofrost et moi-même nous nous retrouverons lors de nos sessions de jeu : sur l’amusement simple que peut procurer le titre de Rare. Ce n’est pas qu’une question de buter des trucs, trouver un gros trésor, faire couler un navire adverse avec une manœuvre habile. C’est parfois plus simple. C’est regarder au loin un navire qui vient vers nous, le frisson du doute lorsque l’on vient à rencontrer un inconnu et que ça se fini bien alors qu’on aurait pu s’entretuer. C’est admirer le vent qui donne vie à la végétation. C’est aussi se rendre compte que chaque nuage est en 3D et se meut selon des règles précises qui rendent le monde organique.

Putain, j’ai peut-être vécu dans Sea Of Thieves davantage de grands moments que dans n’importe quel jeu d’action à grand spectacle… Et tout ça sans avoir jamais croisé le Kraken. Si ça c’est pas une leçon !

Et oui, s’amuser tout simplement. Ça a l’air dingue pour certains, étant donné ce qu’on peut entendre au sujet de ce titre, mais dans jeu vidéo, il y a jeu. Et le fait de s’amuser, il me semble qu’à défaut d’être l’unique but, ce devrait tout de même être une priorité, ce que beaucoup de développeurs oublient, et beaucoup de joueurs aussi, vraisemblablement. Le point noir principal que je vois, c’est que l’avenir du titre, le plaisir que j’y prendrai dans les mois qui viennent, il dépendra certes de l’évolution du titre, de ce que prévoit Rare, mais aussi et surtout de sa communauté. Et au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, ma foi en l’espèce humaine est plutôt limitée, et j’ai quelques craintes pour la suite.

Cela dit, on entre dans la zone où l’on va briser des rotules et signer la sonnette d’alarme. Sea Of Thieves a un grave problème. Vous savez, si on ne progresse pas dans les capacités de notre personnage, on peut acheter des tenues et autres éléments cosmétiques. Alors, on va sortir le chiffre qui fâche. Quatre. Quatre skins. Quatre tenues vestimentaires dont on augmente le prix pour pouvoir changer la couleur d’un de leurs éléments. Quatre. Il y a une douzaine de barbes et une douzaines de coupes de cheveux. Cinq cache-œil différent. Quatre sabres… qu’est-ce que c’est que cette merde, Rare ? Qu’est-ce que c’est que ce foutage de gueule ? C’est parce que vous avez caché les vêtements uniquement accessibles avec les micro-transactions après la sortie de Battlefront II ?

Non mais c’est quoi ce délire ? Progression horizontale pour accoucher de quatre skins et des variations ? C’est quoi la plus-value de jouer longtemps si l’on trouve sa tenue dès le début de l’expérience ? Alors on peut trouver toutes les excuses qu’on veut, ça reste un échec assez grave de proposer une progression libre, mais ne pas savoir donner de carotte à terme. Là, on est vraiment dans le foutage de gueule, et je vais laisser Flofrost développer ce qu’il a à en dire, parce qu’on était jusque là dans une bonne session de jeu avant de s’en rendre compte.

Eh oui. En fait, on s’est aperçu de ça sur le tard. Les achats demandant un investissement conséquent, comme je l’ai déjà précisé, on avait uniquement regardé au fur et à mesure, selon nos moyens, et jamais sur la globalité de ce qui nous était proposé. Et quand par curiosité je regarde les modifs pour le navire, je me rend compte que les figure de proue, il n’y en a que quatre, et que les autres en sont des dérivés. Par exemple, le fameux Poséidon, où la seule et unique différence est la couleur de la couronne et du trident. Voyant cela, Marcheur décida de vérifier les autres boutiques, et surprise, comme il vient de vous le dire, c’est la même chose partout.

Autant vous le dire tout de suite : ça a clairement refroidi nos ardeurs .D’ailleurs, je ne sais pas pour lui, mais moi je n’ai pas relancé le jeu depuis. Maintenant que j’y pense, il a oublié de vous préciser autre chose. En plus de proposer de simples changements de coloris pour bien plus cher que le vêtement / l’arme / la figure de proue de base, certaines de ces « évolutions  » sont bloquées et disponibles seulement une fois un certain niveau atteint pour l’une des factions. Franchement, comme carotte, on a vu mieux. Je connais des dingues, mais quelqu’un qui va être comme un fou et sur-motivé à atteindre le niveau 48 pour avoir la possibilité d’acheter pour bien plus cher une veste que vous possédez déjà mais avec une autre couleur, je pense que là, pour son bien, va falloir sérieusement penser à l’internement.

Ah, et j’allais oublier. Messieurs (et mesdames) de chez Rare, je vais vous faire une révélation, dans le monde fabuleux des jeux vidéo, il existe un objet magique, on appelle ça une teinture, et même dans de vieux free to play tous pourris et pompes à fric, on en offre à l’issue de certaines quêtes. Et, ô miracle, ça permet de changer la couleur de votre équipement. Je vais même en rajouter une couche : une boite sur laquelle on a l’habitude de cracher (et souvent à juste titre) comme EA / Bioware a implémenté ça dans Dragon Age Inquisition. C’est dire à quel point Rare n’a aucune excuse.

Voilà, alors ça, c’était le coup dans les dents, la patate de forain à l’attention de Rare, parce qu’il méritait bien de s’en prendre une. Rare, je vous aime beaucoup. Et je pense que vous êtes bien plus que le fantôme de gloires passées, comme on vous l’a claqué à la gueule après la sortie du titre. Votre jeu est bon, mais votre jeu manque de maturité ; on dirait une très solide bêta. On a envie d’aller plus loin et nuls doutes que vous êtes largement capables d’emmener loin votre navire. Mais là, il a des fuites, et il va falloir écoper les problèmes techniques avant d’urgemment améliorer la résistance de la coque, et embarquer plus de fret pour s’occuper pendant le voyage. Car, Rare, l’important dans votre jeu n’est pas la destination, mais si le voyage n’arrive plus à se renouveler, alors les fantastiques qualités de votre titre ne feront pas le poids face au naufrage à venir. Faites ce qu’il y a à faire, arrêtez d’être évasifs, et dites-nous ce qui arrive histoire que nous puissions nous projeter dans ce que votre jeu va devenir.

Allez, Rare, on sera là pour l’avenir, mais putain, ne foirez pas le soutien de cette merveille en puissance, par pitié. On pourrait conclure définitivement sur Sea Of Thieves là, ici, maintenant. Le jeu est sorti, on peut l’acheter et y jouer, mais à l’instar de son monde organique, le titre est amené à vivre de longues années. Puisse-t-il faire des émules. Puisse-t-il donner naissance à d’autres jeux. Malgré ses imperfections et autres foutages de gueule en termes de contenu, quel plaisir, quel sens de l’aventure, quel jeu. Fallait-il attendre Rare pour revoir quelque chose de vraiment singulier ? Fallait-il attendre dix ans après Banjo Kazooie Nuts and Bolts pour revoir le studio britannique revenir avec autre chose qu’un jeu oubliable, même si sclérosé de problèmes, et sans doute appauvri d’un développement qui manquait de direction, mais pas de belles intentions ?

 

Si c’est le temps qu’il faut attendre pour revoir une autre prise de risque de cet acabit, alors peut-être vaut-il mieux que le studio économise sa créativité, car s’il n’est clairement pas parfait, Rare a sans doute recommencé à ouvrir des portes pour son avenir. Mais encore faut-il accepter cette vision finalement pas si neuve, mais qui conçue comme elle l’a été, nous fait inspirer un air nouveau, sûrement pas étranger à un espoir de lendemains meilleurs pour la Xbox qui vient peut-être de commencer à sortir la tête de l’eau après des années de quasi-noyade. Prochain épisode pour savoir si la console verte est de retour ? State Of Decay 2. En attendant, Rare signe là un retour remarquable, pas exempt de reproches et de polémiques, mais il a permis à son nom de revenir dans la bouche de beaucoup de ceux qui le croyaient mort. Il a aussi permis à la Xbox One d’exister, après quatre ans de strangulation par la concurrence, et de décisions malhabiles de son constructeur. L’avenir dira si Sea Of Thieves a été plus qu’un brouhaha médiatique et une tentative courageuse mais peu étayée de changer les choses. Rare, faites-nous rêver ; vous en êtes capables.

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

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