Les Intouchables : Furi

Les Intouchables : Furi

« Le triple I » . Si vous êtes un fidèle de Loutrage, vous saurez donc que j’ai déjà abordé ce thème via une conférence donné par Emeric Thoa lors de la Game Camp France de Lille en 2018. Emeric Thoa est en l’occurrence le directeur / producteur du jeu qui nous intéresse aujourd’hui. Sorti le 5 juillet 2016 sur PC et PS4, à la fin de cette même année sur Xbox One, et en janvier 2018 sur Switch, Furi est un jeu avec des ambitions peu nombreuses. Mais le fait de ne pas viser beaucoup ne fait pas d’un titre un projet qui ne peut pas aboutir à de grandes réussites. Tout le concept du triple I, c’est d’identifier son ambition et de faire au mieux dans ce qu’il vise. Avec Furi, Emeric Thoa et ses collaborateurs montrent que l’on peut tout à fait faire un grand jeu d’un petit projet.

 

Mais pour se faire, il faut avoir ce qu’il faut. Emeric Thoa n’ayant pas l’intention que son jeu tombe dans l’oubli aussi vite qu’il est apparu aux yeux du monde, il a bien conscience qu’il lui faut de quoi se différencier. Pour cela, il décroche la lune en parvenant à faire travailler sur son projet le mangaka Takashi Okazaki, qui a notamment travaillé sur Afro Samuraï. C’est Anthony Beyer qui chapeautera la direction artistique du projet, afin de garantir à eux deux un style visuel reconnaissable et unique à Furi.

Bien sûr, comme tout développeur qui veut tirer son épingle du jeu, Audrey Leprince ira aussi quérir des personnes compétentes pour s’occuper des musiques. Elle réunira donc une équipe particulièrement variée tout en gardant une constante : l’électronique. On retrouve donc à la composition : The Toxic Avengers, Carpenter Brut, Danger, Lorn, Waveshaper, Scattle, et Kn1ght. Cette équipe de choc est là pour garantir que chaque adversaire qui vous fera face aura droit à son thème, à son atmosphère, et à son empreinte musicale ; chaque rencontre est un souvenir pour le joueur. Le résultat est si réussi que je n’ai rien trouvé à jeter dans la bande-son, qui s’inscrit donc dans les très grandes réussites de l’indépendant, allant même se hisser aux côtés de Hotline Miami.

Mais, citer les plus grands noms, c’est bien. Citer le reste de l’équipe, c’est mieux. Ainsi, on retrouve en designer : Benjamin le Moullec, Valentin Livi, et Steven Slater. On citera aussi en programmeur principal Nam Hoang. Toute cette équipe s’est trouvé le sympathique nom de The Game Bakers, s’est assuré d’avoir un très solide doublage français pour rappeler que ce projet est « bien de chez nous » , et que pour une fois, on peut saluer bas, très bas, le travail. Ce qu’il y a de bien avec les projets qui mobilisent peu de monde, c’est que l’on peut citer chaque personne, et identifier clairement qui a fait quoi. Le mieux, c’est lorsqu’on se rend compte que tout le monde a fait un excellent travail.

Il est désormais temps d’y aller et de parler de mon coup de cœur de ce début d’année 2019 ; il n’est jamais trop tard après tout.

The Toxic Avengers – Furi : Make this Right

Trêve d’introduction longuette. Furi se présente comme un boss-rush de dix adversaires dans sa version normale, onze dans sa complète (qui est la seule version disponible sur Switch et Xbox One). Ayant parcouru le titre sur la machine de Microsoft, j’ai donc eu le droit à l’intégralité du contenu. Les mécaniques du jeu empruntent autant au brawler qu’au shoot’em up ; l’alternance des deux styles de jeu se fait avec beaucoup de naturel, et à bien des égards, on retrouve ici un certain style de gameplay proche de celui de Platinum Games. Pas étonnant que le générique du jeu rende hommage à Hideki Kamiya et Shinji Mikami en ce sens.

Les possibilités sont donc assez simples : attaque à distance simple et rapide via le joystick droit, ou tir plus concentré et puissant via la gâchette droite de la manette. Pour ce qui est du corps à corps, on retrouve l’attaque sur la touche « X » de la Xbox One, carré pour PS4, « Y » sur Switch. On peut charger les coups pour faire davantage de dégâts, mais vous en serez d’autant ralenti. Il y a aussi un moyen d’esquiver via la touche « A » de la manette Xbox One, « B » pour Switch, et croix pour PS4. Plus on charge l’esquive, plus la distance parcourue est lointaine. Enfin, on pare avec la touche « B » sur One, « A » sur Switch, et « rond » sur PS4.

Si l’on ajoute à ça les déplacements via le stick gauche et la charge via le bouton supérieur de la manette, on a une ergonomie globale satisfaisante et instinctive. Tant mieux d’ailleurs, car Furi, s’il ne s’avère pas compliqué à prendre en main, saura demander de la vigilance et du doigté. Chaque boss aura en effet ses propres timings, stratégies, et coups à effet de zone plus ou moins importants qui demanderont à chaque fois de repenser sa manière d’aborder un gameplay en apparence simple. Il y a d’ailleurs dans Furi de grandes leçons d’humilité ; arrivé au huitième boss, je pensais être paré à toutes éventualités, et ce dernier, reposant sur la patience et la maîtrise de la parade, m’a littéralement mis à l’amende.

Ne venez donc pas chercher en Furi de quoi décompresser : en ce cas, au mieux vous allez vous faire du mal physiquement, au pire vous risquez d’éclater écran et manette… Ah, et pour les abrutis du fond : oui on peut y jouer au clavier / souris. Je veux bien voir ça. Bon, je veux bien voir ça derrière un écran blindé, hein ; on est jamais trop prudent. Parce que oui, vous l’aurez deviné, avec ses timings serrés (mais pas impossibles), et ces phases longues (mais jamais trop), Furi aime bien pousser à l’excellence. Et c’est d’ailleurs là que l’on reconnaît la sienne : contraindre le joueur à sans cesse sortir de sa zone de confort en enchaînant les boss différents, avec chacun un rythme et une stratégie propre, quitte à prendre le joueur au dépourvu autant de fois qu’il y a de phases dans les affrontements.

Pourtant, Furi est loin d’être un immonde salopard. On commence chaque affrontement avec trois chances. Chaque phase du boss franchie (elles peuvent être au nombre de trois, jusqu’à six ou sept ; pas de souvenir précis, désolé), et une chance que vous récupérez sur un total de trois. Non, vous ne pouvez pas aller au-delà de trois. Si vous échouez trois fois sans récupérer de chance, c’est un retour à la case départ du boss en question. Cela peut paraître cruel, mais honnêtement, c’est simplement juste. Ce sont des règles qui se tiennent parfaitement pour créer une épée de Damoclès juste assez effrayante, et ainsi créer de la tension à chaque combat. Bon, excepté le neuvième, mais c’est voulu que ce dernier soit plus simple.

Carpenter Brut – Furi : You’re Mine

Voilà, maintenant que je vous ai expliqué les règles simples et efficaces de Furi, sachez aussi que les contrôles intuitifs répondent au doigt et à l’œil. Donc, l’excuse du lag ou des contrôles mal pensés, ça ne marche pas ici. La réalisation sous Unity n’est pas très ambitieuse sur le plan technique, mais suffit largement à soutenir l’esthétique très marquée du jeu. Je n’ai pas aimé le design du héros et de certains adversaires, mais je dois admettre que les environnements, ainsi que l’imaginaire global du mangaka Okazaki, font le travail pour rendre l’univers de Furi vraiment fascinant. La réalisation délivre donc un visuel accrocheur au service du gameplay, grâce à des choix visuels rendant l’action lisible et fluide. On regrettera le comportement chaotique des cheveux du héros, mais c’est vraiment du chichi : c’est beau et c’est tout.

J’ai évoqué le cas des musiques. Je vais juste souligner et saluer la cohérence globale qui se dégage de la bande-son, malgré le choix d’avoir fait travailler plusieurs personnes dessus. On a vraiment l’impression que chaque compositeur a eu ici l’occasion d’exprimer sa créativité, tout en respectant les autres dans la direction globale du projet. Je ne sais si cette réussite est due au pur hasard ou à des concertations, mais cela relève de l’exploit d’accoucher de musiques aussi variées et cohérentes.

Waveshaper – Furi : Wisdom of Rage

Un rapide mot sur l’histoire et l’atmosphère. Pour ce qui est de l’histoire qui est contée, je dois bien admettre que toutes les phases de contemplation / monologue entre chaque boss ne m’ont pas convaincu. Autant, il est toujours bon de ménager un moment de calme entre deux moments de tension, reste que le systématisme de la chose rendait cela prévisible et surtout : l’histoire n’est guère passionnante. Ce n’est cela dit pas si dommage, car le reste du jeu est servi par ce scénario sous forme de presque prétexte. Le rythme est bon et le silence d’entre deux boss reste un moment où le jeu déploie au mieux son esthétique, avec quelques moments de grâce visuelle.

 

Les hommages pleuvent au générique, et juste avant les deux derniers boss, Furi se ménage un ultime moment pour prouver qu’il est grand et ouvrir les perspectives aux joueurs. The Game Bakers ont effectivement réussi à viser petit, mais viser juste. La réussite en est d’autant plus magnifique que, dès que j’ai entendu son créateur parler de sa philosophie, je savais que l’homme était talentueux. Loin d’être classique, loin d’être cela dit révolutionnaire et ne prétendant pas l’être, Furi est un formidable hommage aux créateurs qui l’ont inspiré. D’Hidetaka Miyasaki (Dark Souls) à Hideo Kojima (Metal Gear Solid), on ressent les subtiles influences du grand jeu vidéo japonais sur la production de The Game Bakers. Si le jeu avait été signé par Platinum Games, je n’en aurais été nullement choqué. J’oserais même dire qu’il s’agit du jeu le plus Platinum Games depuis Bayonetta 2 en termes de gameplay. Furi est de loin le meilleur boss-rush auquel j’ai pu jouer sur cette génération, et ce n’est pas parce qu’ils sont peu nombreux sur cette dernière que ça en fait le maître par défaut. Non, c’est juste que Furi est un classique auquel on pourra jouer dans dix ans avec le même plaisir qu’aujourd’hui. Un grand jeu inspiré de grands personnages ; s’il pouvait en être autant d’un dixième du jeu vidéo, on n’aurait plus aucune raison de râler.

Pour le grand final :

The Toxic Avengers – Furi : My Only Chance 

Succès déverrouillé : « Bordel, on m’avait pourtant dit d’y jouer dès 2016 ! »

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A propos de l'auteur : Marcheur

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